‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 35 sur 64 · SUR L*HIST01BB ET LES MOBCBS · texte numérisé non relu

SUR L*HIST01BB ET LES MOBCBS

a cette prédication ) vient se prosterner en terre et ded mander à baiser le crucifix ; il dit à haute Toix : a Qu'un tel s'approche (le meurtrier de son neveu] et « que jeTenodirasse! o Ce qu'ayant fait, un autre prêtre c en fit de même à l'égard de quelques-uns de ses enne- « mis qui étaient présents , et ces deux furent suivis a d'une grande multitude d'autres, de sorte que , pen- « dant l'espace d'une heure et demie, on ne vit autre a chose que réconciliations et embrasseaienls. Oh! « Seigneur , quelle édification à la terre et quelle joie « auciel,devoirdes pères et des mères qui^pourFamour c de Dieu , pardonnaient la mort de leurs enfants, les a femmes de leurs maris, les enfants de leurs pères, les tf frères et les parents de leurs plus proches , et enfin a de voir tau t de personnes s'embrasser et pleurer sur a leurs ennemis! Dans les autres pays, c'est chose assez tf ordinairede voir pleurer les pénitents aux pieds des a confesseurs , mais en Corse c'est un petit miracle. » Dans la province du Niolo est le Honte-Rotondo, le Mont*f ianc de la Corse. Sur la gauche , on voit le Monte d'Oro , sillonné de bandes de neige et de petites cascades ; mais il est inférieur au Monte -Rotonde par la hauteur et la beauté du panorama ; le voyageur est heureux , à travers tous les rocs et tous les précipices semés çà et là , de trouver des chevaux et des mulets d'une adresse extraordinaire. Ils se tirent des pas les plus dangereux. Le cavalier n'a qu'à fermer les yeux et à laisserfaire l'animai, sans compter qu'on peut &ire avec lui i5 lieues par jour sans qu'il vous demande ni à boire ni à manger ; de temps en temps , quand on s'arrête , le cheval tond une touffe d'herbe y écorce ub arbre ou lèche une roche couverte de mousse , et tout

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est dit. Juvénal, dans uoe de ses satires, parle du mulet que les Romains allaient chercher en Corse.

Il n'y a pas de loups dans Tlle ; mais les habitants en tiennent lieu, disent les détracteurs de la Corse ; n'oublions pas , si nous voulons ôlre justes , que les bienfaits du gouvernement ne sont guère que d'hier ; il faut semer d*abord y pour moissonner un jour. On est dans une bonne voie ; on a compris que le moyen le plus efficace pour agir sur les mœurs , était de s'occuper du bien-être matériel du pays, était de détruire à la fois et Tair pestilentiel des plages et le penchant au meurtre , de mettre le travail en honneur , de lever les obstacles qui empêchent de communiquer et de s'entendre, d'ouvrir de toutes parts des routes qui, en facilitant les relations des individus, agrandissent la sphère des consommations ; les nations qui manquent de débouchés suffisants, négligent leurs ressources naturelles i on a compris que de l'agriculture et de l'aisance devait sortir la régénération de la Corse. N'est-ce pas l'aisance, en effet, qui propage les lumières , assure à l'intelligence une souveraineté définitive sur la force brutale , et attache à Tordre et à la vie par les jouissances qu'elle procure?

Que l'administration entre le plus largement possible dans cette carrière des améliorations matérielles ; la Corse est un diamant brut , il nous reste à le polir ; ensuite on verra bientôt mourir , sur ce sol agité , tous les germes de haine et de discorde qui ensanglantent le pays. Des mœurs plus douces , des habitudes paisibles remplaceront ce caractère rude et superbe, cette fougueuse indépendance, qui renversent

B'^S SCm L*H1STOIBB ET LBS «OSUIIS DB I^ GOESB.

trop souTent les barrières sacrées de hi loi. Ce ne sera plus senlement dans la terreur des peines que Ton trouvera des garanties de sécurité , mais dans Vhxntreur profonde qu'inspirera â- toutes les âmes l'effasioD du sang, mais dans les flétrissures qu'imprimera l'opinion publique sur le front des coupables. Alors disparaîtra la culture vagabonde qui ne sobsiste qo*i l'aide do feu, ravage bien plutôt un pays qu'elle ne l'enrichit et ne le décore , et offre partout des scènes de destruction ; des landes stériles , des marais impurs, d'affreuses solitudes se changeront en routes spacieuses , en champs cultivés , en habitations saines et riantes ; enfin , toutes les ressources nationales se développeront à Paise; et la Corse qui saigne encore, sur plusieurs points, de toutes ses veines, qui parait courbée sous le poids de tant de plaies douloureuses, se redressera, au milieu de cette atmosphère de bienêtre et de jouissance , comme un jeune homme brillant de force et de vie (i).

(1) La Corse a produit bien des hommes émineDls ; sans parler de Napoléon , anquel personne ne peut élre comparé , elle compte ses trois Sampiero d*Ornano , ses trois Paoli , ses deui Abbatocci, ses deax Cervoni , ses trois Casablanca , ses Arrigh! , ses Sebtstiani. M. Abbatncci , président de chambre k la Cour d*0rléaiis , et M. Limperani , consul i Venise , soutiennent dignemeat Téclat de leur nom.

C'est en Corse que fil ses premiers pas dans la carrière de la magistrature, et commença à recueillir ses trésors d*érudition, M. Troplong dont les ouvrages sont si justement célèbres.

Je me plais aussi i rappeler, en finissant, que j*ai eu y dans le parquet, en Corse, pour collègues et pour amis, deui hommes d'un rare mérite, MM. FJandin etFilhon, dont s*est enrichie li magistrature de la capitale.

TTRTËE ET RIGAS.

©HASrffS OTÏTIBIEKEIBISS

UU 6BË(X AIGIEIIE ET DE U (fflfiffi lOBERIE;

Par M. V. A. DE «OÇRIVAT.

La Grèce ancienne et la Grèce moderne ont produit de nombreux hjmnes de guerre, et pourtant il ne nous reste de la première que trois de ces chansons curieuses , et nous n*ea connaissons qu*un petit nombre de la seconde. Tjrtée et Rigas sont les deux auteurs principaux eu ce genre : l'un chanta la vertu guerrière et l'autre la liberté. Tyrtée a plus de renommée , et Rigas semble avoir sinon autant d^aft , du moins plus d'inspiration et de verve, lorsqu'on examine seulement les œuvres qui leu|r sont jattribuées. Serait-il vrai que la gloire eût ses caprices comme la fortune? Toutefois il ne faut pas perdra de vue qu'il ne nous reste de Tjrtée que trois pièces dont la première nous a été transmise par l'orateur Lycurgue , et les deux autres par Stobée (i). Je ne parle pas des vers détachés, dont quelques- un^ ,

(I) PlalOD^ dan» son traité des Lois, fait mention de l'éléigie de Tyrlée , qui commence par les mois: Oût' àv fAvijcoipiQi^y etc.

S6o TYRTÉE BT RIGAS.

compris dans mon travail , sont les membres dispersés du poëte. Sa célébrité qui a traversé tant de siècles , le suffrage de Platon qui l'appdait sage et divin , <jof6ç et Qttéroiroç (i) , et de plus l'assentiment d'Horace qui le mettait après Homère (2) j sont d'un assez haut prix pour qu'on ne loi conteste pas la couronne de lierre. Si donc ses poésies qui survivent , n'accusent pas toujours cette fureur divine que les ignorants de son temps prenaient pour de la phrénésie ; si le ton qu'il emploie parait quelquefois un peu trop grave et trop sentencieux pour un hjmne de guerre , n'oublions pas qu'il fut en même temps orateur et poëte. Les trois petits poëmes, curieux monuments de sa gloire , laissent entrevoir cette double physionomie. Quant à Rigas, sa figure est une , son front rayonne de l'amour de la liberté dans ses justes limites. Il ne manque A cette ame héroïque et simple que toute la chaleur chrétienne et la sublime exaltation des martyrs ; mais parlons d'abord de l'ainé des deux poêles.

Tyrtée est une vieille énigme que le temps a jetée comme un défi à la philologie. Le lieu de sa naissance, son état mental , sa constitution physique , sa qualité invraisemblable de chef d'armée y celle de citoyen de Lacédémone , le nombre et le titre de ses œuvres, ses divers talents, ses inventions littéraires et artistiques, tout a été, dans ce personnage mystérieux, l'objet d'allégations diverses et plus d'une fois aventurées. Aussi la critique est-elle loin d'avoir éclairci

(1) Leg. lib. 1 , p. 8. Edit. cnm schot. a Ruhnk. collect. (S) Epist. ad Pison. v. iOt.

CHANTS 6UERBIBRS DE LA GBÈCE. 36l

tous les doutes : pourrai-je répandre quelque lumière dans ces obscurités scientifiques 7

Aucune histoire contemporaine de Tyrtée n'a redit à la postérité sa vie publique et privée. Des légendes conservées dans les souvenirs du peuple , des traditions plus ou moins mélangées de merveilleux, furent les sources un peu suspectes des biographies du poëte^ Faut-il donc s* étonner de toutes les variantes qui s'y rencontrent? Un orateur grec a commencé Taltération de la vérité ; l'abréviateur Justin , écrivain sans critique 9 l'a fortement accrue ; deux ou trois biographes français l'ont achevée , en répétant avec une désolante uniformité des renseignements encore plus erronés.

a Pendant la seconde guerre Messénienne , disent- <x ils, les Spartiates en paix avec les Athéniens ^ « firent demander à ceux-ci un générai. On leur envoya « TjTtée boiteux et louche. Poëte et stratège con- K sommé, Tyrtée donna des conseils aux Spartiates (c et les enflamma par ses hymnes (i). »

Rien de moins exact que ce passage auquel un helléniste, soigneux de sa réputation, n'aurait pas dû attacher son nom. Tyrtée boiteux (2), louche ou

(1) DictioDn. de la conversât, v*. Tyrtée,

(2) Tons les historiens grecs et latins s*accordent à dire qae Tyrtée fat boiteux , ce qui n*a rien d'extraordinaire ; mais Schoell, LUI. grec, prof., 1. 1 , p. 189, lançant à tort on Irait d'esprit, s'exprime ainsi à ce sajel : « C'est sans doute par méchanceté aussi « que, faisant allusion au pentamètre qu'il mit en vogue, on a « dit qu'il boitait. »

3&1 TTETéB BT BIGAS.

borgne (i) et passant pour fou (»), est trMwforné, d'autorité privée, en un stratège contomné!

Cet homme célèbre né , f uîvant ropinîon générale , i Athènes (3) ou à Milet (4) , colonie d'Athènes (5), ne commença à être connu qu'à TotiTerturede la seconde guerre des Messéniens, en Vannée 684 avant J *C. (6). Quel était son âge à cette époque et quelle était sa profession? L'histoire , muette sur la première tfim' tion, répond à la dernière , qu'alors obscur mailre d'école, il passait, aux yeux du vulgaire , pour n'avoir pas la tétc bien saine. Privé des grâces du corps, mais doué des agréments de l'esprit^ artiste et poëli au plus haut degré , appliquant ses talents pour la poésie et la musique à chanter la gloire des oonbati avec une impétuosité dithyrambique , il s*est fait an grand nom en défendant une mauvaise cause , Top* pression de la liberté d'un peuple magnanime. Son

(1) A€roQ , sur Téptlre aiii Pisons, v. idl , dil qaiR Tyrtée é4aU d'une constitution faible , et dans tout son corps disgracié de la nature , corpore debitis , omni deformis pairie membrorum. Porpbyrion , autre scholiasle d'florace , ajoute quMI était boiteoi el louebe , cktudus ttt luicus. Pausanias le dit boiteui , etc.

(5) Pausanias rapportant l'opinion vulgaire sQr l'état raenlal de Tyrtée, se sert de ces expressions-ci : voCv rci7xicTa<;(t(v ^oxûv.

(3) Plat. Leg. lib. t , p. t4, Lycurg. ad Leocrat*

(4) Suidas le dit Milésien oii Lacédémonieu ; mais i^acédémpoe lui conféra seulepient le droit de bourgeoisie. Y**. Txrtœi$s.

/5) Selon Plutarque , il serait originaire de Mantiqéç ; oyais ce biographe célèbre est à peu près seul de son opinion. Jean Ttetzés , chil. » 14 , a commis la méine erreur que Suidas , en conrondant la naturalisation avec le faiit d'origine.

(6) Pausan., lib. IV^ch. 15.

CHANTS GUERRIBHS DE LA GRlÈCE. 363

caraclère politique est d*ailiant plus attaquable, <}tte , dans cinq vers échappés aux ravages du temps , il parle avec dérisioa des sanglants outrages que les Messéniens essuyèrent des Spartiates :

HfMcrv nM* ôo'ffwy xopTrèv ôc/Mvpa ^ptc*

< Courbés sous le faix comme des ânes, ils sont 41 dans la dure nécessité d'apporter à leurs maîtres a la moitié des fruits que produisent leurs champs^ 0 Puis y semblant aussi se moquer de la dure nécessité où ils étaient d'assister en rcrf^s noires aux funérailles des rois et des grands personnages de Sparte, il ajoute :

Ei'tÉ m* ov^o^vi} fMÎpot, ytl^ot Oicyàrov (1).

a Ils pleurent , eux et leurs femihés » lorsque là Parqué i( tranche les jours de quelqu'un de leurs hiâttreâ. d Consacrer ses talents à la rivale dé sa patrie , c*était déjà commettre une faute ; secourir de tous 6es moyens le despotisme , et rire amèrement d*uti peuple généreux réduit au plus dur esclavage j c'était faire un acte do cruauté. Aussi les hymnes de Tyrtée , tout remarquables qu'ils sdient , ne coUvrettt pas la lidnte Ao leur origine ; une bonne action vaut mieux qu^une

(1) Paufaa*. lib. !¥« c. 14.

364 TYBTÉE £T BIGAS.

beUe page , et c'est avec douleur que , pour être juste, nous blâmons l'homme , tout en louant le poëte. On voudrait si bien que le génie fût un or sans alliage!

Le véritable esprit marche avec la bonté (1).

Les trois élégies chantées par le fils de Xénoclès (2), sur les trois guerres de Messène , répandent un parfum plus suave à l'ame que celles de Tyrtée. Elles ont inspiré les Messénienues d*un poëte national , dont le cœur était aussi élevé que le talent. A la leetore des élégies françaises , on serait presque tenté d'ooblier les poésies grecques , et , transporté par la pensée sur les bords du Pamisus où jadis florissait un peuple libre , aux mœurs douces et patriarcales, et trois fois vaincu , asservi , cruellement outragé , on donnerait volontiers une larme à tant d'infortune (3).

Les Messéuiens inhumainement traités se révoltèrent , trente-neuf ans après la prise d'Ithôme. De leur côté , les Lacédémoniens jurèrent qu'ils triompheraient desMesséniens ou périraient dans le combat. Une guerre d'extermination recommença. Aristomènes , descendant des anciens rois de la contrée , en fut le héros et ouvrit la campagne par un coup d'audace. Pénétrante Lacédémone, pendant la nuit,

(t) Le Méchant , comédie de Gres^et.

(S) Voyage du jeune Anacharsis en Grèce , t. lY , p. 314-

(3} Tyrtée a lui-même rendu hommage aux agréments et à la

bonté de la HeMénle dans un vers conservé par Strabon , Ht. TIIIi

p.366,édit. de 1680:

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