CHANTS GUERRIERS DE LA GRÈCE
il suspendit an temple de Minerve un bouclier chargé de cette inscription : a Don d'Aristomènes à Minerve , cr des dépouilles des Spartiates. » 'A/ocerrofAivYiv ànà
A cette occasion , Torateur Lycurgue , qui vivait et mourut du temps de Démoslhènes , rapporte dans sa harangue contre Léocrate (2), un fait qui a été regardé comme une fable par le savant Viscooti. Il dit que les Lacédémoniens consultèrent l'oracle de Delphes, au sujet de la seconde guerre avec les Messéniens , et que l'oracle fit cette réponse :
« Le dieu ordonna de prendre un guide parmi nous or pour vaincre les ennemis, d Mais il ajoute de son propre fonds :
T(ç yà/» owe oWe twv É»fivfli»v Ôrt Tvj»t«Îov ffTparjjydv l>a- 6oy TTOpà Tige Trd^fwc > (3)
« Qui des Grecs ignore que les Lacédémoniens « prirent dans notre ville Tyrtée pour stratège^ «
Le patriotisme de Lycurgue , qui vivait près de deux siècles après Tyrtée,. lui fait exagérer le sens de Toracle. D'abord il emploie deu?c . fois le mol sacra-
(1) Pausan. , iib. IV , c. 15.
(2) Le^ul qai nous reste àH disooQrs de Mt orateur.
(3) Divers traités , etc. , par Gaii , 17S8 , lom. Il , p. W.
366 TTBTÉE KT MMQâS.
mentel vytf»in ( i ) , pim , fooria»! TraiflemUaUmual à l'idée que Lacédémofie aorâii recanau elle-aïAiiie It •opérîonlé des géaéraux d'AlhèseB , il interprèle k mol vague de Toracle par celd de nfmmyàçé TaHt potie à croire que cel ami du peuple , comme le quaiiûait Démostbènes (i) , était BuaeepiiUe de quelque partialité à force d'exaltation patriotique. Oa nprocbalt  son amour national d'être quelquefaîa awii dur que celui de Draeon. Son ineonlealable détone ment à la ville d'Athènes oà il fut , d«rant quînie ans , intendani du trésor et eharfé eu mâme-tffDpi de la police intérieure , lui a fait outrer l'éloge de Tjrtée , né dans la même cité ^ al suppefitt* a ee poêle un commandement d'armée que rien ne fait niêaie présumer. En effet , Platon , dont Lycurgue fut le disciple , n'a jaMais donné à Tji'tée la qvalîfhatian de tjrptxxToyoç , quoiqu'il se soit assez longuement entretenu à son sujet dans son ouvrage des Lois. Il j affirme seulement que , né à Athènes et reçu citojen à Lacédémone j il est Thomme du monde qui a &it le plus d'estime des vertus guerrières :
• iiv (^cxouoffvv)}y) ^* au TvproLÏoç c^npvco'c fAoUarcf. y itxùik lùv , xol x«Tà xoupov xsxo^pgjjiévQ t^ ttoi^t^ , etc. (2).
« Pour la vertu que Tjrtée a tant vantée» elle a son
(I) Le mot ]9yépSn» se traduit étactemém par leltittl^ffjk?; Miâh le ttm dkx rallie taiiiôt an Mot HtUgS^ier et Untôt au mat mperaior. Xénophoo a dit:'0(foC)ia6crv ]^éfiov«. acéroD a dit: Magislra et duce natura.
(9) Eptt. 9 au séoat et au peuple d'AUiéoet » au «iiiet dea enfaou daLjcuifue.
CHANTS «rfitlttlirBS 1>Ë LA GRÈCE. ^67
« ^x ^ et w poëte ft iéit MeH choisi son tempt poiir i< la chanter, d
<}u«l temps pour la chanter , grand Dieu 1 celui d'une guerre d'ettermtiiatiofi et de la liJlie d'un peuple esclare cherchant A briser ses fers , et contre lequel un Athénien travaillait aux gages de Lacédénume! Mais Platon était lin-m/^me Attiénien , et tenait à la gloire de son vient compatHole , sans trop se rendre côAipte des eircdtistaiices malheureuses où son géme s'était fnspiré ; mais Platon avait uiie prédilection thkrt^ù&e pëm Sparte , et sa république ^ disait Aria^ tdtë j n'est que le gouvernement déSpftrte idéaliséi
A son tour , Plutarqoe , hé dans les dernières années dn règne de Claude , et décoré du titre de citoyen d'Athènes, fut ft portée de connaître tous les titres dlllustration de TyHée. De son temps , toutes \té ceiivres de té poëte ëtist&lênt encore , et donnaient vraisemblablement de curfeux détails sur la seoonfle guerre de la Messédie et stu* le rôle que eelui-ci uvait joué. Or , Plutarqne rapporte ainsi l'opinion de l'anden Léotiidas sur le mérite de TyKée :
At&>v£^av ^v yàp rôv mCkoLtàv 'iàyQvmv tn-c^rig^cvrcc p voloç ztiç avTû ^oc^vcTot TrocDTiliC 7tyovgvcci TV^TOUOC etTTBlV.
(I) L*abbé Sevin a peo^À avec raisan que le root aixà\]itcv qu^on renconlre dans te teile des œuvres de Piutarque , était ntifi ëHvtti' fie éôpHte , ré VirioC signifianf flafter et étant ici un
hi6ti-Mfa». Létnoirarpicctlml1f,^^ftnV&t^ni (^chauffer comme ÔàWv, est plus convenable en cet endroU. Mém. de l'Acad. des Inscript., t. y III . p. 154-55.
368 TYRTÉB ET RIGAS.
ykp ÛTTÔ Tûv noiTQfAÔiTtùif IvOovffcaffpov 9 napà xotç fuc;^ iif$lâo\jv lauTÛv (i).
a On demandait à Tancien Léonidas ce qu'il pensait «i du poëte Tyrtée. Je le crois propre , répondit-il , » à échauffer le courage des jeunes gens. Ses poésies « les pénètrent d'un si grand enthousiasme , qu'ils a n'épargnent point leur vie dans les combats, b
Ainsi un philosophe et un guerrier célèbres , les plus voisins que nous connaissions du temps où vécut Tyrlée y ne parlent que de son art à chanter des vers et i inspirer Tardeur martiale aux jeunes hommes. Platon finit même sa digression sur ce poëte par dire que la vertu qu'il vante ne doit élre placée que la quatrième en rang et en dignité* 11 met au-dessus du courage guerrier le courage moral , la force de Tame , sans laquelle il n'y a aucune vertu , ni même aucune verta militaire. Mais si Tyrtée eût commandé les armées , comme l'avance Lycurgue , et s'il eût composé on Traité de législation j comme l'ajoute Suidas , Léonidas eût*il passé sous silence son titre glorieux de chef de guerre naturellement soumis à son contrôle » et Platon traitant des lois eût-il négligé la critique de son système de législation 7
Tout argument négatif , dira-t-on , est un glaive à pointe émoussée ; jotgnons-y donc Targninenf positif. Pausanias, historien du second siècle de notre ère, collecteur passionné des légendes populaires , a donné sur la Grèce des documents pleins de vraisemblance et d'intérêt : aussi , serait-ce à tort qu'on lui appliquerait
(1) Jn Cleom, , ii.