CHANTS GUERRIERS DE LA GRÈCE
le mol de Scaliger , Gri»culorum omnium mendacisstmus. Dans ses pérégrinations d'artîsle , d'archéologue et d*érudît, cet historien avail parcoara la Messénie , et recueilli de nombreux renseignements sur les anciennes guerres de ce pays. Or, voici ce qu'il dit, â son tour , de Toracle de Delphes consulté par les Lacédémoniens :
Eybrro âk xal Aaxi^cu|xov£oic pàvreu^a ex Ae^^ûv , tôv 'AOçvoîov in&ysdQou. ot3|x6ov>ov (!}.
tf L*oracle de Delphes ordonna aux Lacédémoniens a de faire venir un Athénien pour prendre ses cr conseils, d
Cet historien ajoute que , a lors de la terrible rena contre qui eut lieu auprès du monument du sanglier, a Anaxandre , roi des Lacédémoniens , était à leur « tête et les commandait ; que Tjrtée et les hiéroa phantes des grandes déesses restant étrangers au a combat , se bornèrent à exciter Tardeur des soldats a de Tarrière-garde. »
Le récit de Pausanias mérite en cet endroit d'autant plus de croyance , qu'il était tiré des poëmes de Rhianus de Bène et de Tyrtée, excellents guides pour tout ce qui regardait la seconde guerre des Messéniens. M yron de Priène en avait aussi raconté , en prose , les événements ; mais Pausanias , qui fait mention de cet historien , dit a qu'il se mettait peu en peine d'écrire tf des choses fausses et même dénuées de vraisem-
(1) Tom. II , c. 15 , p. 334 , édit. de Clavier.
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« biauce , comme on le voyait par ses aatres ouvrages a et surtout par rhî»loîre de la Mesaénie ; » ce qui établit , en passant , que Pausanias n^admettaît pas aveuglément toute sorte de récits.
Strabon , parlant du même oracle , en rappelle fidèlement les expressions :
oç iTrixaTTS nctpà ÀdiQvaiuv ^a6stv vyt^AÔvft (1).
. . i a qui ordonna de prendre «n froide parmi les Athéniens.
Mais est venu Justin qui . brouillant tout , a changé les mots et le sens de l'oracle , en disant :
<x Lacedemonii^debelli eventuoracuioDdphiscon- « sullo, jubentur ducem belli ab Atheniensibnsfw(in'e< tt Porro Athenienses, cum responsum oognovissent , in a ckmrtfnq^ft/ifti^aitamirtiififTjrrtfleompoetani, clandum a pede, misère. . . (3). *>
« Les Lacédénioniens ayant conseillé l'orade de « Delphes sur le succès de la guerre » en reçoivent c Tordre de demander un ehefétarmée aux Athéniens^ « Or , les Athéniens ayant connu là réponse de Pora- « cle , ertvoyèrem par dérision aux Spartiates le poète c Tyrtée , boiteux , etc. 0
Où Justin avait'il pris que l'oracle de Delphes eAt ordonné anx Lacédémoniens de demander un chef de guerre aux Athéniens? Est-ce que les mots iytfiéHL ïaHHv y correspondant aux mots iMina dueem immere , étaient exactement traduits par ceux-ci i fetere dmtem belU?
En supposant que Suidas ail vécu sous le régne
(1) Lib. VIII. p. 362, Lut. Paris. 1620. (S) Lib. III , cap. 5.
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d'Augvste , opinion très-conteftlable avaincéo par GiraMt , Justin a |m être induit en erreur par ee lexicographe ; maïs l'ouvrage de Suidas , compllatfon sans choix et sans jugement ^ n^était pas la source où Ton derait puiser; il fallait, ayant toute chose, copier textuellement le» mots 4e tWacle ou les traduire fidèlement. Et comment supposer que Toracle , si aa Yoix, ce qui est vraisemblable, s*est fait entendre en cette circonslance , eût imposé aux rois de Lacédémone , dont le drori et le devoir étaient de commander les armées, Thumilianle obligation de demander aux Athéniens, leurs rivaux, un général en chef ? Mais tes noms de ces rois qui commandaient alors les troupes de Lacédémone sont connus , c'étaient Anaxandre et Anaxidame (i). Lors du siège d'ira , c'était Ëmpéramusqui commandait en leur absence (2). Pausanias, parlant des invasions d'Ari&tomènes dans le pays, rapporte que cet illustre guerrier les continua, jusqu^â ce qu'ayant rencontré les deux rais de Sparte avec plus de moitié de leurs bastaiUons, il reçut en se défendant différentes blessures (3)
Comment admettre enfln que Tyrtée eût été envoyé par les Athéniens en dérision des Spartiates 7 Est-ce que le peuple d'Athènes , d'une religion méticuleuse à cette époque , eût osé contrarier le vœu de l'oracle ou plutôt s'en moquer ? Concluons de cette discussion que le récit de Justin est dénué de toute vraisemblance. Cependant c'est à cette source, que nosbio-
(1) PauMin. t. Il, c, 15, p. 3S3. éd. Clavier. (i) Ibkl. , c. il , p. 374.
(3) Ibid. , c. 18, p. 357.