‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 39 sur 64 · TYRTÉE ET B10AS · texte numérisé non relu

TYRTÉE ET B10AS

suivant le ténoîgnage de Rhianus. La place une emportée , les Lacédémoniens , en recoaiiaissaiiee des serrices de Tjrtée , lui conférèrent le droit de bourgeoisie , (iKstînction honorable et rare à Laeédémone ; mais , selon Meursius , ils ne lui accordèrent pas tous les privilèges attachés à la qualité de citoyen. Quelques critiques lui ont même entièrement contesté ce titre ; cependant il semble lui-même se le conférer dans ce distique élégiaque conservé par Pausanias :

Ov âià Mfl0'9il^vi}v iikoftait tùffùj^ofw,

a A Théopompe , notre roi, chéri des dieux , avec <r qui nous avons pris le vaste pays de Messène. •

Du reste , Tyrlée , s'il ne l'obtint pas , méritait cette distinction des Spartiates dont il avait souteno et encouragé Thumeur belliqueuse , et tout porte â croire qu'ils la lui déférèrent. Ils ne faisaient aucui c>as des autres poètes , vspi toOç oBouc içoivràç ov^Im 'kôyov «f;^vTcc ; mais ils estimaient tellement les talents de Tyrtée, qu'ils ordonnèrent , par une loî expresse, que les soldats devant partir à qaelqoe expédition , s'assembleraient autour de la tente du roi, pour entendre chanter les vers du poëte, persuadés qu'ensuite ils sacrifieraient avec moins de peine leur vie pourlt patrie. On raconte encore qu'étant devenu citoyen de Lacédémone , il y établit sa demeure et y nomirat; mais l'époque précise de sa mort est aussi ignorée que celle de sa naissance. On croit seulement que le seconde guerre des Messéniens fut terminée ta pre-

TYRTÉE BT BIGAS. ^j5

mière année de la 28*. Olympiade , c'eitrÂ-dire l'an 668 avant Jésus-Cbrist. La guerre avait diir4 aeize ana , et l'on ne sait combien de temps Tjrtée vécut depuis la prise d'Ira qui fut le terme des hostilités ' Maintenant quelles furent les œuVres du poëte ; en quoi consistent les fragments qui nous restent; de quelle mesure s'y est-il servi ; comment ces hymnes guerriers se chantaient-ils, et quelle est leur valeur poétique?

Schoell a donné la nomenclature des poésies de Tyrtée, en suivant à la lettre les indications de Suidas, qui lui attribue un traité du gouvernement des Lacédémoniens , des préceptes en vers élégiaques, et cinq livres de chants guerriers. L'abbé Sevin a fait remarquer que « Suidas distingue à tort des élégies a le premier ouvrage qu'il appelle Tro^cTc^a, parce que « frolirsfo et 8ÛvofA£a sont des termes synonymes qui «I signifient des lois sages et propres à maintenir le « bon ordre dans le gouvernement. Or , d'après Stra- «t bon , £uvo|Li£a et les élégies sont deux choses ideA- « tiques. » Et il cite le passage probant de ce savant ethnographe qui s^est , sur beaucoup de points , efforcé de discerner la vérité : Kal y&p slvou f»Y](rlv Ixtl9fv

iy rfl ftfïi^fsu l>«7<€a i^v nrcy^^à^ouercv Eûvofiiav (i). « H dit

«c qu'il était de ce lieu-là dans ses élégies que quelt ques-uns intitulent EtmomtV. d

Schoell parait donc s'être trompé en copiantSuidas, et en ajoutant ces mots :

« Aristote et Pausanias parlent d'un poëme de

(1) Lib. vui.

3^6 TYRTÉE ET KIGAS.

a Tyrtée intitulé Banne législation, Eùvoftla: il le coma posa pour calmer les esprits du peuple de Sparte a qui , dans une disette causée par la guerre de Mesa sène , se portait à la révolte. »

Aristole et Pausanias ne disent pas cequeSchoell énonce trop affirmativement. Voici d'abord le texte

d'Aristote : Zwéêi] $k xal toOto év Aoxs^alfMvc xnrà xm Mcfforigveocxôv Trd^s/xov ai xocl tovto sx tqç Tvpraiov frot^awK T^c TicùiOviJÀvrjç £ûvo^£ac* B'kt^ô^vot yoip xivïç ^eà zàv ttoXi/mV) Ti^lo'jy àvà^açTOv Trotctv tïjv ^ôpcat (i).

« Pareille chose (une sédition) arriva a Lacédémone a dans la guerre des Messéniens, comme l'indique a le poëme de Tyrtée appelé Eunamie, Des citoyens f appauvris par la longueur de cette guerre, dea mandaient qu'on partageât également le terria toire. »

Ce passage prouve seulement que si Tyrtée savait enflammer le courage des Spartiates , il avait aussi l'art de les calmer, et méritait le titre de sage que lui dopna Platon ; mais il ne prouve paa que VEutiûmie fût une poésie distincte des élégies. £n effet, dans les cbants élégiaques, le poëte non seiilemeot relevait le cœur abattu des Spartiates , par exemple après leur défaite près du monument dtk sanglier; mais encore il comprimait l'émeute qui s'élevia lors du siège dira, à l'occasion , d'une disette. Pausanias explique le fait qui est seulement indiqué par Aristote. Un certain nombre de Spartiates s'étaient insurgés contre la loi qui défendait d'ensemencer la Messénie et

(l) PoUt. I. V . c. 7.

CHANTS eeBRBIBRS DB LA GRÉCK. 'i'j'j

les cantons limitrophes de la Laconie,tant que la guerre durerait. L'histoire ajoute que Tyrtée apaisa la sédition ; mais il ne parle en aucune sorte d'un poëme particulier intitulé £t«n(mn>; il se borne à dire, au contraire, que ce poêle composa pour les Lacédémoniens des élégies et d'autres pièces en vers anapestes f xol é^sysia xocl rà inij a flot rà àvàtracoTa ^^sv (i).

Or , les pièces en vers anapestes n'étaient autre chose que les chants guerriers , Mi>q Tro^isf^cxà.

Ce titre d*Eunanue que Scboell , à l'imitation de Suidas , et contre le témoignage de Strabon et de Pausanias, attribue à un poëme spécial , nous parait avoir été inventé après la mort de Tjrtée , comme ^elui é*Epode a été créé par les commentateurs d'Horace.

Tyrtée fit , dans le dialogue ionien , des élégies composées d'hexamètres et de pentamètres , dont il nous reste seulement trois précieux fragments. Il fit en outre cinq livres de chants guerriers , écrits dans le dialecte dorien et en vers anapestes. Ces dernières poésies qui sont perdues , s'appelaient É/xCor^pca , parce que , comme le mot l'indique , les Lacédémooiens les chantaient en marchant à l'ennemi. Ils n'en venaient point aux mains , que leurs troupes n'eussent été excitées pnr un concert de flûtes joint à une sorte de poésie, composée d'anapestes, dont les sons énergiques et redoublés portaient dans les âmes l'ardeur d'une vigoureuse attaque (2). La

(1) Pausan. , 1. iv , c. 15 , p. 984 , in fiiie. (S) Val. Max., lib. il , p. 168 , édil. Pani^kouke. Cic. Tusr. qaest. Ifb. 11 , p. 40.

378 tTRfiE tt BtéAfT.

flAte donnait le pretnîer signal da cdttibat [1). Ge filetait pas dans un bdt relîgieut c(ti'on ein|ilôiritit eet instrument , nisiis dans le seul dessein de fà\tt avancer les troupes simultanément , d*à{i^ tM rbythme , et d'émpécbcjr lès rangs de se ronipt'cj (à).

Ces documerits foiimis par des auteilris gIrèèÉ et latind digilès de foi, portent à croire que les élégiei mêlées d'hexi^mètres et de jpentamèlres lie se chantaient pas , Idrscifie TaHtiée des Lâcédémonieiis étëit en marche. Elles se chantaient Vràisemblablefnënt en d'autres circonstances, par exemple, lorscpie lés troupes étaient réunies autour de la tente dé lèvf chef , et peut-être encore dains les repas militaires , où chaque convive disait sa chàtfsôfa , et dà le vainqueur du chant recevait pour prix un ihbfeèsB de viande (3).

Selon quelques savants , Tyrtée aurait été Taiiteiir de la musique guerrière de Lacédémdne ; mais cette opinion est uniquement fondée suf le passage dA Lyci|rgue rappelle que les Spartiates avaiëiit ^' dôMé de chanter les hymnes du f^oëte devant les soldats rassemblés, pour les préparer â marAèr avec courage. Le texte grec invoqué n^eat poiAl assez précis pour qu'on eit tire i5ètté 6imélusidil. D'ailleurs , il est constant que , de teibj!^s iitii6éniorial , les Spartiates , aussi passionnés potir là musique que pour la guerre , chantaient Pair dé Castor qoi

(t) Lucien , Dialog. sur la dtnse.

(a) Tbucyd. , lib. v , 70.

(S) Athen. , Ub, xiv.

CHANTS GJ^y»MB«|» I|ff 9^4 ORÉCE. ^

éiâft une 0iaf«he imiliOiRe. Sn^ulfaniçiii il eii^t yrai- «^mblaUe (fniB Tyrtéa (^^ l'wjpur d^ la iSMWique 4e VEti^iâtérim , piM^Cie (W$ ^^ fucie^s jch^.tres grfos éUieiit A la 6)i$ po^jtiss et i^^îcienç , &\ (lll■fi^' mAb Jii1«8 PoUux rapport^ 4m Tjri^^ ^n^Mt.ua fifi^f 1m LicédéiDODJeiia ^ dajQse i tf oi; «d^ipup^, (K)r9posé8 d'enfants, d'adultes et de vieillards (i). Tyrtée éj^i^t l'inventeur de cette danae, .en. pn a conclu^ avec quelque apparence de raison , qu'il était l'auteur de la chanson en vers ïambes ei d% la miosjiqae. Ai^^i poëte, musicien et chorégraphe, il aurait 'tout inventé dans le cbant amébée , «econapagné ^de 4anae , do8t Plutarque nous a transmis un curieux fragment , en dialecte dorien , dans ia vie de Lyeurgue. L'iilu8tr« biographe fait ^ à cette occasion , des remarques curieuses sur une partie de l'éducation des Spar(iates : « On n'instruisait pas moins avec soin , dit-il , (c les Spartiates à faire des vers et des chansons, ç qu'à parler avec élégance et avec pureté. Il y « ^v.ait .dans Leurs poésies une sorte d'aiguillon qui 9 excitait le courage, et leur inspirait nn véritable « enthQusiasnpie pour les belles actions. Le style en « est simple et mâle» les sujets graves et propres « à former les mœurs. C'était le plus souvent l'éloge .^;^ç^^,qijy ét^€^i[Vt morts fpu^ la défense de leur a patrie, fl ^çyç^L m y^jpitfit le honheur^ c'était la <x censure de ceu;;ç^jp|ji.axfi,içiU man(rédela peur, et <x dont on dépeigç^s^ l^ ,v^ triste et matheurepse;

38o TTRTÉB KT BlGAi.

« c'était , selon la convenance des âges , ou la ptoa messe d'être un jour vertueux i ou le témoignage ff glorieux de Tétre maintenant II ne sera pas hors a de propos de rendre cela sensible par un exemple. a Dans les fêtes publiques , tous les citoyens étaient « divisés en trois chœurs , suivant les trois diflSrents <c Ages.

« Celui des vieillards commençait à chanter :

« Jeunet autrefois nous étions braves.

c Celui des adultes répondait :

« Nous le sommes aujourd*bui ; faites-en l'épreuve si vous le foulez.

« Le chœur des enfants reprenait :

u Et nous , nous serons encore beaucoup plus braves (1). »

Cette chanson populaire , éminemment propre à entretenir Pardeur belliqueuse des Spartiates , était TAjfporchètne ou la danse aux chansons des anciens Grecs. Destinée à être chantée en dansant , elle était accom-

(t) Tpcôv yàp X^pâv xarà ràç xpiïç ^"UtU/kç otivcorapiM» h roSç hpreuç , 6 (tkv râv yspdvruv «px^iunoç f&gt* kfifuç Trdx* ifuç â^xcfAoc vtaviai.

kliiuç âk y' slfUç' ai ^k\^ç , mlpav XàCs. O* âk rpixùç y 6 r&v ircdSwt.

Âjifaç êk 7* iu<r6fiM9$a iroÙâ^ Tutppaimç.

CHANTS GUBIBIBRS DB LA ORÉCE. 38l

pagnàe de gestes et de mouyements imitatifs do la situation oa des sentiments exprimés. Les pas et les gestes d'une chanson guerrière devaient avoir quelque cfaofie de brusque et d'impétueux , qui révélait la valeur et l'audace d'une nation héroïque. Les jeunes gens de Sparte n'apprenaient pas moins à danser qu'à faire des armes « et lorsqu'ils avaient cessé leur gymnastique , le joueur de flûte se mettait au milieu d'eux , jouait de son instrument et hattait la mesure avec le pied. Le chœur de danse, suivant le rhylhme, prenait tantôt les attitudes de la guerre, et tantôt les mouvements d'une paix joyeuse (i).-

Tyrtée, si l'on en croyait certains schoijastes, aurait eu l'esprit éminemment créateur; car non seulement il aurait été l'auteur de la musique guer^ rière des Lacédémoniens ; mais encore il serait l'inventeur de VEmbatêrion, du pentamètre et même de la flûte. Acron et Porphyrion, commentateurs d'Horace , ont dit , avec quelque naïveté , que le son nouveau de la trompette efi^rayant les Messéniens , leur fit prendre la fuite devant les troupes lacédémoniennes. Ita Lacedœmanii vicerunt^ cum hostes navus tubœ sonitus terruisset (»). Mais Hérodote» cité par Lucien , avait dit , plusieurs siècles avant ces scholiastes : « Les a braves Lacédémoniens combattent au son de la « flûte, les Cretois au son de la lyre, les Lydiens

(t) Lucien donne des détails curieux sur la danse des tnclens, et notamment sur celle des Spartiates.

(i) Acro ad Horat. S»c. incert. ante fin. it. Porpbyrio ad eumd.

S8ft TYKTÉB ET «l«Ai. :

« au son des fifrt^s et des Hûtes. » LxieMi lui-aiéBe ajoutait au sujet des LacédénHNiieiis : « lis ooaribattait a au son de la flâle et en mitsmre , et ils manalntf d'un pas régulier (i). a Platon n'a-t-iJ fias écrit mmà: a 11 n'y a pas plus de mille «u de deux mille ans , « <fa*oot été faites les décovvertes attrîtroéas à DéMe, « à Orphée, à Palaméde, t^itÊvetuion ée la flâte qtfm « dâil à ilmrwgoi et à Otgmfuss celle de la Ijre qa'aa « éoit à Âmpbfon (2). » il serait ^flfeile 4e prèdser Pépoque oà s'introduisit en Grèee l'usage d'aeconpa;giier les armées d'une musiqve guerriène. H iBst probable que» le premier, Tyrtée accr édita l'^mitt* têrùm, parmi les Lacédémoniens, dont l'oretHe^auparavanl paraissait peu sensible au chnnt des peëtes. Mails ne lui Sfttribaons pas rtinention^e la Aèle, ni cdie du pentamètre et 4e Télégîe 4pie qoelqiies émdits ont aussi sans preuve octroy&a A Mmuierme « «t même à GaHinus niont f origive est tout«-A*-faît iocertaiire. Cette question était fort oibscura du temps d*Horace (3], et , de nos jours, elle n'est pas ^as éclafrcie. Ihi reste , que Tyrtée ait été l'atiteur d%D pltts ou moHis^and nomlMre «d'ki^emimis, ii «aAii- CfOntestable que ses poésies dorent av^îr im gvaad mérite; car toute une nation, anssi^polie que la Grèee, n'aurait pu se méprendre long-temps smt ee qai intéressait son goAt et sa gloire. Noos adnrinons mmmêmes ce qui reste de cette muse amie des batailles,

(1) t^tiflûg. "sur la danse , t. iy.

(2) Leg. lib. m.

(8) Quls lamen exigaos elegoi émiser ii auctar , Granunatici certant , et adbuc sub judice lis ett.

CHANTS GUSftll]l«6 OB lA GRÉCK. ^3

tout en déplorant la perle de ses plus éloquentes chansons. Les hymnes de Tyrtée , qui d^abord avaient poussé jusqu'au fanatisme le courage des Spartiates , éveitlërent ensuite l'attention des connaisseurs qui y reconnurent le type des. marches guerrières ; et , quoique les élégies n'aient point Timpétueuse vivacité des marches qui ont disparu , quoique la première de ces pièces renferme une série de préceptes qui ne conviennent pas à la brusquerie d'un hymne de guerre , qu'on veuille bien l'envisager , au point de vue de l'art , et en reconnaître la perfection. Sur le premier plan du tableau , apparaît le héros qui meurt dans le combat. Toute la ville en deuil assiste à ses funérailles ; ses enfants , ses descendants sont récompensés et honorés pour ses faits d*armes. Sur le second plan ^ se présente le vieux guerrier qui a eu le bonheur de survivre à ses nombreuses cicatrices , et à qui tous ses concitoyens témoignent un inviolable respect. Ne croit-on pas les voir Tun et l'autre , taiit il y a de fraîcheur et de vie dans ces images ? Ut fticfura pœsis,

Lsk seconde mesBénia^ue est plus «nimée. Les Lacéidèmoniens ont été vaincus, et le poëte les encourage à' tenter de nouveau la chance des combats, sans craindre le nombre des ennemis. Dans la strophe qui ooflimence par les mots : Kol nàia, irap 'jroA êtiç^sic. , on remarque un nMuvement brusquent uneeffirayante image de deux ennemis qui , pied contre pied , bouclier contre bouetior , ^ disputent la victoire.

La troisième et dernière élégie commence par deux vers qui ont été traduits ainsi par Horace:

384 TTETÉB KT MMQAS.

Dulce ei décorum est pro patria mori ^1).

Elle flétrit le déserteur qui» ao cri d'alarmes, abandonne son pays et va mendier son pain sur les bords étrangers. Le portrait que Tjrtée fait de la misère du fugitif, est d'une grande beauté $ mais bientôt laissant cette ignoble pbysionomie , il s'écrie:

^^ùiaBoL, xal Trtpl ttoUSuv

OvtTxu^av •

tf combattons et mourons pour nos enfants. »

On remarque, dans ravant-dernier distique, un brillant et gracieux éloge de la jeunesse ; en un mot, cette élégie, par le contraste et la vivacité des teiiïtes, est peut-être la meilleure (2).

La critique serait incomp1ète,si àFéloge ne se mêlait

Cl) Od. s , lib. III.

(i) Les trois élégies de Tyrtée ont été plasiears fois imprimées; il y en a des éditions soit anciennes soit modernes, Henri Estlenoe, Wiotertoo , Branclc et M. Boissonnade sont les noms les plus connus parmi les éditeurs du poète. L*abbé Sevin dit que Fol- ▼ius avait rassemblé jusqu*aox moindres vers de Tyrtée, épars çh et I& dans les écrits des anciens , & rexceptlon de celaf-d que le docte académicien avait trouvé dans un ouvrage de Gslien, et qui étant un hexamètre devait foire partie des élégies :

AtôGinroc âà ^ovTOç s;^6>v sv ortOsdc 9v/idy.

« Ayant le courage d'un lion furieux. »

CHANTS GUEBBIISRS DB LA GBÉCB. 385

un juste blàme.Nous ravons^dlt :Tyrtée chanta pour les .tyrans d'un peuple géïiéreut. Quel plus noble enthou^ siàsiné n'eût -il pas ex6\ié dahs les rangs de l'armée d'Aristomènes ! Aux noips sacrés de tertn « dc^ patrie , de liberté, son génie eût ému et transporté les âmes; mais ces grandes et saintes pensées auraient été un contre-sens dans la position qu'il s'était faite. Elles appartenaient plutôt à un poëte grec moderne , mort martyr de son dévouement à son pays.' Son hymne guerrier a naturellement éveillé mon intérêt , et > grâce à M. Fauriel qui a rendu aux lettres un véritable service, en publiant les chants populaires de la Grèce moderne , j'ai trouvé , en suivant mon système de littérature comparée , un hymne moderne à mettre en regard des chants de Tyrtée. Ri gas, auteur de cet hymne , était originaire de Thessalie. D'abord professeur de grec ancien et de français à Bucharest , a il n'eut bientôt plus qu'un rêve , au bruit de la « révolution française, celui de la restauration morale « et politique de la Grèce. » Il se mit à la tête d'une conspiration , et chercha à rallier à son parti tous les chefs de Klephtes , tous les Armatoles décidés à combattre pour la délivrance de la patrie. Après de nombreuses excursions dans les montagnes et un voyage à Vienne , où il fit imprimer un petit recueil de chansons patriotiques , il fut avec ses compagnons dénoncé , fait prisonnier et décapité à Belgrade , où il était entré à son retour de l'Allemagne. Avant de mourir , il endura , avec un courage admirable , toutes les tortures qu'on lui fit subir, pour lai arracher l'aveu de ses complices.

306 TYBTtB Wt IWA» .

11. Faqrial peaM que leshfmmspainoti^¥€$ éf f^ n'am pas m grmd mérùe paàiqm, etqm^^hà mèm. 11^ U donne ne paraitra peutritre pas une compmm (Uaingnie en tan genre. Ciepeiidant \0 mt^mU crilifue fionwieni que la» poésies de Rîgas iippressioiiaeiit «Mcore lef Grecs ap plus bamt degré, el,i\ rapporte à (Of tte occMNop qn fait irès^urieux » $|ui s'fist p^ssé lea Tanaée 1817 , devant un Grec d^ sa» aviis et ffo molue ou «aloy er voyageant ensemble jçq MacédPÎlQUÇ- S*étanjt arrêté dans un village ppiir J prepdire qudgpe Bepos f ils aatrèrent dan9 la boutifue d'an hoalaofçr » dont le garçon frappa leur vua p^r la beaitfé de ses tr,aJU. Après UQ court entreti^ av^ lies voyagieviYi ee jeune homne retira de f^ poitrine w livret qv'il leur présenta k lire : c'était l^ recHçîl ifis chansons de ftigas. Un des étrangers Le prit et coipinença i r^BÎter 1^ vers du poëte patriote. Dpr^iii la déçlamation I yne métamorphose s'était opérée^, c S09 a ^isag^ s*est enflammé , dit M^ Faurii)! qoi rapporte c l'aneedote ; tous ses traits peignent l'exaUetion; M se» lèvres eatr*oavertes frémissent 1 deii^ torrents M de larmes tombent de ses yeux , (sIl 4oot le ppi) a qui ombrage sa poitrine se redresse ^ ^'ajgitç et ^ tf crispe vivemwt en tout sen». p Ce p'étaU ppurJU^t pa# le première fois que le garçqp boulamg^r ^nt^n^iût le cbansee nationale de Rigas.

Je ne aaîs, pour mon compte , si c'iest iwe /aibl(BSse que j'accuse; mais jamais aucune ^ansoe/P^tjioniile ee iir'e liwt ému. Le liberté qui rinspîre.i Ji*est pas ui)K0 bacebe^eiv^e et échevelée ^i^i sort d'une lOrgie^ J^alprche ou le poignard à la main; c'est^ne^obusteel ogiir^geyse

CHANTS GiBUUltiRS DB LA GRÈCE. ^7

aiilaîôtie tpsi i tout m oombatlant la tyrannie , semble aVoit t>rM p(Hlf devise; ce ver» d^Homère :

imité par ce vers-ci du poëte patriote :

Koà. r^ç notrpl^oç hoLÇ va yévip &j9)^7<$c*

a Qu'un seul liommesoitle chef de la patrie, p

iMais en defnandllnt un chef, Rigds réclamé l'slppui de la loi :

O vdftoç va 'veu npûfvoç xol ^vo^ b^iQyàç»

a Que la loi soit la première et la seule règle, b

Digne de porter la croix du chrétien , il ajoute ^ « qu'elle ressemble à la servitude , Tanarchie où Itfs d borriMes se dévorent l'un l'autre comme des béies « féroces; u et tout en s'écriant , « qu'une beure de « liberté vaut mieux que quarante ans de servitude <f et de captivité , » il foît en présence de Dieu le glorieux serment du brave. Il apprend à ses compagnons que la Grèce les appelle , et « qu'il est plus beau de « périr pour sa patrie, que de suspendre des glands d'ôr tf à nne épée dévouée à l'étranger, n Pour queleijran pétigse jusque dans sa racine^roO tv/iAvvov q mia itk x'^y il dit aux conjurés : « Frappez , élevez la croix au haut « de vos bannières ; que la croix brille sur la terre « et sur les mers, et vivons tous libres etfrères.o

Il est malheureux qu'à l'apparition de la croix

(1) Iliad. lib. ii, v. SÔi.

388 TYRTÉE ET BIGAS.

sainte , le poëte n'«it pas fail monter ses chants jusqu'à Dieu. De beaux vers sur la vie future eussent ici convenablement trouvé leur place. Quoi qu'il en soit, la chanson de Rigas figure honorablement dans le recueil de M. Fauriel. Elle sera l'écho durable des cris de l'opprimé , sous le joug intolérable des pachas. On ne lit pas de sang -froid le détail des cruautés et des perfidies d*Ali , pacha de Jannina , qui forçait par ses persécutions les Grecs de s'expatrier , et , comme le dit le savant littérateur , a de quitter le pays où le cr ciel sourit le plus doucement à la terre , pays c des belles montagnes , des belles vallées, des belles v( fontaines ) où les mères et les sœurs, les épouses a et les maîtresses savent le mieux aimer, b

On peut joindre à l'hymne de Rigas deux courtes chansons, qui rappellent les guerres des Souliotes contre Ali pacha. Ces deux petits poëmes , ces deux âMLUches Uephtiques sans nom d'auteur, avec les formules de début qui leur sont propres , ont une physionomie fière et quasi-sauvage. Il y règne un ton de rudesse et de simplicité qui contraste avec le langage élégant et poli de Tyrtée , où l'art parfois remplace le naturel. Sans doute, au point de vue de la forme, les élégies de Tyrtée sont supérieures aux chansons Uephtiques; mais, au fond, celles-ci ont une couleur plus vraie, plus fraîche et plus primitive. Le génie grec moderne , plein de fougue et de liberté, veut plaire à la masse plutôt qu'à la partie cultivée de la société. Le génie grec ancien , au contraire , calme et sage , gracieux et tempéré , attaché au culte de la forme , semble être quelque peu ésotérique ; il recule à l'idée de

Page 1