‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 4 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CesBiOB de rtle au Plsaos. — Snocello dit Giodlce.— Traité des Corses avec les GéDOis. — VincenteDo d'Istrla. — Compagnie de ^t-Georges.

Après la mort du héros législateur , les marquis de Massa (famille des Malaspina), sous la protection desquels les peuples cis-montains de l'Ile (2) étaient

(1/ Les familles de Caporale tétaient les maisons Carapocasso , €asta , 4^rbara , Pastoreccki , Casabiania , Pruno^ Pelrica^io , Ortale, Cbiatra, Matra, Panctxf r<'ICfii« » Saoc^o-Antoniao , Arenofio , Omessa , Luco.

(8) La Corse est partagée par une haute cbatne de montagnes qui commence derrière Aieria , et coupe Ttle en deux parties , quoique inégalement. A cette division nfltureile., on ep ajouta

placés , y exercérenl 66 ans le pouvoir exécutif; ils ne changèrent rien à l'organisation de Sambucaccio, et instituèrent au-delà des monts le conseil des six, à riiiâtar du magistrat des douze.

Alors régnait le fameux Hildebrand , Grégoire VU, ce petit moine de ebétife apparence , qui fit tremblct les plus bafdis potentats; qui , pendant plus de douae années , occupa Tllalie entière de ses réformes , éé sa magnanimité et des écarts de son génie. Grégojr» VII ne manqua pas de revendifjuer les droMs que hài attribuait sur la Corse l'ancienne donation de Cbarlemagne. La cour pontificale n'était jamais entrée directement en possession de l'Ile. Elle n'avait pais osé réclamer un pays tombé en d'autres mains. Mais le fier et habile pontife , qui tenait pour maxime que, là oà la peau du lion ne peut atteindre, il faut joindre cette du renard, envoya i»ur les lirux un préhU négociatevr

une autre , relie «Je pays d*en-{Jeçà el de fwiys d'au-delà des monCf ; il y eut encore la division de bande, de benda di denlro (bande endedans) el benda di fuori (bande en-dehors). — On supposait dans ce dernier cas une ligne tirée de Porlovecchîo au golfe de St.- Florent. La partie orientale élall la benda di dentro; la partie occidentale , benda di Tuori. Ce qui venait peut-être de ce qae les habitants de Baslia et ceux de la plaine d*Aleria, se regardant comme les plus civilisés , appelaient cenx du côté opposé « gens du dehors ou étrangers. Au reste, ces dénominations dVn-deçà et d'au-delà des monts sont équivoques; employées réciproquement par les deux parties , elles cessent de convenir en changeant de lieox. Pour mol , j'appelle toujours , dans cette Histoire, peuple au-delà des monts , les habitants du midi de la Corse dont Ajacdo est la capitale ; et par peuples c'S-monlains ou en deçà des monta, j'entends les habitants du nord de Ttle dont Bastia est aujourd'hui la ville principale.

20 SLR LES MOEURS ET l'hISTOIRE

qui (létormiiia les Co'rscs à se déclarer sujets de l'église romaine (1077).

Bienlôt , les papes donnèrenl la possession entière de l'ilc aux évéques de Pise, moyennant une redevance annuelle. Ces derniers y envoyèrent un gouverneur biennal , revéUi de tous les pouvoirs. Il résidait à Biguglia. Là se réunissaient les vedute (assemblées générales de la nation ) , et se tenaient les cours de justice , ce qui fit donner à ce lieu le nom de residenza délia ragione.

Cet accroissement de puissance excita la jalousie des Génois, ennemis des Pisans ; et, en 1 195 , sous un vain prétexte , ils s'emparèrent de Bonifacio et acquirent ainsi un premier établissement en Corse (i). Un tel envahissement fut suivi de plusieurs autres. Sinucello dit Giudice , descendant des comtes de Cinarca , déploya pendant plus de 4o ans un rare courage et d'inépuisables ressources pour la cause de Pise ; mais la trahison le livra aux Génois , et , en 1284 une grande défaite navale, essuyée par les Pisans, devint le signal de leur expulsion définitive de Tile.

Les Pisans avaient perdu enCorse un puissant levier, dès le jour où ils se constituèrent les adversaires du pape , en se faisant Gibelins » amis de TEmpereur. Les Génois, au contraire , étaient Guelfos. Ces que relies de Germanie, pour lesquelles on dépensa tant de

(t) Oberto Foglieta , écrivain génois du XVI'. siècle , a supposé h tort que , dés 806 , Gènes ayant conquis l*tle sur les Maures , ravale réunie à ses Etals (Annal. 9, lit), t ) , erreur reproduiio par les historiens Casoni et Giusliniani. V. Eginhart ( Annal, rer. franc, t. 11), el Pclr Cyrn. lib. 2. p. 133.

sang el de Irésors , avaient passé en Corse. Les insulaires se groupaient à chaque occasion autour de leur bannière Guelfe ou Gibeline. Malheureuse Corse! comme si ce n'eût pas été assez de ses propres passions pour la tourmenter , comme si ses piopres discordes n'eussent pas suiB pour épuiser ses forces, elle devait encore éprouver les passions des pays voisins, et le fatal contre-coup de toutes leurs dissensions ! Ajoutez à tant de malheurs les incursions des pirates africains, qui venaient toujours dévaster le pays.

Pour surcroit de désordre , une secte politico-religieuse , la secte des Gxotannalx (son fondateur était Jean , de Tordre de St François), qui avait plusieurs traits de ressemblance avec une société fameuse que nous avons vue nailre et s éteindre dans la capitale de la France, se forma alors en Corse. Toul était commun entrii les frères , 1rs femmes comme le reste. Ils portaient un costume bizarre » proclamaient de nouveaux dogmes avec un culte particulier. Leur existence était un fonds inépuisable de ridicules et de cynisme. Leur extermination fut prôchée dans toutes les églises. Après une guerre longue et qui Gt couler des flots de sang , ces SaintSimoniens Corses du XIV^. siècle , périrent tous martyrs de letn* croyance. Le village de Carbini avait été le berceau de la secte.

Les évéques dePise, investis un moment d'un pouvoir presque sans limites dans leur propre cité, fureut expulsés par les guerres civiles ; et la république de Pise avant hérité de ceux qu'elle chassait , la Corse devint une dépendance de la commune Pisaue.

Cette domination , d'abord douce et tutélaire, prit

22 SUR LKS MOBURS KT l'HISTOIRE

enguîte tous les caractères de la violence. Déchiré en tous sens par les partît , le pays souffrait tous les ravages de la guerre civile. Dans cet état de misère et d'anarchie , le peuple s'assembla en diète dans le cotivent de Morosaglia , où il s'agissait de trouver de$ mesures de salut public. Le Capitole ne tenait guère plus de place chez les Romains que le couve )t de Morosaglia chez les enfants de Cyrnus. C'était, comme je l'ai déjà dit, le lieu saint delà Corse; là, par une de ces résolutions précipitées que n'avoue pas la pru< dence et que le désespoir conseille , le peuple déféra la souveraineté de Tile à la république de Gênes (i). Depuis lors , le Doge appelait toujours la Corse r a notre royaume; d devant lui on portait un sceptre. Rédigé le 12 aoàt 1347 , l'acte de cession fut envoyé à Gênes par quatre délégués de la diète, et ac> cepté parle chef de la république , qui jura d'en observer fidèlement toutes les clauses. Ce traité établit dans File deux espèces de lois et deux formes de gouvernement ; lune , sous le nom de Statuts Corses , fut adoptée dans la terre de commune ; l'autre , sous le nom de Loi Féodale fut conservée dans toutes les baronnies (2). Il portait que les Corses seraient tenus

(1) L'admilUstradon des Pisans avait duré depuis 1090 jusquVn 1300. Biguglia, aujanrd*hui polit village à (rois kilomélrcsdc Bastia, était la capilalo de l'tle. Elle ne cessa de Télrc qu>n 1880. époque h laquelle fut construit le bastion qui est devenu la ville do Bnslia.

(2) On ne connatl pas exactement (ouïes l(s conventions q|ii furent arrêtées avec les terres des communes. Los décrois des litres publi<*s on! élé si souvent exposés aux ravages de la guerre , qu'il ne s*en est presque pas conservé.

DE LA CORSE. a3

de payer vingt livres par feu à Gènes qui, en échange, s'engageait A maintenir Tordre et la sécurité. La garde des droits et privilèges était confiée au souverain magistrat des.Qouze pour la partie cismontaine , et des Six pour la partie d'outre-monts. Un membre de ce magistrat ^ sous le titre adorateur , devait résider à Gènes pour représenter la nation corse. Aucun impôt nouveau ne pouvait être établi que de Tavis de Torateur et du magistrat dont nous avons parlé. Le syndicat ou trilyinal suprême était composé de Corses et de Génois. Il rappelait les tittMt dominici de Charlemagne ; cette magistrature mobile et ambulante faisait le tour des provinces et exer* çait une rigide surveillance , une espèce de pouvoir censorial sur tous les fonctionnaires.

Le pacte du 12 août 1347 t destiné à unir deux peuples par les liens de Tamitié , devint une cause perpétuelle de disputes et de guerres sanglantes ; et s'il était permis de faire intervenir le ciel dans les événements ordinaires de la terre, je dirais quMl parut inaugurer , par un funeste coup d'état , la prise de possession de la république ligurienne. La peste , apportée de l'Orient par un bâtiment génois , pénétra dans rtle et enleva les deux tiers des habitants (i). Elle détruisit en Europe les trois cinquièmes de la population. On appelle ce fléau pette de Florence ^ parce que Boccace , natif de cette ville , en a décrit éloquemment les désastres. C'est ainsi que la grande peste de l'Asie et de la Grèce fut nommée

il) Villani, Cron. di nor. lib. 2t.

a4 SUR L^HISTOIBR ET LB8 MOKURS

peste d Athènes, parce que Thucydide nous en a Iransmis les détails non moins instructifs que touchants.

Soit impuissance , soit mauvais vouloir , Gènes n'accomplit aueuni' des obligations qu'elle avait prises solennellement envers la Corse. Peu d'années après, la république ne possédait guère dans Tile que Calvi et Bonifacio. Une société dite la Ma(ma[i]^ formée entre cinq gentilshommes génois , entreprit à ses frai« de soumettre le pays et de le régir à son profit. Gènes lui abandonna la Corse à titre de fief.

Les cinq sociétaires préparent un armement con« sidérable, et se rendent en Corse avec la qualiié de gouverneurs , qu'ils s'attribuent de leur autorité privée. Mais leur despotisme ne larda pas à exaspérer tous les esprits. L'un de ces petits souverains ne craignit point de faire pendre devant la porte de son palais un homme du peuple qui était venu lui exposer ses griefs et demander justice. Ce trait de révoltante tvrannie mit le comble à Tirrltatijon. La nouvelle aussitôt communiquée aux cantons voisins , parcourut Tlle en quelques heures. Dans les circonstances critiques, on se portait sur les hauteurs, et l'on appelait les populations des lieux les plus proches. Le cri sacramentel de vive la liberté ! vive le peuple l cri qui faisait trembler les oppresseurs de rUe , veientiss»it an loin comme la voix de la renommée.

Henri de la Rocca obligea les gouverneurs de la Maana, humiliés et vaincus , à quitter le pays. La

(t Nom du bAlimenl où était située non adminltlr.tMon.

DB LA COASB* ftS

bmille des Campo Fregoso génois qui Avaient occupé le trône ducal , hérita de leurs droits , el s'empara de presque toute là terre de commune. Les Espagnols à leur tour se rendirent maîtres de la région ultraimontaioe II faut savoir que, dès 1:297 le P^P^ Boniface VIII s'était avisé de céder la Corse aux rois d*Arragon. Aucun d'eux, jusqu'en 14199 n*avait essayé de s'en uietlre en possession. Mais à cette époque , Alphonse résolut de tirer parti de cette do mination , et il arriva dans Tile avec des forces imposantes. Il fut accueilli avec enthousiasme par 4e6 seigneurs d'outre- monts et par le neveu de Henri de la Rocca . Vîncentello distria . qui soutint ^^6 ans la lutte la plus acharnée contre les Génois, et le» chassa de presque toutes leurs positions. Le drapeau de la république ne flottait plus que sur les murs de Bonifacio (j), lorsque Yincentello tomba au pouvoir d'une galère génoise qui le fit périr (i435).

Malgré les diverses dominations, toutes oppressive», qui avaient pesé sur elle, la Corse montrait toujours la même instabilité politique. Elle imagina de conférer Tinvestitur-e de Tile à la célèbre compagnie de St.-Georges, fondée à Gènes, en «346, par le patriotisme de vingt-neuf citoyens, pour venir an secours du gouvernement dans la détresse. Puis , mécontente de ses nouveaux maîtres , elle rappelle les Campo Fregoso ; en 1466 , ces derniers transportent

(1) V. dans Pierre Cyrnée le récit proliie , mais véridique « du siège mémorable de Bonifacio. Les Temroes allaiiérent les cornballants eifétiaé». L*arm^e d'Alphon^p fut obligée de se retirer.

Page 1