‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 5 sur 64 · SUR L*HI8TOUE ET LES MOEURS · texte numérisé non relu

SUR L*HI8TOUE ET LES MOEURS

la souveraineté de l'tte au doc de Milan. Plus tard , les Corses se donnent au prince de Pîombino , bientôt expulsé par la compagnie de St. -G écries qui resta matlresse absolue du pays. Elle ne parvint toutefois, qu'après des efforts inonis , à abattre les deux puissantes familles de Jran PanI et Rinuccio de Leca.

On voit par quelle série de lM)uleversemenls et de révolutions , la Corse a passé , surtout depuis la chute des Pîsans. Dans ce long espace de temps , l'état normal du pays a été un état de guerre perpétuel. Les populations naissaient , croissaient et mouraient au bruit des armes et dans le tumulte des insurrections. Le pays entier offrait Timage d'un vaste champ de bataille, où des ennemis, entraînés par une égale foreur, s'enlredétruisent sans pitié. La guerre civile était partout, dans toutes les maisons , et , pour ainsi dire , au sein de chaque individu; anarchie féodale au-delà des monts, anarchie démocratique en -deçà. Il est vrai que si la Corse se donnait . se révoltait , retournait an premier joug , appelait un autre tyran , elle ne faisait en cela qu'imiter l'exemple des Etats voisins. Pise , Florence^ , Sienne , Gènes , présentaient le spectacle de la plus déplorable mobilité. Florence avait été jusqu'à élire Jésus-Christ , roi du peuple Florentin. Gènes abandonnait à une de ses factions la moitié de sa ville , acceptait par intervalles l'autorité du peuple , celle des corporations , s'humiliait devant un doge , le chassait , applaudissait ensuite à un valet d'auberge i aussi a*t-on nommé Gènes une république de

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mauvaise vie ; mais à travers tous ses changemeats , la Corse, de même que Gênes , cherchait la liberté et le bonheur , bien malheureuse de n'en pas trouver le chemin.

La différence entre les institutions de la terre de commune et de celle du pays d'oulre-monts restée sous te pouvoir des barons , était déjà une source de calamités. La position prise par les Génois à Boni* facio et Calvi , vint aggraver cet état de choses. Les inconvénients ^'accrurent encore le jour où l'on cffnt la souveraineté de File à la république ligurienne ; car cette puissance, qui se traînait alors dans le désordre^ était peu apte à tenir les rênes du gouvernement, chez un peuple divisé en factions. Enfin , l'acte arbitraire par lequel Boniface VIII voulut planter le drapeau arragonais sur les rivages de l'Ile , rendit la complication inextricable.

De là , il ressort un fait peut-être unique dans les annales des peuples, c'est que l'union était impossible dans ce petit pays qui renfermait des éléments si nombreux de discdirdes; et, au milieu de cette couche épaisse de sang laissée sur le sol , au sein de toutes ces agitations politiques , on ne voit pas surgir une seule idée d'ordre , une seule pensée de nationalité. La plupart des chefs songent bien plus à recouvrer leurs domaines qu'à affranchir leur pays. Les capo^ raux , espèce d'abord de tribuns du peuple , institués pour protéger le faible contre les envahissements du fort , se rendirent héréditaires , et devinrent le fléau de leur pays. Exempts de toute sorte de taille ^ ils prétendaient rester en-dehors des lois générales ^ ^t

iS suK l'histoike et les mokurs

l'é^hté. leur semblait de Toppression. Abusant ée rinftuenee ifu'ils avaient acquise ^ il la vendaient au premier ambitieux , corse ou étranger, qui voulait s'emparer du pouvoir , et ils se noyaient d'autant plus illustres qu'Us affligeaient davantage leur malheureiiie patrie. On peut lire à ce sujet Giuslîniani , évéque du Nebio , dans sa Description de la Corse ; il reproche justement aux caporaux, aux chefs duf peuple d'en deçà les monts, d'accorder leur proloetioifr aux homicides , aux voleurs , et de leur doimer à tous dq mauvais conseils. Il dit qu'ils se rendaient chez le gouverneur , et mettaient tout ei% œuvre {)our obtenir la liberté des prévenus.

Le sort paraissait avoir tracé dans son livre d'airain le mot malheur, au-dessus du mot Corse. Quel spectacle douloureux que celui d'un peuple en proie à d'éternelles dissensions , écrasé pendant des siècles sous le fardeau de tant de misères l il doit toucher profondément toutes les âmes généreuses. N'y a-l il pas en elles une eorde sympalbique qui répond à kmtes les douleurs de rhumanité ? Est-iL un peuple étranger dans la famille des peuples 2 Toutes les détresses de rbonime n'ont-elles pas droit à la piliê de VbomiMe? On verra plus tard que ni |e^ efforts dn plus sublimie patriotisme , ni I js prodiges di| oovrage le plqs héroïque, ne purent arracher U Corse à tant de Hiaux accumulés sur ses babitaats , soumis sans relàobe à toutes les horreurs de U guerre, ou à toutes les corruptions de la paix.

Nous avons laissé le royaume de C^rse (c'est ainsi qu'on rappelait) entre les nftius de la banque de

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St.-tieorges. L'administration de lile éUit considérâe par elle comflie une affaire de commerce , ei traitéiê toujours ious le point de vue de la recette et <de la dépense. Dans ses nécessités financières ^ Gânet avait empranié des sommes considérables à cette compagnie dont eUe ne put se libérer qu'en lui cédant la jouissance de la Corse. Que Ton se figure par <|uel système odieux de perception , une telle 9ù* eiélé de fuarcbands dut pressurer ce pauvre pays t Elle prit sa cupidité pour ta mesure de ses dmtS', ne vit dans sa possession temporaire qu'une ferme à exploiter à volonté , et dans les insulaires qu*un assemblage de serfs à abrutir. Que risquait-elle 7 Un théologien génois n'a-l -il pas écrit que les lies étant séparées d^a continent , sont excommuniées ?ak la

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