‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 7 sur 64 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Coiqitte de Ttle par leori II , roi de Fraiice.~Caraetère hèrolqpe de Sanpiero - Traité de Cateai.Gaiiikréas.~Nort deVamiia.— Aasassiut de Sanpiero.

Ici , l'histoire commence à s'éclaircir » et nous marchons avec assurance sous la conduite de l'illustre de Thon. Auparavant , le champ est vaste pour les divers partis , et tout est couvert d'une nuit si épaisse que chaque écrivain a presque la facilité de supposer des événements à sa fantaisie , comme dans une obscurité profonde plusieurs personnes peuvent assurer , avec la même hardiesse et la même apparence de raison, qu'elles voient des objets entièrement différents.

La guerre qui éclata en Italie (i553) entre Charles- Quint et Henri II, roi de France , offrit une occasion

(1) Guicciardiol , lib. 7. cap. a, p. a87.-Jacot)i , t. l''^, p. 310.

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nouvelle aux Corses de montrer tout ce qu'il y avait d'incompatibilité entr'eux et les Génois , et combien la haine qui les divisait était tenace et profonde. Pour punir les Génois d'avoir embrassé le parti de Charles-Quint , et se procurer des ports et des mouillages d'un abri assuré, Henri II résolut de s'emparer de la Corse , lie admirablement située pour servir aux Français de place d'armes et d'enlrepôt de toute espèce.

Un Corse né à Bastelica , élevé en Italie chez les Médicis , devenu un capitaine renommé , Sampiero d'Ornano (i) fut I ame de 'l'entreprise. Entré au ser> vice de France en i54o , il était arrivé au grade de maréchal -de-camp par sa belle conduite militaire. Au siège de Perpignan, le Dauphin qui fut roi depuis sous le nom de Henri II , témoin des effets de sa rare valeur , et saisi d'un noble enthousiasme , ôta la chaîne d'or avec tous ses ordres qu'il avait au cou, et en décora l'illustre insulaire. Il voulut qu'il jouit du privilège de porter les fleurs de-lis dans ses armes, après lui en avoir vu soutenir ^i glorieusement les iotéréts. On ne pouvait témoigner avec plus d'éclat une admiration sans humes. Un auteur dit à ce sujet que Sampiero valait plus de dix mille hommes (2). Le président De Thoa l'appelle vir bello impiger , et animo inmetus.

(1) l\ tjouU k son Qom celui d'Ornano, parce qu'il avait épousé Vanaina de la maison d'Ornano, Tune des plus distinguées el des plus riches du pays.

(i) T. Hist. de De Tliou, lib. 41, cap. 3i. V. aussi Fourquevaux, ei Us Corses français , par Lliermile de Soulier.

3a iUR l'histoiiik et les moeurs

Saïupiero éUil Teoikemi juré des Ijriaiii^ de «a pairie; il n aspirait, depuis long-leiiips, qu après le jour où il pourrait i'affrancbir de ce joug ignomi- Qieu& , et laver dans le sang des Génois les outrages dont ils n'avaient cessé d'abreuver son pays. Il suivit en Corse le maréchal de Thermes à qui fut confié le commandement supérieur de l'armée.

A la voix, de Sampiero , les populations de Tintérieur et les cités reconnurent partout Tautorilé du Roi de France. Cet intrépide guerrier se signala par les hauts-faits les plus brillants. Sa gloire éclipsait celle de tous les autres officiers. Le général en chef lui-même n'exerçait guère , en présence de son subalterne, que l'influence attachée à son grade. Il ne put pardonner à Sampiero son immense popularité; il lui voua une haine funeste ; il persuada i Henri II que Sampiero ne combattait que. pour son propre compte, et que l'intérêt de la monarchie le touchait moins que la petite rojauté dont il poursuivait le séduisant fantôme, à travers tant de périls et de vicissitudes.

De Thermes ne comprenait pas la grande ame de Sampiero. Le héros corse désirait voir sa patrie non seulement heureuse , mais suffisamment glorieuse. Comfnei>(> accepter dès-lors la domination génoise? Il savait, d'ailleurs, que la Corse ne pouvait être* li*« dépendante , que sa situation géographique , la faiblesse de sesi ressources et de sa population la condamnaient nécessairement à relever d'un autre Etat. De tout temps la Corse avait admis comme une nécessité politique le protectorat ou la souveraineté

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d uj9e puisëance éUaiigère ; elle n'exigeait ([u'um» condilion U'up souvent violée ; le maintien de tes coutumes , et le respect de sa liberté. De là , ces éternelles luttes qui remplirent soa histoire de tant de malheurs et de prodiges. Passant de maître en maître, ioujoiur» écrasée , jamais vaincue y son sang coula tant cpi'elle eut du sang. Lorsque ses oppresseuis posaieot enfia le pied sur elle , ils ne foulaient qu'un cadavre* Combien de fois elle a bondi du fond de sa loa»be, pour y entraîner ses tyrans 1 Au moment où la vieille Europe gisait avilie sous des fers qu'elle ne sentait même plus , c'est de cette lie » de ce pofnt au milieu de^ mers , que s'élança vers le Dieu qui lit Tbomme libre , le premier cri de liberté.

Sampiero > rappelé en France, n'eut pas de peis.e a sejuslifier , et son retour dans Tile fut accueilli avec les démonstrations d'une indicible joie. Mais depuis son dépai;t ,. le général de Thermes , homme sans énergie et lans connaissance du pays , avait marché de Caute en faute ; il s'était laissé enlever , Tuue après l'autre I toutes ses positions , et il apprenait à ses soldats» plutôt à fuir qu'à combattre. L'arrivée dç Sampiero réveilla tous, les courages et assura le triomphe de la; France.. Eji vain lesGéoois, partout repoussés, envoient-ils ppur occuper les poçts d(^ l'île, André Doria ^ la plus grand homme de mer de cette époque. La iiiQt«»ire> qui n'aime pas les vieillards > parut toujpursi l'aib^inctanoer. Le vieux marin resta au-dessogs de sa reoomopéei et de l'attende commune.

Le magnanime Sampiero se vengea noblement des soupçons injurieux que le général de Thermes avait

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