SUE L HISTOIRE £T LES MŒURS
élevés contre lui ; grâce à ses constants et généreui efforts , la Corse fut , en 1657 ' î^^^orporée au royaume de Henri IT. Ainsi , dès ce temps , la France trouvait dans nie de vives sympathies.
Tranquille sous Tabri du trône , forte de ce puissant appui , la Corse salua cet événement comme Tère de sa délivrance. Mais ce n'était là qu*nn leurre , qu'une triste déception (i) : « Le roi , dit Sismondi , ne se fit pas scrupule de rendre à leurs anciens maîtres , les Corses qu'il avait poussés lui-même à la réyolte. » Le traité de Cateau-Cambrésis ( 3 avril iSSg), entre le roi d'Espagne e! Henri U. livra ce peuple à ses ennemis , et le sacrifia à une orgueilleuse et infidèle république. Henri H , dans son égoïsme diplomatique , oublia le dévouement dont la masse des insulaires avait fait preuve en sa faveur , et les flots de sang versés par des milliers de braves Le cabinet espagnol craignit que cette possession ne rendit la France maîtresse de la Méditerranée , il voulut la conserver à Gènes , son alliée 5 cette république faible ne pouvant exciter la jalousie d'aucune puissance , devait tenir la Corse dans une sorte de nullité ou de neutralité nécessaire.
Ce traité plongea Ttle dans la consternation , et il fut reçu par le cri Salva la fede, piutostoil Turco ( sauf la foi, plutôt le Turc), énergique expression de la haine des Corses contre les Génois. Les agents de St. -Georges reprirent possession du pays, et, pour remplir le trésor de la compagnie appauvrie par la guerre , ils commi-
(1) FiloD » but. de l'Europe au XVF. siècle, t. u , p. 338.
DE LA comsE. 35
rent des exactions odieuses. Ils confisquaient les biens de tous les chefs qui avaient suivi le parti français , d'autres fois ils les attiraient insidieusement à Bastia pour les livrer ensuite au bourreau. Bientôt on cessa de répondre à leur appel homicide , et ceuiL qui craignaient d'élre inscrits sur ces tablettes mortuaires , s'expatriaient ou se réfugiaient dans les forêts et sur la cime des montagnes.
Proscrit d'une patrie qui lui était chère , Sampiero passa en France , cherchant partout des vengeurs et des secours. Il se rendit jusqu'à Alger et Constantinople. Mais aucune puissance ne fit rien en faveur des opprimés; aucune d elles n'eut des entrailles pour ces insulaires
Enfin , Sampiero ne compta plus que sur son énergie, personnelle , et sur le courage éprouvé de ses compatriotes. Il résolut de se rendre en Corse pour obtenir là les moyens de délivrance qu'il désespérait de trouver ailleurs. Lorsqu'il allait accomplir cette belle mission , un infâme complot se tramait au sein de sa famille.
Les Génois savaient combien Vannina , épouse de Sampiero , tenait à l'ancien éclat de sa maison qui avait possédé de vastes domaines. Fallait-il que ses enfants fussent réduits par les erreurs de leur père , à traîner sans cesse une vie errante et misérable 7 Leur mère qui comptait de si illustres aïeux , devaitelle partager le sort aventureux d'un obscur montagnard de Bastelica ? On promit de lui restituer tous ses biens, de l'entourer de tous les honneurs dus à sa haute naissance , si elle voulait venir à Gènes
36 SUR L HISTOtftK ET LES MOEURS
avec ses enfants. Les Génois espéraient , une fois maîtres de sa femme et de ses fils, amener à eompo- 8ilion leur redoutable adversaire.
Sempiero était à Alger , lorsqu'il apprit vaguemenl les intelligences secrètes que la république ligurienne en4retenait avec sa femme. Pour éclaircirce mystère, il envoie en toute hâte à Marseille où Vannina habitait , l'un de ses amis les plus dévoués , Antoine de St. -Florent.
Vannina n'avait pu résister à TappÂt des brillantes promesses dont nous avons parlé. Elle étail |iartie pour Gènes avec le plus jeune de ses fils. Mais Antoine de St.-Ftorenl court à la poursuite de la fugitive , la rejoint en vue d'Antibes, el la ramène par terre à Aix , pour attendre les ordres de son mari. Sampiero ne tarde pas à arriver. Son ami 1 aborde d'un air inquiet et abattu , et lui raconte la fatale nouvelle. Sampiero en proie à une immense douleur , va frapper à la porte de Vannina ; il est introduit; couvert de sa terrible armure de guerrier , il apparaît à sa femme tremblante . qui, par un mouvement involontaire d'eflfroi , essaie de se lever du fauteuil où elle était assise ; Sampiero l'arrête aussitôt . et lui dit d'une voix frémissante de colère: Tu vas mourir ! Puis, il la conduit à Marseille , où ils arrivent sans avoir proféré uno seule parole. Alors , Sampiero rompt ce lugubre silence: Quoi ! s'écrie-t-il , tu as voulu , mal heureuse , vendre l'honneur de Bastelica . faire servir tes fils de Sampiero de marchepied aux oppresseurs de leur patrie! et tu as espéré que je souscrirais à l'opprobre que tu cherchais à imprimer sur mon nom !
Dfi L4 GOIUB. 37
Gr)raod Ojev y /aul-il qae je trouve des Irekres jusque dans les nieiis ! ah ! si je te pardormais, Je serais ton complice. »
Yannina avoue son crime et demande la mort. Sampiero se sentait ému ; sa main qui tenait un pistolet était prête â le laisser tomber , lorsque ses jeux s'arrêtent sur l'écharpe qnl attachait la robe de Yannina et lui servait de ceinture; elle était blanche et ronge , couleurs abhorrées des drapeaux génois. A cette vue , le front du corse devint plus courroucé et plus livide , il voulut parler , mais sa voix ne sortit que rauque et comme un rugissement , et arrachant ces insignes maudites, il lance autour du cou de sa femme l'écharpe de soie , et avec ses deux mains il la serre ; on n'entendit pas un cri , pas un gémissement ; Yannina était déjà morte de chagrin et d'horreur. Il n'y avait en pourtant dans sa conduite qu'une faiblesse d'épouse et de mère ; ne croyant pins possible la lutte contre Gènes , elle voulait obtenir l'amnistie pour son mari , et de l'emploi pour ses deux fils. De Thou raconte autrement que nous les circonstances de sa mort : a Comme Sampiero, dit-il, voulait faire venir des esclaves turcs pour le supplice de Yannina , celle-ci ne le pria pas de lui accorder la vie , elle le conju>*a seulement de rendre son ame à Dieu , non entre les mains de vils esclaves , mais dans celles de l'homme qu'elle n'avait choisi pour son mari qu'à cause de sa valeur et de son courage. Sampiero demande alors humblement pardon è sa dame (c'est ainsi qu'il appelait toujours sa femme ) ; puis , ôtant son chapeau , il lui
38 SUR l'histoire et les moeurs
mit un mouchoir autour du cou et l'étrangla. » De Thou ne parle pas de Técharpe génoise dont la vue exaspéra Sampiero et^le rendit inexorable. Au reste, il est difficile de savoir parfaitement la vérité sur ce dernier entretien . puisque personne n'en fut témoin. Loin de prendre la fuite pour se soustraire aux poursuites de la justice , Sampiero , après ce tragique sacrifice , ne craignit point de se montrer à la cour de France où il fut accueilli par des murmures. U ne descendit pas à des explications indignes de son rang ; il se borna à découvrir sa poitrine, et fit voir les cicatrices des blessures qu'il avait reçues au service de la France. La fierté de son attitude prouva bien qu'il n'admettait d'autres juges entre sa femme et lui , que sa conscience et son pays. On n'osa pas instruire contre Sampiero. Certes , nul ne saurait applaudir à l'acte de dictature féroce qu'il exerça sur Vannina. U abusa cruellement de Taulorité maritale ; une éclatante ré'pudîation l'eût suffisamment vengé. Mais il fallait que sa haine contre les Génois fût bien implacable, puisqu'il immola sa femme par cela seul qu'elle avait voulu traiter avec eux. La patrie était son Dieu ; il eût tout sacrifié à sa défense. Gènes devait être contente, elle avait mis un souvenir poignant dans la viede son plus irréconciliable ennemi. J'ai dit plus haut que Sampiero , quoiqu'il n'eût reçu ni subsides ni secours , ne renonçait pas à enlever la G)rse aux Génois. Le 12 juin i564> l'audacieux guerrier débarqua dans l'Ile avec quelques hommes de cœur. La nouvelle de son arrivée se répand comme un éclair , et produit la plus vive sensation.
SB LA COKBR, Sg
Ba pelUe armée gro6sii peu A peu ; d'abdrd, Sampiett» iiMflaiiUe pittièt â un prince qtii vi«ile ses fitato , qu'à un général qui entreprend la conquête d'une province. Mats on accourt bientôl en foule sens sa bannière. Il orgaiiiee des milices nationales ; il s'attacbe surtout à rétablir la paix entre les familles divisées , à conclure des trêves entre les partis^ ^ à embraser toutes les âmes d'un ardeiH patriotisnpe'. SatacUque est toute dans la rapidité des mouvementa^ il semble se multiplier et faire naître , pour ainsi dire , des soldats sous se& pas ; il faudrait des voulûmes pour relater les nombreuses phases de cette lutte de tous les jours , de tous les instants, de œ duel inégal entre la république de Gènes , ajawi poMc second le roi de toutes les Ëspagnes , et Sam:pîera livré à ses propres ressources , dans un pa^t« tant de fois ravagé-. Toujours le prc^mier à combattre et le dernier à l^a reUraiie, cet bomme de fer, vêtu , nourri comme le plus humble de ses compagnons d'armes , éta'ii un objet d'admiration universelle.
Que d'obstacles iii avait à briser l Mal secondé par ses lieutenants , quelquefois délaissé par eux , il eût eotièremenl détruit le» Génois,- si les rivalités des chefs, si la trahison n'eussent paralysé les prévisioas de son génie et arrêté les coups de sa main. Sampiero , sous ce rapport, pouvait s'écrier comme Agésilas dans une circonstance analogue : O mes compatriotes-, vos plus grands ennemis ne sont pas les Barbare»! L'histoire si intéressante de la Guerre de l'indépendumeês paf* M- Arrighi , n'atteste que tr<yp cette vérité. Mais il faut reconnaître qu'à part les jalousies
4o SUR l'histoire et les MOEï rs
et les (lissonlimenis déplorables qui éclataient entre les chefs , le peuple se montra très-uni et très-dévoué à la cause de Sampiero ; les habitants de Tile qui se livraient des combats perpétuels , lorsque la justice génoise était le plus sévère et quMls avaient , sans cesse sous les yeui , Texemple des peines les plus terribles , vivaient en une telle harmonie , bien que libres et sans frein , depuis le commencement de la guerre, que celui qui aurait ignoré leur passé , n'eût pu croire que des haines particulières eussent jamais divisé ces hommes (i).
Quant aux commissaires de la république , ils avaient recours à des moyens abominables pour asservir le pays. Ils agissaient hien plus en chefs de pirates qu'en généraux de troupes disciplinées.Etienne Doria incendia, dit Filippini , jusqu'A is>3 villages ; il ne marchait plus qu'à la lueur dos toits embrasés; il tranchait de 1 Attila. Le Vandale avait dit: Partout où passe mon cheval, l'herbe ne reverdit plus. Le général Ligurien pouvait tenir le même langage ; ce qui mit le comble à son horrible joie , c'est l'incendie de Bastelica , lieu natal de Sampiero, foyer de la nationalité corse, quartier général des milices indigènes.
Mais il était plus facile de brûler les villages que d'en subjuguer les habitants. Les Génois s'aperçurent que jamais ils ne pourraient venir à bout des insulaires , tant qu*ils ne les auraient pas privés de leur
(l) Filjppini, Mb. 7. Cet aut(>ur , co»itpmporafn ôe Sampiero» montre une eiactitude remarquable dans tous les faits dont 11 a été témoin et qui se sont accomplis dans les temps où il a vécu.
invincible chef. Le successeur d'Etienne Doria débarqua donc dans l'ile avec une bonne escorte de sicaires et d'assassins. Souvent la république avait tenté de se défaire de Sampiero par le fer ou par le poison , mais on n'avait pu encore arriver jusqu'à loi. Il faut le dire , et ce sera un étemel honneur pour les Corses , jamais , dans le cours de leurs longues et sanglantes guerres contre les Génois , ils ne cherchèrent à assassiner un agent quelconque de leurs ennemis.
Viltolo, d'exécrable mémoire, Vittolo, que son niattre Sampiero traitait comme un fils , fut le misérable qui accepta la mission de lui arracher la vie. Le 1 7 janvier iSôy , lorsque, dans le village de Cauro , Sampiero jetait Tépouvante et la mort dans les rangs ennemis , Vittolo lui tire un coup de fusil. Frappé par derrière de la main de ce traitre , son domestique , il tombe et etpire.
Le cadavre ensanglanté du héros est bientôt entre les mains de ces lâches Génois qui avaient armé le bras de l'assassin. Ils en séparent barbarement la tête , la mettent au haut d'une pique , et la portent en triomphe à Ajaccio au commissaire de la république, qui fait sonner toutes les cloches, jette dé l'argent à la populace , et se livre à tous les traus"pprts de joie d'un Cannibale.
Telle fut la fin de Sampiero que Casoni (i), historien génois, appelle le plus grand guerrier que l'Italie ait possédé de son temps. Merello en parle aussi avec de brillants éloges.
(1) Casoni, iib. 7, p. 294. — L*abbé de Germ nés, Hist. des
^2, SUR l'HIST01B.E VT LBS MOEURft
La masse des insulaires voyait en Sanipiero le n* présentant armé de la nationalité ; c'était pl«a à leurs yeux quNin simple individu , c'était le pays personnifié , le symbole de la grande figure de la patrk au Xyp. siècle. Dans cette guerre dite de Vindèpenn <Umfi€ (événement le plus remarquable des annales corses jusqu'à l'insurrection de 1729.) , l'ambî» lion de Sampiero fut d'abattre la puissance génQJse. $an3 le secom's de l'Espagne , saJis l'assistance surtout qu'ils cherchèrent dans un crime odieii& ,. ies Génois eussent été inCa^lliblenient vaincus p^r* la te^ribljB épée du chef insulaire. Libérateur dfi paijrâ. Sampierp aj^r^it ensi|ite donné des lois et dnhi institutioBS adaplées aux mœurs des habUafits ; oaf ajvant toute- liberté ,. touil^ forme de. gou^rnemeal , toute or^^nis^tion sociale et politique , avant toiit pouvoir , £|vant toute chose : le salut de la nalîon. On peut dire qu'après l^aoli , dont il va bientôt 4ire question ,^ Sampiero est celui qui a le mieu^i^ deviné et çoniiu les Corses , et $ laissé les plus gloriew souveuii:s. Ce qu'on aime surtout en lui , c'est qu'il est tout cors^ y topt en ses actes respire Tamour de spn pays ; ce sentiment est la llumière de so» esprii, le secret de sa constance, de son infatigable actjvilé. U eut un fi)s et un petitrfils , Alphonse et Jean-Baptiste, qui furent maréchaux de France Accablé paii uqe affreuse maladie qt prêt à se soumettra à une opQi^^HoQ trèsrdangereiise ,. Alphonse , qui avait rend»
révol. de Corse , tome !•••. , p. 187. - Jmcohl, foo». !•'. , p. 405. Arrighi , Guerre de l'Indépendance.
mS L4 COBSB. {3
(lès sefyfees signalés à TIenn IV , vint lui faire àdk derniter^ ardîeux ; là, il dotlne eticore â son roi des ayiÀ importants; ilfelbôrte surtout à changer son conàreil et à se méfier du duc d'Epernon. Henri IV ne résisté phis, if se lève , il empirasse Alphonse , le serre (:fontrè son sern , rappelle son ami. Alphoi^se en est ému, Ib parole expire sur ses lèvres ; les pleurs de l'un et Aè Taiitre s'entremêlent ; ils se séparent, s'embrassëilt de nouveau ; et, ne pouvant plus supporter une scène si tendre et s! pathétique , ils s^enf nient , Tun dans son cabinet pour épancher sa douleur , et Tautrè pètrt* courir datis les bras de 1^ mort. Une autre fois ^énri tV demandait à Alphonse , qui avait èîè gouveràeilr de la Cuyeniic , ce qu'on pensait de lui danà cette proviilce: <r Sire, répondit Alphon^'e , votre peUpTë se plaint publiquement dos nouvelles charges dont ùù f(k aôcabfé ; Il ne Vous aime pas et il n*en peut plus , je crdKirs Ar^t son désespoir et une révolte. » Le tùà-^ Bàrqué remercia vivement Alphonse , et le tenant pit la main , dit en présence de toute la cour : a Depûîd mon avétiement â la couronne , je n'ai trouvé dans l'ë royaumèr ni prince ni particulier qui ni*ait parlé àttsst h'anchèkileriT qU^ Alphonse. »
CHAPrTRÊ IV.
iMUsthtiM lAM. — IteorncàM ée rà^
Toujours est restée chère aux habitants la mémoire de Saittpie^ô , ce Viriate de tèurà mohU^md (t). të
(1) Tirlàtè; AéÉli(ki|]l1ébëtgfer , cb«rë1ia à (féliVreV h LMUnWÛu
44 SUR l'histoire £T LES MŒURS
nom , au contraire , de Vittolo , son assassin , est diargé de l'opprobre universel. Depuis iors, tous les traîtres sont appelés en Corse ; Vittoli. Les éclats de joie sauvage que fit entendre la république à la mort du guerrier de Bastelica , la vengeance posthume dont elle poursuivit ses restes mutilés , les lambeaux de son cadavre apportés au gouverneur , tous ces traits hideux et caractéristiques couronnent dignement le tableau des atrocités génoises , et indiquent assez la terreur profonde qu'avait inspirée cet intrépide et indomptable insulaire.
Proclamé , dans une diète nombreuse, général des insurgés , Alphonse d'Ornano , son fils , qui fut plus tard maréchal de France , soutint la lutte avec des alternatives de succès et de revers jusqu'en 1569 (^)' Mais la Corse allait devenir le tombeau de la Ligurie ; toutes les ressources de la république étaient épuisées par cette guerre désastreuse ; Gênes la superbe , qui seyait être la plus humble de toutes les nations y lorsque sa politique le commandait , proposa alors une paix avantageuse et honorable. Les Corses furent rétablis dans presque tous leurs privilèges. On leur permit d'élire deux représentants ou orateurs , nommés l'un en -deçà , l'autre au-delà des monts , chargés de réclamer du sénat génois toutes les mesures qu'ils croyaient propres à assurer la prospérité de l'ile. On restitua aux proyinpes i^ltramontaines
joug des Romains. Désespéraut de le vaf ocre , (Jépioii le fit assas< siner»
{X) y. le po^me de Biagipo l^eca, relatif à cette guerre. ^
DE LA COASE. 4^
leur conseil des Six , et à la (erre de commune son ancien conseil des Douze.
La Corse , depuis si long-temps agitée , la Corse , qui a porté dans son sein plus de tempêtes qu'elle n'en voit gronder sur ses rivages , aspirait vivement au repos; elle accepta le traité, et ne songea qu'à jouir des bienfaits de ce nouvel état de choses. Mais exposées à être la proie des Corsaires algériens, de ces terribles hôtes que la mer vomissait toujours sur les c6tes comme des animaux malfaisants , les populations durent, pour échapper à leurs poursuites, se retirer sur les montagnes, et laisser sans culture les terres les plus fertiles. Il en résulta un rapide appauvrissement de File , qui devint presque déserte et perdit tout esprit national.
D'un autre côté , la république ne tarda pas à profiter du funeste assoupissement dans lequel était tombé le pays , pour éluder le traité , et réduire les insulaires à un complet ilotisme; elle s'arrogea sur eux droit de vie et de mort , et ne garda plus aucun frein. Rien n'est impitoyable comme les gouvernements faibles , et les gens qu'on a fait trembler ne pardonnent pas.
Nous allons entrer dans le XVII*. siècle qui fut pour la Corse le siècle de fer. — Dès i56i , Gênes avait ressaisi la puissance qu'exerçait dans Ttle Toilice de St. -Georges. Pour donner à celte dépossession un faux air de patriotisme , la république prétendait que les troubles dont la Corse était souvent le théâtre, avaient leur cause dans la faiblesse du gouvernement de la compagnie; mais elle était mue par ^ un sentiment
4Ç SDR L*HISTOII£ BT LBS MOBURS
^80iiiiel de cupidité ; elle Touiaii entrer en partage des gains réservés auparavant à un pefil nombre de familles. Elle justifia bien celte vérité , que la plu^ airooe de toutes les tyrannies, est la dominaiioo d'une réiMiMique de marcbands.
Srappés d'une sorte d'incapacité civile et poliâii|uei| l«0 Corses furent eiolus de tous les emplois. Les Génois régnèrent seuls , étendirent sur les personnes et sur les choses leur main oppressive ; ainsi, les Corses éUieol en possession immémoriale de faire eiamêmes le sel nécessaire à leur consommation ; l'éiaiig de Diane , où il s'en forme naturellement par la seule action du soleil , fut mis en ferme réglée ; Génaa s'eQipaira de oç monopole » elle établit une gabelle où les habitants devaient, sous peine de mort , aller prt^ndre leur sel au taux fixé On exigeait d*eux qu'ihi «nvoyassejM leurs produits dans les ports de Gènes où ib étaient forcés de les vendre à vil prix. Dans une famine on enleva tous leurs blés pour les conduire dans la capitale de la. Ligurie , espèce de pillage légal qiij livra li's insulaires à toutes les angoisses de la £aim^ Les gouverneurs génois disaient : Us Corses n*(mt droit qu*à une corde et une potence (i). »
L^ gouverneur -pnvojé en dernier lieu pour deux ans dans Iq pays >> y arrivait armé d'une autoriLé «juprôme , illimitée 11 réunissait en lui tous les pouvoirs civils et miiitaires> Les appels des jugements rendus
;i) Cpaulrapo Og"i unaano e divino rispello , perche avi^ano l*omnipotenza terribil flagellorhc alla massima parle deglf iiomini Inclinala airérrore ed al maie, giartirrtai si deve affldare ( Gitgori , !nlH)d. alFIslèrti df PWppInî).
DB LA COUftE. 47
par les ina^slraU de TUe , étaient portég devani, lui 9Hi de>vani Us deuji vicotres qui le remplaçaient. 11 4voqMait qu gré àa son dé^r , les procès pendants aux trlbqeanK; ipCériçurs.
hfiik foncUonnaiiiies gémuis appartenaient pre^cpie tous i la dasse la plu» pauvre de la nobksse Us n^eviMiefU d*«utre propriété qi«e leur piart au soleil , el d'autres moyens d*eu«l^#€e que les emplois q^'ipls oUtoAaieuà* l>es. juges sMlialberaes étaient ignei*ants auiaul 4|iie oiisérables. Ob les eût pria poiuf une Imuperokâirgéo de piller tiu £tai oon<|uis par la feir^o des armes ; leui maxime était que pour bien régir Ui#afâ , it faUait vider la bourse dea habilauls {àhe a ben reggere i Cars% bisagnaoa oastnoKgU nMa bestaai^ U» auteur a appelé leur admittislralioa : Un gam^epnemetOi de laujM.
Le grefe de (a juridiclion pénaie fut transformé» pas eux en ua vériftabie comptorir. Wor rachetait tous lea crmes . e< on acquérait à prix d'argent le droit datuer son eiuiemi. Les «lenrtrîers savaient ce qu'il faHaît plaeet* sur an des plateaux de la balance pour avoir Tisipuniliè. Si qtielquefois on^ voyait eomfaencer un siwulaere d'iBfttructiettv c'était oniqcMment da«s le but de donner au>x éoupabies^ou à leilrs patrorrs le temps, aricensaire d'apporter le prix honteux de la forlait«Nne^.
Quand un meurtre a vail eu lieu , l^s pai-eivts de la victime e»voy«ie&t leur plainte , ceux de yaasasrân accouraient pour empêcher Faclion de la Justice. Les plu^, oQrants Uiomphaienit. Qui majora^ dabit mu-
4^ SUR l'histoire et les moeurs
nera, victor erit (i). Si , retenus par un reste de pudeur , les magistrats n'osaient pas relâcher aussitôt les accusés , du moins la sentence demeurait-elle sang exécution. Le gouverneur pouvait en suspendre les effets , abréger la durée de la peine , la commuer en une amende au profit du trésor , ou y substituer le bannissement tiors de Tlle. Cet exil temporaire entrait dans les vues du sénat ligurien , en ce qu'il recrutait sa flotte et son armée de tous ces repris de justice ; de sorte que les parents de la victime ne recevaient par celte peine dérisoire qu'un outrage de plus.
Le gouverneur jugeait sans forme de procès , e» tn^ formata conscieneiâ. Il vendait des saufs-conduits au moyen desquels les condamnés parcouraient librement le pays, et venaient négocier leur absolution à Bastia. Il n'était pas rare de voir jusqu'à 4)^o^ personnes punies des galères dans les deux années que durait lo pouvoir du gouverneur, et de les voir toutes ab« soudre à la fin , ce qui produisait une double récolte. Chaque condamnation valait dix écus au fisc , et Ton en exigeait cent, plus ou moins, pour chaque acquittement. Le quart de ces sommes revenait de droit au gouverneur. Les meurtriers étaient-ils pauvres , le juge se hâtait de fairo preuve d^incorruptibilité et de les condamner. Mais ils ne lardaient pas à recouvrer leur liberté et à être incorporés 4ans les troupes de la république. Le recueil des lois, contenant les statuts
(I) Gia^ficazloixï' délia flvolutione diCorsica, parSaltlni. — Botta , Istoria d'Ital. , t. 8. p. t76.
DIS LA COESE. 49
Civils et crlmiuels de Tile de Corse, ne fut promulgué, selon plusieurs auteurs, qu'en i4^i ; ^'^ ^^ révisa en 1571. Les statuts civils régirent la Corse jusqu'à la. publication des lois de la république française. A chaque page des statuts criminels , bien plus défectueux que les statuts civils , on lisait : « Ed ogni âtirapena arbitraria al governaiore. » Le gouverneur avait le droit de juger inaitti reqiâ (en se conformant ou non aux prescriptions de la loi) , les voleurs, le^ faussaires, les assassins et les faux témoins (i).
On ne s'explique pas d abord comment Gènes pouvak agir ainsi envers la Corse ; il semble que si elle eât flatté Tambition it la vanité des notables du pays , inscrit leurs noms sur le Livre d'or , adopté un système of^posé à celui qui lui réussis sait si mal et qu'elle n'avait pas la possibilité de faire prévaloir , elle se fût attaché les habitants et eût Hiieax afferpii sa domination. On se demande comment les Génois ne virent pas que la Corse avait soif surtout de justice et de liberté , et que leur principe favori d'arbitraire, d'intrigue et de vénalité , n'était propre qu'à ruiner ce pays. On aurait tort de leur adresser le reproche d'imprévoyance. Leur conduite fut le résultat d'une politique cruelle , mais bien calculée. La république comprit que si la Corse était sagement administrée , cette ile , située au centre de la Méditerranée , presqu'à l'entrée du golfe de Gènes, deviendrait ime dangereuse rivale » et qu'ayant plus de ressources que la métropole , elle" ne voudrait pas
(t) Tmii. l*^ , p. as , I. i , p. 189 et Itô (lef statuts;.
5o SUR l'uISTOIBE KT 1.SS MOKCBS
de la doniFfvàlioii génoise. La Ligiirie , pajfs «atorelif menl pauvre , était plutôt faite pour être (vUmitaire de la Corse , que pour lui donner des bia. Ausdi, tous les gouverneurs étaient envojés dans l'Ile ^avec mission de ne rien épargner pour resserrer ief popu- 4«ilionB , avilir les produits indigènes , précipiter les habitants les uns sut les autres . prendi^e ipsrt à ii lutte entre les £amiUes ennemies . soutenir les Eaîblei contre les forts , pour les abaisser lou^ et éterniaer les discordes.
Les Corses afvaient besoin d*étre policés , et oft les écrasait ; il fairlait las adoucir , et on les rendait «a* cor(; plus farouches. Une haine atroce et indctttrlic* tible s'invétéra entr^eiix et leurs maîtres , et fiit une seconde nature Les govYerneurs inoculèrent à la longue le mépris des lois , en décoranl di^ ce non leurs pli«s Insolents eaprices. Ne pouvani compter s»r Tappui des^ magistrats, les habitante se replièrent 9m rénergie native de leur caractère. Les représailles succédèrent aux représailles , le sang appek lea&njg sur cette terre devenue un horrible théàtne di^ meurtres et de pillages. Que Ton se figure le prin*' ctpe de la vengeance proobmé partout odmme il» droit , prêché comme u» devoir ^ enserigi»é comm^ une nécessité, cenHne ime nègleée cMidiiite> coPOÉÊ/cf un poiînt d'honneur , ^1 l»'on se fera une idée de Imr profondeur de l'ebbne où était tombée la Cofie' • nation brave et gétiéreuse, changée en un peupic^ à stylets K. En 1714) il fut constaté que 28,oocf meurtres avaient été commis dans les 32 années précédentes ! Ouelle stolisti^ae ! Elle était ei» partie \0
BE LA COftSE. 5i
friHi 4q> rddmjiiisUaiian satanique des Génois et ée TabseBiQe de toiUe justice.
Il serait iqju^te d'knpuler aux Génois tous les diésordres c^i ^ durant tant de siècles , ont troublé la t^anquiUijtu publique . et enfonié tant de guerres intitstînQs ; car > je Tai déjà di4 , au momenl oà Ib s'emparèrent de ri1e> elle étsût soumise au pouvoir souvent £9iiUe , quelc^nefois cruel ou rapace , naremenl, bienveillant de feudataires ne connaissa«4 d'autres lois que celles de la féodalité , n'obéissant qq'à des coutumes d'origine barbare et romaine , CDoainunf^ à toutes les nations de ritalie. Puis ^ les gf>i)veri)eiirs génois se laissaient sans doute séduire par les offres des amis ou des protecteurs du: conpable ; mai^ ils faisaient aussi fléchir le principe de la vindicte publique , soit psrce qu'ils étaient ce^us. par la rigueur alors excessive , des peines corporelles , çoit par la répugnance qu'ils épro«vaj^nit à frapper des bommes accusés de délits plus d^lorables qu'odieux. Il est vrai encore que leur poissafice éicrite , si grande en apparence , était faible en réalité. La force publique dont ils pouvaient dis poser, presque nulle et point nationale, ne leur permit pai9 toujours de réprimer les crimes et les vengeances. Hais ce qu'on leur reprochera éternellement , c'est d's^voir donné eux-mêmes l'exemple de la plus haute i^nnioralité, en attisant souvent les discordes et en protéfgeant les assassins,
Trvavaillés par le double fléau de la misère et des disfieosiops domestiquer, les Corses, depuis le traité 4^ i569i jusqu'en 1714* portèrent en silence la croix
52 SUR î/niSTOIRK ET LES MOEURS
de leur infortune. Enfin , la magistrature des Douze et des Six dont le fantôme subsistait encore , parut alors se réveiller. Elle adressa de vives remontrances au sénat, et demanda que l'on interdit Tusage des armes à feu. Les permis étaient une source précieuse de gains , une mine féconde pour le fisc ligurien ; afin de compenser cette perte, les Corses se soumirent à une nouvelle taxe de 12 sous par feu. La prohibition des armes eut lieu; mais la mesure fut mal exécutée, et devint plus nuisible qu'utile
Quelques années après, en 1724 , les Génois accordèrent une amnistie générale à tous les contumaces présents^ et fugitifs. Cette remise en masse de toutes les peines, espèce de jubilé civil , ralluma les haines, et fut le signal des plus sanglantes hostilités. On commença à se plaindre ouvertement, des ligues se formèrent pour secouer le joug de la république. Dans une société mal faite , où tout le poids est en haut, oà il n'y a rien à la base, la rébellion se trouve toujours à côté de la servitude, comme son correctif nécessaire ; Ton peut dire qu'elle fait partie, en quelque sorte , de la constitution de l'Etat.
Les griefs étaient profonds, la mesure était comblée. Celle malheureuse nation, que ses oppresseurs croyaient avoir dépouillée de son énergie et de ses richesses, de ses vertus et de sa liberté, sortit toutà-coup de sa léthargie, et brisa ses chaînes avec éclat en 1729, insurrection mémorable, lutte héroïque qu'un historien (Botta) appelle l'Iliade de la Corse. On va voir de quelle étincelle partit ce vaste incendie, qui dura jusqu'à la cession définitive de l'île à la France .
l^E LA COISE. 53
Un offieier génois s'était transporlé à Bozio pour y percevoir les laîlles. Le 3o octobre 1729. un pauvre vieillard , dit Carbone, se présenta pour payer la sienne. Il lui manquait un simple paolo , qui vaut à peine quelques centimes. L'employé refusa de recevoir sa contribution , s'il ne donnait la somme entière. Le paysan sort de sa maison , se répand en plaintes amères contre la dureté des exacleurs , contre Tinjustice des taxes ajoutées à la taille ; il s'élève surtout contre celle établie pour dix ans, lors de la prohibition des armes, et que Ton avait déjà payée pendant i5 ans. Ses parol(*s émeuvent la foule qui se presse autour de lui; l'ancien cri, vive la liberté I vive la nation! retentit de toutes parts. Le soulèvement prend comme une traînée de poudre, et devient universel; ce n^était pas une émeute de village, c'était une véritable révolution. Les révoltes qui naissent des questions de budget . qui viennent du ventre , sont les pires de toutes, dit Bacon.
L'însnrrection eut d'abord pour cbef un bomme du peuple . nommé Pompiliani . qui remplit dans les premiers jours le rAle que le pécheur d*Amalfi joua dans la révolution de Naples. Il tomba bient6t entre les mains des Génois. Dix mille insurgés se réunirent dans la plaine de Biguglia pour choisir un autre général. André Colonna Ceccaldi , qui jouissait d'une grande réputation de bravoure et de patriotisme , vint è passer : on le pria d'accepter le commandement, et Louis GiafPerri de Tainsani , aussi intrépide que ferme dans ses résolutions , lui fut donné pour collègue. On adjoignît à ces deux chefs, Dominique Raflalli, digne
54 SUR l'uistoibi; et les moeurs
ttt eavanl ecclésiastiq^cie , cnmnie une e»f»èe« de président de juslice, destiné à modérer la violeAee de leurs mesures.
l.e chaaoiiie Erasme Orticoni , babiie polUique , pro)>osa de convoquer les membres les plus infliieMAs dâ clergé national pour examiner si les Corses pouvaieal , em toute sûreté de conscience , faire la guerre aux Génois. Urne ass:'mblée de théologiens lenne à Orezza, où se trouvaient les doctes et courageux abbés Aïlelli et Bernardin Casacconi, décida, en présencedes généraux et d'une députaiion solennelle de«^ pères de commune, que cette guerre étaitjuste et sainte aux yeu^ du Tr^ Hau4. Casdceoni souiinl plus lard la légitimité du soulèvemenL jusque dans les fers. Cette admirable soumission,, ce spectacle si grand d'hommes prétsà faire le sacrifice de leur vie et n'osant faire celui de leur conscience . furent suivis d'une adhésion unsnime Les religieux se prosternèrent tous devant Tautei; puis, se tenant par la main , ils se retournent vers les généraux , et le plus vitaux des moineâr portant la parole au nom des autres*, u Allez et combattez, <x dit' il f vjous ne demandez que justice, et les hommes u la doivent aux hommes ^ s'ils veulent l'obtenir de a Dieu (i)« »
Le clergé indigène mécila bien de la patrie dans Gi's graves conjonctures. Les églises , les convei]kls s'ouvraient pour abriter les mil;ces nationales La v.eille des combats, après avoir béni les armes, des religieux au front sévère faisaient entendre du haut de la chaire de terribles accents contre Toppression
(.1) V. /a Corse en 1736, par M. de Pastoret.
PE LA COBSB. 55
éirdDgèrey ^t cherchaient à exçiler dans les amea un npbl^ entbou^îasgie î le^ uns prena'rent pour lexle eea mots : Quipro patria c^eiderunt, in aternum per gloriam vivcr^ iraelliguMur(mo\xx\t pour sa patrie , Qu'est échanger quelques années d'une vie obscure pour des siècles dfi gloire]; les autres, ces paroles du dernier des Macbabées : Qui non habet gladium , vendat tunicam suçm (qui n*a pas de glaive vende sa tunique). Ils suppléaient par leurs offrandes patriotiques au dénuement de l'armée i et on voyait , comme au temps des Croisades, la population se lever en masse à la voi^ de ses prêtres.
Les chefs de Tarmée corse remportèrent plusieurs victoires sur les troupes génoises. Tout le pays, à l'exception des places de la c6te , tomba au pouvoir des fiailoaaux. On touchait à on complet triomphe, lorsque le pratriciat génois tendit une main suppliante vers Tempereur d'Allemagne , et lui demanda deis secours. — Intéressée à protéger la Ligurie, rempart de ses étals en Italie, la cpur de Vienne fournit des troupes à la république. 38oo Allemands auxquels , 9 mois après , 600 autres vinrent se réunir , débarquèrent à Bastia , le 10 août \j3i. On pouvait appçje^ CQt envoi un véritable prêt de soldats ; car il était sti* pulé que Tentretien de ces troupes serait à la charge de la république , et que le trésor impérial recevrait 100 florins de Gènes pour chaque homme qui mourrait pendant la campagne , circonstance qq! faisait dire aux Corses toutes les fois qu'ils tuaient des allemands : «i Autant do sacs de 100 florins perdus pour la république. »
56 SUR l'histoire et les moeurs
Giafferri qui était né général, défendit vaillamment le sol sacré de la patrie ; l'armée austro-ligurienne s'élevait à 20,000 combattants. Mais instruits des moindres mouvements de Tennemi , les chefs insulaires se portent rapidement tantôt sur une colonne, tantôt sur une autre, déjouent tous les calculs stratégiques de leurs adversaires , leur dressent des embuscades , les attaquent de tous côtés , et leur font éprouver des pertes énormes. Les divisions en Corse avaient alors disparu; et les habitants, surtout ceux de Vico et de Coggia, étaient prêts à sceller de leursaugladélivrance du pays(i]. Enfin Charles VI offrit sa médiation impériale , et les Allemands évacuèrent Tile , en 1733.
Le traité qui intervint était loin de répondre aux
(I) En 1697, une colonie grecque composée d'environ 700 individus, vint se réfugier à Gènes. Ces victimes dit despotisme oriental y trouvèrent un accueil amical el digne de tout éloee. Le sénat génois résolut de les établir sur un point de la Corse ; une convention fut passée entre les autorités de la république et les Stephanopoli , chefs des émigrés. On assigna aui colons , à titre d*empbytéose , le territoire de Tancieune ville de Sngone ; mais on ne songea pas que les terres dont on disposait si libéralement appartenaient aux communes de Ylco et de Coggia. Cependant, la colonie ne fut pas inquiétée jusqu'à Tinsurrection de 1729. Ces étrangers s*armérent alors contre les Insulaires, et prirent ouvertement parti pour les Génois.Les habitants de Vico et de Coggia, déjà Irrités contr'eux à cause de leurs envahissements journaliers , le» chassèrent, et les contraignirent de se retirer à Ajaccio, occupé par les Génois. La colonie existe encore à Cargese, prés de celte ville ; sa population est à peu près la même qu*à son arrivée dans Ttle. Les Grecs ont conservé leur langue et leur religion. Ils se glorifient d'avoir produit un grand médecin, Jean Stephanopoli , le premier qui ait eu la prudence et le courage d'introduire la pratique de l'inoculation dans l'tle de Corse.
prétentions des insulaires , qui demandaient la diminution des tailles , leur admission à tous les emplois , la libre fabrication du sel , et la suppression de l'impAt que chaque famille devait payer pour la défense du port d*armes et dont on avait plus que triplé le montant. Cependant, après Tavoir signé , les Génois firent arrêter audacieusement et conduire à Gènes , au mépris de la foi jurée , les chefs des Corses parmi lesquels étaient Giafferri, Ceccaldi, Raffaëlli et Aïtelli. La cour de Vienne regarda un tel procédé comme un outrage personnel , et exigea leur mise en liberté. Ceccaldi se rendit en Espagne où il mourut , avec le rang de colonel ; Raffaëlli alla à Rome y fixer sa demeure. Les Corses indignés se disaient partout : « Malgré la garantie d'un Empereur, le traité n'a pas été respecté ; les Génois ne voient toujours en nous qu'une poignée de rebelles ! » L'insurrection reprit son cours.
Au commencement de 1735, Giafferri qui avait enlevé Corte aux Génois , fut investi d'une sorte de dicta4ure par ses concitoyens réunis en cette ville. U demanda à partager le pouvoir avec Hyacinthe Paoli de Rostino , père du célèbre Pascal Paoli. Rien «l'était plus doux que le commerce , plus insinuant que les discours d'Hyacinthe Paoli* Son talent de la parole » joint à sa noble figure , lui avait acquis un empire naturel sur ses compatriotes. Giafferri et lui établirent dans File un gouvernement aristo dé^ vuocratique. Par le premier article de la coiistîtu- Vion , ils placèrent la Corse sous la garde de l'Immacoulée Conception de la Vierge Marie^ Trois généraux
58 SUR l'histoirb kt lbs moburs
nommés primats du royaume et une junte , ataieni la haute main sur les affaires. On trouve tout au long i dans Cambiagi , les tingt-deux articles de cette charte vraiment curieuse.