‹ esquisse des moeurs et de l'histoireChapitre 9 sur 64 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le roi Tkèodore. — lécit le m ateitues. — le cwce de Msiftii.

— le nurqrig le MaiUelMlB.

A peine délivrés des troupes impériales et cotistitués en république , les Corses changent subitement leur forme de gouvernement , et étonnent rSurope en se donnant un roi. Cette révolution fut opérée par un baron de Westphalie , Théodore de Neubofi*, né à Metz vers 1690 , destiné à passer par tous les degrés de la vie humaine. Il avait été d'abord page de la duchesse d'Orléans , qui lui procura une compagnie dans le régiment de la Marck. Son goût pour les choses extraordinaires lui fit quitter le service, et le conduisit auprès de Gortz , ministre du roi de Suède. Là , il remplit plusieurs missions diplomatiques, et passa ensuite en Espagne et eh France où il se lia étroitement avec Law. C'était le temps du système. Théodol*e acquit en peu de mol» des richesses qui devaient satisfaire son ame ambitieuse ; mais la révolution des billets de banque , qui ruina la France et Law , entraîna la chute du balt)n de Neuboff.

il tenta de nouvelles aventures , parcourut les cours étrangères > et artiva , à travers mille vicissi-

DB LA GORSif. S^

tttdes Y en 1733 , dans la tille de Gènes , oà il conçut le dessein de se faire roi de Corse. Il se mit en rapport avec plusieurs insulaires , et leur persuada que s'ils avaient à leur tête un homme habile et accrédité, il serait facile d'abattre la tyrannie des Génois. Les Corses promirent de le reconnaître pour souverain s'il les aidait â briser le joug de la république , et ils lui proposèrent de venir régner dans leur lie.

Le baron annonça qu'il allait négocier avec les principaux potentats de TËurope , et prendre des mesures pour assurer le succès de l'entreprise. Il erra longtemps de pays en pays , sans rencontrer personne qui voulût s'intéresser à sa fortune. A la fin, il se rend à Tunis , et détermine le Bey à lui fournir des secours. Le 12 mars 1736, il débarqua à Aleria, sur un navire ciMirgé de dix pièces de canon , de quatre mille fusils , deaept cents sacs de blé et de plusieurs caisses d'argent. Son costume avait quelque chose d'éblouissant : enveloppé d'une robe orientale écarlate , doublée d'hermine , couvert d'une vaste perruque , d'un chapeau retroussé , A larges bords avec plumet , et armé d'un sabre à moitié traînant , de deux pistolets attachés à sa ceinture , ayant dans la main une canne , qui ressemblait A un sceptre , tout dans cet étranger , d'ailleurs d'une stature élevée et d'une mâle physionomie, était imposant et majestueux. Visité è bord de son vaisseau , il descendit avec une suite nombreuse, et fut reçu comme un libérateur.

Les secours inattendus qu'il apportait au moment où les esprits étaient découragés , parurent tom> ber du ciel ; cette machine eut • Teffet que les

6o âUR l'histoire et les moeurs

meneurs s'en proposaient , elle agit sur la multitude. Les Corses que Théodore avait vus à Gènes, les chefs du pays prévenus de son arrivée , accoururent lui rendre hommage , et le conduisirent au château de Cervione. 11 y vivait en prince. Doué d'une élocution facile et brillante , il accueille avec dignité et remplit d'admiration tous ceux qu'on lui présente. On ne parle que de son crédit, de ses richesses, des nouveaux secours considérables dont il annonce la prochaine arrivée. Les fusils et la poudre'qu'ii distribue sont regardés comme des preuves de sa puissance. 11 se fait continuellement apporter de gros paquets du continent , qu'il prétend lui être adressés par des souverains d'Europe qui reconnaissent son autorité, et lui promettent de favoriser son entreprise. On le voit souvent , un télescope à la main , comme pour découvrir s'il n'apercevait pas les secours qu'il disait attendre à tous moments.

L'assemblée générale de la nation , convoquée à Alésani le i5 avril , élut unanimement roi de Corse , le baron de Neuboff sous le nom de Théodore P^ , et le couronna dans I église des récollets de Tavagna Ni*' l'or 'ni des pierres précieuses ne composèrent le diadème du nouveau monarque; on plaça sur sa tète une branche de laurier ; et porté sur les bras ' des principaux du pays , il fut montré au peuple qui lo salua de ses acclamations. Au fond , les Corses ne risquaient pas beaucoup en lui accordant le litre de roi , puisqu'ils étaient toujours les maîtres de restreindre son pouvoir, et de défaire cette royauté. Le gouvernenaent fut partagé en trois branches : le

DB LA CORSE. 6l

département de la guerre , dirigé par Giafferri , les finances par Hyacinthe Paoli , el les affaires civiles par Sébastien Costa. Lt*. roi n*élait qu'une espèce de président inamovible de la république insulaire. Cependant il voulut s'entourer d'un prestige glorieux. Il eut une cour , des secrétaires d'état , des gardes et tout lapparcil de la majesté royale. Il créa des marquis et des comtes , fit battre monnaie (i) , el fonda un ordre de chevalerie sous le litre d'Ordre de la délivrance y en mémoire de la liberté dont il datait 1 ère du jour de son avènement au trùne. Il traitait avec Gènes, en roi qui entend être pris au sérieux. Ses dépêches à la république portaient : c Théodore /'^^ , roi de Corse , au doge et au sénat de Gênes , salut et patience. »

Gènes eut recours à l'expédient désespéré de Marins et de Sylla ; elle publia un édil pour offrir le pardon à tous les assassins el bandits, sans distinction, à la seule condition qu'ils la serviraient en Corse ; ces misérables étant accourus de toutes parts, on en forma douze compagnies. On peut bien juger que des scé

(1) Les pièce* de mofiiiate en cuivre portaient une couronne foutenue par deui palmes avec deui initiales T. R. ( Théodore Aoi) que les Génois traduisaient par les mots : fntff ribelli (tous rebelles). On lisait à i*exergue : Pro bono pubifco Re. Co. (regni Corsicffi) , et au milieu » le prii de la pièce de monnaie. Les pièces en or et en argent présentaient d*un côté tes armes de Corse qui sont une tête de Maure , et de Tautre l'image de la Vierge ^sec. cette légende : Monstra te esse roatrem. Le désir de se procurer de ces pièces fut tel sur le continent, qu'on les payait de dix à trente fois leur valeur , et elles se conservent soigneusement dans^les cabinets des curieux.

6% SUR l'histoirb bt lbb moeurs

légats dé profession n'étaient guère propres à repoasêêr tiêS efforts d^ùne armée de braves , qui coïkibaltaieili pour la gtai^de cause de la liberté, et qui étaient ptèts à lui sacrifier tout ce qu'ils avaient de plus précîeuï.

Théodore , dont Gènes avait mis la tête à prix , dispersa ce ramas des bagnes, ces restes de Téthafand, ceâ bandes de Vtttolt , comme on les appelait dans le pàyd ; et il répondit aux menaces de ses ennemis par ùil manifeste, où il intimait Tordre à tous léS tiéuôb de sortir de Tile , sous peine de mort. Théodore établit datifi les troupes une sévère disciplikie , et leur domia utie organisation régulière. Il déploya une grande activité et une brâivotire à toute épreuve dah^ tes combats. Ses premières entreprises militaires fut^ÈUt heureuses ; il s*empara de Sartène et de Portoveccfaio , et resserra de très-près les Génois dans leurs placés maritimes.

Mais les dépenses qu'entraînaient et Taccomplissement de ses projets, et la représentation à laquelle il était soumis, épuisèrent bientôt le petit trésor quMl avait apporté. Il n'était sur le trône de Corse qtié depuis environ six mois , lorsqu'il se vit presque réduit à l'indigence. Les stratagèmes qu'il mit en œuvre pour couvrir son embarras, augmentèrent la défiance publique, Il n'osait pas lever des impôts ; U savait que la Corse ne l'avait élu , que parce qu!4l S*élait dit propriétaire de biens f>atrmioniaux toi' tnensès , et en état de vivre avec l'édat que dëlMtide le diadème.

Il ne cessait d'animer le peuple par des promesses

BB LA GOBSX. 63

de sëGOttrs; mais ce8 flolteé, mais ces munitious si viveiaeni altendues n'arrivaient pas Les chefs les plus influents se séparèrent de lui. Bien que Tinimense majorité des insulaires lui restât dévouée, Théodore sentit que le nerf de la guerre lui manquait, et qu'il èlail temps d'abandonner la Corse. Il assemble donc à Sârtëne les personnes les plus considérables du pays , et leur communique son projet d'aller chercher lui« même les secours dont son n)yaunie a besoin ; il désigne un conseil de régence pour gouverner en son ab* sence. Frappé de cet excès de patriotisme, le peuple r«oéompagùe jusqu'au rivage. Il s'embarque à la rade d'Aleria, vers la fin de décembre 1786, après s'é4re dégvisé en abbé. Les Corses , dans une diète tenue à Ctnrie^ déclarèrent è Vmnwers qu'ils conserveraienl tioujours une inviolable fidélité à Théodore i^'. , et qu1ls étaient décidés de vivre et de mourir ses suJeUs»

Arrivé à Livourna » cet homme à qui le sort avait îeCé une couronne, alla successivement à Rome, à Turia, k Paris, â Amsterdam , pour cheficber dm secours et des moyens de délivrer la Corse. Maigrie les intrigues des Génois , qui le faisaient suivre d'une nuée de calomniateurs , d'espions et de sîcaires^ il sut inspirer de l'iiitéréti et il envo/a dans Tlle plusieurs 4Hivires chargés de munitions et d'effets militaires.

Sur le point de succomber dans la lutte. Gènes seliiciia rinlervention de la France ; dans la crainte que, aous le «om de Théodore , une puissance rivale ne parvint à s'établir ea Corse , ou que Gènes n'aliénât uuq possession si précaire et si dis|)eAdieuse , Louis XV résolut d'arC'éler les ^ulovemeaits de l'ile, et de faire

64 suB l'histoire et les moeubs

rentrer les habitants sous la domination ligurienne, mais à condition qu'elle serait à l'avenir douce et tutélaire ; Gènes de son c6lé devait nous payer un stibside annuel de deux millions. Peut-être avait-on déjà la pensée de rester maîtres de la Corse, de grandir les relations commerciales et les forces maritimes de la France , en lui assurant une station permanente en face de Toulon.

Le comte de Boissieux , neveu du maréchal de Villars, bon officier, mais peu entreprenant , fut envoyé en Corse avec trois mille hommes ; son armée prit terre le 5 février 1738 ^ il ouvrit aussitôt des négociations avec les chefs insulaires.

Les Corses , dans leur désespoir , adressèrent à Louis XV un mémoire touchant, d'une- éloquence mâle, fière et agreste, où ils exposaient leur misère et le despotisme génois. Il était accompagné d'un projet d'accommodement, qu'ils suppliaient le roideratifier. Ils rappelaient qtie leur pays avait autrefois été uni à la couronne de France , et ils témoignaient le vœu de redevenir Français ; mais ils ne pouvaient soutenir réffrayante idée de retomber sous le joug des Génois. c< Plutôt que d'être à ces tyrans, disaient *ils , nous aimerions mieux nous livrer aux Turcs , si nous étions assurés qu'ils conservassent le libre exercice de notre religion. » Ce mémoire avait été rédigé par Hyacinthe Paoli , l'orateur et l'écrivain de la nation.

Sur ces entrefaites, Théodore que l'on croyait errant dans le monde et dégoûté de sa royauté malheureuse, reparut sur les côtes de l'Ile avec un appareil de puissance qui séduisit de nouveau le peuple , et fit évanouir

DK LA CORSE. 65

les sentiments pacifiques qu'il commençail à manifester.

Emprisonné c^ Amsterdam , ce roi fugitif avait décidé une compagnie de riches négociants de cette ville, non seulement à payer ses dettes , mais à lui fournir des sommes considérables. Il leur avait promis un port dans l'ile et des avantages commerciaux. Avec ces fonds , il arme trois vaisseaux marchands et une frégate.

Au mois de septembre 1738 , Théodore arrive avec sa petite flotte , largement pourvue de munitions de guerre et de bouche. La multitude fait retentir le rivage des cris de vive Théodore V'A Les montagnards ne demandent qu'à combattre sous les yeux de leur roi* Mais la classe influente le reçoit froidement et se tient à l'écart. Les Giaflerri, les Paoli , les Orticoni , veulent attendre- le résultat de leurs démarches auprès de Louis XV. Ils espéraient que la cour de Versaillesjetterait un regard de commisération sur le pays et le réunirait à la France.

Pour amortir Tenthousiasme de la foule , le comte de Boissieux se prononça ouvertement contre Théodore qui , intimidé , ne descendit pas à terre. Il mit sur-le champ à la voile. Son escadre fut retenue eu pleine mer par les vents contraires , et repoussée jusque dans le port de Naples , où Théodore subit un nouvel emprisonnement et ne recouvra que plus tard la liberté.

Malgré l'effervescence que le baron deNeuhoft avait produite en Corse, M. de Boissieux se flattait toujours de pacifier Tile sans tirer Tépée ; l'arrangement définitif était venu de Versailles^ il le fit publier en italien,

66 SUR L*HIST01BB ET LBS MOBORS

le 19 novembre. Il renferniail quelques oeuceiBioiii , mai^il ordonnait de rendre les armes, et poiisât la réintégration de la Corse sous la domiDation génoise. Les insurgés s'étaient promis de mourir jusqu'au der* nier plutôt que d'accepter encore ce joug oruel et ignominieux ; ils disaient coaune un grand homme dans TËcriture : MeUus im m&ri m beUo^ ^mam witn mala gentisnostrcB.W^ en appelèrentau Dieu desarmées, et la guerre recommença avec tout le fanatisme d'une nation désespérée. Cette fois, les Corses en vionsnt aux mains avec les Français qu'ils défirent à Borgo , le i3 décembre 1738 , dans une affaire à laquelle fis donnèrent le nom de Vêpres Corses.

Accablé de ce revers , le comte de Boissîeux , d'une faible complexion , acheva sa carrière à Bastia , sur un lit de douleur , le 2 février 1789 ; on n'a guère tàii de campagne plus malheureuse. Les Génois lui avaîeni conseillé un singulier expédient , pour maintenir Itle dans un état de tranquillité perpétuelle : il ooncdstail A envoyer la plupart des insulaires en Amérique » pour peupler les colonies françaises. Quoi de plus violent et de plus absurde 7 Aussi Jaussin , tout partisan qu'il se montre de Gènes , ne peut s' empêcher de remarquer a cette occasion , « qu'il semblait par I&, qu'elle atfftft été contente de régner sur les seuls rochers de la Corse, sans sujets (i). »

M. de Boissieux eut pour successeur le marquis de Maillebois , général capable de bien conduire leiopé-

(1) Mémoires historiques, politiques et militaires de Jaussin, 9H^ 4SI.

DK LA CORSE. 67

ralk>n« les plu» difficiles. Il débarqua à Gaivi , avec ded forées considérables. Un plan d'invasion babile-ment conçu , vigoureusement exécuté , le rendit maitre de Plie dans Tespâce de quelques mois ; il mettait à agir le temps que les autres emploient à dé* libérer i et à ta eonnaissance des hommes qu'il voulait vaincre ou persuader , il joignit celle du pays qu'il avaii à conquérir. Il s'empara des trois hauteurs de Lento I Tenda et Bigorno ^ marcha sur Corte qu'il prit sans coup férir, se transporta à Ajaccio , ^ pénétra dans Zîcavo , le dernier asile de la réb^ion ; déjà Coiiiara était tombé en son pouvoir , et par suite la Balagne tout entière , car le village de Corbara p«ui être regardé comme la clef de cette province. Ses àuccès briUants, M. de Maillebois les dut autant à sa modération qu'à la forcé des armes (i). Les Corses étaient devenus très dociles ; ce qui lui fit dire: « J'ai trouvé les Corses des démons , et j'en ai fait des aoges« o Un des chefs corses, Murati, et Blanc Colonne de Sartène l'avaient puissamment secondé. Touché d'un si bsut mérite , le roi le nomma Maréchal -de- France. M. de Vaux, qui plus tard joua un si grand rôle en Corse , servait dans l'armée de Maillebois en qualité de capitaine du régiment d'Auvergne. Le général Duchatel , par ses habiles manœuvres , avait bien contribué au succès de la campagne.

Pour réparer les pertes éprouvées par raimée française , le cabinet de Versailles fit lever dans le

(1) y incens . &kii. de Géneu , l, m , rhap. iv.

68 SUR i/histoirr et les moeubs

pays iiji régiment qui prit le nom de royal-cor^. Les armes du marquis de Maillebois ayaient dompté les montagnarii> ; Hyacinhe Paoli et Giafferri se réfugièrent à Naples , où tous deux furent nommés colonels d'état- major.

Le pays semblait pacifié ; Tinsurrection fomentée au-delà des monts par Frédéric de Neuhoff ^ neveu de Théodore , fut entièrement apaisée ; on commençait à introduire en Corse une police qu'on n'y avait pas encore vue, lorsque la fatale guerre de 1740 9 pour la succession à Tempire , désola l'Europe ; le roi retira toutes ses troupes de Tile , vers la fin de 1741 ; le fruit de cette expédition fut ainsi perdu. . Mais le personnage dont la vie se lie intimement à l'histoire de la Corse , rêvait toujours à son royaume insulaire. A Livourne , la souplesse de son esprit le servit heureusement. Il intéressa à sa cause royale Tamiral anglais Mathews, qui lui prêta une partie de son escadre ; et voilà trois vaisseaux de haut-bord qui se dirigent vers la Corse.

La nouvelle do l'arrivée de Théodore à l'ile Rousse fut accueillie avec joie par les habitants de la Balagne. Le peuple était enthousiasmé de revoir celui qu'il ne cessait d'appeler son roi. Croyant avoir retrouvé son royaume, Théodore fit promptemont îicle de souveraineté par la publication d'un manifeste. Mais le langage peu bienveillant que lui tinrent les chefs de la Balagne y le détermina à s'éloigner encore une fois. Celait la dernière ; il ne devait plus revoir les rivages d'une île où il avait exercé l'autorité suprême, et laissé des souvenirs impérissables de son auda( e et de son

DK LA CORSE. ' 69

génie. On peut dire qu'il ralluma dans les Corses le feu sacré de la liberté , qu*il réveilla leur courage qui , après tant d'années de guerres ruineuses, commençait à se relâcher, et les secourut lorsqu'ils étaient au ban des nations. Son nom est resté vivant dans la mémoire des insulaires ; et les gens du peuple disent encore : kl tempu del re Tizutoru. La royauté de Théodore ne dura environ que sept mois sur les lieux. Voltaire, dans Candide, a placé le roi Théodore parmi les six rois détrônés, avec lesquels Candide et Martin sonpèrent à Venise. Théodore , qui a été si diversement jugé, mourut misérable à Londres , en décembre 1766, après avoir été tiré de prison pour dettes , par les soins du célèbre Horace Walpole.

Chacun, sans doute, pourra s'étonner qu^un peuple aussi sensé , aussi pénétrant que les Corses , se fût laissé éblouir par un fantôme de royauté , au point de se rallier autour de Théodore. Mais dans les moments de détresse, les nations, comme les naufragés, s'attachent à la première planche de salut , sans s'inquiéter d'où elle vient. Puis, en général, on juge trop des hommes et des choses par l'issue des événements. Si la fortune n'eût pas trahi les efforts du baron Westphalien , qui affirmerait que ce roi de théâtre n'eût pas été salué du litre de Majesté par des princes du continent et peutêtre aussi par le doge de Gènes ? Ses descendants auraient porté la couronne de Corse sous le nom glorieux de libérateurs de la patrie.

On a souvent prétendu que Théodore était secrètement appuyé par quelque puissance de l'Europe. On ne saurait trouver le moindre fondement à cette con-

Page 1