‹ Esquisse du commerce de pelleteries des Anglois, dans l'Amérique septentrionale [microforme]Chapitre 6 sur 19 · FE · texte numérisé non relu

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disséminés, ils sont craintifs et timides, parcequ’ils

sentent leur foiblesse, et ils n’ôsent pas se.venger d'insultes qu’on ne feroit pas impunément aux SauvageS des plaines. : Ce sont les habitants de ces pays

déserts qui fournissent les plus belles Fourrures, et c’est aussi delàque la Compagnie du Nord-Ouest désire sur-tout. éloigner tous compétitéurs;. ce en quoi :le caractère timide des *auvages lui est:d’une grande ut'lité. Si lun d’eux s’avise de vendre-une

peau de Castor à un Traiteur étranger à la Com.

pagnie, c'est un crime dont ilest assuré :qu'il sera.

puni sévèrement, :et les naturels du pays sont abso-

lument. hors d’état de résister. à aucun acte de vio..

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lence duigé contre eux; ou d’en obtenir justice.—

Dans les Districts-dont la Compagnie du Nord Ouest.

est en possession depuis un certain tems, la crainte de son ressentiment est telle, qu’elle suffit pour;empêcher les Sauvages de donner à aucun étranger le moindre secouzs; ils n’ôseroient même lui parler en présence d’un Engagé de cette Compagnie.

La Compagnie ne prend.pas souvent la peine de mettre en avant quelques excuses pour pallier ces excès, mais si les circonstances l’exigent ellea toujours un prétexte prêt. : On assure que le Sauvage est endetté envers la Compagnie et que les P2lleteries en question sont dûcs pour le payement de sa dette, C’est la coutume des ‘Traiteurs de fournir aux Sauvages des Marchandises à crédit, en exigeant d’eux en retour la promesse de donner en échange un nom-

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bre fixé de peaux de Castor, ou un équivalent ed autres Pelleteries. : Imprévoyants comme le sont les Sauvages, il-en est peu qui, à l'approche de l'hiver, n'aÿent besoin de divers effets, sans’ lesquels ils ne peuvent partir pour aller faire la chasse; et comme

ils né peuvent payer immédiatement, le produit de la chasse de l'hiver se trouve engagé d'avance aux

Traiteurs. ‘On comprend que ceux:ci courrent de grands risques d’avoir de mauvaises dettes, et c’est sans doute une des raisons de l’immense dispropore tion qui se trouve éntre la valeur intrinseque des ef. fets fournis aux Sauvages et les Pelleteries qu'ils donnent en retour. La facilité qu'ont les Sauvages : d'obtenir cette espèce de crédit est tout-à fait pernicieusé; rien ne tendroit d’avantage à leur avance. ment et à leur bien-être permanent, que l’abandon de cette pratique, à laquelle on substitueroit une

échange directe et régulière, Sicependant quelques

Traiteurs suivent cette méthode, leurs compétitèurs sont forcés d’en faire autant; et ceux'qui ont, comme les Traiteurs de la Compagnie du Nord-Ouest, la supériorité de la force ouverte, trouvent qu’il est de leur intérêt de continuer cette pratique parcequ’elle tend à asservir d'avantage les Sauvages. Ces Traiteurs ne reconnoissant l’autorité d'aucun Magistrat, ne suivént d’autre droit que celui du plus fort pour s'emparer des effets de leurs débiteurs, et se croyent permis d’y ajouter la correction si le Sauvage paroit hésiter, à se soumettre à leurs volontés. L’oppres-

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sion qui résulte de cette voie sommaire de procéder" se fait sur-tout sentir dans les endroits où il ya come pétition entre plusieurs Traiteurs: : Quand ellen'existe pas, on observe une espèce ‘de régularité ; et'le “Traiteur, certain d’accaparer tout le produit du pays, sé trouve intéressé à encourager l’industrie des chase seurs ; et quoique ceux-ci ne reçoivent qu’un foible prix ç dé leurs Pelleteries, on’leur donne au moins quelque chose pour suppléer à leurs besoins, Mais quand il se présente un rival de Commerce, le Sauvage peut être’ ‘tenté, non seulement de porter ‘ses Pelleteries ailleurs, pour en obtenir uh meilleur-prix, maïs encore de négliger: le payement de ses dettes; alors le seul soupçon de cette intention, est jugé rai. son suffisante pour excuser tout acte de violence..de la part de ceux qui ont le pouvoir en main, et qui ne se font pas scrupule d’être Juges dans leurs propres causes. On pourroit citer un grand nombre d’ex-, emples de Sauvages pillés de cette manière, et même punis personellement par les Traiteurs du Canada et leurs Engagés, sans qu’ils eussent commis d’autre crime que d’avoir ôsé traiter avec : d’autres personnes qui leur offroient un meilleur'prix de leurs Pelle. teries. Quoique ces mauvais traitements ayent ordinairement lieu sous prétexte de dette, on a cependant des exemples fréquents de brutalité et de violence atroces sans qu’on puisse alléguer en excuse ce prétexte.” On peut en citer un ou deux pour montrer quelle est leur politique générale à ce sujet, et

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quels moyens ils employent pour nai Sauvages dans la soumission.

» En 1796 un des Messieurs de: la. Compagnie fut sué près du poste nommé Cumberland House par certains Sauvages, . D’après le caractère timide des

Sauvages dens cet endroit, et la. manière dont ils

avoient coutume de se soumettre à.tput sans résise tance, il faut qu'ils 'eussent été provoqués, d’une manière étrange, pour se porter à un tel acte de dé. sespoir.. Quoiqu'il en soit, la Compagnie jugea qu'il

étoit essentiel de ne pas laisser ce crims impuni. Un :

des Sauvages que l’on supposoit coupable. de-cet at. tentat, fut pris par un parti des Serviteurs de la

Compagnie, commandé par Mr. M'Kay, qui étoit charge du Département, et qui prenant sur lui de faire de devoir de bourreau tout aussi bien que celui de Juge et de Jurés, mit son fusil en joue, et tua le Sauvage.

On prit un autre Sauvage de la même bande, on lui ‘fit yne espèce de procès, et trois Associés de la Compagnie le condamnèrent à morts il fut tpiE

‘ment pendu à un arbre voisin du Poste.

: En 1802, l’Ancienne Compagnie du Nord-Ouest avoit um petit Poste à la Rivière au Brocket, près du Lac Supérieur, gardé seulement par trois Canadiens, : Pendant l’hiver un Sauvage qui, l'été préce-

dent, avoit rendu de grands services aux. gens de ce “Poste, se trouvant absolument. sans vivres, envoya

deux de ses filles demander des secours. On leur domaun:peu de poisson, mais on leur en donna si

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peu, qu’elles le trouverent absolument insuffisant pour les besoins de leur famille, et qu'elles crai. gnoient de s’en retourner vers-leur père. Ne pouvant réussir autrernent, elles attendirent qu'un des trois Canadiens ‘se fut éloigné ds autres, et saisissant l'instant où les deux autres n’étoient :pas sur leurs gardes, elles.en tuèrent un et blessèrent l’autre, qui néanmoins s’échappa; elles tuèrent ‘ensuite le troisième qui étoit d’abord absent, et emportèrent tout ce qu'il y avoit de provisions dans la maison.

. L'année suivante lés deux Compagnies rivales tablirent des Postes brès de cet endroit. Celui.de l’'Anciennc Compagnie étoit sous le commandement nominal d’un Commis, qui ‘étoit trop jeune et 1rop inexpérimenté pour remplir cette place, .et qui se laissoit en conséquence gouverner par un:de leurs fier-à-bras (ou :hatailleurs, comme :on les nomme:ordinaitement.,) nommé Comptois. Un:homme de:la même-espèce. nommé Roussin, avoit sain du Poste de la Nouvelle Compagnie. Dans l'hiver un Sans vage-du nom:de Wandegocau vint faire la Traite, et amena aveC lui une :des deux femmes qui :avoient commis ile meurtre l'hiver précédent, ;et qui depuis étnit «devenue sa femme. Comptois et Ropssin:ææ consultèrent à ce sujet, et ayant résolu de venger da mort de leurs compatriotes, ils dirent au Sauvage.et à sa femme de se préparer à la mort... Wandegucau remontra qu’il n’avoit eu aucune part au meurtre, #t qu'il ne devoit pas être puni pour le crime de sa

femme. . ‘Il rappella à Comptois qu'il lui avoit lui. même sauvé la vie dans une occasion où il se trouvoit réduit à la dernière extrémité faute de vivres, et que pour s’en procurer, il avoit engagé lui, Wandegocau, à le conduire par un chemin. de cent milles: à travers un pays rude et montagneux jusques au Grand Portage. Il reprocha à Comptois son ingra- -titude, et ne pouvoit vraiment pas s’imaginer qu’il vouloit mettre ses menaces à exécution. Toutes ses. xemontrances furent inutiles; Comptois et Roussin, demeurèrent inexorables, et ils exécutèrent leur résolution et massacrèrent Wandegocau' et sa femme, en présence de sept ou huit Canadiens, et du Com:. : mis:qui.avoit le Poste en charge. :

“En 1807 la Compagnie de la Baye d'Hudsof ene, voya de la Factorie de Churchill, Mr. Peter Fidler, pour-examiner .un endroit du pays par lequel où pensoit pouvoir ouvrir une communication plus avan, tageuse avec l’Athabasca. Il n’étoit employé dans. eette occasion :que comme Arpenteur, et ne tenta, même: pas de faire la Traite avec les Sauvages qu’il rencontra dans le cours de son opération. Néanmoins, comme ses opérations s’étendoient dans un District, dans lequel la Compagnie vouloits’assurer le mono, pole, sa jalousie se trouva excitée, et l’on envoya un. nommé Laroque, un fameux batailleur, à sa pour. suite. Ce scélérat ayant rencontré le Sauvage qui avoit servi de guide à Mr. Fidler pendant une partie de son voyage, l’attaqua pour avoir ainsi manqué à

son devoir, le battit cruellement et ne:le laissa qu’as près lui avoir cassé deux côtes. (a) He Il seroit fatiguant de detailler les Actes nombreux et presque continuels de violence exercés de la manière la plus illégale et la plus tirannique contre les malheureux habitants de ces Districts. Après ce qu’on a déjà dit, il seroit totalement inutile de faire aucune observation sur le peu d’attention que-fait la Compagnie du Nord Ouest aux mœurs:'et aux principes religieux de ceux qui sont sous-son: contrôle, soit que ce soient des engagés Canadiens, oudes Sauvages qui habitent dans cesdistricts dontl: Compagnie a la possession exclusive depuis si long:tems. : Elle seroit encore heureuse si on ne pouvoit lui reprocher à ce sujet qu’un manque d’attention. . Mais/c‘esr un fait ‘indubitable que les Sauvages sont devenus plus vicieux depuis que le Canada est tombé sous le, Gouvernement Protestant de la Grande Bretagne. La cause de ce fait aussi triste qu’humiliant, ne sauroit être long-tems inconnue, lorsqu'on réfléchit que le | soin immédiat et la conduite ‘de ces malheureux est tombé entre les mains de gens qui spéculent sur les vices de leurs engagés. Ce-point est un de ceux | pour lesquels on ne peut donner tout le blâme aux

(a) Mr, Fidler, chemin faisant, avoit planté quelques patates Pour fournir par la suite de quoi en semer à ceux que‘la Compagnie de la Baye d'Hudson pourroit envoyér pour former un établissement permañent On:ne voulut pas souffrir ce genre de culture. Laroque et les serviteurs de Ja Compagnie a Nord: Ouest Eh et dés truisirent les plantes.

âssociés hivernants. Leurs Associés à Londres se. sont prêtés pour faire manquer des mesures, qui avoient pour but de corriger les mœurs des naturels, et d’améliorer leur condition. Ilest reconnu que leur penchant pour s’enivrer est un des plus grands obstacles à leur civilisation, et que si l’on pouvoit res. treindre efficacement la vente des liqueurs fortes aux Sauvages dans l'Amérique Septentrionale, cela contribueroit essentiellement à leur bonheur et à leurs

progrès dans les arts de la société. Il est évident

qu’on ne pourroit parvenir à ce but que par unré. : glement général ‘auquel tous les Traiteurs seroient .

obligés de se conformer. Le Gouvernement Amée ricdin l‘a ordonné il y a quelques années; et.cela a produit les meilleurs effets, et a été la source des ef. \ forts bienveïllants d’une société de Quakers de Phi. ladelphir, qui a réussi à faire naître uni esprit d'or. dre et d‘industrie, inconnu jusques là aux tribus Sau vages qui:habitent sur l'Ohio. ‘Les rapports intéres,

sants de leurs procédés ayantété publiés, induisirent : en Angleterre quelques amis de l'humanité à proposr un essai semblable parini les Sauvages, qui habi. :

tent dans les Territaires Anglois. On suggéra comme mesure préliminaire d’obtenir un Acte du, Parle: ment, pour restreindre la vente des liqueurs fortes aux Sauvages dans La partie de 1‘ Amérique sountise à l'Angleterre. Cette proposition fut communiquée aux Directeurs de la Compagnie de la Baye d’Hud« ‘son, qui ne se bornèrent pas à assurer qu'ils ÿ con:

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éouroient de boh cœur, mais adresteretit: une suftà de questions à leurs principaux officiers dans la 14

d’Hudson, demandant des renseignements sut l’ que produiroït cette mesure. Leur réponse fut qu‘ils étoient décidemment d’opinion que la Traite n’ert souffriroit pas; que les Sauvages seroient peut être mécontents d’abord, mais que cela ne dureroir pas : que lé résultat én seroit très avantageux aux naturels du pays, et qué cette mesure coñtribueroit beaucoup au bien.être et à la surété de tous ceux qui auroienit occasion de vivre pärfni eux. (a).

. Cette proposition fut également communiquée âux Agens et Associés de la Compagnie du Nord-Ouest à Londres, qui s’y opposerent ouvertement. Lés raisons qu’ils donnoient poRE soutenir leur opposition, étoient aussi foibles qu’on peut se l’imaginer, mais elles étoient appuyées par leur influence, qui étoit alors telle, qu’on fut obligé de renoncer à mettre cetté mesure à exécution dans le teins, et d'attendre .que

(a) Les officiers de la Compagnie de la Baye d’Iudson dans leurs réponses aux questions qu’on leur avoit adressées, parient dans les termes les plus forts, des effets lamentables que produit l’usagè des liqueurs fortes parmi les Sauvages. On ne peut attendre d'eux aucune modération sur cet objet, et lorsqu'un Sauvage ést ivre. sa fureur ne connoït aucun frein. Dans cet état ils commettent les meurtres les plus horribles, et massacrent quelques fois leurs femmes et leurs enfants. Les fèmmes Sauvages aiment beaucoup aussi les liqueurs fortes quand elles peuvent s’en procurer, d’où il résulte sou« vent qu’elles laissent leurs enfants dans le besoin et la dernière misère,

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l'esprit, public fut plus prononcé. sur un objet si im. portant,

. Les inconvenients. résultants d’ure concurrence portée trop loin, avuient, comme on: l’a vu. préparé la formation de la Compagnie du Nord- Ouest: telle qu’elle existe maintenant ; et le principal objet: de cette société fut bientôt, d'orelure par tous moyens possibles, tout aventurier de faire le même Commerce.

Les individus. qui s’étoient ainsi formés en société, R

n’avoient aucuñs droits particuliers, auxquels tout sujet Anglois ne put prétendre, et ils savoient bien que, de s’adresser au Parlement pour obtenir aucun privilége exclusif de Commerce, seroit une démarche inutile, Leur grand objet étoit donc de conserver le plus sngrteme possible {a possession exclusive qu’ ils avoient, et n'ayant aucun titre légale pour empécher toute autre personne de fire le Commerce dans les mêmes districts, ils espèrerent pourtant réussir à les en ‘exclure, au moyen d’une possession antécédente et d’une force numerique superieure. Le fait est qu’on employa les mêr rc moyens, que l’on avoit mis en usage, dans le premier tems de la rivalité de Commerce en Canada. Sir Alexander M‘Kenzie parle de ces moyens, et nous informe que, lorsque Messrs. Pangman & Gregory, mécontents des arrangements convenus lors de la première formation de la Compagnie du Nord-Ouest, eurent engagé plusieurs personnes (entre autres Sir Alexander M‘.

Kenzie) à former une entreprise séparée pour faire

la Traite dans le pays Sauvage de l’Athabasca, ils s’apperçurent qu’ils avoient à surmonter non seule. ment lés difficultés ordinaires et naturélles, «nais encore toutes celles que leurs compétiteurs, qui étoient en possession du Commerce, pouvoient leur fair” éprouver, ‘* Mais,” remarque Sir Alexander, “ a. près la plus rude opposition qu’on vit iamais dans ‘ cette partie du monde, après avoir souffert tout ce que la jalousie et la rivalité peut causer d’oppression; après qu’un de nos Associés eut été tué, un autre estropié, et qu’un de nos Commis, se fut avec peine échappé à la mort, ayant reçu une balle à

travers sa corne à poudre pendant qu’il faisoit son

devoir, ils furent enfin forcés de nous accorder

‘une part dans le Commerce. Comme nous avions

fait des pertes, la jonction des deux Compagnies

étoit.sous. tous les rapports une'chose fort à dési-

rer pour nous: ‘elle eut lieu en Juillet, 1787" —

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