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fougère et de clématites , pendant que sa petite fiancée , pour le remercier de son obéissance , se dressait sur la pointe des pieds et appliquait sur ses bonnes grosses joues un baiser long et sonore.
Aidé de sa goyarde , il s^ouvrit facilement un passage à travers les solives du plancher ; il attacha sur le rebord un bout de la corde qui lui arait servi plus d'une fois à descendre les précipices des montagnes ; et , emportant une torche de sapin résineux , il se laissa glisser dans la prison de Raoul , qui serra bientôt les mains de son libérateur.
La lumière de la torche leur montra Feutrée du souterrain ; ils s'enfoncèrent dans ses noires profondeurs , et , après deux heures d We marche pénible et montante dans les entrailles de la terre , ils retrouvèrent enfin la clarté du soleil.
Ils étaient arrivés sur un pâturage situé vers le sommet d^un col qui sert de passage pour descendre en Maurienne : au milieu dWe pelouse odoriférante , s^élevait une petite baraque en bois ; de nombreuses vaches broutaient à Fentour en secouant leurs clochettes aux mille voix argentines. On découvrait de là une partie des glaciers éternels, qui se dressaient solitaires , dans Fespace , avec leurs aiguilles gigantesques; tandis que des brouillards 9 couvrant toutes les vallées et les montagnes
inférieures^ roulaient jusqu^aux dernières lignes de Thorizon comme les flots de la mer , et venaient mourir au pied du mamelon qui portait la cabane. Cette vue imposante, Tair vif et pur des Alpes, le sentiment de la liberté avaient ranimé le cœur et rafraîchi les idées du jeune homme; il prit congé du montagnard , et dW pied qui tombait plus léger sur le gazon des chemins , il se dirigea du côté d^Âiguebelle.
H Je jure , par saint Maurice ! que j ^ passerai » et repasserai sans rien payer; et, comme disait » mon glorieux père , si j^y passe , avec moi ma w queue y passera. »
Ces paroles furent prononcées par le comte Humbert , lorsque Raoul eut fini la narration du voyage , et rapporté Farrogante réponse d^Emeric,
Aussitôt , Humbert fit son mandement aux nobles et aux communes ; il mit sus son armée j la divisa en deux colonnes (1 ) , dont Tune prit le
(1) Servion. — Ghampier. — Paradin. — Fodéré.
chemin des montagnes ponr descendre à Aiguëblanche, dont Fautre vint passer sons Conflans; et, de plein saut, îl vint mettre le si^e devant le rocher de Briançon.
La place était forte , bien garnie dliommes et de munitions ; Emeric était décidé à se défendre bravement : aussi , après avoir ùitplugieurs belles armes , ianipourle sérieux que pour Tamour des dames , Humbert jugea qu^ lui était inutile de se donner de la tête contre les forts; et après avoir laissé pour bloquer la place une partie de ses hommes d'armes , il partit avec Fautre pour soumettre le haut pays de Tarantaise , dont les habitants se mettaient déjà en mouvement , soit pour d^ager Briançon , soit pour venir assi^er Moutiers et saccager Tardievéché. Moutiers était alors entouré de murailles flanquées de tours , et fortifié dans le genre des villes du Bas-Empire (1); ses trois portes correspondai^dt aux trois vallées qui viennent j aboutir*
Humbert venait bien à point pour arrêter la sacril^ entremise des montagnards : aussi fut41 reçu à bras ouverts par les citoyens et par Pardievéque.
De Moutiers, Humbert se dirigea vers le mont
( 1) Albuiiis-BeMnKMiit — Rodie.
de la colonne de Jupiter, près delà source de Flsëre; et en peu de jours il soumit tout le pays, tant par honnêtes moyens , suhiUes pratiques ^ amiables com^ positions j que par Pemploif au,h^oiny des menaces et de la force (\).
De retour au si^e avec les nobles de la vallée dont il avait reçu Phommage , Humbert ordonna Passant : il fiit âpre et rude.
Aux cris H en avant ! et bonne nouvelle ! (2) >» les Mauriennais frappèrent si fort sur la première ligne d^enceinte, qu^ semblait que la pierre fendît, n y eut alors grands cris et tremblement.
Mais les assises résistèrent si fort à cette pointe, quMls repoussèrent les gens du comte à cent pas des murailles : beaucoup de ces derniers furent navres ou morts , et tous rehautés vilainement.
 cette vue , fiirieux et la lance au poing , Humbert revint à la charge , en criant : a Maurienne au » comte ! qui m^aime me suive ! )^ Puis , accompagné de Raoul, qui le suivait de près , et arrachant sa bannière des mains du porte-étendart , il vint la planter lui-même au pied du mur. — « Plutôt 1) mourir avec honneur que vivre avec honte ! w s^écriait-il : à sa voix , tous se rallièrent et com*-
(1) Paradin.
(2) Voyez la note XXXIÏ.
battirent si fièrement qu^on aurait dit la foudre. Le premier mur d^enceinte fiit emporté.
Cependant, celle des tours qui était placée à l'extrémité du pont , sur la rive gauche de Tlsère , tenait encore , et les assiégeants n^avaient pu parvenir à s^en rendre maîtres : de là , on ne cessait de lancer sur eux une grêle de pierres et de flèches.
Humbert ordonna d^apporter, au pied de cette tour , Êigots , bûches et paille à grande foison ; il y bouta le feu : Fincendie courut en sifiËbmt le long des murailles grises; leur vaste manteau de lierre s^embrasa avec une crépitation sourde ; les serpents de feu pénétrèrent par les créneaux , et finirent par dévorer les planchers de Fintérieur.
n y eut alors un silence solennel.
Un instant, Ton vit une fenoime paraître au plus haut du donjon , au-dessus des masses de fumée (1 ) : ses cheveux blancs flottaient à la bise comme la crinière d^un coursier des déserts ; une de ses mains noircies et décharnées semblait verser des malédictions sur le camp des Mauriennais ,
(i) En relisant Ivanhoë^ aprèë avoir mis la dernière main à mon ouvrage , je me suis, aperçu que ce passage n'était qu'une bien pâle réminiscence de Tapparition d'Ulrique ; mais , j'en demande pardon à la grande ombre de Walter-Scott , mon siège éiaiU faiU,
tandis que Fautre brandissait un poignard qui flamboyait rouge de sang.
Puis, cette femme poussa un épouvantable hurlement ; le feu brilla comme un éclair à la pointe du donjon : la femme, la tour , le feu et les hom^ mes , tout s^écroula dans Tlsère comme un vaisseau dans la tempête.
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Les assiégeants avaient besoin de repos ; Humbert commanda la retraite , et renvoya au lendemain Fassaut du second mur d^enceinte.
Le soir du même jour , Raoul venait de Ëdre rinspection des sentinelles placées à Feutrée du camp du côté de Fesson ; il était à quelques pas de la chute de Napelouze , dont les lames s^cmpourpraient aux dernières teintes du crépuscule , et mêlaient leurs voix éclatantes aux bruits sourds qui s^élevaient du milieu des tentes.
Appuyé sur sa lance, le jeune écuyer s'arrêta pour respirer la fraîcheur des gouttes d'eau qui bondissaient vers lui , et venaient humecter ses
lèvres altérées par la chaleur à^xm jour de bataille; puis , son regard mélancolique se promena longtemps sur les murailles noires et mornes de Briançon, où seules quelques rares lumières trahissaient Fagitation de ses habitants, en passant avec rapidité devant les ouvertures en ogive.
Tout-à-coup il fut tiré de sa rêverie par le bruit du galop à^xm cheval , que montait un chevalier armé de toutes pièces : son écu était voilé d^un crêpe noir , et des plumes noires ombrageaient son casque , dont la visière était levée ; Raoul reconnut avec étonnement la mâle figure de messire Hugues d^Aigremont, Termite de la grotte de Bange.
— « Hé bien ! sire de Gompey , s'écria celui-d, H ne vous avai&-je pas annoncé que nous devions )> nous revoir quelque jour au milieu des camps? » Les voix du désert m^ont apporté des bruits de )) guerre; et, comme des trompettes d'airain, » leurs échos ont fait tressaillir mon armure. »
— 'c Soyez le bien-venu ! w répondit Raoul en lui serrant cordialement la main, a soyez le » bien-venu ! et si j'en juge par le jour qui vient « de s'écouler , vous n'entendrez pas chanter le )> coq deux matins de suite, avant d'avoir retrempé )> votre bonne vieille épée. »
— « Et de quelsang, jeune homme , » reprit d'Aigremont d'une vois sévère y « de quel sang parlez-
» VOUS de retremper mon épée ? toas les Savoisiens )> ne sont-ils pas des firères? Mauriennais, Ta- )> rainset Genevois , ne sommes-nous pas enfants » du même pays? (tous de notre beau pays, ce » monarque des sapins et des neiges ? Non , jeune » homme, ce n^est pas ici que j^aimerais à faire » briller mon glaive. . . Mais conduisez-moi auprès )> de notre seigneur Humbert, et vous en appren-< )) drez davantage. »
Cependant , Emeric était en proie à des pensées qui lui rongeaient le cœur; il n^avait rien perdu de son mépris du danger , de ce courage physique et vulgaire qui sait braver la mort ; mais il sentait que sa confiance énergique et sa foi en ses forces commençaient à Fabandonner. Â supposer que sa forteresse ne put être prise d^assaut , comment résisterait-il à la famine qui déjà commençait à se faire sentir ? La pensée des dangers auxquels il exposait sa fille , lui remuait les entrailles. Il se voyait d^ailleurs abandonné par les chefs de la Haute-Tarantaise , qui presque tous avaient fait soumission , et dont il pouvait distinguer depuis son château les pennons groupés dans le camp autour deFaigle dW de la bannière d^Humbert.
La mort de la Sarrasine qu^Enieric aimait tendrement ; qui , dans ses idées superstitieuses , était la gardienne de ses tours, Fétoile de iss^ destinée ,
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avait achevé de porter le déooaragement dans son ame , et de courber sa volonté de fer.
Toutes œs considérations le décidèreot à envoyer on parlementaire au camp ducomte de Maurienne. Ce messager venait d^étre introduit sous la tente d^Humbert, lorsque Raoul y entra avec le aire d^Aigremont; bientôt , celui-ci fut entouré de tous les vieux chevaliers ses frères d'armes , et le comte lui-même sourit gracieusement au compagnon de sa jeunesse. — a Par saint Maurice et Notre-Dame » du Charmez ! vous venez à point j mesaire d^ Air n gremont : or, vous avez entendu ce que nous )» mande notre très-haut et cher cousin le baron n de Briançon; j^ai certes bonne envie, une Ibis n pour en finir , de châtier son insigne outrecui- )» dance : mais pour vous témoigner num bon » plaisir de votre retour , dictez vous-même la » réponse au message. »
Hugues sHnclina , et dit : a Hé bien ! monsei- M gneur, sachez que les princes de la chrétienté n paraissent enfin décidés à passer en Palestine » pour délivrer le tombeau de notre saint Ré- » dempteur . Là-bas , nous trouverons bons coups )> de lances et vaillants coups d^épées ; disposons » tout pour cette expédition : qu^en tout pays »» d^Eurof^e on proclame une pais générale , qpii, à » meilleur droit que nos trêves de quatre jours ,
» sera nommée la trêve de Dieu (1 ) ! Ainsi , mon- » seigneur, puisque tel est votre bon plaisir, » voici ma réponse au message d^Emeric :
» 1 "" Le péage sera supprimé (2) ; item , pour )) Finjure qu^il a faite , le sire de Briançon devien- » dra homme du comte de Maurienne , et lui h rendra foi et honmiage pour lui et pour les » siens ; item , la fille du susdit sire de firiançon » épousera en légitime mariage celui des cheva- » liers ou écuyers du comte qui a été le mieux » méritant dans le combat d^aujourd^hui. »
— c( Tous ont bien mérité , » répartit Humbert y (( et gloire à tous ! je dois dire pourtant que notre )) gentil écuyer Raoul a suivi le premier notre )> aigle de Saxe au pied de la muraiUe : si donc )> la belle lui agrée , elle sera sienne ; et que la » paix soit faite à telles conditions. »
(i) Voyez la note XXXUI.
(2) Servion.