‹ Esquisse du comté de Savoie au xie siécleChapitre 4 sur 7 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

EprviRON cinq mois étaient étoulës depuis les feits rapportés dans cette véridîqne histoire.

Un bateau , parti du port de Talloires , traînfait sur les flots un sillage vif et écuiiieux ; il venait de dériver à la pointe de la grottlB de Chère , et' ^k proue paraissait dirigée vers la C(^né d'Anhecyle-Vieux ; d^autres batefaux! suiVàietit , portant ^ne foule de damoiseaux , V^let^ èt^bachelettës. ' ' '

C'était la fin de Thiver ; les vègtles avaient brisé' les glaçons de la rive , les avaient divisés en facettes étincelaiites ^ en prismes, éti rubans argentés , en rivières de diamaMs qtpi^dndulàieht' avec lés ragues au souffle chaud dti miol; ce inott^

î 62 SIEGE

vement produisait des sons métalliques pareils à ceux de Tharmonica , suaves et doux comme les accords éloignés d^une harpe d^Eole : on aurait dit que tous les génies des eaux avaient réuni toutes leurs harmonies pour saluer le retour du printemps.

— (c Vois ! mon Kàûul , w disait une jeune femme assise dans le premier bateau et doucement appuyée sur le bras d^un chevalier ; a vois ! comme cette » nature est belle ! comme ce lac est harmonieux ! )> comme il sourit à ses rivages et à nos deux têtes, » réunies dans son miroir limpide ! »

— (( N^est-ce pas , mon amie , que tout est beau i9 dans le bonheur? » répondait le chevalier; (( mais salue donc d^un souvenir ce bois de sapins )> dont tu peux découvrir devant toi la cime ver- )> doyante : ne reconnais-tu pas Fabri d^une mati- )> née d^amour ? n Une douce larme humecta les yeux de Marguerite.

Us étaient mariés

A la prière du comte Humbert , le père de Raoul avait consenti à cette union , et le nouvel époux conduisait sa bien - aimée dans son manoir de Thorenc.

Pierre était resté quelques jours fugitif après révasion du prisonnier ; mais son msdtre lui pardonna le jour des noces de sa fille; Guillemette et

lui vécurent long- temps au chalet : pourtant, Pierre , depuis le siège du château , ne reprit jamais son air de bonne humeur; une fois, sa femme voulut lui parler du service qu^il avait rendu à Raoul y mais il changea brusquement la conversation, et resta plus de huit jours sans parler ni siffler. On a pensé quHl s^accusait d^avoir causé en partie les désastres qui suivirent la fuite du ménestrel.

Le sire de firiançon consacra ses dernières années aux contemplations de Tastrologie. Après sa mort, son château tomba peu à peu jusqu^à Fétat de ruines où on le voit aujourd'hui. Ces ruines sont rarement visitées ; les pâtres les ^ent comme un lieu maudit ; et les teilleuses m'ont conté , l'autre soir à la veillée , que souvent sur ces murs abandonnés apparaît un petit fantôme noir portant un schal rouge autour de ses cheveux blancs ; il sautille d'un roc à l'autre en poussant des clameurs sauvages; puis, il finit toujours par disparaître sous les flots tourbillonnants de l'Isère.

Quant au comte Humbert , après son voyage en terre sainte, on sait par Champierle chroniqueur: quV/ se retira en sa comté et en ses pays , lesquels il gouverna en bonne paix et tranquillité ; il véquit longuement en grande prospérité de moult noble vie , et puis fina ses jours très^honorablement ^ dont fut

fait de lui un très^rand deuil j et fut mouH plaint et lamenté j et fut tHumphamment ensevely et mis en sépulture en P église cathédrale de Saint^ierre de MausUers en Tharentaise y enmron Pan mil cent et neuf.

Page 1