DU BASSIN OCCIDENTAL
Reposant sur les roches laurentiennes et cambriennes, et formant la base du terrain palæozoïques se trouve un grès qui est, pour la plus grande partie, un quartz pur, mais coloré en rouge parfois par un mélange d’oxyde de fer, et devenant un peu calcaire dans sa prolongation vers l’ouest. Les fossiles de cette formation sont peu nombreux, étant limités à deux espèces de lingules, quelques fucoïdes, et les traces d’un fossile auquel on a donné le nom de Scolithus. Il est digne de remarque que le genre lingule, qui caractérise les terrains les plus anciens, vit
encore dans les mers tropicales, et que le test
es espèces tant récentes que fossiles, est composé en grande partie de phosphate de chaux, ayant une composition différente des autres coquilles, mais identique avec les os des animaux vertébrés. Les espèces d’orbicule, genre trèsrapproché de la lingule, offrent cette même composition , ainsi que les Conulariæ.
Les grès de cette formation, à laquelle les géologues de New-York ont donné le nom de grès de Potsdam, offrent souvent des traces d’un animal qui est regardé, par le professeur Owen de Londres, comme une espèce de crustacé dont nous n’avons peut-être aujourd’hui aucun représentant. Les impressions des pieds du même côté sont très-rapprochées l’une de l’autre; mais la distance latérale est de douze à vingt-cinq centimètres, et une dépression intermédiaire paraît avoir été faite par la queue de l'animal. Le professeur Owen a donné à ces impressions le nom de protechnites. Elles sont très-abondantes sur les grès à Beauharnais, à Vaudreuil, Sainte-Anne et plusieurs autres localités. L’épaisseur de cette formation de grès dans la partie est du Canada est d’envi-
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ron cent mètres; mais elle diminue vers l’ouest. Sur le grès de Potsdam repose une formation connue sous le nom de grès calcifère, ayant, à l'est, une puissance de quatre-vingts mètres , et qui est caractérisée par des restes organiques particuliers, parmi lesquels sont des fucoïdes et plusieurs espèces de gastéropodes. Au grès calcifère succède une masse de calcaire dans lequel les géologues de New-York ont reconnu quatre divisions, désignées sous les noms de Chazy, Birdseye, Black-River et Trenton , chacune caractérisée par ses fossiles particuliers. A
Montréal, ce groupe a près de quatre cents
mètres d'épaisseur, et offre dans la partie inférieure des lits massifs d’un calcaire grisâtre, qui devient noir et bitumineux vers le sommet, où des calcaires noirs sont intercalés avec des schistes, qui foi ment le commencement de la formation suivante. Vers l’ouest, ces calcaires sont moins abondants, et ces divisions sont moins marquées. Sur les îles Manitoulines, leur épaisseur totale, d’après M. Murray, n’excède pas cent mètres.
Ces calcaires sont souvent très-riches en fossiles, qui sont quelquefois remplacés par la
silice. Près la cité d’Outaouais, les moules d’Orthocéras et de quelques autres fossiles sont remplis par une dolomie granulaire et ferrugineuse, tandis que le calcaire environnant ne contient point de carbonate de magnésie.
Dans le calcaire de Chazy, près de Hawkesbury, aussi bien que dans une couche de grès à l’île des Allumettes, appartenant probablement au sommet du grès calcifère, se trouvent des corps arrondis ayant un diamètre de un à deux centimètres, qui sont composés en grande partie de phosphate de chaux, et paraissent être les déjections des animaux qui subsistaient sur les coquilles phosphatiques déjà indiquées, trèsabondantes dans ces mêmes couches. Des fragments de lingules sont souvent visibles dans l’intérieur de ces coprolithes, qui donnent, par l'analyse, depuis 36 à 45 p. 100 de phosphate de chaux, avec un peu de fluorure et de carbonate, et des portions de magnésie et d'oxyde de fer. Le résidu est un sable siliceux, avec 2 ou à pour 100 de matière organique qui exhale de l’ammoniaque avec une odeur animale quand on chauffe les coprolithes. |
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Trenton est connue sous le nom des schistes d'Utica; ces schistes, qui sont noirs, bitumineux et très-fragiles, contiennent beaucoup de graptolithes, et offrent une épaisseur de vingt à trente mètres. Aux schistes d'Utica, succède une série de schistes grisâtres ct bleuâtres, intercalés avec des couches minces de grès et de calcaire. Cette série, qui esi souvent très-fossilifère , appartient au groupe de la rivière Hudson des géologues de New-York, et atteint, dans le bas Canada, une puissance de près de cinq cents mètres; sur le lac Huron, cette épaisseur se trouve réduite à environ soixante mètres.
Dans la partie ouest du Canada, on trouve superposé, sur cette dernière série, un grès rouge argileux, connu sous le nom de grès de Médina, et regardé comme formant la base du terrain silurien supérieur. A l'extrémité occidentale du lac Ontario, ce grès a une épaisseur de deux cents mètres; mais, en gagnant l’ouest, il devient plus mince, et dans le bassin oriental il manque entièrement. Il est suivi par une série de calcaire et de schistes fossilifères qui porte le nom du groupe de Clinton. L’épaisseur de ce groupe n’est pas considérable, et il est recou-
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vert par des lits massifs de calcaire bitumineux, connus sous le nom de groupe de Niagara. Ces calcaires forment un plateau élevé à la chute du Niagara, et suivent, à une petite distance, le bord sud-ouest du lac Ontario, formant une falaise qui se continue jusqu’à Cabots’-Head, sur le lac Huron, et de là aux îles Manitoulines. Les couches supérieures de cette formation offrent souvent des cavités remplies de cristaux de spath calcaire, de dolomie, de baryte sulfatée, de fluorine, de célestine, de sélénite et d’anhydrite, quelquefois avec de la blende et de la galène. La puissance combinée des groupes de Clinton et de Niagara, sur le lac Ontario, est de près de soixante-dix mètres; mais sur les îles Manitoulines, elle s'élève à plus de cent quatre-vingts mètres. À ces formations, succède une série de schistes et calcaires, connue sous les noms de la formation gypsifère, et le groupe salifère d'Onondéga, qui est suivi par des couches de calcaires contenant Pentamerus et Delthyris. Ces calcaires forment le sommet du terrain silurien supérieur, qui atteint, entre les lacs Érié et Ontario, une puissance totale d'environ trois cent : soixante mètres.
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La base du système devonien, dans l’état de New-York, est le grès d'Oriskany, qui est représenté dans le Canada occidental par un grès blanc quartzeux, d’une faible épaisseur, sur lequel reposent le calcaire cornifère des géologues de New-York, formant ensemble ce qu’ils ont nommé la série supérieure de Helderberg. A ces roches succède une série de schistes noirs et très-bitumineux intercalés avec des couches minces de grès, et connus sous le nom de groupe d'Hamilton. Les formations supérieures n’eaistent pas dans le haut Canada, mais dans les États voisins de New-York et de Michigan, on
« trouve les parties supérieures du terrain devo-
nien, sous la forme de grès massifs intercalés avec des schistes, et partagés par les géologues de New-York entre le groupe du Portage et
+ Chemung, et le groupe des montagnes de Cat-
skilll Ce dernier groupe est regardé comme
+ l'équivalent du vieux grès rouge d'Angleterre,
et sert de base au système carbonifère.
Les calcaires fossilifères de Montréal et de
+ Saint-Dominique prennent un beau poli, et sont employés comme marbres ; il offrent des fos-
siles blancs sur un fond gris ou bleu grisâtre.
À la baie de Missiscoui et à Cornwall, on trouve un beau marbre noir qui appartient à la formation de Trenton. Saint-Lin fournit de grandes tables d’un beau marbre rouge grisâtre, rempli de restes organiques, surtout des coraux qui ont une couleur rouge vif, Ce marbre appartient à la formation Chazy, qui, à Pakenham, donne un marbre brun de chocolat, très-compacte, et susceptible d’un fort beau poli. Les roches du groupe de la rivière Hudson et de Trenton donnent partout de bonnes pierres de construction et des pavés.
La formation de Chazy contient une couche de calcaire argileux qui est beaucoup exploitée sur l'Outaouais, et fournit le ciment hydraulique de Hull, qui esttrès-estimé. Cette couche, caractérisée par la proximité d’un lit de calcaire rempli de Cythere, a été suivie sur une grande étendue, et fournit à Kingston et à Loughborough une chaux hydraulique. À Québec, un calcaire noir, appartenant au groupe de la rivière Hudson, donne aussi un ciment qui possède des propriétés précieuses. Le ciment de Thorold, dont l'emploi est très-répandu, provient de la base du calcaire de Niagara, et la L
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formation gypsifère à Cayuga, à Paris sur la Grand’-Rivière, et à Point-Douglas sur le lac Huron, fournit un ciment qui durcit très-rapidement sous l’eau.
Le calcaire de Chazy, dans le voisinage de Marmora, contient des couches de pierre lithographique d’une qualité supérieure, et en quantité abondante. Cette même pierre peut être
; | suivie par intervalles jusqu’au lac Couchiching, 4 à une distance de près de vingt-cinq lieues.
Les carrières de gypse du terrain silurien
# supérieur sont d’une grande importance, et se
trouvent dans tout l’affleurement de la formation dite gypsifère. Les exploitations sont pour la plupart dans les cantons de Dumfries, Brantford, Onéida et Cayuga. Le gypse est principalement employé dans le pays comme engrais, et calèiné comme plâtre de Paris. Mais à part la consom-
% mation, les cantons d'Onéida et de Cayuga ont
fourni, l'an dernier, sept mille tonneaux de ces
î gypses à l'exportation vers les États-Unis.
Ces gypses sont d’une origine récente ; ils se
L trouvent sous forme de mamelons, qui pénètrent îles couches palæozoïques, et même les argiles Uorinires Les lits de calcaire qui les entourent
sont soulevés, brisés, et en grande partie absorbés. M. Sterry-Hunt, de la commission géologique du Canada, a fait voir que ces phénomènes sont dus à des sources contenant de l’acide sulfurique libre qui, en agissant sur le carbonate de chaux l’a changé en gypse (voy.
Comptes rendus de l’Académie, 1855; premier semestre, p. 1348).
Les schistes d’Utica, qui sont quelquefois trèsbitumineux, méritent attention comme sources d'huiles et de matières bitumineuses; mais, jusqu’à présent, on n’en a pas fait d'essais au point de vue industriel. Les schistes d’Hamilton sont encore plus riches en bitume, et fournissent, en plusieurs parties du haut Canada, des sources de pétrole, telles que celles de la rivière Tranche et d'Enniskillen, où il y a plusieurs couches superficielles d’asphalte, qui paraissent avoir été produites par la transformation du pétrole. Le plus large dépôt d’asphalte est de trois arpents, et un second est d’un demi-arpent, avec une épaisseur, en quelques parties, de deux pieds. Cette matière fournit par distillation, entre autres produits, une grande quantité de naphte.
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