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linguiste demeurera toujours incomprise pour nous.
Les précieuses qualités dont fut doué le Cardinal peuvent-elles se réduire à la seule faculté de se ressouvenir? ne seraient-elles qu'un simple jeu de la mémoire? Non sans doute. Elles ne peuvent être que l'attribut spécial du génie qui sait faire converger la science des rapports sur le foyer des connaissances acquises , et qui en agrandit la sphère au-delà de toutes les limites. Si le cardinal Mezzofanti n'a point reculé les bornes de la nature, s'il ne lui a arraché aucun secret, on peut dire cependant qu'il a réfléchi quelques rayons échappés à cette intelligence divine, qui l'ont illuminé, et qui lui ont fait discerner cette foule d'idées et ces rapports sans nombre, qui formaient comme une chaîne immense , dont il voyait tout à la fois le milieu et les exl rémités.
Parmi ces rares qualités, cette double mémoire dont nous avons parlé, des choses et des mots , brille du plus vif éclat. Oh! qu'il pouvait bien répéter ces admirables paroles de St Augustin (t). « Combien est grande cette puissance de la mémoire ! qu'elle est grande, ô mon Dieu! sanctuaire impénétrable , infini , qui pourrait en sonder les profondeurs? C'est une puissance de mon esprit, une propriété de ma nature, et moi-même je ne comprends pas tout ce que je suis; l'esprit est donc trop étroit pour se contenir lui-même.»
(}) Confts*. Iw. X.
En terminant notre Esquisse Historique, nous nous rendrons ce témoignage, qu'en louant le cardinal Mezzofanti nous avons écrit sous l'inspiration de nos souvenirs restés pleins de vie, et de notre couseience; nous sommes resté plutôt au-dessous de la vérité, que nous , ne l'avons exagérée ; notre devoir avant tout était de la respecter, et de mettre notre langage en harmonie avec la vertu favorite de l'éminent prélat. Nous n'avons pas voulu que l'illustre polyglotte , dont nous avons admiré la profonde modestie et recueilli de douces paroles , pût du fond de son tombeau répudier l'exagération de nos éloges. Ce que nous avons raconté le fait assez connaître et assez admirer , et concilie à sa mémoire assez de vénération et de regrets. Nous n'avons voulu établir entre le linguiste de Rome et les philologues allemands (1) aucune comparaison; sa part est assez glorieuse, et nous croyons que les positions ne sauraient être égales entre le cardinal Mezzofanti, qui a été le plus habile linguiste connu jusqu'à nos jours,
<|) Nous voulons parler ici d'Àdelung , Vater, Bibliander, Gesner, Klaproth, Humboldt et autres savants philologues et écrivains renommés. On sait que les deux premiers sont les auteurs du Mithridates : tableau universel des langues, qui renferme le Pater en cinq cents langues. On a donné le nom de ce roi de Pont à plusieurs Recueils polyglottes , parce qu'il parlait , dit l'histoire , 22 langues.
et des écrivains peu versés en général dans la pratique des langues et des littératures anciennes et modernes, mais qui ont laissé après eux d'impérissables monuments de la science philologique.
Nous dirons ici notre dernier adieu au savant illustre que nous avons eu l'honneur de connaître, et nous déposerons sur sa tombe notre modeste couronne; l'hommage est bien humble, mais l'admiration est profondément sentie. C'est pour nous un doux plaisir que de reproduire quelques lignes empruntées à l'écrivain de la Civilta Cattolica ; en conservant les formes de l'harmonieux langage italien, il semble que nous nous identifions davantage à la pensée de l'auteur, qui est la nôtre, et que nous la rendons plus fidèlement; ce sera pour nous une agréable réminiscence du passé ; nous louons le cardinal Mezzofanti dans son propre idiome , et dans nos illusions d'autrefois nous croyons l'entendre encore nous adresser quelques-unes de ces phrases italiennes si pleines de suavité, et qui semblaient si bien s'harmoniser avec l'admirable douceur de son caractère.
« La Propagandaperdette , colla morte di quel sovrano edtmico ingegno, ilpadre, il benefattore, Vornamento , e la gloria ; ne sorgerà più mai chi porga tanto sussidio , dignità, e splendore alla Âccademia dei Alunni... Essi troveranno pur altri che U guidino nello spirito Âpostolico echegU amiono e curino ed accarezzino; ma non troveranno più un Cardinal Mezzofanti
« Egliapparve corne una meteoraluminosis$ima,edi8-
parve senza lasciare <ti tanta luce nessun altro vesligio che la
memoria labile de'presenti, i quali ammirarono tanta virtù congregata nella mente e nel more di un uomo solo.
« Ma spero che Bologna , madré féconda d'incUti ingegni, uobile albergo dïogni eccelsa dottrina, altrice di cittadini preslanti e di animo libérale, generoso e gentile, vorrà la memoria di quel magno decorare d'un monumento degno del più maravigliosottaUano , anzi delïuomo più singolare che mai nacesse in terra, e che forse sta più per nascere nel giro de'futurisecoli.»
Nous nous associons de toute la vivacité de nos sentiments à ce vœu si légitime et si patriotique ; jamais hommage ne fut mieux mérité; Bologne, qui offrit des couronnes à Mezzofanti lorsque les honneurs ecclésiastiques vinrent l'arracher à sa paisible et docte solitude , n'aurait pas après sa mort un monument à élever à sa gloire? il n'en peut être ainsi; non, la patrie ne sera pas ingrate.