‹ Esquisse historique sur le cardinal MezzofantiChapitre 4 sur 20 · FIN DE LA PREMIKRF, PARTIE · texte numérisé non relu

FIN DE LA PREMIKRF, PARTIE

RAPPORTS DU CARDINAL CAPELLARI AVEC L'ABBÉ MEZZOFANTI. — TROUBLES A BOLOGNE. — MEZZOFANTI SE REND A ROMEJ IL EST NOMMÉ PRÉLAT ; FONCTIONS QUI LUI SONT CONFIÉES , ENTR'AU- TRES CELLES DE PREMIER CUSTODE DE LA BIBLIOTHEQUE VATI- CANE ; IL EST PROMU A LA DIGNITÉ DE CARDINAL DANS LE CON- SISTOIRE DU 12 FÉVRIER 1838; SES TITRES DIVERS; SON AVE- NEMENT AU CARDINALAT EST CÉLÉBRÉ A BOLOGNE COMME UNE FETE DE FAMILLE.

Un nouvel horizon va se découvrir à nos yeux. jCe n'est plus dans la studieuse solitude de la bibliothèque de Bologne, ni dans les chaires de renseignement, qu'il nous faudra désormais étudier la vie du célèbre polyglotte que Rome enviait à la seconde ville des Etats pontificaux. Une renommée qui sétendait au-delà des limites de la Péniusule italique , un apostolat de charité exercé dans les temps les plus critiques et en quelque sorte au milieu du tumulte des camps , de longs et importants services rendus aux lettres et à l'instruction publique; en un mot, toute une vie de savant et de prêtre dévoué, à récompenser, traçaient au modeste professeur de Bologne la route des honneurs qui s'était une première fois ouverte devant lui comme on l a déjà vu.

Quelque grande que fût sa modestie, quelque vif que fût son attachement pour la ville qui fut son berceau, et quelque irrésistible que fût son attrait pour les paisibles et studieuses habitudes qu'il s'était créées , Mezzofanti devait un jour cesser de s'appartenir à luimême. Rome deviendra pour lui comme une seconde patrie, qui ne lui fera cependant pas oublier la première. Le triple lien de la science , de la religion et de la gratitude l'attachera bientôt à cette ville qui fut la reine du monde et qui eut toujours de doctes secrets à dévoiler aux hommes de génie qui l'interrogeaient.

Rome , que Mezzofanti aima avec complaisance, ne fut pas ingrate pour lui : elle échangea sa toge de professeur contre la pourpre de cardinal, elle l'associa aux princes, et si elle ne put lui donner la première place , elle lui décerna avec bonheur la seconde. Mezzofanti put préluder encore à Rome, par des études et des travaux sérieux, aux honneurs ecclésiastiques qui l'attendaient plus tard. Suivons-le dans sa nouvelle carrière.

Au mois d'octobre 1826, Léon XII avait nommé le cardinal Capellari préfet du collège de la Propagande. Le Pontife souverain avait voulu récompenser le savant camaldule de ses recherches philologiques sur les langues orientales. De vives sympathies devaient attacher ce dernier au linguiste de Bologne; et bientôt commencèrent , en effet, des relations directes entre le savant cardinal et le professeur bolonais. L'éminent pré-

fet de la Propagande l'employa dans plusieurs négociations qui avaient pour objet la prospérité du collège dout la direction supérieure lui était confiée. Il se présenta une occasion où il crut devoir récompenser l'habileté et le zèle désintéressé du généreux polyglotte en lui envoyant une lettre de change d'une somme d'argent assez considérable ; Mezzofanti la refusa, et en faisant agréer ses motifs d'excuse il priait le cardinal Capellari d'ajouter la somme à celles destinées aux Missions étrangères; de si généreuses intentions furent remplies.

A peine monté au trône pontifical, ce même cardinal, dont l'élection à la papauté eut lieu le 2 février 1831, écrivit au vénérable cardinal Oppizoni, archevêque de Bologne, pour lui parler de celui qui jetait tant d éciat sur le clergé de celte métropole et au sein de son université. C'était un llatteur témoignage rendu à la science et à la vertu par un pontife si bien fait pour juger l'une et apprécier l'autre ; mais ces deux hautes intelligences devaient bientôt se rapprocher, et Mezzofanti devait projeter quelques rayons de gloire sur le trône de Grégoire XVI.

Les événements politiques dont la France devint le théâtre en 1830', eurent un déplorable retentissement en Italie; l'année suivante Bologne s'agitait sous la double influence du carbonarisme indigène et de la propagande française; la mine révolutionnaire fit explosion, mais pour cette fois, les éclats n'atteignireut point le trône de saint Pierre. 11 est des entreprises tellement

hardies qu elles réussissent rarement à la première lois. A Rome, comme dans les légations, la révolte, plus audacieuse sur les bords du Reno, plus timide sur les bords du Tibre , déposa les armes devant le noble courage du Chef de l'Eglise.

On connaît la suite des événements, l'histoire les racontera ; elle dira les conseils pacifiques du premier Pasteur des âmes, ce qu'il fit pour protéger l'indépendance de ses Etats, lorsque le Gouvernement français faisait occuper Ancone; ses efforts soutenus poulies défendre contre les tristes résultats des passions politiques qui s'y agitaient ; et ce que lui inspira de fermeté, dans ces jours de révolte, son double caractère de pontife et de roi. Une révolution devait , dix-sept ans plus tard, porter une main sacrilège au front de l'auguste successeur de Grégoire XVL, couvrir d'un voile de deuil la chrétienté tout entière, et révéler au monde les vertus héroïques de Pie IX dont le règne occupera une si grande place dans les annales de l'Italie. Mais revenons aux premières années du pontificat de Grégoire XVI.

La paix fut bientôt rétablie à Bologne; investi des plus hautes fonctions politiques, le cardinal Oppizonî rentra dans cette ville où il trouva des ruines à relever, des infortunes à adoucir, des charges publiques à allé-

ger, des haines privées à faire oublier, enfin la paix à ramener dans une province , théâtre récent d'un essai de révolution entrepris par la démocratie italienne. Le cardinal nomma une dépulalion pour porter aux pieds

du Pontife suprême , L'hommage de udélit de la ville et de la province de Bologne, lui faire agréer ses voeux et appeler tout à la fois son attention et son auguste bienveillance sur cette intéressante portion de ses Etats. Le plus illustre des ûls de la docte cité devait naturellement faire partie de cette députation ; son nom s'était le premier présenté au vénérable Oppizoni.

Pendant les quelques jours que Mezzofanli passa à Rome, Grégoire XVI le nomma prélat, en lui décernant le titre de protonotaire apostolique non participant. Les intentions du Pontife lui furent clairement manifestées; de nouveaux refus n'auraient point été agréés; le Pape avait déclaré à Mezzofanti qu'il voulait le voir s'établir à Rome; il faut croire cependant que quelques résistances se manifestèrent encore, puisque Grégoire XVI aimait à répéter qu'il lui avait fallu entreprendre un véritable siège pour décider Mezzofanti à quitter sa chère ville de Bologne : ce Pontife disait avec une certaine gaîté qui lui était assez familière, que le voyage du polyglotte à Rome était l'unique service que lui avait rendu l'insurrection bolonaise.

Notre modeste linguiste obtint du souverain Pontife de revenir pour un temps assez court à Bologne ; mais à la fin d'octobre 1831 il vint se jeter de nouveau aux pieds du Pape pour obéir à sa volonté suprême et ne plus se séparer de cette Eglise romaine dont il allait devenir l'ornement. Grégoire XVI l'appela successivement aux dignités ecclésiastiques les plus honorables ;

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