‹ Esquisse historique sur le cardinal MezzofantiChapitre 5 sur 20 · TA · texte numérisé non relu

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eu 1832 il le nomma chanoine de la basilique de Sainte- Marie majeure; quelque temps après, premier custode de la bibliothèque vaticane ; enfin l'abbé Mezzofanti fut créé chanoine de Saint-Pierre. Le chapitre voulut lui prouver combien il savait apprécier ses qualités personnelles et ses talents, en lui confiant la direction du séminaire placé sous la dépendance de la Basilique.

Il se dévoua avec ardeur à ses nouvelles fonctions : nous laisserons deviner ce qu'il dût faire pour le bien de l'enseignement, au sein de cette jeunesse cléricale ; nous dirons seulement que pendant les huit années qu'il dirigea le séminaire de Saint-Pierre , il employa le revenu de son canonicat et ceux qu'il recevait à titre de custode de la bibliothèque vaticane en utiles améliorations faites au séminaire, et à l'entretien des jeunes ecclésiastiques dénués de ressources qui venaient chercher à Rome l'instruction théologique. Encourager les vocations cléricales a toujours semblé un devoir impérieux à cet ami de la jeunesse qui s'était montré pour elle un maître habile et indulgent, comme il en avait été le modèle dans les premières années de sa vie. Lorsqu'on voyait les pauvres accourir en grand nombre à l'une des entrées du péristyle de Saint-Pierre , on était sûr que le prélat Mezzofanti sortait de la basilique vaticane pour se rendre dans la bibliothèque, ou aller de la basilique au séminaire. Tous les mendiants du Borgo, disposés en longues files, l'attendaient, et ils ne recevaient jamais moins d'un paulo

( 25 centimes ); on comprend combien de fois la semaine devait se renouveler cette aumône en plein soleil. Les chanoines de Saint-Pierre, ses collègues, l'avaient surnommé Monsignor Elemosiniere , faisant allusion au prélat domestique chargé des aumônes du Pontife romain. La charité de MezzofantL s'étendait à d'autres misères et à d'autres douleurs : les pauvres honteux, qui, dans tous les pays du monde , parlent si éloquemment aux cœurs sensibles , les prêtres infirmes , les ecclésiastiques étrangers qui viennent chercher à Rome une patrie et le pain de l'exil , avaient une grande part aux largesses du chanoine polyglotte. Souvent il n'écoutait pas les leçons de la prudence humaine , il était prodigue et ne comptait pas ; le jour du lendemain lui apportait d'autres infortunes à soulager, il disait alors à quelques amis quil associait à ces bonnes œuvres : Sono angmliato; date mi qualunque cosa per i miei poveri.

Les fonctions de chanoine qu'il avait à remplir à Saint-Pierre , celle de custode à la vaticane , enfin la direction du séminaire et ses propres études absorbaient toutes ses journées et *en faisaient, dans cette ville de Rome, où l'on aime à se créer de doux loisirs, un des prêtres les plus fructueusement occupés de cette métropole catholique. Sans résider au Vatican, il en était un des hôtes les plus assidus. Au milieu des trésors littéraires amassés par les pontifies de cette sainte Église romaine et recueillis dans la bibliothè-

que de leur palais, le docte chanoine retrouvait quelque chose de cette douce jouissance dont la science avait été pour lui prodigue dans ses fondions de bibliothécaire à Bologne. •

Traversant un jour un long corridor du palais apostolique pour se rendre à la bibliothèque, ses yeux s'arrêtèrent négligemment sur un assez grand nombre de tableaux qui allaient être transportés hors du musée comme trop peu dignes d'y figurer. Sa sagacité profonde et ses connaissances en peinture dont il ne parlait jamais à personne, lui firent découvrir parmi ces tableaux

plusieurs toiles de prix. Elles étaient dues au pinceau

d'un grand maître de l'école italienne ; il les fil restaurer à ses frais. Ces tableaux fixèrent l'attention des amateurs. Ils ont été longtemps exposés dans une des salles du Vatican située dans la partie de ce vaste palais désignée sous le nom de Braccio sinisiro.

La réputation qui avait précédé le prélat Mezzofauti à Rome saccrut bientôt par suite des rapports qu'il fut appelé à entretenir dans l'exercice de ses fonctions soit ecclésiastiques, soit bibliographiques. Un plus vaste horizon s'était découvert devant lui ; aucun ami des lettres ne visite la ville de Rome sans admirer les richesses littéraires entassées dans la bibliothèque du Vatican ; les Àngelo Mai, les Mezzofanli et les Laureani, ont rehaussé par leur propre mérite, dans l'estime des savants , ces fondions de bibliothécaire, où il est impossible de montrer plus de savoir, plus de zèle,

plus d'amour pour la science et plus d'obligeance que n'en déploya notre habile linguiste.

Grégoire XVI avait rapproché de lui le bibliothécaire de Bologne ; entre l'ancien Camaldule , professeur de philosophie, orientaliste distingué, et l'ancien régent de l'Université, professeur lui-même, il devait s établir des rapports que le Pontife souverain se plut à cimenter toujours par l'estime et le plus gracieux abandon. Un jour Grégoire XVI voulut ménager une agréable surprise au prélat polyglotte et se procurer à lui-même le rare plaisir d'une de ces conversations improvisées en divers idiomes, véritable tournoi de linguistique , d'où Mezzofanti sortait toujours vainqueur. Dans les routes tortueuses du jardin du Vatican et derrière les massifs de verdure qui le^décorent, le Pontife fit cacher un certain nombre d'élèves du collège de la Propagande; à l'heure d'une de ses promenades graves et doctes; le Pontife s'était fait accompagner par le prélat ; au signal donné , ces élèves viennent en groupe fléchir le genou devant l'auguste Chef de l'Eglise, et se relevant aussitôt, ils s'adressent tous à la fois , dans leur propre idiome , à Mezzofanti, avec une telle abondance de paroles et une telle volubilité que dans ce conflit de langues diverses, on ne pouvait s'entendre ni se reconnaître. Le polyglotte lutta d'adresse et de promptitude avec les interlocuteurs , il répondit à chacun d'eux avec esprit et élégance, et les laissa dans l'admiration, (vêtait pour la première fois que Grégoire XVI était témoin d'un pareil speclacle,

son âme en fut inondée de joie ; il fixait des yeux de complaisance sur le prélat polyglotte et souriait aux merveilles de cette mémoire si vaste, si prompte et si sûre, que la surprise la plus inattendue ne mettait jamais en défaut.

Les temps étaient arrivés où le modeste professeur de Bologne allait recevoir la glorieuse récompense de ses vertus et de ses travaux. Dans le consistoire du 12 février 1838, le Pontife suprême créa cardinal de l'ordre des prêtres Joseph Mezzofanti et lui assigna le titre de Saint-Onuphre. Voici, d'après son biographe M. Stolz et les Notizie del Anno, les titres et les dignités dévolus au nouveau cardinal : il dut naturellement prendre sa place dans les congrégations de la propagande, de l'index, des rits, des étîfees et de l'examen des évêques in sacra theologia et sacri canoni , enfin dans la congrégation des affaires de la Chine. Il fut visiteur apostolique de l'hôpital de Saint-Jacques in Augusta (1), président de la commission administra-

(1) A Rome, les enlises et les établissements publics se distinguent quelquefois entre eux par des désignations empruntées soit aux rues où Us sont situés, soit aux monuments de l'antiquité dont on voit encore des restes dans leur voisinage , soit enfin à d'autres monuments modernes plus remarquables. Cest ainsi que l'hôpital Saint-Jacques, dit des incurables, prend la désignation in Augusta, comme étant situé non loin des lieux où fut élevé autrefois l'ancien mausolée d'Auguste ; l'hôpital Saint -Sauveur, dit de Saint-Jean-de-Latran. prend sa désignation de la chapelle vénérée appelée Sancta Sanctoimm , où l'on parvient après avoir monte les degrés de la Scala Sancta. Il est peu d'ouvrages consacrés à la description des monuments de Rome qui ne renferment ces sortes d'explications.

tive de Tarchi hôpital de Saint-Sauveur ad SanctaSanctorum, visiteur apostolique de la maison des catéchumènes et du monastère de la SS. Annunciata ; protecteur de l'ordre entier des carmélitains, de la congrégation des sœurs hospitalières, dites sœurs de la miséricorde , du collège Pie de Pérouze , des confréries de S. Emidius , de S. Félix de Cantalice , du Très-Saint Sacrement, enfin de la pieuse union du cimetière de Saint- Jean, ad Sancta Sanctorum, des religieuses capucines du couvent de Saint- Jean-Baptiste de Bagnacavallo ; protecteur de la cité de Bologne, sa patrie, délia participenza, délia terra di medecina et del commune di Gavignano (1).

Rome, l'Italie entière, la religion et les sciences, applaudirent au choix de l'auguste Pontife , juste rémunérateur du mérite, qui venait de décorer de la pourpre romaine un des hommes les plus dignes de la porter. La métropole catholique célébra par des fêtes l'exaltation du prélat Mezzofanti au cardinalat. Au collège de la Propagande, l'éloge du Pontife et du prélat

furent célébrés en langues diverses: les élèves de cette

(1) Le lecteur comprendra que ces divers titres étaient purement honorifiques; on sait quelles sont les fonctions d'un cardinal protecteur j il est le défenseur né de tous les intérêts de la ville, de la province et du royaume qu'il représente auprès du gouvernement pontifical, il fait, respecter leurs droits, accroître leurs privilèges, et leur obtient des faveurs du siège apostolique ; le pape seul confère les protectorats. Les dernière* localités dont le cardinal était protecteur sont situées dans la province de Bologne et de Velletri.

école fainî devaient un tribut particulier de respect

et cfadiniratîvn à celui que le triple lien du cœur, de la piété et de la science attachait à ce collège. Quarante-

t rois d'entre eux, nés sous des latitudes différentes, composèrent un poème en leur propre idiome, sur la promotion au cardinalat du savant polyglotte; ils allèrent tous ensemble, accompagnés de leurs maîtres, lui offrir leur composition poétique. Le cardinal , entouré de prélats et d'ecclésiastiques qui étaient venus assister à cette véritable fêle de famille, écoute, reçoit ces petits poèmes, répond à chaque élève dans sa propre langue, cl reprenant ensuite plusieurs de ces pièces de vers, il traduit en italien tout ce qu'elles contenaient de flatteur pour le Chef de l'Eglise qui venait de l'appeler à de nouveaux honneurs.

La ville de Bologne se distingua par ses fêtes; c'était un nom de plus à enregistrer dans ses fastes à côté des plus hauts dignitaires de l'Eglise et des princes de la science auxquels elle a donné le jour. L'université, les académies , les grands et le peuple célébrèrent les louanges du nouveau cardinal , ils firent monter jusqu'au fcrône pontifical leurs pieux sentiments d'allégresse ; la société des Philopieri se distingua parmi tous les corps savants de cette ville, et dans une nomhrcuse réunion, le prélat Magnani prononça le discours auquel \ ous avons emprunté les premières lignes

de cet Écrit. Des inscriptions en style lapidaire (1) redisent encore les sentiments des habitants de Bologne, qai firent frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de l'exaltation au cardinalat du célèbre lin-

(1 ) Voici une de ces inscriptions que nous empruntons au Recueil de l'académie des Philopieri .•

pro foribus Ascelerii Sodalium Philippianorum xiul . Kal . Apr . À . mdcccxxxviiI .

DE0 . CONSERVATORI . ET . VINDINI . ECCLESIAE . SVAE

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