‹ Esquisse historique sur le cardinal MezzofantiChapitre 6 sur 20 · DIXERIT · texte numérisé non relu

DIXERIT

SODALES . ASGETERIf

CYM . PATRIBV8 . PHILIPPIANIS . ET . AMICIS

DIGN1TATEM . MERITIS . FARTAM LAUDI . OMINIQUE . NOBIS . ET . PATRIAE . VERTIMVS DIE . IPSA . SACRA . PATRONO . CAELESTI . EIVS . COGNOMINI

INCREDIBILI . VNIVERSAE . C1V1TATIS . GAVDIO SOLEMNIA . EVCHARISTICA . LVBENTES . LAETIQVE . PERAGIMVS

A : VESPERE CONVENTVS . SODALIVM . WAOniEPiEnN AD . LAVDES . VIRI . EMINENT1SS1MI CARMINE . CONCELEBRANDAS

guiste , leur compatriote. (1) Ge fut une fête de famille pour cette docte cité , où le nom du linguiste était si aimé et ses vertus si vénérées.

fonctions d'un cardinal a rome. — estime de grégoire xvi pour le cardinal mezzofanti ; rapports de ce dernier avec ses collègues; sa vie occupée; ses rapports avec les élèves du collège de la propagande; académie polyglotte

DE CE COLLEGE; FÊTE DE l'ÉPIPIIANIE. — MAISON DES CATÉCHU- MÈNES. — SOEURS BASILIENNES. — MINISTÈRE DE LA CONFESSION PARTICULIÈREMENT DÉVOLU AU CARDINAL.

Les goûts et les occupations de l'homme de lettres se concilièrent avec les hautes fonctions ecclésiastiques dont notre polyglotte était investi ; il fut humble et modeste sous la pourpre, et autour de sa personne tout respirait la simplicité; il ne se prévalut jamais des privations de sa jeunesse pour jouir des douces commodités attachées à une grande existence.

La vie d'un cardinal à Rome, ne répond nullement à Tidée que des hommes prévenus, distraits ou jaloux, ne s'en forment que trop souvent. Il en est peu de mieux remplie, et de plus utilement occupée.

Ses fonctions ecclésiastiques sont multipliées ; outre les obligations que lui impose le sacerdoce , il assiste à toutes le cérémonies pontificales qui ont lieu soit dans les basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Jean -de-La-

(1) Voyez la description de cette médaille à la fin du volume.

Iran, de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Paul , soit dans les chapelles des palais Apostoliques. Dans ces imposantes réunions où la religion déploie ses pompes , le sacré collège , divisé en trois ordres : celui des évêques , des prêtres , et des diacres , entoure le chef auguste de l'Eglise universelle. Les fêtes de Notre-Seigneur , celles d'un très-grande nombre *de Saints sont célébrées par des chapelles cardinalices; on appelle ainsi toutes les fonctions religieuses auxquelles assiste le sacré collège. On compte plus de vingt chapelles cardinalices ordinaires à Rome pendant l'année (1). j

Or, le vertueux cardinal à la mémoire duquel nous payons notre modeste tribut s'est constamment fait un devoir d'assister à toutes les cérémonies religieuses où l'appelait sa haute dignité. Sa piété y intéressait les assistants, sa réputation lui attirait tous les regards.

Le cardinal a des fonctions spéciales à remplir dans réglise à laquelle , comme premier curé , l'attache son titre hiérarchique de membre du sacré collège ; il est ministre, il est juge, magistrat, haut fonctionnaire public ; il est protecteur, visiteur ou administrateur, soit des communautés religieuses, collèges, institutions de charité, soit des villes et bourgades de l'Etat catholique; et en celte qualité, outre ses fonctions ecclésias-

(1) \ oyez: Histoire des Chapelles PapaUs,\mc A. Manavit, un vol. in-So, Paris, Sagnier et Bray, 1846.

tiques , il doit encore pourvoir à des intérêts matériels, à des affaires contentieusés, vaquer, en un mot, à des fonctions purement civiles attachées à ses titres divers.

Le cardinal assiste au* consistoires publics et privés. Comme préfet ou comme simple membre des congrégations romaines, il étudie les affaires qui leur sont sousoumises et qui embrassent le gouvernement entier du siège apostolique ; il fait des rapports et discute dans ces vénérables assemblées les plus grands intérêts de l'Eglise et de l'Etat, et porte des sentences qui lient ou délient les consciences , règlent et définissent les questions les plus controversées.

Le cardinal a une église de prédilection ou l'oratoire d'un couvent, quelquefois celui de son voisinage, où il se rend à des jours déterminés pour entendre les confessions, car il ne faut pas croire que le ministère pastoral soit étranger au prélat qui porte la pourpre. Enfin, il a des devoirs de société à remplir, des rapports à entretenir, des études de prédilection à cultiver. Or, de toutes ces occupations diverses qui remplissent la journée du cardinal, il en était plusieurs surtout qui , par leur spécialité , semblaient particulièrement dévolues au cardinal polyglotte. Sa position lui créa des devoirs particuliers , et quelquefois sa renommée lui fut onéreuse.

Grégoire XVI honora d'une estime toute particulière le cardinal Mezzofanti. Une mutuelle sympathie, qui avait une origine commune, unissait le savant poly-

glotte au docte Pontife. Il l'appela dans ses conseils , où on lui soumettait les correspondances écrites en langues étrangères auxquelles se rattachaient le plus souvent de graves intérêts religieux ; adressées à la secrétairerie d'Etat, elles étaient traduites avec celte clarté

d'expression et cette facilité de langage qui faisait dire au cardinal Lambruschini qu'il était impossible que la

pensée qui avait dicté ces correspondances n'eût pas trouvé dans les conseils du Pape un infaillible interprète.

Le cardinal comptait de nombreux amis dans le sacré collège , mais il entretenait des rapports d'une douce intimité avec le cardinal Giustiniani, plus âgé que lui et versé dans la connaissance des langues orientales, et avec les cardinaux Polidori , Bernetti, Acton (1), Alberghini , savant jurisconsulte, et avec l'illustre ami de Pie VII , le vénérable cardinal Pacca.

Les congrégations dont il faisait partie, le collège de la Propagande , le ministère de la confession , qu'il aima toujours à remplir, la visite des établissements pieux placés sous sa juridiction et de quelques-uns . d'entr'eux qu'il affectionnait plus particulièremeut , enfin les occupations de la vie privée consacrée à ses devoirs religieux, à ses études de linguistique qu'il n'abandonna jamais, et à ses rapports de société devenus

(l)Ce cardinal, d'origine anglaise, était fils du ministre des finances du royaume des Deux-Siciles , naturalisé napolitain , et d'une mère an-

si multipliés surtout aux périodes de l'année qui appellent les étrangers à Rome , remplissaient ses journées, toujours trop courtes pour l'homme studieux et occupé.

Mais parmi les différentes fonctions que le cardinal Mezzofanti fut appelé à remplir, celles que lui imposèrent, au collège de la Propagande, sa charge, sa charité, son dévouement à la religion et son amour pour la science , furent les plus chères à son cœur et les plus conformes à ses goûts; aussi, ses rapports avec les élèves de cette célèbre institution nous fournissent-ils de précieux détails que nous reproduisons ici; ils jetteront de l'intérêt, nous le croyons du moins, sur cette partie de notre Récit.

L'examen des élèves , le soin de leurs études , les avis paternels à leur donner, leur confession à entendre, les intérêts matériels du collège, des correspondances à entretenir avec les pays les plus éloignés, le rappelaient tour-à-tour dans cet asile de la science et de la piété. Mais ses visites et sa présence n'y étaient jamais plus sollicitées, et n'y étaient jamais plus utiles, qu'aux approches de l'Epiphanie : c'est la fête de toutes les races humaines. Chaque année l'académie polyglotte y cé- . lèbre les ineffables mystères de la vocation des Gentils et de la propagation de la foi à travers toutes les régions du monde. Les élèves, membres de cette académie, récitent leurs compositions oratoires ou poétiques en cinquante langues environ. Toutes ces composi-

lions étaient remises au cardinal avant la tenue des séances de l'académie polyglotte ; il les corrigeait avec soin ; la pensée des auteurs, la construction des phrases, les formes oratoires, le rhythuie poétique et la cadence decesyers quelquefois sauvages devenaient de sa part l'objet d'un examen sérieux ; il se rendait lui-même au collège , il entretenait d'abord en général les élèves de l'académie, et les prenait ensuite en particulier; il se faisait leur maître, leur précepteur, il leur rendait compte de ses observations et leur enseignait à déclamer avec la prononciation propre à chaque idiome. Comme plusieurs élèves étaient entrés bien jeunes dans ce collège, ils avaient oublié la cadence et l'accent propre de leur poésie nationale; ils retrouvaient, à deux ou trois mille lieues loin de leur patrie, un saint prêtre qui les leur apprenait.

Il y a eu pendant longtemps, au collège de la Propagande, un jeune sauvage de la Californie connu sous le nom de Tac; le cardinal semblait l'aimer d'un amour de prédilection , chaque année il se complaisait à lui dicter un petit poème dans son dialecte californien, il lui apprenait ensuite à le déclamer, en l'accompagnant de son accent propre et de ses cadences barbares qui ressemblent à une réunion de tons simples où dominait une espèce de musique modulée de Soprano et de basse. Dans les diverses compositions poétiques du cardinal en langue du Pérou et du Chili , ou en tout autre idiome américain, on remarquait ces traits hardis,

ces images colorées , ces tours rapides , ces formes de style heurté qui retracent si bien la vivacité et le naturel de ces nations. C'était avec la même facilité et le môme naturel, qu'après avoir imité les constructions et les tournures des dialectes des sauvages américains , il savait reproduire les grandes images et les idées féeriques des nègres du désert de Sennaar ou des zones ardentes du tropique. Ses poésies revêtaient les formes d'une harmonié tout-à-fait inculte, elles décélaient toute l'imagination des enfants du soleil , jointe aux passions les plus nobles et aux élans les plus violents du cœur. Chaque année encore il faisait réciter aux nègres de la Propagande des poésies en langue d'Angola , de la Cafrerie, du Congo et du Zanguebar. C'était toujours la même variété de langage , la même fécondité dans l'expression, et la même couleur locale.

Le cardinal avait composé des vert en langues monosyllabiques (1), et en divers dialectes de la Polynésie Indienne; et comme les peuplades qui les parlent n'ont point de livres, il formait la mesure et disposait les mots d'après la méthode employée par les missionnaires Jésuites dans les chants populaires qu'ils ont composés pendant leur séjour au milieu de ces nations à demi civilisées , en leur conservant les modu-

(1) On appelle langues monosyllabiques, celles dont les mots ne renfermant qu'une seule syllabe, offrent cependant un sens clair et défini ; elles sont parlées par les peuples d'origine chinoise, tels que les Coréens, les Tonkinois et les Siamois, etc.

lâlions, le système et le rhythme propres aux naturels du pays.

C'est encore dans ces relations particulières si douces au cœur des élèves du collège , que brillaient tout à la fois et l'excessive bonté du Cardinal et son admirable facilité linguistique. Il lui arrivait souvent d'aller visiter les élèves le jour de promenade , lui-même se faisait un plaisir de les attendre dans le grand vestibule de la maison, là, il allait à eux avec affabilité. Sur ces visages de forme et de couleurs diverses , sur ces fronts basanés, noircis par le feu du tropique, comme sur ces figures blanches et fraîches des pays des zones du Nord, se trahissait un mélange de respectueuse admiration et de plaisir, accompagné de celle péiulance juvénile qui excitait le sourire plein de douceur du vénérable Cardinal. Au milieu de ces descendants des diverses races humaines, il se trouvait eu famille; il leur donnait son anneau à baiser, et à chacun d'eux il adressait ou un conseil d'ami, ou un compliment, ou un souhait bienveillant; à celui-ci il parlait chinois, à celui-là arménien, à un autre grec, à un quatrième bulgare ; ceux qui étaient les plus éloignés de sa personne recevaient un simple salut en arabe, un autre en éthiopien ou en abissinien. D'autres fois il dissertait avec celui-ci en russe, avec celui-là en persan, en anglais, en cophte , ou en lithuanien ; dans ce pêle-mêle de langues diverses rien ne l'étonnait , il répondait à tous avec la même sûreté de parole, le même calme

et le même à-propos, que s'il eût parlé le dialecte bolonais , sa langue maternelle.

En 1839 plusieurs jeunes albanais de Scutari , de Sapia et d'Anlivari, avaient été reçus au collège de la Propagande; ils lui adressèrent leur humble supplique pour le prier de les entendre en confession Le Cardinal répondit qu'il ne pouvait accéder à leurs vœux, ne connaissant qu'imparfaitement la langue albanaise; mais en même temps il leur demanda s'ils n'avaient point porté des dictionnaires et des ouvrages albanais; il s'en trouva parmi leurs livres d'étude, ils lui furent remis; il ne demanda qu'une douzaine de jours pour parler avec facilité et connaître à fond la langue albanaise. Il tint parole, et avant le terme fixé il reçut la confession des jeunes étrangers. Ainsi, comme on le voit, c'est dans ces réunions cosmopolites du célèbre collège de la Propagande que brilla surtout notre cardinal ; nulle part il ne mérita mieux le nom de Pentecôte vivante que ses contemporains lui ont décerné; nulle part aussi ne se révèle plus admirablement que dans ce collège , le caractère d'unité de cette église Romaine, qui dans sa sollicitude maternelle embrasse tous les peuples de la terre dans un même sentiment pour les conduire, par la foi, à la véritable civilisation et au bonheur.

En traitant des rapports du cardinal Mezzofanti avec le collège de la Propagande , nous laisserions notre Récit inachevé si , nous aidant de nos souvenirs et ren-

voyant nos lecteurs , pour les compléter, aux ouvrages (1) où sont appréciés les institutions religieuses de la ville de Rome, nous ne terminions ici l'exposé de ces rapports en consacrant quelques lignes à une fête dont le cardinal polyglotte était l'ornement. Nulle part la célébration de l'Epiphanie n'a un caractère de grandeur et d'universalité mieux marqué que dans cette noble enceinte du collège dUrbain VIII; si , comme nous l'avons dit, c'est la fête des races humaines, c'est en particulier celle de tous les élèves de cette célèbre école. Elle est tout à la fois religieuse et académique; elle nous révèle le double caractère de l'institution, car pour y former les élèves à l'apostolat, la Religion y enseigne la science qui fait les martyrs et celle qui fait les savants suivant le monde. Le jour de la Manifestation et pendant l'octave, les prêtres qui sont à Rome et qui appartiennent aux diverses communions catholiques de l'Orient et de l'Occident, viennent offrir les saints mystères sur les autels du collège de la Propagande, suivant les antiques rits des Eglises auxquels ils appartiennent; le prêtre grec y le melchite, l'arménien, le maronite, l'abyssinien, viennent tour-à-tour, revêtus des ornements sacrés propres à leurs rits, offrir sous des formes diverses le même sacrifice ; sous le symbolisme d'une liturgie différente , c'est le même Dieu qu'ils adorent , la même victime qu'ils immolent, c'est la diversité

(1) Voyez en particulier le remarquable ouvrage de M. l'abbé Gerbct, intitulé : Esquisse de Rome chrétienne, tom. I.

de tous les peuples dans l'unité de la foi; c'est le triomphe de la foi romaine.

Cette octave de l'Epiphanie est célèbre encore par la Fête des langues; nous avons dit quels secours trouvaient les élèves de l'académie polyglotte du collège dans la science linguistique du Cardinal; c'était sa fête aussi, il en était l'âme et le héros, il venait applaudir aux succès des élèves, de ses vénérables mains il venait couronner ses propres dons ; quelquefois sa modestie le faisait se dérober à l'empressement des spectateurs; car c'est lui que l'on cherchait, c'est lui que l'on voulait voir, au milieu de la docte réunion. Nos lecteurs le savent déjà, rien n'égale l'intérêt qu'inspirent ces jeunes ouvriers évangéliques qui célèbrent en leur propre idiome la naissance du Sauveur des hommes et les bienfaits de la vocation des Gentils; ici comme dans les cérémonies sacrées du matin , les termes seuls varient, mais c'est toujours la même pensée, le même cri d'amour et de reconnaissance; chaque race de la terre vient apporter et son hommage et son cantique au divin Enfant ; cette fois l'étoile a brillé pour tous ; et l'Orient et l'Occident ont leurs représentants auprès de la crèche de Bethléem.

Les compositions des élèves en hébreu, en syriaque, en samaritain, en chaldéen, en arabe, en turc, en arménien, en persan, en grec , en pégùan, en tamoul, en kurde , en géorgien , en irlandais , en écossais , en illyrien, en bulgare, en polonais, en allemand, en

anglais, en hollandais, en indien, en espagnol, en portugais, eu français, en albanais, en cophte, en éthiopien et en chinois de toutes les espèces, sont lues successivement par les élèves appartenant aux diverses contrées du globe où ces idiomes sont parlés.

« Rien, dit un écrivain bien connu aujourd'hui, nous racontant ses impressions de Voyage , rien n'était plus étrange, plus curieux que d'entendre tous ces sons divers, de voir toutes ces physionomies si différentes. L'arabe parle en cadence ; le persan en aspirant ses syllabes; le pégûan, à la figure bronzée, chante plutôt qu'il ne parle son idiome d'une grande douceur : le turc aux cheveux d'ébène rend des sons gutturaux ; le noir éthiopien fait entendre sa langue douce et forte ; à côté de lui se montre un gentil petit écossais, au teint de rose, martelant avec grâce son âpre dialecte : tous avaient commandé un religieux silence. Mais quand parurent les chinois du Chan-si et du Hu-quam l'attention redoubla. Ils apportèrent en tribut une églogue qui fut accueillie par de vives acclamations. Cè fut bien autre chose quand les trois interlocuteurs , se f approchant, se mirent à chanter en chœur : des battements de main partirent de tous les rangs et se renouvelèrent plusieurs fois. L'orateur enfantin qui leur succéda ne fut pas moins applaudi, c'était un jeune chinois de Canton. Une flûte douce , une mandoline , un petit fifre , tout ce que vous vouvoudrez, pourvu que cela chante doucement, et vous

aurez la langue chinoise de Canton dans la bouche d'un enfant. Comme bouquet un remercîment fut adressé à l'assemblée en fort bon italien par trois jeunes élèves d'environ douze ans, l'un indien, l'autre turc et le troisième albanais.

« Chaque assistant éprouve dans cette fête catholique un plaisir proportionné à ses connaissances linguistiques. Le seul homme dans l'univers capable de le goûter dans toute sa plénitude en était privé : l'étonnant cardinal Mezzofanti trompa tous les yeux avides de le contempler. » (1)

Chaque année se renouvelle et chaque année se perpétuera au collège de la Propagande cette intéressante Fête des langues; mais celui qui en rehaussait l'éclat par ses vertus évangéliques et son rare mérite, ne siège plus au milieu de cette famille comospolite dont il parlait les divers idiomes; sa place y est restée inoccupée; il y brillait par sa présence, il y brille encore par l'éclat des impérissables souvenirs qu'il y a laissés.

Parmi les établissements pieux dévolus, comme nous l'avons déjà dit, à la juridiction du cardinal, et qu'il honora d'un intérêt particulier, nous en citerons deux : le premier, celui des Catéchumènes, dont la création remonte au pape Grégoire XIII ; le second , celui des Religieuses Basiliennes , dont la création est récente ; tous les deux attestent l'immense charité de l'Eglise romaine. La maison des Catéchumènes reçoit les in-

(1) Voyez Les trois Mornes, par M l'abbé Gaume, tom. II.

fidèles sans ' distinction qui veulent se convertira la foi catholique , juifs , mahometants , idolâtres , ces derniers conduits quelquefois par des missionnaires des régions les plus lointaines ; après un mûr examen , après une suffisante instruction, ils sont régénérés dans les eaux saintes du baptême catholique. Le digne Alphonse de Ratisbonne séjourna quelque temps dans ce pieux asile , et au moment où nous écrivons , Ton compte de trente-cinq à quarante néophytes dans la maison des Catéchumènes, parmi lesquels se trouvent plusieurs maures de nos possessions d'Afrique. Nous n'avons pas besoin de dire ici quel était l'emploi que s'était créé l'intelligente charité du Cardinal ; c'était un enseignement bien plus élémentaire, plus touchant peut* être que celui du collège de la Propagande , mais c'était toujours le même zèle d'apôtre; il se faisait petit avec les petits, il tâchait de se faire comprendre par les esprits les plus rebelles , dissipait les ténèbres de l'ignorance de ces jeunes idolâtres , quelque-

fois abrutis. Mezzofanli, tenant un petit catéchisme écrit en langue étrangère, au milieu de ces catéchumènes, dont il travaillait à développer la tardive intelligence , nous paraît plus digne de nos respectueuses sympathies que lorsqu'il se livrait à de savantes dissertations sur les livres des Vedas en présence de l'élite du collège de la Propagande , employant luimême la langue sacrée de l'Inde.

Ce qui surtout nous a touché profondément , c'est la

douce joie du saint prêtre lorsqu'il jugeait ces jeunes néophytes suffisamment instruits et préparés , et leur éducation assez avancée , pour être admis au banquet Eucharistique; c'était pour lui un jour de bonheur; il présidait souvent à la cérémonie ; dans la maison des Catéchumènes, comme dans d'autres asiles élevés à l'enfance chrétienne , il prononçait ces touchantes allocutions qui précèdent et suivent la réception du plus auguste de nos sacrements et appelés à Rome Fervorini; la douceur de la langue italienne, qu'il pariait si bien, et l'harmonieuse flexibilité de sa voix ajoutaient un charme de plus aux heureuses inspirations de sa charité pour ces jeunes enfants quïl avait appelés à la vie de l'intelligence et de la grâce, et aux élans de son amour pour ce sacrement adorable , objet sacré de sa foi, source d'ineffable bonheur pour ceux qu'il avait admis à y participer.

La seconde maison religieuse à laquelle , jusqu'aux derniers jours de sa vie, le cardinal Mezzofanti témoigna un intérêt particulier , est celle des Sœurs Basiliennes, venues des provinces russes et établies aujourd'hui à Rome , depuis que la persécution du czar les chassa avec tant de cruauté du couvent de leur ordre. On n'a pas oublié le touchant intérêt qu'elles excitèrent dans l'Europe catholique ; Grégoire XVI offrit un généreux asile à la mère Marri na et à ses fidèles compagnes, il les confia à la charité du cardinal Mezzofanti , qui seul à Rome parlait la langue des diverses

contrées où étaient nées ces pauvres filles vouées à la vie monastique et rejetées si loin de leur patrie. Le cardinal Mezzofanti se montra pour elles un protecteur et un père; il aimait à les visiter souvent, et jusques dans les derniers jours de l'année 1848 il se rendit au couvent des Sœurs Basiliennes pour entendre leur confession et leur prodiguer les consolations de sa charité.

Le lecteur se rappellera peut-être qu'au début de sa carrière sacerdotale l'abbé Mezzofanti, animé d'une sainte passion pour le bien des âmes, avait recherché les modestes et pénibles fonctions de confesseur ; prélat romain et cardinal, il continua de les exercer avec le même zèle, et on peut dire qu'il réunit en sa personne la charge de tous les Pénitenciers des basiliques Romaines. Aucun prêtre n'a confessé un plus grand nombre de personnes appartenant à plus de nations diverses; il se plaisait à accueillir et à admettre au tribunal de la pénitence les étrangers de distinction qui témoignaient le désir de s'adresser à lui; il recevait avec une égale bonté ceux qui animés des mêmes intentions, mais de condition plus modeste, pouvaient se faire recommander à ses vertus évangéliques ; il était heureux surtout quand il pouvait par ses exhortations, l'exemple de ses vertus, et ses pieuses largesses , contribuer à ramener dans les sentiers de la vertu les tristes victimes de l'erreur ou du schisme.

Nous trouvons, dans un ouvrage récemment publié,

par un Conseiller d'Etat russe , ancien adjoint au Procureur du saint synode de Pélersbourg , un admirable exemple de l'humilité profonde du pieux Cardinal dans l'exercice du saint ministère. Sous la plume d'un schismatiqae grec l'hommage rendu à la vertu d'un prêtre catholique ne saurait être suspect. Voici comment s'exprime cet écrivain :

« Le cardinal Mezzofanti charme tous ceux qui le voient par sa simplicité et sa bonté On connaît ses prodigieuses connaissances. Quand je l'ai prié de m'indiquer le nombre des langues qu'il possédait, il m'envoya une feuille sur laquelle se trouvait écrit le nom de Dieu en cinquante-six langues

Mais on ignore beaucoup de faits qui montrent de quelle admirable humilité il fut orné. Ayant connu , en 1845, les dispositions d'une pauvre servante russe, placée dans un couvent de Rome , à se convertir au catholicisme, le Cardinal allait plusieurs fois la semaine lui enseigner le cathécbisme en langue russe qu'aucun prêtre ne possédait alors à Rome (1). » Voilà bien le dévoûment du saint prêtre qui se fait petit avec les petits , parce qu'il ne voit que des âmes à sauver et des cœurs à gagner à Jésus-Christ !

Un grand nombre de prêtres, enfants de l'Eglise de Pologne persécutée , des militaires de haut rang et des dames distinguées appartenant à cette nation mal-

(1) Extrait d'un ouvrage russe de M. Mourawieff. — Voyez l'Ami de la Religion du 22 août 1852.

heureuse , recoururent à sa charité sacerdotale pour la direction de leur conscience , quand le sceptre de fer du Czar se fut appesanti sur elle. Comme la ville de. Rome offre un asile à [toutes les grandeurs déchues , à chaque révolution qui a ébranlé les trônes sur le continent > plus d'un illustre émigré a trouvé aux pieds du Cardinal les sages conseils de l'expérience et les ineffables consolations que donne la Religion dans les diverses épreuves de la vie.

Ainsi, dans les conseils du Pontife souverain, dans les Congrégations romaines , au collège de la Propagande, au tribunal sacré dé la pénitence, dans ses rapports au sein de la métropole catholique., recherché des savants étrangers , et , comme nous allons bientôt le voir, par les princes et les rois, il fut la lumière de tous les peuples, l'ami de tous les hommes et leur interprète universel.

C'était, on le comprend , une nécessité de position à laquelle il ne pouvait échapper; sa modestie aurait voulu s'y soustraire; mais la Providence semblait l'avoir placé auprès du Pontife catholique, comme l'organe élevé de l'Eglise universelle, et comme réunissant dans sa personne , au moyen d une sorte d'unité de langage, les hommes de toutes les races humaines appelées à la connaissance de l'Evangile.

LE PRINCE INDIEN SOUVERAIN DE SARDHANA ET LE CARDINAL MEZ- ZOFANT1. — MORT DU PRELAT MINARELLI J FAMILLE DU CARDI- NAL. — RAPPORTS PARTICULIERS DE L AUTEUR DE CET ÉCRIT AVEC LE CARDINAL MEZZOFANTI : ACCUEIL BIENVEILLANT FAIT AUX ÉTRANGERS. — SOUVENIR DE LORD BYRON, OPINION DU CARDINAL SUR LE POÈTE. — LANGUE ANGLAISE. — LANGUE BASQUE ET SES DIALECTES *, OPINION DE MEZZOFANTI SUR CETTE LANGUE. — LAN- GUE ROMANE : POÉSIES DE GOUDOULIN •' POÉSIES QE JASMIN.

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