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A l'entrée de la baie de la Cloche.
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Pointe de sable dans la baie tau Keulen. . . -
Les positions des montagnes, des pointes saillantes comprises entre ces points, ont été déterminées à l'aide du théodolite, et les côtes intermédiaires dessinées à vue d'œil. M. Nordenskiold releva en 1861 les parties septentrionales de la Terre du Nord-Est et du détroit de Hinlopen. Les côtes de la baie de Lomme à la baie de Treurenberg et de la baie Brandtwein au cap Nord sont dessinées d'après la carte de Parry. Tous les membres de la Commission suédoise ont relevé chacun diverses parties du littoral nord et ouest duSpitzberg, à l'exception de la baie Liefte, de l'île du Prince-Charles, d'une partie du golfe desGlaces, copiées sur les vieilles cartesdes baleiniers, etde la baie de la Recherche, dans le golfe de la Cloche, Bell-Sound, relevée par le commandant Favre en 1839 (1).
La position du cap Sud n'a pu être fixée par des observations directes, ainsi qu'une partie des terres basses environnantes, mais le golfe de Wijde-Jans, le Hélis-sound, et l'entrée du canal de Walter-Tymen, ont été relevés par les Suédois. Sur la terre de Barentz et celle des Etats, Stans-Foreland, les déterminations précises font défaut.
Torell a gravi avec ses compagnons la plupart des hautes cimes qui dominent le littoral des Spitzbergen. Suivant ses remarques, l'intérieur de la grande île, comme aussi la Terre du Nord-Est, forme, à l'exception de la dépression comprise entre le golfe des Glaces et le golfe de la Cloche, un plateau élevé uni, couvert de glace, interrompu à peine par quelques pointes rocheuses. Ce plateau se maintient à une hauteur de
(1) Kxplanalory remarks in illuttration of a map of Spilibergen by YV. Duner and A. t\ Nordentkwld. Norstcdt, 1665. Traduit des actes de l'Académie des sciences de Stockholm.
450 à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ses eaux, ou mieux ses glaces, se déversent par les dépressions qui descendent de l'intérieur comme d'immenses gouttières. Sur les terres basses, la neige fond chaque été, mais on voit des traces de végétation jusqu'à 600 mètres d'altitude. En général, les plateaux de 450 mètres d'élévation restent constamment ensevelis dans les neiges. Les hauteurs suivantes ont été obtenues par des calculs trigonométriques, soit au moyen d'observations faites avec le baromètre :
Ile Parry, principale cime 543 mètres.
Ile Marteos, principale cime 420
Ile Martens, pointe sud 276
Ile Pbipps, pointe nord 5û9
Ile de la Table 258
Ile de la Petite-Table 225
Ile Castrën 240
Montagne du cap Lindbagcn 240
Extrême Hook 360
Grytberget 510
SnOltOppen ( Montagne de neige) 570
Plateau de SnOttôppen, près la baie Bird. 390
Plateau du cap Sclauder 258
Plateau du mont Lovèn 510
Cap Fanshaw 300
Mont Hecla 540
Montagne au fond de la baie Kobbe. ... 214
Montagne au nord de la baie Kobbe. . . 310
DOdmanden 750
Mont Lindstrôm 900
Montagne houillère dans le Bell-Sound. . 660
Mont Sundewall 630
Middle Hook, dans le Bell-Sound 810
Pic du Horn-Sound 1368
Pointe des Baleines 510
Cap Agardh 570
Les nombreux défauts des anciennes cartes des Spitzbergen entraînèrent des erreurs correspondantes dans
l'estimation de la superficie rie l'archipel, exagérée d'une manière énorme dans les meilleurs traités de géographie. C'est ainsi que Wappâus évalue à 76,500 kilomètres carrés Taire totale des terres du groupe (1), et Daniel la porte même de 70,000 à 109,000 kilomètres carrés (2). Ces chiffres semblent avoir été obtenus d'après des cartes à projection parallèle de Mercator; des calculs plus précis faits selon la méthode de M. Débès (3), attribuent aux Spilzbergen une surface totale de 58,800 kilomètres carrés, ainsi répartie :
Terre du Nord-Est et Iles voislues. . . 10,400 kilom. carr.
Spitzberg occidental et lies voisines. . . 39,260 » »
lies du prince Charles 1,000 • »
Terre de Bareotz et lies voisines 1,530 » »
Terre des États (Stans Foreland) 0,290 • •
lies Ryk-Is 110 » ■
lie Hope 110 » »
En somme, la surface totale des Spitzbergen équivaut à peu près au dixième de la France, dont l'aire mesure environ 540,000 kilomètres carrés.
Ports et mouillages des Spitzbergen.
Il y a sur les côtes des Spitzbergen des mouillages nombreux et sûrs; mais nombre déports marqués sur les anciennes cartes ne peuvent plus être retrouvés. On nous saura gré de reproduire quelques aperçus sur ceux de ces ports signalés par la mission suédoise.
La côte septentrionale de la Terre du Nord-Est ne
(1) Handbuch filr Géographie, tome I, p. 288 de la V édition. (5) Handbuch filr Géographie, 1" partie, p. 792. (3) G eographische Mitheilungen, année 1865, p. 3â7,ctPetei niann : Spitzbergen und die arklisrhe central Région, p. 34, 1865.
se dégage de glaces que vers la fin de Tété; aussi les navires la fréquentent peu. En 1864, plusieurs vaisseaux norwégiens ont péri sur ses côtes orientales.
Sur la côte nord-est de l'île Basse, on trouve un bon mouillage, habituellement abrité vers le nord par un banc de glace flottante, et où les chasseurs de phoques jettent l'ancre quand la baie Branntwein est libre de glace. La baie Murchison, dans le détroit de Hinlopen , le bord septentrional de la baie deWahlenberg, à gauche du second glacier, divers points de la baie de Lomme, présentent également de bons mouillages avec un fond argileux. La baie de Treurenberg, quoique exposée aux vents de nord-est, jouit d'un calme à peu près permanent. Ses deux mouillages sont parfaitement à l'abri des tempêtes, mais exposés aux glaces mouvantes du nord; celui situé à l'extérieur du promontoire de la croix d'Aelos, comme le Hecla-Cove, situé sur la rive opposée, près du pavillon de Parry, ont une profondeur de 3 à 5 brasses avec un fond d'argile.
Des deux côtés du promontoire sablonneux, qui forme la baie d' Aldert-Dirkses, il y a des ancrages à 4 brasses, mais sans abri, l'un contre les vents du sud, l'autre contre ceux du nord, ni contre les vagues. Les chasseurs de phoques mouillent sur tous les côtés de l'île Moffen : même à la marée haute, de petites embarcations pénètrent dans la profonde lagune qui occupe l'intérieur de l'île.
Entre les deux îles des Norwégiens , les navires trouvent un bon ancrage immédiatement à l'est de l'angle méridional de l'île extérieure. Toutefois il faut éviter les rochers cachés sous la surface du canal, qui passe entre l'île inférieure et le Coven-Cliff; vers le nord, le passage est libre.
Au nord de l'angle sud-est de l'île Amsterdam, on trouve à 6 brasses de profondeur un fond d'argile et de sable, aussi le port de Smeerenburg fut le port le plus fréquenté des Spitzbergen au temps des baleiniers. La partie orientale de Danes et de South-Gat, est barrée par des rochers, qui n'empêchent pas néanmoins les chasseurs de phoques d'y jeter l'ancre. Aujourd'hui les navires visitent plus souvent la baie Kobbe. On passe au nord d'un petit îlot rocheux marqué par un tas de pierres, pour jeter l'ancre au milieu delà baie par quatre brasses de profondeur sur un fond de sable. C'est le premier des ports des Spitzbergen qui se dégage des glaces, et tout près de la côte il y a un lac d'eau douce qui ne gèle jamais jusqu'au fond, et où l'on trouve toujours de l'eau potable.
Le port situé en arrière de Grave-Point dans la baie Magdalena est excellent. On y trouve même près du bord septentrional un ancrage convenable à 5 brasses de profondeur, sur un fond glaiseux. Un peu plus loin, de vieilles caries hollandaises désignent un bon port dans la baie de Hambourg, mais les Suédois ne l'ont pas visité.
De petits vaisseaux trouvent un abri sûr dans la baie de la Croix (Cross-Bay des cartes anglaises) à 4 brasses. Les gros navires n'y jettent pas l'ancre, si ce n'est dans la baie de Môller et sur un point de la baie principale.
Dans la baie King il y a trois bons ports : le port Blomstrand au nord, dans un petit golfe formé par le promontoire; 8 brasses, fond de terre glaise; le port à l'est du promontoire de sable et le port Houillier fermé par les îles.
On peut mouiller près du bord septentrional de la
baie Anglaise et à l'entrée de la baie Saint-Jean. Le golfe des Glaces, qui s'ouvre ensuite au bas de l'île du Prince-Charles, renferme beaucoup de ports excellents. Immédiatement à l'entrée, on rencontre sur la côte septentrionale le port Safe, où les ancres s'enfoncent à 5 et 8 brasses dans un fond glaiseux et mou. Ce port occupe le côté ouest du golfe, son meilleur ancrage est au bas de l'angle extérieur du glacier, car le fond s'abaisse vite vers la mer et atteint 100 brasses à une faible dis tance. De violentscoups de vent viennent parfois des collines, mais la fermeté du fond les rend peu dangereux. La présence d'écueils sous-marins près de la côte nord de la baie principale ne permet pas de toucher le rivage de trop près à l'entrée du port. Près de la côte méridionale, les eaux du golfe sont plus profondes, sauf entre le port Green et la baie des Houilles. Sur cette côte on trouve des ancrages dans le port Green à l'entrée de l'estuaire, dans les baies d'Avent et des Houilles. Même les chasseurs de phoques jettent souvent l'ancre dans le North-Frith.
Un glacier ferma complètement le meilleur port du golfe de la Cloche (Bell-Sound) pendant l'hiver de 1860 à 186t. Toutefois il y a un port fréquenté entre le Middle-Hook elles îles voisines, et un autre plus vaste dans la baie de la Recherche. On cite encore un port sûr à l'est du cap Ahlstrand, mais il faut éviter les écueils qui s'étendent à partir du promontoire dans la direction du nord. Les chasseurs de phoques font souvent provision d'eau dans la baie Dunder; mais cette baie n'a point d'abri contre le vent ni contre les glaces.
Il n'est pas d'usage maintenant d'entrer dans le golfe de Horn, m.iis beaucoup de navires mouillent près
des lies Dun à l'entrée du canal. 11 y a à Test de l'île la plus septentrionale un port remarquable, avec 6 brasses d'eau sur un fond glaiseux. Les vaisseaux y pénètrent par le nord ; toutefois les rochers sous-marins en rendent l'accès difficile aux marins étrangers à ces parages. Au sud des îles le canal est dangereux.
Près du cap sud, les chasseurs de phoques jettent l'ancre sur les deux côtés de l'île et dans la petite baie à l'ouest du continent. Tous ces points sont exposés aux vents et aux glaces. Remontant le long de la côte occidentale du golfe Wijde-Jans, on rencontre tout d'abord un mouillage près de la Pointe-des Baleines ; les capitaines Kuylenstierna et Lilliehôôk, lors du voyage de la commission suédoise dans la baie d'Agardh, en deçà du promontoire, le reconnurent, bien que son fond soit mauvais et que de violents courants l'exposent aux glaces flottantes. Il y a ensuite de bons ancrages au nord du cap des Baleines, au nord de la pointe d'Hypérite qui termine le cap Lee , entre les îles Anderson et le glacier de la côte occidentale delà Terre de Barentz, à l'est du cap d'Hypérite où finit le mont Edlund. Tous ces mouillages ont 4 à 8 brasses de profondeur sur un fond d'argile molle. De vieilles cartes , et les chasseurs de phoques signalent dans le canal de Wijde-Jans un bas-fond important que la marée basse laisse à sec.
Le détroit de Walter-Thymen, entre la Terre de Barentz et la Terre des Etats, est très-bas. Par contre, le petit canal de Helis qui sépare l'île de Barentz du Spitzberg occidental est profond. Des courants violents mais variables le traversent avec une impétuosité telle qu'il serait hasardeux de lutter contre eux, même avec le secours de la vapeur ou du vent. La côte orientale des Spitzbergen demeure inabordable pendant une partie
de l'année, les ports y sont rares; les rivages de la Terre du Nord-est, entre le cap Torell et la baie Dove, présentent un glacier continu. Dans le labyrinthe des Mille-Iles, près des îles Hope et Ryk-Is, il y a des mouillages sûrs et fréquentés.
La marée n'est pas forte aux Spitzbergen , mais elle occasionne néanmoins de violents courants dans les détroits et sur les côtes. En temps ordinaire , la mer varie d'un mètre entre le flux et le reflux dans le port Safe; dans la baie Wijde, à l'intérieur de la baie Van Keulen, la marée s'élève à l m ,50 et à l m ,80. Nous avons insisté quelque peu sur la nature des ports de cette contrée, parce que, dans la suite, une connaissance plus complète du littoral pourra aider à l'étude des oscillations du sol terrestre ou du mouvement de retrait de la mer (1).
Climat.
Situées entre 76° 30' et 80° 50' platitude, sous le méridien de l'Europe centrale, les îles Spitzbergen demeurent enveloppées d'un climat froid et sombre. La hauteur du soleil n'y dépasse jamais 37 degrés , ses rayons obliques touchent la terre avec leur force calorique épuisée à travers une épaisseur d'atmosphère énorme, rasant la face du sol au lieu de la frapper perpendiculairement, comme dans les pays chauds. Du 26 octobre au 16 février, l'astre ne se montre pas , une nuit de quatre mois pèse sur la terre glacée; durant cent
(1) Voyez le Voyage de la Recherche au Spiizberg: Astronomie, hydrographie, maries, parV. LottinetM. de la Roche-Ponclé. Tome I.
vingt-deux jours, la nuit alterne avec la clarté du soleil qui s élève à peine au-dessus de l'horizon pour rester présent ensuite pendant quatre mois entiers. Cette présence continuelle de l'astre ne compense pas son absence passée, ni l'obliquité de ses rayons; même en été il est obscurci par les brumes de la mer. « Jamais, dit M. Charles Martins dans le tableau animé qu'il trace de cette zone, jamais le ciel n'est serein pendant une journée entière. Des vents violents refroidis par les banquises ou les glaciers viennent à de courts intervalles abaisser la température de l'atmosphère. Néanmoins, le climat des Spitzbergen est moins froid que celui des parties septentrionales de l'Amérique, situées sous la même latitude, savoir : l'extrémité de la baie de Baffin, connue sous le nom de Smith-Sound. C'est là que les météorologistes ont placé le pôle froid de l'hémisphère septentrional qui ne coïncide nullement avec celui de la terre, mais se trouve en Amérique par 98 degrés de longitude occidentale et sous le 78 e degré de latitude. Si le climat des Spitzbergen est moins rigoureux que celui deces régions continentales, c'est aussi parce que les Spitzbergen sont un archipel dont les eaux sont réchauffées par le Gulfstream, grand courant d'eau tiède qui prend naissance dans le golfe du Mexique, traverse l'Atlantique et vient expirer dans la mer Blanche et sur les côtes du S pi tzberg occidental 5 aussi, celles-ci sont-elles souvent libres en été, tandis que les côtes orientales, bloquées par ces glaces flottantes, sont rarement accessibles aux pécheurs de phoques et de morses qui seuls fréquentent ces parages désolés (1). »
(1) Charles Martins. Du Spitzberg au Sahara, souvenirs d'un naturaliste. Paris, 1865. — Voyrz aussi le voyage de ta Recherche au Spitzberg : Météorologie, par MM. Lottin ei Bravais. Tome II.
Phipps, Parry, Scoresby, les membres de la commission française du Nord, ont recueilli des observations nombreuses sur la température des Spitzbergen. Ces observations s'accordant bien entre elles, nous empruntons à M. Martins les températures moyennes mensuelles calculées pour la partie moyenne du groupe par 78° de latitude comparées à la température de Paris, de 1816 à 1860, d'après les calculs de M. Renou :
Températures moyennes mensuelles.
SPITZBERGEN.
PARIS
SPITZBERGEN.
PARIS
Janvier.. . — 18°2' Février.. . — 17 1 Mars. ... — 15 6 Avril. ... — 9 9
Mai — 5 3
Juin. ... — 0 3
Juillet. . . tt>8' Août. ... 14 Septembre. — 2 5 Octobre. .. — 85 Novembre. — 14 5 Décembre. — 15 0
A l'observatoire de Paris, la température moyenne de l'année est par conséquent de 10° 6' par 48° 50' de latitude, aux Spitzbergen, de — 8° 6' sous le 78 e parallèle: différence, 18 degrés centigrades (1). Cependant les moyennes isolément ne caractérisent pas un climat; il y faut ajouter quelques extrêmes observées en été. En avril, Scoresby n'a pas vu le thermomètre s'élever en mer au-dessus de 1° 1'. En mai, la plus haute température fut de + 1° \\ Six fois seulement le thermomètre s'éleva au-dessus de la température de la glace fondante. Le mois de mai reste donc un mois d'hiver.
(1) Les plus récentes cartes de Dove attribuent aux SpUzbergea une température moyenne de— 5° à — 7,5° centigrades. Il est superflu de foire observer que la cbalcur moyenne varie d'une manière sensible dans le» diverses parties de l'archipel.
ëd juin, la chaleur se développe, le mercure dépasse le zéro de l'échelle thermométrique; même Scoresby Ta vu marquer 5° 6', ce qui ne l'empêcha pas en 1810 à descendre encore à — 9°,4. En juillet, M. Martins ne Ta jamais vu au-dessus de 5° 7', ni s'abaisser au-dessous de 2 e 7'. Même uniformité de température en août, où l'on a suivi toutefois les oscillations thermométriques de 1° 2 à 3* en mer, sous le 78° de latitude. Pour donner une idée du froid habituel de cette contrée, disons que de 1807 à 1818, en onze ans, Scoresby n'a vu qu'une seule fois, le 29 juillet 1815, le thermomètre à 14° 4; Parry à 12* 8, le 18 juillet 1827 ; M. Martins à 8° 2 en août 1838. C'est la commission suédoise qui a noté la plus haute température, 16°, le 15 juillet 1861. Enfin, M. de Lôwenigh a observé 8\ le 25 septembre 1827, vers midi. Pour l'hiver, les renseignements nous font défaut, mais il est probable que le mercure gèle quelquefois, et que le thermomètre descend souvent entre — 20° et — 30% car Scoresby a encore observé — 18\9 le 13 mai 1814.
À toutes les époques de l'année, il tombe de laneige. La corvette la Recherche en était couverte au mouillage de la baie Magdalena, pendant les premiers jours d'août 1839. Dans le journal de Scoresby, il n'est pas un mois où elle ne soit indiquée. La pluie est plus rare, les orages et le tonnerre inconnus; mais sur certains points du littoral et en mer, les brumes sont presque continuelles, humides, pénétrantes comme une ondée froide, tellement épaisses qu'on ne distingue pas les objets à quelques pas de distance. Ces brumes sont le principal obstacle à la navigation dans le canal de Hinlopen; elles la rendent impossible en juillet dans la mer au nord des Spitzbergen. Les eaux du Gulf-
strcam venues du golfe du Mexique, en adoucissant le climat des côtes occidentales, provoquent un courant d'air froid qui passe par le détroit de Hinlopen. Le courant chaud de la mer se perd vers la bouche septentrionale du canal ; rarement on le sent jusqu'à l'île Basse, et le choc du courant froid avec des eaux d'une température supérieure, produit des brouillards impénétrables. Le nord du détroit de Hinlopen est souvent enveloppé pendant plusieurs jours successifs de brumes épaisses qui courent au nord avec une sauvage violence, et se dégagent ensuite sans que la moindre diminution de température se fasse sentir à l'entrée du canal. Un vent impétueux de sud-est souffle dans le détroit durant la plus grande partie de juin. En juillet, les mêmes phénomènes persistent, mais ils sont moins généraux, et leur durée moindre, pour augmenter de nouveau d'intensité le mois suivant. Ces courants atmosphériques ont été signalés déjà par les voyageurs anciens. Delà mer, les brumes s'étendent à la terre ferme et aux montagnes, elles les couvrent d'un voile sombre, et passent rapides, silencieuses, interminables, faisant de la nature une image du chaos et de la mort. Néanmoins , en juin, en juillet et même en septembre, on peut compter sur des éclaircies qui durent plusieurs jours où l'air prend une transparence inaccoutumée, rendue plus sensible par le contraste des ténèbres antérieures.
Tandis qu'aux approches de l'automne les brumes augmentent, la pluie se change en neige, le soleil s'élevant de moins en moins au-dessus de l'horizon, sa clarté s'affaiblit encore. Le 22 août, l'astre se couche pour la première fois dans le nord, cette première nuit n'est qu'un crépuscule prolongé, mais à partir de ce
moment la durée du jour diminue rapidement; enfin, Je 26 octobre, le soleil descend dans la mer pour ne plus reparaître. Pendant quelque temps encore, le reflet d'une aurore qui n'annonce plus le lever du soleil, illumine le ciel aux environs du midi, mais ce crépuscule devient de plus en plus court et de plus en plus pâle jusqu'à ce qu'il s'éteigne complètement. La lune est alors le seul astre qui éclaire la terre, et sa lumière blafarde, réfléchie par les neiges, dévoile la sombre tristesse de cette terre ensevelie sous la neige, et de cette mer figée par la glace.
Aurores polaires : magnétisme.
Le froid transit la terre et la mer est figée, et la nuit enveloppe la mer et la terre dans ses plis sombres. Cette ombre cependant ne demeure pas implacable, la nuit polaire a ses aurores qui chaque jour se renouvellent, fortes ou faibles, mais faisant passer à chaque retour une lueur de vie, de mouvement sur la nature inanimée. L'aurore boréale ne paraît pas éblouissante tout d'abord, elle naît lentement et avec intermittence. Tantôt ce sont de longues draperies dorées flottant dans l'atmosphère, peu élevées en apparence, elles ondulent et se replient de mille manières; on s'étonne de ne pas entendre le frôlement de leurs plis passant l'un sur l'autre. D'autres fois, sortie des profondeurs de l'horizon, comme l'aube du matin, l'aurore se développe derrière un nuage qui peu à peu se détache sur un fond azuré, se couronne d'une coupole lumineuse comme un palais moresque d'une guirlande de flammes
de Bengale. Uu segment noir sépare delà terre cetlecoupole et contraste par ses teintes sombres avec les gerbes de feu qui jaillissent du sommet éclatantes comme des fusées, légères comme l'écume irradiée d'une cascade. Soudain le nuage crève et sur ses contours se dessine une auréole jaune. De son foyer ouvert, on voit sortir des flots de lumière, pressés, innombrables, pareils à la lave ardente qui jaillit de la bouche d'un volcan. Par moments surfissent des colonnes de feu comme dans le désert autrefois pour éclairer dans leur marche nocturne les enfants d'Israël. Ces colonnes s'écartent l'une de l'autre, il semble qu'une main invisible les lance dans l'espace pour construire un propylée magique. Tour à tour elles revêtent des couleurs éclatantes et suaves : la pourpre de Tyr, la teinte douce du malachite, toutes les couleurs du prisme les imprègnent, puis les jets de lumière s'inclinent vers le midi, laissant à peine une clarté difluse, des plaques lumineuses semblables à de légers nuages, et tout s'efface comme une vision.
Ce magnifique phénomène dure peu, il est également digne de l'attention du physicien et de l'admiration du plus humble spectateur. Les jeunes voyageurs de la commission française du nord l'ont étudiée avec une constance exemplaire à l'aide des moyens d'observation les plus subtils de l'astronomie, de la géodésie, de la physique. On peut lire dans le savant travail de M. Lottin (1) le détail de ces curieuses observations. Quand l'aurore est visible dans nos climats et qu'elle est complète, quand une partie de sa lumière dessine dans l'espace un arc bien défini, le point culminant de
(1) Voyage de la Recherche en Scandinavie, en Laponie et au Spitzberg. Aurore* Boréales, par MM Lottin et Bravais, W volume.
cet arc est dans le méridien magnétique, et ses deux points d'intersection apparents avec l'horizon sont à des distances angulaires égales du même méridien. Lorsqu'il jaillit des colonnes lumineuses des diverses régions de Tare, leur point d'intersection, le centre de la coupole, comme l'appellent les météorologistes , se trouve dans le méridien magnétique, sur le prolongement de l'aiguille d'inclinaison. Selon la remarque de certains auteurs, remarque niée par d'autres, les mouvements ondulatoires des rayons de l'aurore sont accompagnés d'un bruit pareil au froufrou de la soie, au pétillement de l'étincelle électrique ou d'une matière chimique en décomposition, plus ou moins marqué suivant l'intensité de la lumière.
L'idée d'une connexion intime entre le magnétisme et les aurores boréales remonte au dernier siècle : Arago l'a mise hors de doute (1). La simple observation d'une aiguille aimantée, librement suspendue, indique l'existence du phénomène, lors même qu'on n'en voit aucune trace sur la voûte du ciel. Les aurores polaires sont simultanées au nord et au sud. Qu'elles soient visibles ou non, dès qu'elles se manifestent, l'aiguille horizontale semble en proie à une inquiétude inusitée, et se déplace rapidement à droite et à gauche. A mesure que l'aurore se développe, l'agitation de l'aiguille augmente, et sans voir l'état du ciel, le physicien juge de l'intensité de l'aurore par l'amplitude du déplacement de l'aiguille. Une autre aiguille non horizontale, mais suspendue librement sur une chape et orientée dans le sens du méridien magnétique, se penche suivant ce plan qui passerait par
(i) Notices icientifiquci , t. I, 1854, p. 5Û5 et 703.
son centre de suspension et par le pôle magnétique; elle indique Yinclinaison. Les aurores polaires se lient donc intimement aux phénomènes magnétiques de notre globe. Enfin, un physicien italien a constaté leur action sur les télégraphes électriques, et il a été réservé à M. de la Rive, de réaliser expérimentalement les principaux phénomènes de ces aurores sur une boule de bois représentant la terre et convenablement électrisée.
A diverses reprises le magnétisme terrestre a été aux Spitzbergen l'objet d'observations prolongées de la part de Phipps, de Parry, de Foster, du général Sabine, de Bravais, de Chydénius. Auguste Bravais (l) et ses collaborateurs de la commission du Nord, se sont surtout occupés delà mesure des variations de l'intensité magnétique verticale, et de l'intensité horizontale. Les variations diurnes de l'intensité horizontale, pendant les jours calmes, magnétiquement parlant, leur ont donné :
Un premier maximum à 6 heures du soir ; Un premier minimum à 1 heure du malin ; Un deuxième maximum à 7 heures du matin; Un deuxième minimum à 11 heures du matin.
Dans les journées perturbées, le maximum et le minimum du matin disparaissaient;, le premier maximum arrive alors plus tôt, vers quatreheures trente minutes, et le second minimum a lieu vers minuit, selon Bravais. Dans nos climats, le second maximum alors devait avoir lieu à 6 heures du matin et le second maximum à midi. Toutefois Bravais n'a pu déterminer 1.»
(t) Voyage de la Recherche, t. IV, Magnétisme terrestre, par MM. Bravais et Lotliu.
variation diurne de l'intensité verticale pour les journées calmes; l'époque la plus calme dure de 7 heures du matin à 3 heures du soir. Dans les journées troublées, les perturbations varient : elles sont tantôt positives, tantôt négatives, de 4 heures du soir à minuit; de minuit à 8 heures du matin, elles sont presque toujours négatives, et ces perturbations négatives l'emportent aussi le reste de la journée. Le maximum a lieu vers 2 heures du soir, et le minimum vers 2 heures du matin (1). De ces deux éléments, variations de l'intensité horizontale et variations de l'intensité verticale, on déduit par le calcul les variations diurnes de l'inclinaison. Il n'est pas besoin d'ajouter que cette inclinaison varie avec la latitude. L'aiguille aimantée fait à Paris avec l'horizon un angle d'environ 66° et demi, qui s'abaisse à 50° vers le quinzième parallèle pour s'annuler tout à fait vers Péquateur.
M. Karl Chydénius vient de publier quelques-uns des principaux résultats des observations magnétiques faites par la commission suédoise en 1861. Nous lui devons la mesure de l'inclinaison absolue sur 11 points différents, situés tous vers 80° de latitude, et déduite des observations faites à l'aide de trois instruments différents. Les chiffres entre parenthèse sont calculés d'après les constantes deTromsoe,les autres d'après les constantes moyennes de la baie Kobbé et de l'île du Dépôt, toutes déterminées à l'aide des appareils du baron Wrede.
(1) Arago. Notices scientifique^ 1. 1, page 539.
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