SM8 S
y . © oo ♦»
» M n» W — * *- ec «n
cr.
te
en
ta ta
En 1774, Phipps trouva par 79° 44' de latitude boréale une inclinaison de 82° 9'. Le général Sabine trouva à la pointe sud-ouest de l'île des Norwégiens, en juillet 1823, l'inclinaison de 81* 11'. Sur l'île Basse, à la pointe ouest, la boussole du lieutenant Foster marquait 81° 22,8', le 5 août 1827. Enfin Parry trouva à Hecla-Cove, par 79° 55' 8" de latitude et 14°28'21" à Test du méridien de Paris, les inclinaisons suivantes:
3 Juillet 1827, a 10 heures J/4, matin, 80° 40,16'
» » a 2 heures 1/2, soir, 80 47,9
» » à 7 heures, soir, 80 45,S8'
5 Juillet 1827, à 4 heures 1/2. soir, 80 49,7
22 Août » à 5 heures, soir, 81 0,28
» » & 4 heures, soir, 81 8,89
Depuis les observations de Pbipps, en 87 ans, l'inclinaison magnétique a été d'environ 2° par 79° 44' de latitudeboréale. Pour l'île desNorvégiens et l'île Basse, cette diminution de 1827 à 1861 a été de 40 minutes (1). Elle ne s'est pas efïectuée dans la même proportion dans la baie de Treurenberg, où Ton observe des anomalies provenant peut-être des substances ferrugineuses que les montagnes d'hypérite de cette zone renferment en quantité notable. Du reste, la publication prochaine des observations de M. Duner permettra d'apprécier d'une manière plus complète les phénomènes magnétiques des Spitzbergen.
(1) A Paris, de 1798 à 1851, en cinquante-trois ans, l'inclinaison a diminué de 3-16', soit en moyenne 3' 44.9 par an. Voir Arago, Notion scientifique t, t. I, p. 343.
Les glaciers,
Agassiz définit les glaciers : « des masses de glace susc pendues sur les flancs des montagnes, ou enclavées o dans leurs vallées, et qui se meuvent continuellement « dans le sens de leur pente... elles descendent toujours. Si quelquefois l'extrémité paraît se retirer, ce « n'est qu'en apparence; la portion de glace fondue « par les chaleurs de l'été étant plus considérable que « celle qu'amène le glacier dans sa marche. » (1). Depuis les ascensions de Benedict de Saussure au mont Blanc, les glaciers des Alpes ont été l'objet d'études attentives de la part de Hugi(2), deKaemtz(3), de T. de Charpentier (4), de MM. Desor(5;, Agassiz (6), Dollfus-Ausset (7) . Dans le nord, Phipps (8), Scoresby (9), Parry(10),Latta(ll), Keilhau(12), Rink (13), Durocher (14), ont décrit les glaciers de la Péninsule
(1) Bulletin de la Société Géologique de France 1840, t IX, p. 11 3.
(2) Naturhistorische Alpenreisen.
{3; Lehrbuch der Météorologie. 1832, t. II.
(4) Gilbert'* Annalen der Physik, t. 43, p. 388. 1819.
(5) Bibliothèque universelle de Genève. Année 1840. Journal d'une course aux glacier» du mont Rose.
(6) Système glaciaire 1847.
(7) Matériaux pour servir à l'élude des glaciers. 6 volumes, 1fcô4.
(8) Voyage towards the north pôle, 1773.
(9) An account of the arctic régions, 1820, l. I.
(10) An attempt to reach the north pôle. Londf.n, 1828.
(11) On the glaciers of Spilzbergen v Edimburgh new philosophiez! Journal. 1827, n°V).
(12) Reise i Oest og Vest Finmarken, Christiania, 1831.
(13) Gronland Geographisk og Statistik beskrevet, 1857.
(14) Mémoire sur la limite des neiges perpétuelles, sur les glaciers du
Scandinave, de l'Islande, des Spitzbergen, du Groenland. Enfin, MM. Forbes (1), Torell (2) et Martins (3), comparent les glaciers polaires aux phénomènes erratiques observés dans les Alpes suisses et Scandinaves. Ces travaux réunis et comparés, contradictoires parfois, donnent une idée complète de la formation glaciaire.
La structure, l'étendue, la puissance, la marche des glaciers, varient suivant le climat et la conformation de leur bassin ; ils se forment par l'accumulation de la neige dans les dépressions du sol des pays froids. En été, cette neige fond partiellement, elle se solidifie de nouveau pour refondre, s'infiltrer d'eau et geler définitivement vers l'hiver, se transformant d'abord en une substance grenue : le nèvè, puis en glace plus ou moins compacte, mais toujours remplie des nombreuses bulles d'air logées dans les interstices de la neige. A voir ces immenses champs de glace, on est porté à en faire l'emblème de l'immobilité absolue. Elles avancent cependant et passent, pareilles àde grands fleuves, aux flots figés et rigides. Le poids de la glace penchée sur un plan incliné, l'affaissement produit par la fonte de la face inférieure au contact du sol. la dilatation causée par la congélation de l'eau tjui s'infiltre dans ses crevasses et ses fissures capillaires nombreuses surtout
SpUzberg comparés à ceux des Alpes. Voyage en Scandinavie, en Laponie et au Spitzberg de la corvette la Recherche , publié par GayniarU (Géographie physique, 2* partie), Paris, 1842.
(1) IVorwuy and its glaciers, 1854. Voyez aussi On glaciers and glacial phénomène dans le Physical Atlas de Johnston, 2' éd., 1856.
(2) Faune des mollusques des Spitzbergen avec un aperçu de la nature de la zone arctique. En suédois, 1859.
(3) Observations sur les glaciers de la Suisse comparés à ceux du Spltzberg et de la Norvège, tiibliothèque universelle de Genève. Août 1840.
vers la surface, se combinent pour mouvoir le glacier. B. De Saussure (1) et le savant Escher (2), expliquèrent tout d'abord ce mouvement parla pesanteur des glaces; mais il y a près d'un siècle Gruener (3) ajouta à cette cause la dilatation de l'eau passant à l'état solide. Cette pensée a été formulée plus nettement parBiselx (4), et M. de Charpentier (5) ; A.gassiz l'a reproduite dans son Système glaciaire, et elle rend seule compte, avec l'action de l'eau produite par la fonte, de la propulsion des gigantesques glaciers du Groenland, sur un terrain à peu près horizontal. L'eau à une température constamment voisine du point de congélation, se glace à la moindre diminution de chaleur, elle dilate le glacier dans le sens de la pente, vers le seul côté qui offre une libre issue. Plus la pente est forte, plus aussi les alternatives de froid et de dégel sont fréquentes et intenses, plus la marche du glacier est rapide. Le mouvement n'est pas uniforme dans toute la masse du glacier, il diminue à partir de la surface en raison directe de h profondeur. En hiver, il semble s'arrêter.
I.» D'ordinaire la face extérieure des glaciers forme une légère voussure plus ou moins convexe, surtout à l'extrémité inférieure. La réflexion de la chaleur par les parois de la vallée accélère la fusion vers les bords du glacier; cette forme arrondie diminue vers les régions polaires. Quand le fond de leurs bassins conserve une pente égale ou insensible, la surface reste unie; mais
(1) Voyage dans les Alpes, g 535.
(2) Gilbert' s Annalen der Physik, t. 00, p. 113. 1821.
(3) Description des glaciers de la Suisse, 1770, p. 327. (6) Gilberfs Annalen der Physik, 1820, t. 06, p. !83. f5) Gilberfs Annalen der Physik , t. 03, p 388.
si le glacier traverse une crête, si le sol dans sa course change brusquement de niveau, comme il arrive souvent dans les montagnes, la glace se fend transversalement en bandes irrégulières et se meut sur sa face inférieure comme autour d'un axe. Les larges crevasses ouvertes entre les bandes successives se referment comme les flots d'un torrent lorsque le fond redevient uni. Souvent les fentes traversent les glaces dans toute leur épaisseur (1). Les touristes de l'Oberland bernois savent tous l'aventure de l'aubergiste de Grindelwald qui, tombé dans une crevasse, ressortit sur les bords du glacier en suivant le cours d'un ruisseau sous la glace.
Nous n'avons pas à décrire en détail chaque glacier des Spitzbergen ; il nous suffit d'indiquer la marche générale des phénomènes qui accompagnent la formation glaciaire dans ce groupe. Pendant les voyages de la Recherche en 1838 et 1839, M. Martins a étudié les glaciers de Bell-Sound, de la baie Magdalena, et les Sept Glaciers de la côte au nord de l'île du Prince-Charles ; l'attention de Torell pendant plusieurs séjours prolongés s'est portée plutôt sur ceux des baies de Lomme et de Wahlenberg, du Horn-Sound, de Green-Harbour dans rice-Sound, et celui qui fait face à la pointe d'Hackluyt. Tous ces glaciers reproduisent les particularités notées dans les Alpes, mais avec des différences de nuances qu'il importe de signaler.
Dans les glaciers des Alpes on admet deux parties distinctes : la mer de glace et les glaciers inférieurs. Les mers de glace, les Firne des Allemands, occupent de larges vallées au-dessus des glaciers inférieurs, la
(1) Hugi. yaturhistorische stlpenreisen, p. 331 et 358.
fusion des neiges y eut incomplète, la glact moins compacte que dans les zones basses. Leur élévation dépendante de la latitude correspond à peu près a la limite des neiges éternelles, mais elle est plus constante et ne varie pas avec l'exposition. Hugi fixe leur niveau inférieur à 2,470 mètres; dans les montagnes de l'Oberland elles ne dépassent pas 3,600 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. Un certain nombre de glaciers secondaires se réunissent dans la mer de glace; là, toute la masse se meut en avant jusqu'à ce que la vallée se resserre en une gorge étroite où elle descend suivant une pente rapide pour former le glacier inférieur à la face abrupte et crevassée. Par leur position septentrionale, les glaces des Spitzbergen conservent en grande partie la consistance du névé. Toutefois, Otto Torell signale aux glaciers du Bell-Soud et du Horn-Sound, encore couverts de neige à la fin de juin, de la glace compacte à leur débouché dans la mer, comme aussi dans les crevasses et les fentes d'où jaillissent les ruisseaux d'eau courante. Au contact de la mer, les bandes bleues ou verdâtres qui distinguent les glaciers alpestres sont très-nettes, et l'on voit les bandes bleues et blanches caractéristiques des glaces bien constituées dans la masse des glaciers, comme aussi dans les glaçons charriés par la mer.
Beaucoup de glaciers disparaissent sous des masses de rochers accumulés : on dirait les débris d'un monde. Nul cataclysme violent n'a jeté sur leurs bords ces blocs en si grand nombre, ils tombent dans le fleuve de glace qui les amoncelle insensiblement. Le glacier dans sa marche ronge et polit les parois de son bassin, des blocs de toute grosseur se détachent des montagnes encaissantes, elles jonchent la surface des glaces où
elles forment des moraines. Les moraines sont ou latérales, disposées en bandes parallèles aux flancs du glacier; ou frontales, bordant son extrémité inférieure; ou médianes, en longues traînées au milieu des glaces, formées de la rencontre des moraines latérales de deux glaciers qui se touchent. Quand le glacier avance, il refoule la moraine frontale; quand il recule, celle-ci figure plusieurs plis successifs et ondulés. Il est à peine besoin d'n jouter que les rochers des moraines sont de toutes dimensions, mêlés de sable et de menus débris. Le glacier de l'Unter-Aar, en Suisse, celui de Zmutt, près Zermatt, la mer de glaces de Cbamounix, sont presque totalement recouverts par leurs moraines. Aux Spitzbergen la faible élévation des montagnes fournit peu de blocs, et comme presque tous descendent au bord de la mer, leurs moraines terminales s'engloutissent dans les flots.
Ni Torell, ni M. Martins ne signalent près des glaciers de ce groupe l'existence des roches polies ou striées, si nombreuses dans les bassins glaciaires du continent. Cela tient à leur développement, car les glaces s'y déversent presque partout dans la mer.
Pour trouver des roches, des galets striés, il les faudrait ramasser sous les eaux dans les moraines submergées qui en renferment certainement. Voici comment se forment ces curieuses productions. Le glacier dans sa marche n'use pas seulement les parois latérales des vallées, il broie les inégalités, les angles du sol et les arrondit; il pulvérise comme une meule les fragments de pierre compris entre la glace et le sol. Les débris de roches cristallines, les grains de quartz serrés entre la glace et le sol rocheux tracent sur les surfaces polies de petites rainures, des stries sensiblement pa-
rallèles, suivant la marche du glacier, indépendantes de la ligne de plus grande pente, de la disposition du clivage ou de la structure des roches. Toutes les roches sont entamées soit dans le sens des strates, soit dans celui de leur tranche perpendiculaire, et les cristaux coupés ainsi que les fossiles et les pétrifications. On a voulu attribuer les stries à des courants d'eau ou de boue animés d'une grande vitesse; mais elles existent à des hauteurs où jamais de tels courants n'ont passé, parfaitement identiques à celles visibles sous les glaces. Il y a sur les surfaces abandonnées par les glaciers anciens d'autres sillons non rectilignes, mais onduleux, se confondant souvent l'un avec l'autre, dirigés en général selon la ligne de plus grande pente des vallées. Ce sont les karrenfelder des géologues suisses. Ces sillons, différant des stries, proviennent de l'érosion des eaux sous la glace. D'autres érosions ressemblent encore à celles produites sous la chute des cascades et ont la même origine.
Cet ensemble de phénomènes bien saisis permet de reconnaître la présence des glaciers sur des points où ils n'existent plus. Les moraines, les roches polies et moutonnées, les stries plus ou moins profondes, selon la nature des roches, nous aident à suivre à la piste les anciens glaciers là où personne ne les supposait. De Saussure, à l'œil de qui rien n'échappait, les a reconnues déjà dans le grand rocher poli du Saint-Bernard. Agassiz les a suivis de dessous les glaciers de l'Aar, presque sans interruption, jusqu'à l'hospice de la Grimsel, autour duquel les gneiss sont fortement striés (1). Dans les Vosges. MM. Edouard Collomb et
(1) Bulletin delà Société géologique de France. V férié, l. IX. p. 132.
Dollfus-Ausset ont induit de ces stries l'existence d'anciens glaciers démontrée par des preuves certaines (1). Ici comme ailleurs « les blocs erratiques accumulés ou « sporadiques en places,» suivant la remarque expresse de M. D. Dollfus-Ausset, «indiquent la position des gla- • ciers en un moment de la formation, non leur limite « à celui de leur plus grande extension. » Les glaciers se sont retirés ou produits suivant les variations du climat sur un même point.
La limite des neiges persistantes aux Spitzbergen reste au-dessus de 300 mètres, même dans le groupe septentrional des Sept-Ues (Voy. page 28). Durocher nie la communication des glaciers avec les neiges de l'intérieur (2); M. Martins, son collègue de la commission scientifique du Nord, affirme cette communication que les membres de la mission suédoise ont vérifiée directement en 1861 . Vu des hautes montagnes voisines du détroit de Hinlopen , l'intérieur de la grande île, comme aussi celui de la Terre du Nord-Est, a l'aspect d'un plateau immense, uni, couvert de glace et de neige. C'est la nature du Groenland septentrional revêtu d'un puissant manteau de glace continue; certains bassins glaciaires de la côte ouest ont une superficie de 30,000 à 50,000 kilomètres carrés. La structure des Spitzbergen est celle d'un groupe de montagnes en partie submergées, dont la mer a envahi les vallées qui forment des golfes étroits, de longs estuaires au relief accidenté. Les neiges, les glaces des plateaux intérieurs sont le bassin d'alimentation des glaciers du littoral
1) Preuvrs de V existence d'anciens glaciers dans les fosges. Paris,
,*J) Voyage de Ui liechcrchc au Spitxbcrg. Géographie physique, I , deuxième partie.
descendant comme des fleuves solides transis dans de larges gouttières. Quelques-uns de ces glaciers, celui du cap Sud et un autre au nord de Horn-Sound, atteignent près de la côte une largeur de 20 kilomètres; mais en général ils sont moins larges à leur débouché dans la mer. Les officiers de la Recherche en ont mesuré un qui n'avait que 240 mètres, près du mouillage de la corvette dans % la baie Magdalena (1).
La faible élévation des montagnes dans toute Tétendue de ce groupe ne donne pas une différence aussi considérable entre la partie la plus déclive et la partie la plus élevée des champs de glace que dans les Alpes suisses; en d'autres termes, les glaciers des Spitzbergen ont une faible pente. Scoresby attribue une différence de 400 mètres seulement entre la base et Je sommet du grand glacier de Horn-Sound (2). D'après Charles Martins, celle du glacier de la baie Magdalena est de 350 mètres, ce qui réduit sa pente à 10 degrés environ (3). Selon Latta, celle des Sept-Glaciers, sur la côte au nord de l'île du Prince-Charles, varie entre 12 et 20 degrés, tandis que le glacier principal de Bell- Sound, à cause de sa grande longueur, est presque horizontal comme ceux de Godthaab, et du Quanefjord au Groenland. Au contraire, en Suisse et en Savoie, la pente s'élève souvent à 30, à 40 degrés avec une différence de niveau de 1,500 à 2,000 mètres entre le sommet et la base des glaciers. Voici deux exemples qui peuvent donner une idée des limites extrêmes. Avant son ascension au mont Blanc, M. de Saussure avait pensé que le sommet de cette montagne n'était pas cou-
(1) Martins. Bibliothèque universelle de Genève, juillet 1840, p. lftl.
(2) An account of the arctic régions, t. J, p. 102.
(3) Loc. cit., p. 143.
vert de glace ; mais plus tard Vil lus Ire physicien revint sur cette opinion et la reconnut comme fausse et prématurée. On peut donc admettre que les glaciers qui entourent le mont Blanc, celui des Bossons entre autres, descendent de son sommet, ce qui donne à ce dernier glacier une hauteur verticale de 3,795 mètres. D'un autre côté, les mesures de Hugi fixent à 1,605 mètres l'élévation verticale du glacier de Loetsch en Valais.
La fusion des glaces se fait surtout à la face supérieure des glaciers, quelquefois au contact du sol. Ce qui prouve l'absorption de la face supérieure, ce sont les aiguilles, les tables si nombreuses sur tant de glaciers alpins, à ceux de l'Aar, de Zermatt, de Saint- Théodule notamment. Les rochers, en roulant sur la glace, abritent contre les rayons du soleil et les agents atmosphériques l'espace qu'ils recouvrent, tandis qu'àl'entour le glacier reste exposé à leur action dissolvante , Les pierres demeurent isolées sur un piédestal, sur une colonne de glace. Peu à peu la fusion, Tévaporation qui réduit le glacier, entame aussi la base des tables; elle la rend grêle et l'effile, jusqu'au moment où la colonne de glace, trop faible pour porter son poids, se brise; la pierre croule et s'en va trouver un autre emplacement où les mêmes phénomènes se renouvellent (1). Ces pointes ni les aiguilles qui se produisent au bord des crevasses ne se trouvent presque jamais sur les glaciers des Spitzbergen ; toutefois on voit quelques pyramides de glaces sur les bords de celui de Bell-Sound. Quand les fragments de pierre sont de faible dimension, un phénomène contraire s'accomplit pendant la fonte. Absor-
<\) Dcsor: Course aux ulaciers Ou mont Rose. Biblioth. univers, de GcoèT*. Juin 18i0, p. 339.
bant la chaleur solaire avec plus de force que la glace en leur qualité de corps opaques, toute leur masse, nonseulement la face extérieure comme dans les grands blocs, s'élève à une température supérieure au zéro du thermomètre. Par conséquent, loin de protéger la glace, ils en accélèrent la fusion et creusent de profondes cavités.
Dans les Alpes, dans les Himalaya, aux Spilzbergen, les glaciers sont généralement gelés au sol, et la terre en dessous marque une température inférieure à 0. Cependant M. H. Rink a observé dans la mer, en avant des glaciers de Quanefjord et sur d'autres points du Groenland septentrional, un mouvement analogue à celui que produiraient des sources qui jaillissent avec force du fond (1). Les flots bouillonnent sur une surface de plusieurs hectares colorés par un limon rougeâtre; une multitude d'oiseaux marins volent et planent à l'entour. Ces sources sous-marines sont les bouches de véritables fleuves qui s'écoulent sous les glaces. Leur existence prouve l'ingénieuse théorie d'Elie de Beaumont (2), sur le développement de la chaleur terrestre sous les glaces. L'épaisseur des glaciers du Groënland s'élève à 300 mètres et au delà ; à cette profondeur, au contact du sol, ils demeurent à l'abri des variations thermiques de l'atmosphère. Or, si Ton admet avec M. de Beaumont, que l'accroissement de la température est de 1 degré par 30 mètres de profondeur verticale dans la terre ; si l'on admet que
(1) Ch. Grad. Étude sur les eaux du Groèoland. Annales des Voyages, décembre 1865, p. 257.
(2) Sur la relation qui existe entre l'épaisseur que les glaces perpétuelles peuvent acquérir et l'accroissement de température observé dans les lieux profonds, Voyei V Institut du 15 juin 1836.
la conductibilité de la glace pour la chaleur soit égale à celle du sol, il en résulte que la base de ces glaciers dépassant l'isogéotherme de zéro entre en fusion. L'observation des sources sous-marines persistantes même en hiver, prouve cette fusion pour les glaces du Groënland; aux Spitzbergen nous ne connaissons point de glaces d'une épaisseur pareille s'il y en a, il faut les chercher sur la côte orientale delà Terre du Nord-Est. Le glacier de Horn-Sound, le plus puissant qu'on ait vu dans le groupe, a 121 mètres de hauteur verticale au bord de la mer, et la température moyenne de l'atmosphère est de — 7 degrés environ ! Phipps estime à 91 mètres l'élévation d'un des glaciers de Sméérenberg. Dans la baie Magdalena, le glacier de l'Entrée, mesuré par les officiers de la mission française, avait 63 mètres ; celui de la Pointe aux Tombeaux 76 mètres, et M. Martins attribue 32 mètres aux deux glaciers qui terminent les deux baies. En Suisse, la tranche des glaciers inférieurs varie de 10 à 25 mètres.
Les glaciers des zones tempérées descendent souvent assez bas pour toucher les cultures : aux Spitzbergen, presque tous aboutissent à la mer. Quand le rivage est rectiligne, ils ne le dépassent presque pas. Lorsque les côtes sont recourbées comme au fond des baies et des estuaires, les glaces continuent à progresser en s'appuyant sur les deux côtés; jamais elles ne glissent sur le fond, elles le surplombent, elles fondent au contact de l'eau, et à marée basse on distingue un intervalle entre la base du glacier et le niveau de la mer. Si ces glaciers avançaient sur le fond même de la mer, leur pied montrerait des cavités hémisphériques comme celles de toutes les glaces flottantes, où l'on voit toujours la glace submergée au-dessous du flot qui la
creuse. 11 n'en estpas ainsi aux Spitzbergen (1) . La place qui termine la surface inférieure des glaciers, est parfaitement droite, continue, horizontale, parallèle àla mer. Toute la masse se meut en avant avec un bruit semblable au pétillement de l'étincelle électrique. Puis le glacier n'étant plus soutenu, il s'écroule en partie; des blocs immenses se détachent et conservent la hauteur de sa tranche verticale ; ils tombent à la mer, disparaissent sous l'eau, reviennent, tournent sur leurs flancs, oscillent pour prendre une position d'équilibre et s'en vont flottant sur les vagues. Deux fois par jour, à la marée basse, les membres de la commission du Nord assistaient au fond du Bell-Sound et de la baie Magdalena à cet écroulement partiel de l'extrémité des glaciers. Une détonation comparable à celle du tonnerre accompagnait leur chute : la mer, soulevée, s'avançait sur le rivage en formant un ras de marée; le golfe se couvrait de glaces flottantes qui, entraînées par le jusant, passaient comme des flottes pour gagner la pleine mer, ou bien échouaient sur le rivage çà et là, sur les points où l'eau n'était pas profonde (2) .
Les lois qui dans les montagnes des parties chaudes de la terre procèdent à la formation des glaces, reproduisent les mêmes phénomènes près de ses pôles. Une observation attentive a montré dans les glaciers des Spitzbergen toutes les propriétés caractéristiques des glaciers suisses : la stratification de la glace, les bandes bleues, l'action sur les roches encaissantes. Torell,lors d'une course à la partie supérieure du glacier de Bell- Sound, la trouva formée de couches de neige durcie.
(1 ) Ch. Marlins : Les glaciers du SpKzberg. Ribliolh . univers, de Genève, p. 101 (juillet 1840).
(2) Le Tour du Monde, 1805, t. XII, p. 12.
Cette masse île neige dans son mouvement de propulsion conservait sa stratification- On distinguait nettement la couleur verte dans les creux, tandis que le névé restait blanc et passait à la glace d'une manière insensible, à en juger du moins par sa structure dans une profonde crevasse. Les moraines se montrèrent vers le confluent de petits glaciers avec la masse principale; leur apparition est le meilleur indice du passage du névé à la glace solide. Cette glace est visible tant au débouché des glaciers dans la mer que dans les crevasses; on la reconnaît  ses bandes bleues et verdâtres, nettement distinctes, et sur le glacier même, et sur les blocs emportés par la mer. Quand les glaciers vont jusqu'à la mer, les courants d'eau terrestres ne sont pas apparents, mais les petits glaciers des Spilzbergen, éloignés de la côte, s'écoulent comme ceux des contrées plus chaudes. Un des glaciers voisins du Bell- Sound donne naissance à quatre ruisseaux, dont deux issus vers les bords ont un débit fort, mais changeant selon la saison et les variations de température. Leur eau rapide, impétueuse, conserve une teinte cendrée qui lui vient du sable, de la boue qu'elle entraîne.
Géognostie des côtes nord-est des Spitzbergen.
Le repos de Técorce terrestre pendant toute une période de son histoire est aussi incertain que le calme de l'atmosphère pendant toute une saison de l'année. Nous avons parlé plus haut du lent mouvement d'oscillation qui soulève les terres voisines du pôle arctique. Telles parties des Spitzbergen qui formaient il
y a deux siècles, des îles distinctes, se trouvent maintenant rattachées aux grandes terres, et plus on approche du pôle, plus le soulèvement est prononcé. L'émersion est inégale, sensible surtout sur les grèves à pente douce; elle se produit avec intermittence, comme le montre l'inégalité des plages superposées sur les versants des montagnes. Des amas de coquillages appartenant à des espèces encore vivantes dans les mers voisines, gisent sur les gradins en amphithéâtre jusqu'à 200 mètres de hauteur au-dessus des eaux actuelles, et les arbustes de corail rose, Lophelia proliféra, qui croissent seulement à une profondeur de 300 mètres dans la mer, sont soulevés au niveau des falaises. Les lignes d'érosion ne sont pas parallèles : Auguste Bravais, qui a mesuré celles de l'Altenfiord, en Norwége, a trouvé le soulèvement plus considérable au fond des golfes qu'au bord même de la mer. En tout cas, ce soulèvement est le plus curieux phénomène géologique du Nord; il provient du mouvement de retrait de la mer et non d'une croissance du sol que Vogt(l) s'efforce d'expliquer par la transformation des schistes, des grès et des calcaires à la suite de cristallisations nouvelles s'opérant par voie humide.
! a neige, les glaces qui recouvrent presque totalement les Spitzbergen, en rendent l'exploration difficile : c'est à peine si nous connaissons la nature du litloral. La géologie des côtes occidentales a été étudiée par Keilhau (2). Les membres de la commission française du Nord, et particulièrement le docteur Eu-
(1) Nord-Fahrt von Georg Berna, p. 358. Francfort, 1863.
(2) Reite i Osl-og t'est Finmarken samt (il Beeren Edand og Spitzbergen, Christiania, 1831.
gène Robert (1), ont exploré les environs de la baie Magdalena et du Bell-Sound ; enfin MM. Nordenskiôld et Blomstrand décrivent surtout les rives du détroit de Hinlopen et les côtes septentrionales de la Terre du Nord- Est. En général les roches cristallines prédominent dans ces terrains : les Sept-Iles au nord de l'archipel sont toutes formées de gneiss. Des calcaires dolomitiques, traversés par des filons de porphyre fort rare, découvert d'abonl en Scandinavie et au Labrador, apparaissent plus au sud. Au détroit de Hinlopen et dans le Bell-Sound, on observe des calcaires que, d'après leurs fossiles, M. de Konnink rapporte au terrain permien. Les membres de la mission suédoise ont trouvé dans le nord-est du groupe le gneiss avec des filons et des veines de granités, des calcaires cristallins et la dolomie, de puissantes couches de quartzite alternant avec des calcaires et des schistes argileux ; de l'hypérite, des calcaires fossilifères. Les observations de la commission française sont connues ; nous nous bornons à résumer les études géognostiques de M. A. Nordenskiôld sur le canal de Hinlopen et le nord des Spitzbergen.
1. Granité el gneiss. — Cette formation occupe le bord oriental de la baie Sorge, le littoral nord-ouest de la Terre du Nord-Est, de l'île du Dépôt, le cap Nord, et reparaît dans les îles au nord de l'archipel. A l'ouest de la baie Sorge, le gneiss est nettement stratifié. Les montagnes frisent la baie dans la direction du méridien, elles sont escarpées et alternent par moments avec des strates de quartzite et des masses de calcaire grenu comme sur certains points des Vosges. Ces ro-
(I) Vojajte de la lieeherche. Géologie. Par E. Roberi.
ches bordent aussi le terrain sédiinen taire dans le nordouest ; le mica y devient très- rare par moments, les strates s'effacent et la roche passe à un granitea grains égaux. Des montagnes de même nature se montrent entre les baies Bird et Brantwein, dans le voisinage du cap Lindhagen, tandis que sur divers points in terme- ' diaires, à l'Extreme-Hook et au cap Nord, elles consistent en gneiss très-riche en mica. La structure amygdaloïde des parties moins micacées les sépare de la masse principale et leur donne parfois un aspect particulier. Le granité, le gneiss et leurs intermédiaires se retrouvent dans les îles Castrén, Sabine, dans le groupe des Sept-Iles. Sur la petite crête qui forme la pointe nord de l'île Scoresby, une variété de gneiss lamelleux forme des couches perpendiculaires dans le sens du méridien. Sur les pointes septentrionales delà Terre du Nord-Est, comme aux îles Castrén et à l'Extreme-Hook, le gneiss est traversé par de nombreuses veines de granité à grains fins. M. Nordenskiôld n'y trouva jamais Forthile qui accompagne si souvent en Suède le granité récent; mais il vit des cristaux de tournaline disséminés en abondance dans les filons granitiques à gros cristaux de PExtreme-Hook et de l'île Parry.
II. Calcaire cristallin et dolomie. — Les gneiss du bord occidental de la baie Sorge sont recouvertes au fond du golfe par une puissante couche de calcaire Cette roche au contact du gneiss présente une structure saccharine d'une blancheur éblouissante sans trace de débris organiques, et dont la cassure fraîche exhale une odeur d'hydrogène sulfuré, bien qu'on n'y voie pas de composés sulfureux. Soumis à l'acide muria tique, ce calcaire se dissout sans laisser de résidu, il ne contient point de fer ni de magnésie. L'absence de magnésie
caractérise ce calcaire et le distingue des puissantes strates de dolomies jaunâtres, criblées de cavités géodiques et accompagnées de petits cristaux calcaires qu'il supporte, et qui forment le pied méridional du Hecla-Hook et deux pilons importants situés vers l'intérieur. Il n'y a pas de pétrifications dans ladolomie. Cette couche est séparée du calcaire blanc par un lit mince de calcaire gris veiné de blanc pareil à celui du Hecla-Hook; puis immédiatement au-dessus de ladolomie on voit unenouvellecouchede calcaireblanc grenu.
A en juger par les indices encore apparents, cette formation occupait autrefois toute la baie Sorge, mais les glaciers, les agents atmosphériques l'ont détruite peu à peu, et les eaux en ont emporté les débris. On en trouve quelques variétés sous les couches de calcaire gris du Hecla-Hook, et sous les glaces qui débouchent dans la baie comprise entre les caps Trminger et Lindhagen.
III. Formation du Hecla-Hook,— Le puissant escarpement qui sépare la baie Sorge du détroit de Hinlopen consiste en couches sédimentaires, dirigées du sud au nord et s' abaissant subitement vers l'est. Les membres de la commission suédoise ont vainement cherché dans ce terrain des traces de pétrifications, circonstance d'autant plus étonnante que ses belles couches de calcaire et d'argile schisteuse se prêtaient merveilleusement à la conservation des débris organiques. Un ruisseau qui débouche dans la baie Sorge a creusé dans l'escarpement une profonde coupure, un profil où l'on peut étudier les différentes couches du dépôt. Les strates non entamés par ces coupures sont visibles sur le versant septentrional de la montagne.
Ce dépôt présente : 1° du calcaire gris traversé par
des veines de quartz et de calcaire blanc; il ressemble à la couche comprise entre le calcaire blanc et la dolomie du bord ouest de la baie de Sorçe : 2" une couche insignifiante de talc schisteux, recouvert par un lit un peu plus considérable d'argile également schisteuse; 3° une couche puissante de quartzite dur, de couleur alternativement blanche, grise ou rouge. Ce quartzite est formé de grains arrondis de quartz sans mélange de feldspath ni de mica; 4° de puissantes couches de schistes glaiseux noir alternant avec une formation bréchiforme, un mélange de fragments anguleux de schiste glaiseux et de grès calcaire dur; 5° du calcaire gris veiné de blanc; 6° du schiste argileux noir suivi de couches de même nature, mais rouges, brunes ou vertes; 7* du quartzite pareil au n° 3, recouvert, suivant Blomstrand, dans le voisinage du détroit, par ; 8* du calcaire gris.
Passant le détroit de Hinlopen et les îlots à l'entrée de la baie Murchison, on retrouve sur la rive septentrionale de cette baie des couches appartenant au dépôt de Hecla-Hook. M. Malmgren vit au fond de la baie, sous le calcaire de l'île Russe, une variété que nous examinerons plus bas, entre la pointe des Phoques et la Presqu'île de Pierre, un calcaire gris sillonné en partie par des veines de calcaire blanc, en partie rempli par des billes et des lentilles de silex gris. Plus à Test, M. Nordenskiôld trouva sur la pointe des Phoques un schiste à bandes rouges et vertes, dirigé du sud au nord. Sous cette couche apparaît du quarzite, puis à l'est du promontoire des couches de schiste noir dirigées dans le sens du méridien. Cesschistes sont inclinés tantôt à 60° vers l'est, tantôt 85 à 90° vers l'ouest suivis par des strates perpendiculaires de quartzite,
.«'affaissant suivant une ligne verticale dans la baie Murchison.
Sur la rive septentrionale delà Presqu'île de Pierre, M. Nordenskiold observa une continuation des mêmes couches de quartzite, de schistes argileux, de calcaire veiné de blanc et de fragments de silex, qui se rapporte parfaitement à la couche correspondante de la pointe des Phoques. Ce dépôt reparait aussi a l'entrée de la baie Lomnie, dans l'île Basse, au cap Han5teen, sur la côte de la partie sud-est de la baie Brandlwein, aux capsWrède et Platen, au cap Irminger oùle quartzite et les schistes argileux reposentsur un li t mince de schistes talqueux dur et vert. Laissant ce lit insignifiant de talc, on trouve que le dépôt sédimentaire de la côte septentrionale de la Terre du Nord Est est formé d'abord par une couche de quartzite sur laquelle reposent des schistes noirs recouverts de calcaire gris veiné de blanc. Ces couches paraissent fortement comprimées et plissécs. Les lits d'argile, de calcaire, là où ils n'étaient pas protégés par une puissante masse de quartzite, ont été entraînés; on ne les voit plus que sur les versants des montagnes recouverts par une crête de quartzite.
L'examen des points où s'étend la formation du Hecla-Hook. constate dans ce dépôt quatre couches différentes d'une grande puissance , accompagnées de quelques couches intermédiaires peu considérables. Les couches principales comprennent du calcaire gris avec veines blanches, du quartzite, des schistes argileux noir, rouge et vert ; du calcaire gris ordinairement sillonné de veines de calcaire blanc, cristallin. Selon toute apparence, le Hecla-Hook est formé par la compression et le plissement réitéré de ces couches. Quant aux
crêtes du littoral septentrional de la Terre du Nord- Est, elles ne montrent plus ni argile ni calcaire que sur les points où les quartziles les ont défendues contre l'action corrosive de l'atmosphère et des glaciers.
TV. Calcaire des îles Russes. — Le calcaire gris veiné de la formation du Hecla-Hook, supporte un dépôt particulier, nettement caractérisé partout où on le rencontre : c'est le calcaire des îles Russes, ainsi appelé à cause du lieu où il fut découvert d'abord. Cette roche consiste en un calcaire impur, jaunâtre, sans fossiles, à stratiûcation insensible, de structure coralline, très-friable. Elle donne une apparence de fécondité aux parties les plus arides des Spitzbergen. Naguère la formation s'étendait fort loin, mais les flots agités du canal de Hinlopen l'entament, la rongent sans cesse, et sa faible cohésion l'empêche de former des montagnes escarpées. La partie occidentale delà Presqu'île de Pierre, les îles de la baie Murchison et la grève du Bois-Flotté, appartiennent au mémedépôt. Il serait difficile de déterminer la stratification de ce terrain, si le calcaire n'était interrompu par intervalles par d'autres dépôts plus durs que dans l'une des îles Russes de la baie Murchison, défendent le calcaire friable contre les vagues. Cette roche dure comprend trois couches diverses :
t* Un silex épais, homogène, noir ou gris foncé, sans fossiles, mais assez semblables à différents dépôts de même nature, de l'estuaire septentrional du Bell- Sound, accompagnés de pétrifiai tions. 2° Un mélange de silex et de calcaire. Le silex paraît former une sorte de tissus dont les fils sont formés de cylindres diversement plissés et contournés de 4 à 8 millimètres de diamètre, aux interstices remplis de calcaire, criblés de
c avités tapissées de cristaux. Les cylindres ressemblent beaucoup à des tiges de corail, mais on n'y voit pas de trace de structure organique. 3° Un quarlzite blanc ou jaunâtre comme celui de Hecla-Hook. Aux iles Russes, ces couebes sont redressées, dirigées du sud au nord; mais à la grève du Bois-Flotté, elles sont parallèles à la formation du Hecla-Hook, et inclinées de 60° vers Test.
V. Terrain du cap Fanshav. — Le calcaire des îles Russes porte, sur le bord occidental de la baie de Lomme, à sa partie inférieure, une formation plus récente désignée sous le nom du cap Fanshav. Cet étage comprend : 1° un grès de couleur rouge et blanche avec des empreintes confuses de fucus ou de plantés analogues; 2° du calcaire gris avec des empreintes nombreuses, mais mal conservées de térébratules, de productus, d'encrines et de tiges de cystophyllum, assez semblables aux pétrifications des monts Lovèn et Angelin, mais d'une conservation beaucoup moins parfaite; 3° du calcaire avec des cailloux siliceux et de nombreuses cavités remplies de spath calcaire. Les rives de la baie de Lomme présentent de beaux profils de ce terrain couronné par de l'hypérite à stratification presque horizontale.
VI. Formation à brachiopodes» — Si Ton avance plus a l'intérieur du canal, l'hypérite s'incline jusqu'au niveau de la mer et sépare ainsi le calcaire à encrines du cap Fanshav du terrain à brachiopodes, qui commence près des baies de Lomme et de Wahlenberg. Cette formation consiste en un dépôt d'une puissance de 450 mètres, qui présente des couches alternatives de calcaire, de grès, de silex excessivement riches en pétrifications. Le grès forme la partie inférieure de
l'étage, puis vient du calcaire, et enfin des couches alternatives de calcaire et de silex. Gomme les versants escarpés des montagnes disparaissent sous une énorme accumulation de blocs éboulés, il n'est pas aisé de déterminer la disposition précise des couches. Les fossiles qui se montrent dans toutes ces couches, appartiennent à diverses espèces de productus, de térébratules, de spirifex. Partout où ces couches molles de calcaires ne sont pas protégées parl'hypérite, elles se sont délitées, et les flots de la mer en ont emporté les débris.
VII. Hypèrite. — Au nord comme au sud, les terrains que nous venons de décrire sont limités par le dépôt plus récent del'hypérile. Celte roche est la plus répandue à la surface explorée des Spitzbergen. Elle apparaît des deux côtés de la baie Sorge. D'une part, elle traverse le dépôt du Hecla-Hook, de l'autre elle a a formé la colline où s'élève la croix d'Aeoli. L'hypérite se montre aussi sur le bord septentrional de l'île Basse, au cap Hansteen, sur la pointe du dépôt qui paraît sa limite extrême vers le nord. Sur l'île Basse, le sol, au premier abord, semble pavé de larges dalles hexagonales disposées avec soin, mais on ne tarde pas à reconnaître dans ce pavé des prismes droits produits par des fissures superficielles de la roche hypéritique.
La formation atteint seulement son développement complet au sud du Hecla-Hook. Suivant toute apparence, les montagnes noires qui dominent les glaciers entre le cap Foster et le cap de Glace, semblent dénature hypéritique, et à l'est l'île d'Hypérile sépare les calcaires des lies Busses des calcaires à productus qui commencent au midi de la baie de Wahlenberg. Gettc formation hypéritique se prolonge par les îles Foster
au cap Duym. Elle forme sur ce promontoire un puissant escarpement. Au nord de la pointe Duym, lhypérite s'élève et laisse voir à sa base des strates de grès et de calcaire constituant les montagnes inférieures, mais elle contourne ces roches et les domine pour se terminer entre le cap Fanshav et la pointe de Duym par les beaux rochers de l'Alken-Fjell, qui surplombent les eaux à une hauteur verticale de 300 mètres. Les montagnes au sud de la baie de Wahlenberg montrent le calcaire gris à productus, mélangés de couches de silex; toutefois le rebord du plateau intérieur paraît formé d'hypérite. Cette même roche émerge de nouveau de la mer aux montagnes Noires et dans les îles Waygats du sud, pour s'étendre fort loin dans le sud du canal. Cependant on revoit les calcaires gris audessus des monts Lovèn et Angelin. Des fossiles recueillis par MM. Chydenius et Torell,et ramassés dans ce terrain, ressemblent à ceux des couches de calcaire et de silex sous-jacentes : ils sont rares, mal conservés, et le calcaire dur et caillouteux. Tout indique qu'elles ont été dérangées plus ou moins lors de l'éruption de l'hypérite et que le dépôt s'est fait avant l'apparition de l'hypérite. L'hypérite en fusion est sorti de deux crevasses passant par les îles Foster et les Waygats du sud et s'est répandu sur les calcaires en nappe horizontale sans influer beaucoup sur les couches sous-jacentes.
Les membres de la commission suédoise de 1861 ne se sont pas bornés à étudier la géologie du détroit de Hinlopen et des côtes septentrionales : MM. Torell et Nordenskiôld, avaient exploré déjà quelques années auparavant les terrains voisins du Bell-Sound, et récemment M. Blomstrand a découvert d'importants dépôts houillers dans la baie du Roi (Kings-bay). On sait
que le Bell-Sound forme un golfe spacieux dans le sud de la côte occidentale et se partage en trois bras. Un écueil forme presque complètement le plus septentrional de ces estuaires. A l'extrémité de l'écueil. trois cimes considérables s'élèvent sur le littoral bordées vers l'est par un glacier rétrograde et une petite plaine boueuse sillonnée de ruisseaux, suivie à un court intervalle par une autre plaine basse que traverse en été une rivière considérable aux eaux troublées, mais tumultueuses. Une montagne de 600 mètres d'élévation domine la seconde plaine: c'est le Kolfjell. Cette montagne se prolonge vers l'intérieur et se découpe en plusieurs sommets d'où l'on peut prendre un beau profil des formations géologiques de la contrée. Les couches sont dirigées du sud au nord, étagées de l'est à l'ouest, en commençant par les plus anciennes. Ces couches comprennent d'abord du grès blanc, très-dur, sans pétrification, et relevé perpendiculairement; un calcaire gris, impur, d'une extrême dureté avec des coquilles d'enomphalus, de productus et des tiges de cystophyllum, un calcaire gris friable, presque tout formé de brachiopodes bien conservés pareils à ceux du mont Lovèn -, puis une roche siliceuse feuilletée formée de couches tantôt grises, mais brunâtres par l'altération à l'air; tantôt noires etpresque inaltérables par les agents atmosphériques. On trouve ensuite des grès avec desempreintes végétales qui supportent du schiste légèrement micacé, contenant également quelques traces de plantes fossiles. Les couches restent dirigées du sud au nord, et s'inclinent perpendiculairement soit à l'est, soit au couchant.
La montagne du Middle-Hook est formée de couches alternatives de quartzite, de calcaire, de grès, de
conglomérat, d'hypérite et de schiste micacé. Quant au Kolfjell, il consiste en schiste noir avec de telles empreintes de feuilles visibles à la base de la montagne, et qui contient aussi quelques légers strates de grès grisâtre. Ces minces coucher de grès deviennent plus nombreuses avec la hauteur, elles se substituent au schiste pour former un puissant dépôt. Des couches schisteuses, pareilles à cellesde la baie, semontrent encore, mais minces et accompagnées de conglomérats et d'un grès grossier plus dur rempli d'empreintes de fucus. A ce dépôt succède un grès friable de couleur grise, accompagné de feuillets talqueux et de traces dé fucus. Enfin, la destruction partielle de ces couches a donné naissance à un grès de formation récente, inconsistant, qui renferme des fragments de houille arrondis. Ce dépôt arénacé occupe la rive méridionale duBell-Sound et la langue de terre comprise entre la partie sud du golfe et la mer. De gros morceaux de houille sont aussi disséminés à la surface du sol (1).
D'où vient cette houille? Les marins qui fréquentent les Spitzbergen l'ont vue presque tous et sur des points différents : aucun n'en a recherché l'origine. Dans son fameux livre sur la zone arctique, Scoresby, parlant de la baie King, y cite « some marble of real beauty. » et tout près de la houille c of tolerable quality. » Keilhau trouva également de la houille dans la baie de la Croix, (baie Cross ou Kors. La nomenclature des Spitzbergen est des plus embrouillées; ces îles ont été fréquentées parles Hollandais, les Anglais, les Français,
(1) Voyez A E. Nordenvkidid : Description géognostlquc des parties ftppientrionales des Spitzbt- rgen et du détroit de Hiniopen. Kongl. Swenska felenikaiA Academiens Uandlingar. Tome IV. n° 7.
les Suédois, les Russes , qui tous ont imposé aux accidents topographiques des noms différents, suivant leur langue). On en a rencontré, notamment dans le golfe de Glace, dans le Bell-Sound, au Kolfjell ; mais personne n'a songé à rechercher le gîte primitif de ce combustible. Une si regrettable négligence ne pouvait durer indéfiniment. Lors des voyages de la commission suédoise, la vue de quelques lambeaux de houille au bord de la mer fixa l'attention de M. Blomstrand. Cet habile observateur en trouva aussi de gros morceaux dans le lit des cours d'eau voisins de la baie King; il en conclut qu'ils venaient du glacier qui s'arrête non loin du littoral. Le glacier fut gravi. M. Blomstrand explora les montagnes de son bassin et ses moraines, mais ne vitque des calcaires, des schistes sans indice de houille. Cependant une recherche minutieuse lut découvrit entre le glacier principal et la montagne encaissante, un petit espace dénudé par les glaces où l'on trouva de la houille en couches.
Ce dépôt s'étend au pied delà montagne noire, le Kolfjell, qui suit celle de calcaire et se dirige vers la mer, suivant une ligne oblique inclinée de 30 degrés à l'ouest. Les couches de houille semblent occuper la dépression comprise entre les montagnes et la partie sud-est de la baie*, elles disparaissent sous le glacier. Entre le glacier et la mer, la dépression est couverte de moraines et d'ail uvions, une foule de ruisseaux la sillonnent sans la creuser à une grande profondeur, tellement que la roche vive ne s'y montre presque jamais. Dans ces circonstances la détermination des terrains situés sous l'alluvion ne peut se faire, mais M. Blomstrand trouva la houille en place sur quatre points différents sur une ligne de 2 kilomètres, et selon
toute probabilité elle s'étend encore fort loin le long du rivage. Sur les points mis à nu, la houille alterne avec des couches de grès de couleur brun foncé, accompagné de petites parcelles de mica et d'empreintes de plantes assez nombreuses. Ce grès prend par moments une texture esquilleuse, décodeur moins foncée, jaunâtre à l'air, pauvre en pétrifications. Il passe à un poudingue grossier contenant des fragments de schiste argileux dur, et les lits de bouille qui viennent ensuite presque perpendiculaires, sont séparés par du schiste noir, charbonneux. Un torrent fort rapide, également issu du glacier, traverse cette couche, dont l'inclinaison paraît plus faible que celle des couches signalées plus haut.
Une moraine se trouve à l'ouest de la couche principale, puis apparaît un dépôt de schiste argileux d'une belle teinte claire gris bleuâtre, de 80 mètres d'épaisseur, alternant tantôt avec des lits minces de grès foncé, rougeâtre à l'air, tantôt avec un schiste marneux, d'un gris foncé. Le schiste argileux montre quelques vestiges de poissons fossiles. Au-dessus de ce schiste déprimé à la surface, M. Blomstrand signale une roche verdâtre, une sorte de grès à structure parfois esquilleuse, sans trace de stratification et de débris organiques, la même qui apparaît dans la chaîne de la baie Large, avec le grès rouge, mais dont la position géologique n'est pas bien déterminée. Les débris de plantes découverts dans le grès consistent presque exclusivement en longues feuilles de deux espèces distinctes. Quant aux paillettes de mica, elles reparaissent nettement dans l'argile schisteuse.
La qualité, le gisement, l'épaisseur de la houille varient beaucoup. Pour reconnaître la puissance absolue
des lits de houille, il faudrait des observations plus nombreuses que celles faites par M. Blomstrand; il faudrait aussi les débarrasser de la couche de pierre, de débris de toute nature qui les recouvrent sur une épaisseur de 1 à 6 pieds. M. Blomstrand a trouvé dans le lit desséché d'un torrent glaciaire, une de ces couches mise à nu, sur une largeur de 2 1/2 mètres, sous une inclinaison de 60 degrés. Toute cette couche semblait comprimée, mais comme la houille est formée de feuillets minces, on en a aisément détaché, avec le pic, des morceaux d'un pied cube. Les plus précieux échantillons se trouvaient sur un autre point, n° 4 de l'esquisse de M. Blomstrand. Ils étaient là d'un noir brillant, à cassure feuilletée, à structure ligneuse. Les surfaces longtemps exposées à l'air, à l'humidité, prennent une coloration brunâtre pareille à la rouille. Cette houille brûle avec une extrême facilité et laisse peu de cendres (I) .
L'exploitation du gisement situé à 2,500 mètres du rivage, presque à fleur de terre, serait facile. Il suffit, pour extraire la houille, de la débarrasser de la couche superficielle de décombres. Quant à la baie King, c'est un des meilleurs mouillages des Spitzbergen pour les petits bâtiments, et le charbon serait aisément conduit jusque-là sur un sol presque plat.
(I) C. W. Blomstrand, Observations faites aux Spitzbergen en 1861. Kongl Srentka fetenskaps Academien» Hand Ungar % 18C4. T. IV, n» ô.
Flore des Spilzbergen comparée à celle des Alpes.
Après ce tableau de l'âpre climat des Spilzbergen, qui s'attend à trouver une plante avec cette terre polaire? Elle est transie, le froid la tient longtemps inanimée, et pourtant la vie n'en a pas disparu. Ces îles couvertes de glaces, de neige ont leur végétation, pauvre et chétive, il est vrai, mais qui éveille d'autant plus d'intérêt qu'elle est plus rare. Quand on aborde sur les grands rocbers du rivage, on voit entre les parois de ces masses arides quelques points privilégiés d'où la neige a disparu. Tout d'abord ces taches de terre éparses au milieu des champs de névé, paraissent nues. Qu'on y regarde bien toutefois, et la terre se montre revêtue d'une multitude de petites plantes à la taille presque imperceptible, partout, dans les moindres fissures, contre les talus exposés au midi, sous les pierres, à l'abri des touffes de lichens qui tapissent les rochers. Il n'y a point d'arbre, ni d'arbuste; c'est à peine si çà et là croissent deux espèces de saules, dont l'une est aussi indigène aux hautes Alpes, et un petit arbrisseau, YEmpelrum nigrum, au-dessus des mousses humides. Ces mousses, du plus beau vert, remplissent les dépressions marécageuses, modérant par intervalles le violent contraste entre les rochers noirs et la blancheur uniforme des neiges. Près d'elles, au pied des falaises où le guano des oiseaux marins échauffe la terre, nous trouvons encore un pavot à fleur jaune, des cochléaria, diverses graminées qui atteignent plusieurs décimètres de hauteur. Quelle merveille que ces fleurs! Xavier Marinier en a tiré le motif d'une de
ses plus gracieuses compositions, et comme ses aimables Fiancés, dont l'Académie française a couronné les chastes flammes, on ne découvre pas sans « une douce surprise, la renoncule pâle et débile, plus faible que la pauvre marguerite de Burns, dont la téte délicate surgissait à peine sur le sein de la terre sa mère. »
Scarce reared above the parent earth Thy tender forra.
La flore phanérogame des Spitzbergen compte aujourd'hui quatre-vingt-treize espèces ; c'est un faible total lentement formé. Martens, qui vit ces îles en 1675, décrit seulement onze espèces terrestres, et Phippsen rapporta douze en 1773. Scoresby, qui fréquenta les Spitzbergen pendant quinze ans, recueillit seulement quinze espèces; c'est qu'il était presque constamment en mer. Le célèbre Brown a décrit sa collection en 1820. Trois ans plus tard, le général Sabine en réunit vingt-quatre déterminées par William Hooker, qui fit connaître aussi les quarante espèces récoltées par Parry sur les côtes septentrionales du groupe lors de sa tentative de voyage au pôle. Le Spitzberg du sud et l'île fie l'Ours fournirent en 1827 quarantedeux espèces à Keilhau. Lors des voyages de la commission française du Nord, M. Martins, et un botaniste danois, M. Wahl, trouvèrent cinquante-sept espèces dans la baie Magdalena, au Bell-Sound et à Smeerenberg.En 1858, M. Quennerstedt enrichit cette flore de dix nouvelles plantes auxquelles la commission scientifique suédoise en ajouta vingt et une autres (l).
fi» A. J. Malmgren. Coup d'œil sur la flore phanérogame <lrs Spiizbcrgon. Kotigl. Svenxku ïetetukaps Aeademiem Uatvtliii<jnr > 1S02.
Ces végétaux se développent presque tous en bouquets, en touffes, et comme les débris organiques se conservent longtemps dans les climats froids, les vieilles plantes se maintiennent pendant plusieurs années à côté des jeunes pousses. Les cryptogames, c'est-à-dire les mousses qui tapissent le fond des dépressions humides, sont beaucoup plus nombreuses, ainsi que les lichens qui croissent sur les pierres jusqu'au sommet des montagnes. M. Lindblom portait déjà à cent cinquante-deux le nombre de ces cr} r ptogames avant les voyages des savants suédois. Je ne puis mieux faire pour l'étude de la flore des (1) Spitzbergen, que de citer un excellent travail sur la végétation de ces îles comparée à celle des Alpes.
« Le nombre des phanérogames des Spitzbergen, qui ne monte qu'à 93 espèces, dit M. Charles Martins, est extrêmement restreint. En effet, l'Islande, située sous le 65' degré de latitude, et dont la superGcie est beaucoup plus petite, en renferme 402. Vers le sud, la proportion augmente rapidement, puisque l'Irlande, plus petite aussi que les Spitzbergen, en nourrit 960. Parmi les 93 phanérogames des Spitzbergen, une seule espèce est alimentaire : c'est le Cochlearia fenestrata, dont trois congénères, Cochlearia offieinalis> C. danica et C. anglica, habitent les côtes de l'Océan Atlantique. Ces plantes, renfermant un principe âcre et amer, sont employées en médecine comme antiscorbutiques, mais ne servent pas d'aliment. Aux Spilzbergen, vu l'absence de chaleur atmosphérique, ces principes se développent si peu, que le cochlearia peut être mangé en salade ; précieuse ressource pour les navigateurs,
(1) Pour la végétation cryptogame voyez le beau travail de W. P. Schim- I er, de Strasbourg: Synopsis mvscorum.
car ses propriétés antiscorbutiques, quoique affaiblies, n'en subsistent pas moins, et préviennent une affection que le froid, l'humidité, l'usage des viandes salées et la privation de végétaux conspirent à développer. Les graminées sont pendant l'été une précieuse ressource pour les rennes, le seul animal herbivore qui habite les Spitzbergen. »
M. Martins donne la liste suivante des végétaux phanérogames recueillis jusqu'à présent dans l'archipel, disposée par familles naturelles :
R anufi culacejE. R amincit lu s gtacialis L.,R. byperboreus. Rottb., R. pygmaeus Wbg., R. nivalls L., R. suif ureus Sol. , *R. arcticus Richards (1).
Papàveraceje. Papaver nudicaule L.
CrociferjE. Cardamine pratensis L., C. bellidifolia L. ; Arabis atpina L.; *Parrya arctica R. Br. ; Eutreroa Edwardsli R. Br.; •Braya purpurescens R. Br. ; Draba alpina L, *Draba glacialis Adams, *D. paucifloraî R. Br., *D. micropetala? Hook , D. nlvalis Liljebl., *D. arctlcaFl. Dan., *D. corymbosa R. Br., D. rupestris R. Br., D. hirta L„ D. Wahlenbergii Hartm. ; Cochlearia fenestrata R. Br.
CARTOPHiLLEiE. Silène acaulis L. ; Wahlbergella (Lychnis) apetala Fr. ; W. afflnis Fr. ; *StellariaEdwardsii R. Br. ; *S. homifusa Rottb. ; Cerasiium alpinum L. ; Arenaria ciliata, *A Rossii R. Br. , A. biflora L.; Ammadenia (Arenaria) peplaides Gm. ; Alsinerubetla Wbg.; Sagina nivalisFr.
Rosace je. Dryas octopetala L. ; *Potentilla pulchella R. Br. , P. maculata Pourr., P. nivea L , *P. emarginata Pnrsh.
Saxifrages Saxifraga hieracifolla Waldst et Kit. , S. nivalls L., S. foliosa, R. Br., & opposiLifolia L., *S. flagella ris Sternb., S. hirculus L., S. aizoidcs L., S. cernua L., S. rivularisL., S. caespitosa L.; Chrtsosplenium alterîufoliom, var. tetrandrum. Th. Fr.
fl) Les espèces en Italique existent en France. Les espèces marquées par un astérisque sont exclusivement arctiques et manquent en Scandinavie. Celles en majuscules sont communes aux Vosges et aux Spilaber^eu.
SynaktherejK. Arnica alpina Murray; Erigeron uniflorus L. ; Nardosmia {Tutsilayo) frigida Cass. ; Taraxacum paldstre Sm.; *T. phymatocarpum Vahl.
BORAGiNEiE. Mertensia (Pulmonaria) maritima L.
Polemoniace/E. *Polemonium pulchellam Lebed.
ScROFDLARiACEiE. Pedicularis hirsuta L.
Erigace/E. Andromeda tetragona L.
Empetreas. Empetrum nigrcm L.
Polygones. Poligonum viviparum L. ; Oxyria digyna Campd. Sàlicihe,e. Salix reliculata L. , S. polaris Wbg. JuRCEiE. Juncus biglumis L.; Luzula hyperborea R. Br., L. arctica Blytt.
CyperacejE. Eriophorum capilatum Host.; Carex pulla Good. , C. misandra R. Br., C. glareosa Wbg., C nardina Fr., C. rupestris, Ail.
GraminejE. Alopecurus alpinus Sm., R. Br.; Aira alpina L.; Calamagrostis ncglecta Ehrh.; Trisetum subspicatum P. Beauv.; *Hierochloa pauciflora R. Br.; *Dupontia psilosantha Rupr., *D. Fischer! R. Br.; Poa pratehsis, var. alpigenaFr., P. remua AU... P. stricta Lindeb., *P. abbreviata R. Br., P. Vahliana Liebm.; *Glyceria angusiata Mgr.; Catabrosa algida Fr.,*C. vilfoidea Anders.; Festuca hirsuta Fl. Dan., F. ovina L., *F. brevifolia R. Br.
Les plantes notées surce catalogue ne sont pas toutes confinées aux Spitzbergen. Sur le total de 93 espèces phanérogames, 69 existent en Scandinavie et 32 même en France. La cardamine des prés, le pissenlit des marais, la fétuque des brebis se rencontrent dans nos plaines. Dans le Jura nous avons retrouvé 14 espèces des Spitzbergen, mais la plupart de ces plantes croissent seulement sur les plus hauts sommets de la chaîne. La sabline à feuilles de pourpier paraît sur les bords de la mer, le chrysosplenium à feuilles alternes dans les vallées boisées ethumides. On trouve dans les marais tourbeux l'Empetrum nigrum et le Saxifr.iga hirculus. Quant aux autres espèces, elles habitent les parties les plus élevées des Alpes et des Pyrénées.
« La flore de toutes les contrées qui entourent le pôle nord est d'une uniformité remarquable. M. Malmgrèn nous apprend que sur les 93 espèce de plantes phanérogames des Spitzbergen, 81 se retrouvent au Groenland. Plus à l'ouest, les îles qui bordent les détroits de Lancastre, de Barrow et de Melville, situeés dans l'Amérique septentrionale près du 75 e degré de latitude nord, ont 58 plantes communes avec la partie septentrionale des Spitzbergen. Celles qui manquent en Amérique sont en général des espèces de la côte occidentale de la grande île, qui appartiennent plus spécialement à la flore continentale des contrées du nord de l'Europe. Vers l'est, dans la Sibérie asiatique, sur la presqu'île de Taymir, par 110 degrés de longitude est et 75 de latitude, M. de Middendorf a recueilli ^phanérogames dont 53 habitent également les Spitzbergen.
« On le voit, la couronne de modestes fleurs qui entoure le pôle boréal n'est pas variée sous les différents méridiens, comme les autres ceintures végétales qui ceignent le globe terrestre : ce sont partout les mêmes plantes ou des espèces appartenant aux mêmes genres et aux mêmes familles ; ce sont toujours les graminées, les crucifères, les caryophyllées, les saxifragées qui dominent ; et parmi les genres les draba, les saxifrages, les renoncules, les carex et les poas ; toutes ces espèces sont vivaces, c'est une condition de leur existence, car il en est bien peu qui puissent, chaque année, donner leurs fruits et mûrir leurs graines ; or une plante annuelle disparaîld'un pays s'il arrive une seule fois que ses graines n'arrivent pas à maturité. Il existe donc une flore arctique; mais celle des Spitzbergen est aussi le prolongement de la flore Scandinave qui se mêle dans ces îles à la flore arctique proprement dite : en effet, ces deux ré-
gions ont 69 espèces communes; restent 24 espèces propresaux Spitzbergen, mais qui toutes se retrouvent dans l'Amérique boréale, le nord de la Sibérie, et à la Nouvelle-Zemble } ce sont les plantes arctiques par excellence, celles qui caractérisent le mieux la flore circumpolaire. Je les ai distinguées des autres par un astérisque. En résumé, la flore des Spitzbergen se compose du mélange de deux flores : l'une européenne dominante en raison du voisinage de la Scandinavie, l'autre arctique, c'est-à-dire américaine et asiatique.»
Comparant la flore arctique avec celle de l'Europe continentale on en retrouve un grand nombre d'espèces sur la cime de nos montagnes. « Le Faulhorn, dans le canton de Berne, se termine par un cône qui s'élève audessus d'un plateau sur lequel se trouve un petit glacier. Ce cône, en pente assez douce vers le midi, forme un abrupt du côté dunord; sa hauteur totale est de 65 mètres, sa superficie de 41 hectares et demi, et le sommet est à 2,683 mètres au-dessus de la mer. Sur ce cône couvert de neige huit mois de l'année, j'ai recueilli pendant plusieurs séjours de 1841 à 1846, avec Auguste Bravais, 132 espèces phanérogames (1), parmi lesquelles j'en trouve huit qui font partie de la flore des Spitzbergen , savoir : Ranuncuîus glacialis, Cardamine bellidifolia, Silène acaulis, Arenaria biflora. Dry as octopetala, Erigeron uniflorus, Saxifraga oppositifolia et Poîygonum viviparum, et 40 marquées d'une astérisque que j'ai vues également en Laponie. Aucune de ces plantes n'appartient à la flore arctique proprement dite, mais toutes font partie de la flore Scandinave. Le petit nombre de plantes du Spitzberg sur le
(1) Charles Martlns : La végétation des Spitzbergen comparée à celle des Alpes et des Pyrénées. In-/»°. Montpellier, 1865, p. 10.
Faulhorn s'explique par deux circonstances. Quoique la moyenne annuelle soit de — » 2°, 3, l'été est chaud relativement à celui du Spitzberg: on peut estimer sa moyenne à 3", 3 , et vers le milieu du jour le thermomètre oscille souvent autour de 10°. Le sol, en outre, s'échauffe considérablement, comme sur toutes les hautes montagnes (l), tandis qu'au Spitzberg il est toujours froid, humide et gelé à quelques décimètres de profondeur. Le sol du Faulhorn est donc trop chaud pour les plantes du Spitzberg, et il n'est pas assez humide. Le cône terminal formé de calcaire noir désagrégé tourné vers le midi et à forte pente, est sec et aride lorsque les neiges ont disparu; tandis que le sol du Spitzberg est toujours humide et même spongieux, dans toutes les parties où la végétation se développe. Les autres plantes qui ornent le cône terminal du Faulhorn sont des plantes du nord de l'Europe, des espèces alpines ou celles qui, de la plaine suisse ou de la région inférieure des montagnes, se sont élevées jusqu'au sommet.
« Etudions maintenant la flore d'une autre localité bien circonscrite, mais qui se trouve dans des conditions fort différentes de celles du sommet du Faulhorn: c'est le Jardin de la mer de glace de Chamounix. Je ne connais pas dans les Alpes de localité qui rappelle mieux le Spitzberg que le grand cirque de névé, appendice de la mer de glace au milieu duquel se trouve la pelouse connue sous le nom de Courtil ou Jardin, L'aiguille du Moine et l'aiguille verte, la Tour des Courtes, les aiguilles de Triolet et de Léchaud, le do-
(1) Voir mes observations correspondantes entre Bagnèros-do-Bigorre et le Pic du Midi. (Comptes rendus de l'académie des sciences de Paris. séance du 17 octobre 1864.)
minent de tous cotés; le puissant glacier de Talèfre en remplit le fond. Si par l'imagination le voyageur, placé au Jardin, suppose que la mer baigne le pied de l'amphithéâtre dont il occupe le centre, il peut se dire qu'il a une idée des aspects du Spitzberg. L'îlot dépourvu de neige sur lequel il se trouve est une analogie de plus, et la comparaison de la végétation de cet îlot avec celle du Spitzberg, une des plus légitimes et des plus intéressantes qui puissent être faites. Pictet et J.-D. Forbes ont trouvé que le Jardin était à 2,756 mètres au-dessus de la mer ; sa longueur est de 800 mètres, sa largeur de 300 environ, sa distance aux rochers les plus voisins où croissent quelques plantes, de 800 mètres au moins. Le Jardin est un groupe de roches de protogine polis et striés faisant saillie entre les deux affluents qui forment le glacier de Talèfre : le premier et le plus grand, descend de la portion du cirque comprise entre la Tour des Courtes et les aiguilles de Triolet et de Léchaud ; le second, plus petit, provenant de l'aiguille Verte et de celle du Moine. Deux moraines flanquent ces rochers : celle de gauche est la plus puissante; une source jaillit au milieu de la pelouse et forme un petit ruisseau. Les détritus de la moraine se sont peu à peu couverts de plantes et convertis en un tapis de verdure dont la couleur contraste singulièrement avec les blancs névés qui l'entourent. M. de Candolle a réuni dans un herbier spécial les plantes provenant de cette localité et recueillies par différents voyageurs.
t II existe 87 végétaux phanérogames au Jardin : il faut y ajouter 16 mousses, 2 hépatiques et 23 lichens , ce qui porte à 128 le nombre total des plantes qui croissent sur un îlot de terres entouré de glaces
éternelles. Sur les 87 phanérogames, il y en a 49, c'està-dire plus de la moitié qui croissent également au Faulhorn. Or celui-ci étant un sommet isolé en face des Alpes bernoises, l'autre un îlot de végétation dans un cirque faisant partie du Mont-Blanc, et par conséquent dans des conditions physiques bien différentes , nous pouvons en conclure que ces deux Florules représentent bien la végétation alpine à sa dernière limite au-dessous de ce que Ton appelle communément les neiges éternelles. Parmi ces 87 espèces, je n'en trouve que 5 qui fassent partie de la Flore du Spitzberg; ce sont: Ranunculus glacialis , Cardamine bellidifolia, Cerastium aipinum, Arenaria biflora et Eri~ geron uniflorus, la même proportion environ qu'au Faulhorn ; mais il y en a 24 qui se trouvent enLaponie. En résumé, le sommet du Faulhorn et le Jardin ont 50 plantes communes. La proportion des plantes laponnes est de trente pour cent au Faulhorn, et au Jardin de vingt-huit, du tiers environ dans les deux localités; mais sur le sommet du Faulhorn et au Jardin, celles du Spitzberg ne forment que cinq pour cent du nombre total. Répétons encore qu'aucune de ces plan tes n'appartient à la Flore arctique ou circumpolaire. La Flore subnivale des Alpes correspond donc à celle de la Laponie septentrionale, des environs de l'Altenfîord, par exemple (1) , et pour trouver une végéta* tion analogue à celle du Spitzberg, il faut nous élever plus haut dans les Alpes au-dessus de la limite des neiges éternelles.
« Au haut des glaciers du revers septentrional du Mont-Blanc, se trouve une petite cbaînede rochers iso-
(1) Voy. mon Voyage botanique le long des côlcs ieptentrlonal^s de la Noné«e,et Andcrson : Conspectus végétation* Lapponiea. —134b.
lés , formant une île au milieu de la mer de glace qui les environne. Ils séparent l'un de l'autre, à leur partie supérieure, les glaciers des Bossons et de Taconnay, et sont éloignés de 800 mètres de la montagne de Ja Côte, et de 2 kilomètres de la pierre de l'Échelle, les points les plus rapprochés où il y ait de la végétation. Leur direction est du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Le point le plus déclive se trouve à 3,050 mètres nudessus de la mer; le plus élevé, appelé par de Saussure Rocher de Theureux Retour, est à 3,470 mètres d'altitude. Ces rochers sont formés de feuillets verticaux de protogine schisteuse entre lesquels les plantes trouvent un abri et un sol formé par la décomposition de la roche. Les ascensions au Mont-Blanc de MM. Marckam Shervill, le 27 août 1825, Auldjo, le 8 août 1827, et Martin-Barry, le 17 septembre 1834, avaient porté à 8 le nombre total des phanérogames de cet îlot glaciaire. Je le visitai trois fois, le 31 juillet, le 2 septembre 1844 et le 28 juillet 1846, et j'explorai principalement, non sans péril, l'escarpement tourné vers le sud-est qui domine le chaos de séracs du glacier des Bossons. J'y récoltai 19 plantes phanérogames. M. Venance Payot, naturaliste à Chamounix, escalada de nouveau ces rochers le 30 août 1861, et y trouva 5 espèces que je n'y avais pas remarquées.
« Aux Grands-Mulets, la proportion des espèces est de vingt-un pour cent, et sauf YAgrostis rupestris, il n'y a point de plante laponne. Cette Florule se compose donc exclusivement d'espèces très-alpines mêlées à un cinquième de plantes des Spitzbergen. Les Grands- Mulels sont une des stations les plus élevées d'un ron geur, le campagnol des neiges (Ârvicola nivalis) qui se nourrit spécialement des plantes dont nous donnons la
liste. En outre M. Payot a recueilli aux Grands-Mulets 26 mousses, 2 hépatiques et 28 lichens, ce qui donne 80 espèces pour le nombre total des végétaux vasculaires et cellulaires de ces rochers dépourvus en apparence de toute végétation.
« Voyons si la loi se confirme dans le groupe du Mont- Rose.
« Pendant deux semaines de séjour, du 13 au 26 septembre 1851, à la cabane de Vincent, sur le versant méridional du Mont-Rose, et à une élévation de 3,158 mètres au-dessus de la mer, M. H. de Schlagintweit et son frère Adolphe, mort depuis dans la haute Asie, ont recueilli autour de cette station, sur le gneiss, 47 plantes phanérogames, dont 10 font partie de la flore des Spitzbergen. La proportion est d'un cinquième comme aux Grands-Mulets, et le Cerastium latifolium, ta Salix herbacea, la Luzula spicata, et VAgrostis rupestris, sont les seules plantes laponnes étrangères aux Spitzbergen. Les 33 autres espèces sont exclusivement alpines.
«Au point culminant du col Saint Théodule, qui mène de la vallée de Zermatt, en Valais, dans le val Tornanche, en Piémont, se trouve encore un îlot dépourvu de neige, mais entouré de tous côtés d'immenses glaciers où M. de Saussure séjourna en 1789. Ce point est situé à 3,350 mètres au-dessus du niveau de la mer. Je le visitai avec MM. Q. Sella et B. Gastaldi , le 17 septembre 1852, et j'y recueillis sur le schiste serpentineux les plantes suivantes :
Banunculus glacialis L.; Thlaspi rotundifolium Gaud.; Draba pyrenaica L., D. tomentosa Wahl. ; Geum reptans L. : Saxifraga planifolia Lap., S. muscoides Wulf., S. opposilifoliaL. ; Pyrethrum alpinum Willd.; Erigeron uniflorus L.; Artemisia spicata L. ; Androsacc penninaGaud.; Poa laxa Haencke.
« Cette liste est loin d'être complète, et cependant sur 13 plantes il y en a 3 imprimées en italiques qui se retrouvent «iux Spitzbergen. Je désirerais vivement que quelque jeune botaniste, suisse ou italien, prît à tâche de faire la tlorule de celte intéressante localité. Cela serait d'autant plus facile qu'il y existe depuis dix ans un petit hôtel dans lequel M. Dollfus-Ausset a séjourné en 1864, du 22 août au 3 septembre : la température la plus élevée qu'il ait notée à l'ombre a été de 6°. 2, et la plus basse — 16', 0. On voit que le climat est d une rigueur qui ne le cède en rien à celui des Spitzbergen, et il est très-probable que des herborisations attentives, faites dans les mois de juillet, d'août et de septembre, fourniraient une notable proportion d'espèces indigènes des Spitzbergen et de la Laponie septentrionale (1). »
De semblables phénomènes se reproduisent dans les Pyrénées, dont la flore ressemble tant à celle des Alpes. M. Zettersledt, dans son mémoire sur les Plantes vasculaires des Pyrénées-Orientales, compte 68 espèces communes aux Pyrénées, aux Alpes suisses et à celles de la Scandinavie. Un autre botaniste, Ramond, après trente-cinq ascensions faites en quinze années au Pic du Midi de Bagnères, à 2,877 mètres au-dessus du niveau de la mer (2), a observé sur une surface de quelques ares, 71 plantes phanérogames, dont 36 existent également au Faulhorn, aux Spitzbergen. Les plantes communes à ces îles et au Pic du Midi, sont : Oxyria digyna, Eriger on uniflorus, Silène acaulis, Saxifraga op-
(1) Mémoire de l'académie de* science/ et lettre* de Montpellier, 18< 5. Tome VI, p. ICO.
(2) fitat de la végétation au sommet du pic du Midi : Mémoires de l'Académie des sciences. Paris, 1827; tome Vf, p. 81.
positif olia, Poa cenisia, Draba nivalis et Arenaria ciliata. Ces trois dernières plantes manquent en Laponie.
La flore du Pic du Midi est plus riche en plantes que le Faulhorn et le jardin des glaces de Chamounix, relativement au nombre total des espèces.
Dans les Vosges, la proportion s'élève encore. Nous trouvons, en efïet, sur ces montagnes, très-inférieures en élévation aux Pyrénées et aux Alpes, huit espèces communes aux Spitzbergen, savoir ; Cardamina pratensis, Poa pratensis, Chrysosplenium alternifolium, Taraxacum palustre, Feslucaovina, qui sont ubiquistes et se trouvent à toutes les altitudes ; Empetrum nigrum, Polentilla maculata (ou P. crocea) et Saxifraga caespitosa , que M. Kirschleger signale dans les hautes Vosges, où le massif du Hohneck surtout a une végétation liée intimement à la flore des Alpes Scandinaves (1). Sur les collines calcaires qui lient les Vosges au Jura, même à de faibles altitudes, se montrent encore d'autres espèces indigènes aux Spitzbergen, telles que Arabis alpina, et entre 800 et 1,200 mètres de hauteur, on trouve Dry as octopetalis, Saxifraga oppositifolia, S. hirculus, et 5. aizdides. Evidemment cette ressemblance dans ces végétations de points si éloignés les uns des autres, tient à une communauté d'origine. Les mêmes causes ont développé en des lieux différents une flore identique modifiée depuis peu par des changements climatériques, et le mélange avec des espèces étrangères.
(1) Flore d'Alsace et des contrées limitrophes, par Frédéric Kir schleger, professeur a la Faculté de médecine de Strasbourg, 3 Toltimes. Paris, 1S60.
Faune de la zone arctique.
L'appauvrissement de la végétation vers les pôles entraîne une diminution équivalente des espèces animales. Plus on avance vers le nord, plus la variété des formes s'affaiblit. Aux Spitzbergen, les mammifères terrestres sont représentés seulement par quatre espèces : l'ours blanc (Ursus arctos), habitant plutôt les glaces que Pintérieur des îles; le renard bleu (Canis lagopus), plus fréquent que Tours, très-recherché pour sa fourrure, vivant d'œufs et de jeunes oiseaux ; un petit rongeur, le campagnol de la baie d'Hudson (Arvicola hudronius), allié du lemming de Norwége, si célèbre par ses migrations; enfin le renne ou cerf du Nord.Tout le monde sait l'histoire du renne. Ce robuste animal fournit presque toute la subsistance des habitants du Nord; il est au Lapon ce qu'est le chameau à l'Arabe, ce qu'est le cheval aux steppes mongols. Le renne s'avance jusqu'aux Sept-Iles et n'est pas rare aux Spitzbergen, où l'ont introduit les Russes ou les Scandinaves. En élé il se nourrit d'herbe, en hiver il gratte la neige pour brouter des lichens dont l'insuffisance le réduit alors à une maigreur extrême : M. Malmgrèn a trouvé au printemps, dans l'estomac d'un de ces ruminants, des débris de plantes phanérogames desséchées. Cependant, quand la belle saison revient, le renne engraisse vite, et sa chair, très-nourrissante, prend un goût agréable pareil à celui du chevreuil. On ne le rencontre pas aux Spitzbergen en troupeaux comme au Finmark et au Groenland, mais par petits groupes très -farouches, très-craintifs.
Si la neige, les glaces défendent l'accès des grandes fies, si le froid empêche les plantes d'atteindre une complète croissance, la mer qui baigne les Spitzbergen ofFre à ses habitants une nourriture abondante. Aujourd'hui les mammifères habitent ces eaux au nombre de douze espèces. Les phoques, dont nous parlerons d'abord, forment la transition entre ces animaux et les mammifères terrestres. Ils fréquentent de préférence les eaux tranquilles et vivent de poissons, de crustacés, de mollusques» Très-inoffensifs, ils subissent une guerre d'extermination de la part des pêcheurs qui en abattent plus d'un million de têtes chaque année dans la mer Glaciale, entre l'Amérique et le nord de l'Europe. Après les grandes chasses de l'été, quand la mer gèle sur le littoral et dans les estuaires, les phoques sont menacés par des dangers nouveaux: le besoin de respirer les amène près des trous que la croûte de glace présente de loin en loin, l'ours polaire les guette et les réduit à l'alternative de succomber sous son étreinte ou d'asphyxier sous la glace.
Trois espèces de phoques demeurent aux Spitzbergen : Phoca barbada, Ph. groenlandica, Ph. hispida ou Ph. fœtida. Près d'eux se trouve le morse (Trichecus rosmarus). Celui-ci, de la même famille que les phoques, mais de plus grande taille, porte deux dents recourbées qui sortent de la gueule. Son corps cylindrique atteint parfois 5 mètres de longueur sur 3 de circonférence. Le morse n'a ni légèreté ni souplesse; c'est à peine si à terre il a la force de ramper, mais il nage admirablement, et les chasseurs ne l'attaquent alors qu'avec de grands périls. Tous les phoques ne sont pas sédentaires ; certaines espèces naviguent sur les glaces flottantes emportées par les vents et les courants de la mer Gla-
ciale. M. Torell a vu des troupeaux de phoques du Groenland sur les banquises entre l'île de l'Ours et les Spitzbergen. Dans ce groupe, le phoque du Groenland manquait, tandis que le phoque à moustaches était trèscommun, mais émigra également en juillet lorsque la glace des baies fut entraînée en pleine mer. Une autre espèce, le Phoca vitulina^ se tient sur les côtes d' Islande. Dans les colonies du Groenland méridional, 30 à 40,000 iniividus de l'espèce Ph. groenlandica sont tués chaque année, tandis que les Esquimaux de Boothie vivent surtout du phoque fétide très-répandu dans le nord du Groenland. Dans le voisinage de Jan-Mayen, les chasseurs de phoques poursuivent en avril et en mai le Crystophora crislata.
La famille des cétacés fournit huit espèces aux Spitzbergen. Semblables aux poissons par la forme extérieure, ces animaux se rattachent cependant aux mammifères par leur organisation; leurs petits naissent vivants , ils les allaitent et respirent par des poumons. La plus petite epèce, le dauphin blanc ^Delpkinapterx^s leucas), a 4 à 6 mètres de long; sa peau est d'un blanc sale; il nage en faisant des culbutes dans l'eau à la manière des marsouins et en soufflant avec force pour rejeter l'air par l'évent ouvert au-dessus du museau. L'épaulard, ou dauphin gladiateur (Phocœna orca de Cuvier), diffère surtout de la première espèce par sa nageoire dorsale pareille à un sabre ; il atteint 6 à 8 mètres et vit par troupes. Le narval-licorne (Monodon monoceros), dont la longueur atteint 4 à 6 mètres, est armé d'une dent mesurant 2 à 3 mètres qui s'avance au delà du museau, dans le prolongement du corps. Cette dent est fusiforme, contournée en spirale et d'une consistance éburnée comme celle de la licorne
des mythes antiques. Elle devrait être double chez le mâle , mais l'une avorte et la femelle n'en a aucune. Une espèce voisine , l'hypérodon à bec (Hyperodon borealis de Nilson) a seulement un museau proéminent. C'est un animal qui atteint 8 mètres de longueur, et dont la peau est d'un noir uniforme. Ses dents, visibles a peine, tombent de bonne heure; la langue reste soudée à la mâchoire inférieure, et la nageoire dorsale commence au tiers postérieur du corps. Comme les autres narvals, l'hypérodon se nourrit de poissons, de mollusques et d'holothuries (1).
On ne saurait assigner aux baleines un séjour bien déterminé à cause de la facilité avec laquelle elles passent d'une mer à l'autre. Quatre espèces fréquentent la mer Glaciale, dont deux plus spécialement les parages des Spitzbergen. L'une, le gibbar ou rorqual du nord (Balœnoptera boops) parait le plus long des animaux-, certains individus mesurent 34 mètres de la tête à la queue, et la plupart en atteignent 25 à 30. Ce cétacé n'a pas cependant une grosseur proportionnelle à sa taille; son corps t pour ainsi dire cylindrique, se confond avec une tête allongée qui forme le quart de la longueur totale. Du bord de la mâchoire jusqu'au nombril s'étendent des plis longitudinaux, et la grande nageoire formée de graisse qui s'élève sur le dos lui a valu le nom de baleinoptère. Cette baleine est accompagnée de deux autres espèces , l'une désignée par les naturalistes sous le nom de rorqual géant (Balœnoptera gigas), l'autre, plus petite, le rorqual à museau pointu (Balêenoplera rostrata), longue seulement de 10 mètres, qui se nourrit comme ses congénères de petits poissons et
(1) Nilson. Faune Scandinave : les mammifères ; 2' édit., p. 310.
de mollusques. Ses fanons sont d'un blanc jaunâtre, tandis que ceux des autres espèces paraissent noirs. La baleine francbe (Balena mysticetus) se distingue des rorquals par l'absence de nageoires sur le dos et de plis sous le ventre. Elle acquiert souvent 20 mètres de long et pèse en moyenne 100,000 kilogrammes. La tête forme le tiers du corps, les nageoires ont 3 mètres de long sur 2 de large , la peau avec la graisse a une épaisseur de 20 à 30 centimètres, les fanons de la gueule 5 mètres. Ce colosse cependant ne se nourrit que de petits animaux marins: méduses, seiches et alios. Elle ne donne naissance qu'à un seul petit après une gestation de dix mois. Au printemps et au commencement de l'été, cette baleine se tient dans les mers des Spitzbergen vers le 80° parallèle , dans le North-Water de la baie de Badin , dans le détroit de Lancastre pour descendre en hiver près des côtes du Groënland jusqu'à 65° de latitude. Lorsque vers le printemps la baleine franche retourne vers la mer Glaciale, les baleinoptères la suivent si bien, que l'apparition de ceux-ci est pour les pécheurs une preuve de l'approche de la Balena mysticetus. Celle-ci se tient le long des glaces flottantes, tandis que les baleinoptères demeurent plus au sud. La guerre acharnée faite à ces cétacés depuis le xvn e siècle en diminue rapidement le nombre.
Parmi les oiseaux observés aux Spitzbergen, une seule espèce y demeure : tous les autres sont de passage. Chaque année ils viennent en nuées épaisses s'abattre sur ces îles de l'extrême nord, tellement qu'un si prodigieux concours semble impossible sur une terre couverte de neige, de très-pauvre végétation, presque dépourvue d'insectes. Mais la mer offre à ces hôtes aériens une nourriture abondante; ils élèvent leurs
jeunes couvées sur sesécueils el ses plages tranquilles. Là est le goéland à l'aile blanche comme la voile d'un pêcheur, l'hirondelle qui de son vol rapide rase la surface des flots, et le pétrel qui annonce la tempête, et le stercoraire enlevant à la mouette le poisson qu'elle a péché, et l'eider au moelleux duvet; tous tourbillonnant en nuées épaisses au-dessus de la mer et des grèves, pendant que l'oie bernache et le giiilleraot au plumage noir se tiennent à l'écart. Le nombre de ces oiseaux est incalculable, celui des espèces très-réduit. On en compte seulement 28, dont la nomenclature se trouve plus bas dans un tableau comparatif de la faune terrestre du nord.
Les oiseaux marins qui l'hiver habitent les côtes tempérées de l'Europe, et vont pondre aux Spitzbergen, ne couvent pas indifféremment sur tous les points de l'archipel. Quelques-uns, et surtout le genre anas, se plaisent sur les rives basses de la grande terre; d'autres, tels que le Gharadrius hiaticulata, la Tringa maritima, le Phalaropus fulicarus, laHarelda glacialis, le Colymbus septentrionalis, la Sterna arctica, et parfois l'Anser bernicla, affectionnent les petites îles basses semées de flaques d'eau douce ; les espèces Somateria mollisimaet S. spectabilis, ainsi que la Les tris parasitica, couvent sur les terres basses sans tenir à l'eau douce. Ces oiseaux fréquentent exclusivement les petites îles basses, parce qu'à l'époque de la ponte elles ne sont pas exposées aux attaques du renard bleu, si fréquent sur les grandes terres. Comme leurs nids reposent à terre, creusés dans le sable, les jeunes couvées et leurs inères seraient exposées sans défense à la dent de cet ennemi cruel; mais les eiders le savent si bien qu'ils ne s'y établissent jamais tant qu'elles ne sont pas entièrement
entourées d'eau. .M. Torell a observé dès 1858 que quand une de ces îles reste unie par les glaces à la grande terre jusqu'à l'époque de la ponte, que par conséquent le renard bleu peut y passer par ce pont naturel, elle reste inhabitée durant toute Tannée. Aussi les îles basses au nord de la Nouvelle-Frise et de la Terre du Nord-Est, souvent entourées de glace, restent presque toujours désertes (1).
C'est sur les escarpements de la grande île et les rochers qui surplombent les flots qu'il faut chercher les innombrables colonies qui ont fait donner a ces rochers le nom de Montagnes d'oiseaux. Les nids figurent de longues lignes sur les assises en retrait. Sur les accumulations de rochers au pied des escarpements, se trouvent l'Emberiza nivalis et le Mergullus aile, tantôt par groupes isolés, tantôt en quantités énormes, mais toujours placés de manière que les couveuses soient à l'abri des attaques du renard bleu. Dans les crevasses et sous les corniches des rochers presque verticales, s'établissent en société le Mormon arcticus, l'Uria grylle, le Laruseburneus,i'AlcaBruennichii,leLarus tridactylus, le Larus glaucus et la Procellaria glacialis. La population ornithologique des Spitzbergen n'est pas mêlée confusément. Il est des rochers où domine le pétrel du nord (Procellaria glacialis), le plus hardi des oiseaux de mer; sur d'autres, les mouettes (Larus); sur d'autres encore, l'Alca Bruennichii. M. Malmgrèn n'a vu les deux premières espèces que sur la côte occidentale sur la Terre du Nord-Est. Un rocher de la baie Brandwein, par 80° 24' de latitude nord, était occupé à la cime par les pétrels, le guillemot à miroir (Uria grille),
(1) A. J. MalmRrèn. Notes sur les oiseaux îles Spitzbergen, Kong!. Svenska feteiukaps Aeademiens ^ôrhandlingar. Anuée 1863.
nichait sur les assises inférieures, et les pétrels au milieu jusqu'à une hauteur de 250 mètres. Sur les escarpements où prédomine l'A.lca Bruennichii, le Mergullus aile s'arrête dans la zone la plus basse jusqu'à 60 mètres, puis vient l'Uria grille, le Mormon arcticus n'est pas nombreux sur les côtes septentrionales et couve au-dessus de l'Uria grille, mais un étage plus bas que l'Alca Bruennichii, qui occupe une grande partie de la montagne, et s'y trouve en nombre immense. Pendant que les couveuses restent accroupies sur leurs œufs, les mâles forment devant ces rochers des nuages d'oiseaux de toutes tailles et de toutes couleurs, dont l'agitation, le tourbillonnement, le bruit, les cris, les sifflements sont impossibles à décrire. « Le chasseur, dit un naturaliste qui a vu ce spectacle, étourdi, ahuri, ne sait où tirer dans ce tourbillon vivant; il est incapable de distinguer, et encore moins de suivre l'oiseau qu'il veut ajuster. De guerre lasse, il tire au milieu du nuage; le coup part, alors le scandale est au comble, des nuées d'oiseaux perchés sur les rochers, ou nageant sur l'eau, s'envolent à leur tour et se mêlent aux autres, une immense clameur discordante s'élève dans les cieux ; loin de se dissiper, le nuage tourbillonne encore plus-, les cormorans, immobiles auparavant sur les rochers à fleur d'eau, s'agitent bruyamment; les hirondelles de mer volent en cercle autour de la tête du chasseur et le frappent de l'aile. Toutes ces espèces réunies pacifiquement sur un rocher isolé au milieu des vagues de l'océan Glacial, semblent reprocher à l'homme de venir troubler jusqu'au bout du monde la grande œuvre de la nature, celle de la reproduction des espèces animales. Les femelles seules, enchaînées par l'amour maternel, se contentent de mê-
1er leurs plaintes à celles des mâles indignés; elles restent immobiles sur leurs œufs jusqu'à ce qu'on les enlève de force, ou qu'elles tombent frappées sur ce nid qui recélaitlesespérances etles joies de la famille (1). »
Ces multitudes d'oiseaux n'ont rien à craindre de la faim, même s'ils étaient plus nombreux ; la mer des Spitzbergen pourvoirait abondamment à leur subsistance. Les palmipèdes qui prédominent se nourrissent surtout de petits crustacés des ordres Amphipoda et Macroura. Quant aux échassiers, au nombre de quatre espèces, les uns mangent une petite larve de diptère très-commune dans la mousse, près des mares des terres basses : ce sont le sanderling et lemaubèche noirâtre, tandis que le pharlope (Phalaropus fulicarius) recueille une sorte d'algue sphérique, qui paraît être un nostoc. Si la marée était plus riche et les insectes plus nombreux, d'autres échassiers pourraient venir aux Spitzbergen, ceux du moins qui sont communs à l'île Melville, à la Nouvelle-Zemble, et en d'autres îles polaires. M. Malmgrèn a eu peine à trouver dans l'archipel quinze espèces d'insectes : les hémiptères, les coléoptères, les lépidoptères et les orthoptères manquent totalement. Quelques genres de thysanura, de diptères, de névroptères et d'hyménoptères, représentent seuls une classe si riche du règne animal, et encore les individus sont rares. Il y a dans le groupe quatre à cinq espèces d'arachnides du genre Acari. Ce dénùment d'insectes, joint à l'absence d'arbres et de buissons, explique l'absence des passereaux, représentés par une espèce unique : YEmberiza nivalis, ou bruant des neiges. Cet oiseau, trois espèces de bernaches et le lagopède
(1) Ch. Martins. Du Spitzberg au Sahara. Étapes d'un naturaliste au Spluberg, en Italie et en Orient. 1865.
(Lagopus hyberborea), sont réduits à se nourrir d'herbe, mais ils paraissent rares, sauf la hernache cravant. Le lagopède passe seul l'hiver dans l'archipel. Il est étonnant comment il peut s'y nourrir en cette saison. Sa présence , comme celle du renne, ne peut s'expliquer qu'autant que les versants des montagnes, et les parties du littoral les plus exposées aux vents, sont libres de neige.
Pas un seul reptile n'existe aux Spitzbergen. Longtemps on a pensé aussi que les poissons manquaient dans les mers environnantes, mais des recherches plus minutieuses ont successivement augmenté cette classe de vertébrés qui promet maintenant d'y devenir l'objet d'un commerce considérable (1). Frédéric Martèns signalait en 1671 une seule espèce, à laquelle Scoresby, Phipps, Ross et Parry, en ajoutèrent quatre autres, dont une au moins, l'Uronecles Parryi, paraît douleuse. C'était peu pour deux siècles de découvertes, et une mer vaste comme l'océan Glacial. Le professeur Lovèn, en 1837, enl858, M. Torell,puis deux voyages successifs de la commission scientifique suédoise, ont porté à 23 espèces les poissons de ces parages; ce sont :
1. Cottus scorpius. Linn. — 2. Phobetor ventralis. Ven. (Ph. tricuspis, RidU — 3.1celus hamatus. Krôyer. — 4. Triglops Pingelii. Rhdt. — 5. Sebastes norvégiens. Muller. — 6. Cyclopterus spinosus. Muller. — 7. Liparis barbatus. Ekstrôm. — 8. Liparis Fabricii. Krôyer. — 9. Uronectes Parryi (J. C. Ross) (?). — 10. Gymnelis viridis. Fabr. — 11. Lycodes Rossi, N. 12. Lumpenus médius. Rhdt. — 13. Lumpenus Fa-
(1) A.J. Malingrèn. Sur la faune ichlhyologlque (h^SpUxborpen. iiongl, t'eienskaps Academient f> r oerhanlingar. 1864. N" 10.
bricii. Rhdt. — 14. Lumpenus nubilus. Ricbardson. — 15. Lumpenus nebulosus. Fries. — 16. (?) Drepanopsetta platessoides, Fabricius. — 17. Hippoglossus vulgaris. Flemm. — 18. Gadus morrhua. L. — 19. Gadus aeglesimus. L. — 20. Boresgadus polaris (Leach;. Sabine. — 21. Salmo alpinus. L. — 22. Clupea harengus. L. — 23. Scymnus microcepbalus (Blocb).
Un de ces poissons, la truite des Alpes (Salmo alpinus), remonte les torrents issus des glaciers, et se trouve également sur les côtes du nord et de l'ouest des Spitzbergen. Au Groënland, on en pécbe une grande quantité; Ross en a pris 3,378 pièces d'un seul coup de filet, en Boothie-, et selon Baer, il existe aussi « en nombre inoui » dans la Nouvelle-Zemble. Quiconque s'est trouvé aux Spitzbergen a pu observer que le dauphin blanc se tient de préférence à l'embouchure de leurs principales rivières. Or ce cétacé se nourrit de poissons, surtout de salmonidés qu'il poursuit parfois à de grandes distances dans le lit même des fleuves ; comme il fréquente les bouches des torrents aux Spitzbergen en bandes nombreuses, les saumons, selon toute apparence, doivent y être trèsfréquents. La mer Polaire recèle des quantités immenses de poissons, et il est d'autant plus nécessaire d'insister sur ce fait, que l'opinion commune en a jusqu'à présent presque complètement dépourvu ces parages. Pour cette classe, comme pour toute autre, le nombre des espèces va diminuant vers le pôle, mais le nombre des individus est infini.
Nous avons signalé la pénurie des espèces articulées, il semble que ces faibles animaux ont plus besoin de soleil que les classes supérieures. Tout l'embranchement n'a encore fourni aux Spitzbergen que 5 arai-
gnées, 15 insectes et quelques espèces de crustacés, notamment des macroures et des amphipodes. Ce dénuement n'est pas général à la zone arctique. Au Groënland, Schoedte signale 160 espèces d'insectes, et Richardson en a recueilli 70 entre le lac de l'Ours, dans l'Amérique du nord, et les bords de la mer Glaciale. Les papillons étaient aussi nombreux que ceux trouvés par J. C. Ross, sous le 70° parallèle; mais par contre, Richardson observa 38 coléoptères, tandis que Ross n'en trouva que 2 en Boolhie, et Schoedte 22 au Groënland (1). D'épais essaims de mouches bourdonnent sur le littoral de la mer Glaciale vers 70° de latitude ; à 3° plus haut, presque fout le monde des insectes a disparu.
Continuant à descendre l'échelle zoologique, il nous reste à dire un mot des mollusques et des zoophytes. Les mollusques côtiers encore assez nombreux sur le littoral de l'Europe septentrionale, diminuent rapidement dans la zone polaire. Sur 24 espèces recueillies au Finmark, M. Torell n'en a plus trouvé que 14 au Groënland, et 5 aux Spitzbergen, réparties de la manière suivante :
Mollusques du Finmark.
Littorina groenlandica; L. tenebrosa; L. liroata; L. littorea. Patella testudinalis; Purpura lapillus. Skenea planorbis. Mytilus edulis. Cyamium minutum. Mya truncata; M. arenaria. Carbium edule. Pholas crispata. ïritoneum cyaneum. Lacuna pallidula. Trochus cinerarius; T. tumidus. Margarita helicina. patella pellucida; P. virginea. Rissoa artica; R. interrupta. Saxicavae (?). Margarita cinerea (2>.
(1) Sch0dte. Tilldg til Rink, om Groenland.
(2) Voyex les Notices ma la colo gigues de Lorèn, p. 252.
Les espèces Littorina groenlandica, Tritoneum cyaneum, Margarita helicina, M. cioerea et Saxicava?, se trouvent à la fois au Finmark, aux Spitzbergen et au Groënland. Il faut noter en outre comme communes au Finmark et au Groënland, Patella testudinalis, Purpura lapillus, Skenea planorbis , Mytillus edulis, Cyamitum minutum, Mya truncata, M. arenaria, Lacuna pellidula, etRissoa arctica. A de plus grandes profondeurs, les Spitzbergen ont leurs espèces propres telles que Terebratella spitzbergen si s, et on y voit généralement les mollusques qui sont à l'état fossile dans les dépôts glaciaires d'Angleterre. La seule espèce que M. Torell a trouvée au niveau de la mer, habitait la baie la plus méridionale, et encore y étaitt-elle très-rare; c'est la Littorina groenlandica, identique probablement avec celle signalée par Baer sur les côtes de la Nouvelle-Zemble. Penny et Belcher, malgré des recherches minutieuses faites pendant leurs voyages dans le canal de Wellington, n'indiquent qu'une espèce, la Patella testudinalis , exclusivement littorale. A Bohus-Lân, ce mollusque ne dépasse jamais le niveau de l'eau, il se trouve par conséquent en société avec les littorines; mais dans le canal de Wellington, il le faut chercher à la marée basse, c'est-à-dire dans la zone de laminaires. Cette différence tient au climat, car les animaux marins invertébrés se fixent à diverses profondeurs selon le degré de température qui leur peut convenir (l). La faune côtière du nord et de l'est de l'Islande, a beaucoup d'analogie avec celle du Finmark et du Groënland; les espèces les plus méridionales y manquent seules. Quant aux espèces communes
;i) Forlx». Hisiory of Britlsh Mollusca. Edinburgh académie Anuua/. 1840.
Digitiz©
aux Spitzbergen, M. Torell fait observer que dans ce groupe, sauf une exception unique, elles sont toutes limitées à la station des laminaires.
Les zoophytes sont excessivement nombreux, la mer en est couverte, mais ces êtres infimes n'ont pas été, que nous sachions, l'objet d'études spéciales aux Spitzbergen. Quand on navigue la nuit aux abords de la mer Glaciale, le sillage des vaisseaux est marqué par des traînées lumineuses produites par des multitudes d'animalcules phosphorescents. Vienne le jour, les mêmes vagues portent à leur surface une matière informe, ondulante. Cette matière pareille à de la gélatine inconsistante est animée, elle vit et respire : c'est la méduse ou plutôt des myriades de méduses, si nombreuses que l'océan Polaire en prend une teinte olivâtre. Cet océan réunit ainsi tous les contrastes : l'extrême grandeur et l'infinie petitesse, la baleine gigantesque et l'imperceptible zoophyte.
Dans l'ancien et le nouveau monde, le continent dépasse la limite de la végétation arborescente où commence la zone des animaux à fourrure. Dans l'ancien et le nouveau monde les espèces sont identiques, mais elles disparaissent une à une vers le nord. Tandis que la mer favorise l'expansion de ses habitants, les animaux terrestres ne disposent pas de moyens de locomotion d'une égale puissance, ne dépassent guère les terres continentales et leur habitat forme des zones circulaires dont la limite tend à se confondre avec les isothermes (1). Les espèces arctiques diminuent rapidement au delà de la limite des conifères; il suffit
(1) Sur ld distribution des mammifères dans la zone arctique, voy. un mémoire de M. Malmsrèn dans les Kongl. Svenska Petenskaps Académie*» rorhandlingar. 1863, p. 127.
pour s'en assurer de suivre leur distribution en Amérique entre la limite de la végétation arborescente et 1 île Mel ville que les glaces unissent souvent au continent, comparée à la faune des Spitzbergen et du Groenland.