LES PRINCIPAUX CENTRES DE POPULATION ET DE COMMERCE
Pour compléter ces renseignements sur la Gaspésie, il ne reste plus <ju'à indiquer sommairement les principaux centres de population et de commerce. Il suffit pour cela de citer l'excellent rapport du DrLavoie pour l'année 1869. Ce monsieur, en sa qualité de commandant de La Canadienne et de chef de la croisière chargée de surveiller les pêcheries du golfe Saint-Laurent et de la baie des Chaleurs, a pu se renseigner parfaitement et tout ce qu'il a écrit sur les différentes localités est marqué au coin de l'exactitude et d'un esprit éminemment observateur. Citons-le.
" Gaspê est situé au fond de la baie de ce nom. Cette localité ne peut ma quer de croître en importance, à cause de la commodité de son port qui, sans être grand, est accessible aux gros navires et offre un abri sûr contre la violence des vents. Les navires incapables de tenir tête aux tempêtes du golfe viennent s'y réfugier et les bâtiments de pêche y touchent, soit pour faire des provisions soit pour charger des marchandises à destination des pays étrangers. Les maisons, disséminées sur une colline, qui domine tout le port, présentent un coup d'oeil c-harinant... Il n'y a pas au Canada d'endroit plus attrayant et plus salubre dans la belle saison. C'est la place d'eau à la fois la plus retirée et la plus pittoresque du bas fleuve... Les eaux de la baie ont toujours la température fraîches timulante qu'il faut pour le bain de mer cette souveraine panacée capable de rajeunir ceux dont la vigueur et la santé ont été ruinées par les habitudes sédentaires ou routinières de la vie des villes. Outre les bains de mer il y a pour achever de réconforter, la vue du paysage environnant, disposé pour charmer le regard les délicieuses promenades à pied sur le rivage ombragé par la forêt voisine et les petites excursions sur une belle nappe d'eau à l'abri des vents. Il y a aussi la brise, qui se lève d'ordinaire sur la fin de la matinée, pendant les jours les plus chauds de juillet et d'août, et la fraicheur augmente le bien-être du touriste et du malade qui visitent ce lieu enchanteur.
•'Gaspê est le seul port du golfe qui arme des goélettes baleinières et cette aventureuse industrie de la grande pêche s'est conservée par tradition dans les même familles. Ceux qui s'y livrent aujourd'hui descendent des hardis marins qui se fixèrent à Gaspé après la déclaration de l'indépendance par les Etats-Unis et s'adonnèrent aussitôt à cette pêche, qui rapportait alors de gros profits
" A proprement parler, on ne fait pas la pêche de la morue à Graspé, mais la plus grande partie de ce poisson qui est pris sur les côtes du nord et du sud y est apporté tout préparé pour l'exportation. Ce commerce attire un bon nombre de navires et fournit de l'emploi à la population pauvre de l'endroit et des environs. L'occupation, certes, ne manque pas dans le port non plus que dans les fermes, qui sont mieux cultivées ici qu'ailleurs
" Percé, VA.nse-du-Cap et la Grande Rivière sont les plus anciennes et les plus importantes pêcheries du golfe. Les bands situés autour de l'île Bonaventure et dans le voisinage de Percé sont excellents. Quand la pêche est mauvaise sur la côte, les pêcheurs se rendent aux bancs des Orphelins ou de Miscou et ils sont toujours sûrs d'en faire une heureuse, la morue, surtout la grosse, paraissant se porter de préférence à ces endroits. C'est Percé qui emploie le plus d'hommes et de bateaux à la pêche. Le port est excellent pour les petites embarcations et les rivages rocheux de cette localité sont très propres à la
préparation du poisson Si Perce ne peut se vanter d'avoir un
port sûr, il possède des beautés naturelles qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, un sol fertile, bien cultivé, et une population qui se distingue par sa politesse et sa cordialité . Percé est aussi le chef-lieu du district. "
La Grande Rivière est une des paroisses les plus populeuses — elle a 2,150 habitants, et les plus riches de la Gaspésie. Les gens se livrent surtout à l'agriculture et il y a là des fermes qui feraient honneur aux régions agricoles les plus avancées. Les établissements s'avancent dans l'intérieur, où il y a d'excellentes terres, et progressent sensiblement. Le village forme à l'embouchure de la rivière une espèce d'amphithéâtre qui offre un coup d'œil des plus agréables. Il règne partout une propreté et une aisance qui donnent un charme particulier à cette localité.
L' Anse du-Cap est la résidence de l'hon. M. Thomas Savage, conseiller législatif. Ce monsieur fait un commerce considérable et exporte chaque année plusieurs cargaisons de poisson, qu'il charge à l'endroit même, pour la plus grande partie. Il y a plusieurs autres marchands et cette place ne manque pas d'une certaine activité commerciale. Elle est fréquentée par un bon nombre de goélettes qui font le commerce de cabotage.
u Paspébiac est une des plus belles paroisses de la baie des Chaleurs Les terres sont fertiles et cultivées avec soin. Les habitations des cultivateurs sont proprettes et bien bâties , tout révèle l'aisance et la prospérité . Le havre, sans être aussi sûr que celui de Graspé, est bon et de facile abord. "
" C'est ici que la princière maison Robin, dont la fortune se compte par millions, a sa principale place d'affaires ; la résidence de son premier employé, qui dirige et contrôle tous les autres établissements, indique assez que les patrons figurent parmi les millionnaires de l'île J ersey. A une couple de milles du havre de Paspébiac se trouve la magnifique rési-
deaoede Thon. Théodore Robitaille, actuellement lieutenant-gouverneur de la province de Québec, et un peu plus loin le coquet village de New- Carlisle, qui est le le chef-lieu du comté de Bonaventure.
Xevv.Richniond, entre les deux rivières Cascapédia, est une fort jolie paroisse, où M. Montgomery fait, ou du moins a fait pendant longtemps, un commerce de bois assez important.
Carleton est la paroisse la plus avancée de ïa baie des Chaleurs. Le village est bâti sur les bords de la baie de Tracadigèche, au pied d'une moDtague qui a plus de dix-huit cents pieds de hauteur et sur un des sites les plus pittoresques qu'il soit possible d'imaginer. Cette localité est déjà très recherchée comme place d'eau et le sera encore davantage quand on aura bâti un hôtel assez spacieux pour recevoir tous ceux qui désireraient y passer l'été. C'est incontestablement une des plus belles et des plus riches , sinon la plus belle et la plus riche paroisse de la Inîspésie. Il s'y fait un commerce considérable, qui ne peut que s'accroître avec l'impulsion que lui a donnée l'ouverture de l'Intercolonial et qui lui donnera celle du chemin de la baie des Chaleurs. Elle n'est éloignée que d'une quinzaine de milles de Dalhousie, qui est une des stations du chemin de fer Iutercolonial.
.) Dans la partie nord de la Gaspésie, sur les bords du golfe, les deux principales paroisses sont Matane et surtout St-Anne-des-Monts, où il se fait un commerce assez important et où l'agriculture est avancée. vSaint-Anne a l'avantage de posséder dans la personne de M. Théodore Lamoatagne un homme aussi intelligent qu'entreprenant et dont les opérations procurent de l'emploi ou des moyens d'existence à un gjand nombre de personnes.
Telles sont au point de vue de la population et cTes affaires commerciales les principales places de la Graspésie. Tous ces centres augmenteront avec la population, qui ne manquera pas de s'acroître rapidement à mesure que les ressources et les richesses de toutes sortes, les avantages incontestables qu'elle offre aux immigrants d'Europe, seront mieux «onnus.