‹ Esquisse sur le Canada [microforme]Chapitre 16 sur 45 · HN · texte numérisé non relu

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Unis, parce que leurs canaux étant petits et incapables d'admettre la vapeur comme principe moteur, sont hors d'état de transporter les passagers à notre époque,

Au contraire, l'émigrant, le voyageur arrivant à Québec avec lPintention dc ne pas demeurer dans le Bas Canada, mais de s'éloigner vers l’ouest, peuvent être transportés avec leurs effets au lieu de destination, avec tout le comfort qu'offrent les grands bateaux à vapeur, vers aucun des ports intérieurs, sans qu'ils aient à mettre pied à terre autrement que pour se délasser, lors du passage à travers les écluses de nos canaux, Et la moyenne différence du temps employé pour le voyage de ces ports américains à Buffalo, par chemin de fer, avec le temps dépensé pour le voyage de Québec à Buffalo, par eau, sur le Saint-Laurent, n’est que de quarante heures, différence insignifiante pour lémigrant ou le fret eu égard à la distance parcourue,

Notons de suite que la navigation du Saint- Laurent se relie, sur une foule de points, avec des communications par eau et par voies ferrées, dont le grand nombre arrivent aux ports océaniques des États-Unis. Ce qui fait, soit dit

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en passant, que nos produits peuvent choisir entre les marchés américains et européens, et choisir de même entre le transport par eau ct le transport par terre, Tous ces avantages sont si évidents que lorsque la proposition fut faite, dans l'État de New-York, d'amencr le canal américain de l'Érié au lac Ontario, M. Devwitt- Clinton, un de leurs hommes d’État, s’y opposa, disant : «Qu'il suffise d'énoncer que les articles « d'exportation, une fois arrivés sur les eaux « de l'Ontario, prendront, en général, la route «de Montréal, à moins que nos voisins britanniques ne soient entièrement aveugles sur « leurs propres intérêts, »

On peut évaluer la distance de Québec à Buffalo, par le fleuve, à 200 lieues, et la dislance moyenne entre New-York et Boston, d’un côté, à Buffalo, de l’autre, par les meilleures routes de chemins de fer, à 180 lieues. Or, on sait que les prix les plus modérés possibles sur les voies ferrées, pour de longues routes encore, sont, pour les trains d’émigrés, de 15 centimes par lieue pour chaque voyageur, et pour les passagers de première classe de 36 centimes.

Les prix ordinaires des meilleurs bateaux, sur

le Saint-Laurent, sont, pour les émigrés, de 11 centimes par tête pour chaque lieue, et de 99 centimes pour les passagers de chambre,

On à donc, comme prix de passage vers l’ouest :

De Québec à Buffalo, pour voyageurs : 66 fr. ; pour émigrés, 22 fr.

De Boston ou New-York à Buffalo, pour voyageurs : 65 fr.; pour émigrés, 27 fr.

I faut remarquer que dans le prix des 66 fr., pour passagers de première classe sur nos baeaux à vapeur, sont compris les repas, qui coûtent généralement, de New-York ou de Boston à Buffalo, environ 6 autres francs, formant 74 fr. sur les routes américaines contre 66 fr. sur la route canadienne, Ces différences de prix ne sont pas énormes, il est vrai, mais il ne faut pas oublier que nous avons comparé nos meilleurs bateaux avec les chemins de fer les plus modérés dans leurs charges. On peut se procurer des passages beaucoup à meilleur marché sur le Saint-Laurent ; il est impossible d’en avoir dont le prix soit plus modéré sur aucun chemin de fer.

Les chiffres mis sous les yeux montrent que

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la différence de prix est proportionnément plus

grande en faveur des émigrés qu'en faveur des

voyageurs de première classe. La mème pro-

portion se conserve pour le fret, qui coûte beau-

coup moins par la voie du Saint-Laurent, et

cela dans une progression ascendante avec le

volume et le poids des effets à transporter,

Voici la moyenne proportionnelle de ce que

coûte un baril de fleur transporté par différentes

voies, de Cleveland, Etat d'Ohio, à divers ports

de mer,

De Cleveland à :

Boston {vià canal Erié et chemin de ler), » Îr.

New-York (via canal Erié)..,.,,,,,,, 0 À

Portland (vià Saint-Laurent et Montréal). 5

Québec (vià Saint-Laurent). ..,,.,,,, 2

Ce mème baril de fleur qui coûte par les voies

américaines 9 fr. de fret rendu à Boston, vit

Etats-Unis, ne coûterait que 5. 75 rendu à Bos-

ton, vid Saint-Laurent et Montréal, De Toronto

à Québec, un même article coûte 1 fr, 50 en

moyenne, et de Toronto à New-York 2 fr. 50,

Ces prix varient, comme de raison, et ne sont

pas toujours les mêmes; mais la proportion est

celle indiquée ici. D'ailleurs, les prix mentionnés sont les prix ordinaires des vaisseaux ct des trains à fret.

Le transport allant en aval du Saint-Laurent coûte un peu moins, par la raison qu'en descendant, les vaisseaux à fret évitent les canaux et suivent les rapides, qu'ils ne peuvent remonter qu'au moyen des écluses.

On a voulu objecter à la supériorité de la voie du Saint-Laurent qu’elle n’est ouverte que partie de l’année, et que l'hiver nous isole pendant l’autre partie. Le Saint-Laurent s'ouvre ordinairement du 27 avril au l‘"mai, et ne se ferme qu'au 25 de novembre. Or, dans cette période de sept mois, ses larges issues peuvent donner passage à tout le fret; etil vaut mieux pour les émigrés et les voyageurs ne pas voyager vers l’ouest pendant l’hiver, même en prenant New-York et Boston comme point de départ. Le canal de l'Érié et la rivière Hudson ne s'ouvrent pas, le printemps, avant le port de Québec, bien que la température y soit un peu plus chaude en hiver; mais c’est que le grand fleuve a ses moyens à lui de rejeter les glaçons qui le couvrent,

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Les livres écrits sur les voies de communication dont on vient de parler ont avancé, que la navigation du Saint-Laurent présente plus de dangers que les autres routes, et on donnait pour argument que les taux d'assurances y sont plus élevés qu'ailleurs; le fait est vrai, jusqu'à ce jour, que les assurances maritimes y sont plus élevées, et il faut avouer qu’à première vue cet argument paraît très-fort; mais cet effet reconnait d’autres causes que le montant des pertes; ‘auses qui se déduisent du fait que toutes -les compagnies d'assurances sont formées presque exclusivement de capitalistes étrangers aux intérêts immédiats du commerce avec lequel elles traitent. Le lecteur peut voir ci-après, au chapitre des statistiques, le montant comparatif des primes et des pertes des assurances maritimes. Voici un argument d’un autre genre en faveur de la sûreté du fleuve Saint-Laurent et cet argument ne se discute pas il s'impose comme la logique des événements.

L'année 1848 a été la plus désastreuse, pour le monde entier probablement, en naufrages; cette année, les États-Unis perdirent 585 vaisseaux à voiles sur environ 21,000 qui compo-

saient leur marine marchande; l’Angleterre perdit cette même année 501 navires sur environ 90,000 qui composaient sa flotte de commerce ; le Canada, sur 2,000 vaisseaux à voiles ayant fréquenté le Saint-Laurent depuis Montréal en descendant au golfe, dont 1,200 venant d’outremer, 11 y a cu 48 naufrages, et jamais ni avant ni depuis notre fleuve n’en a tant vu : or, dans ces chiffres il est démontré que dans la même année, année de désastres pour tous, la meilleure par conséquent pour établir une propor- Lion correcte, nous avons perdu À vaisseau sur h2, et les États-Unis 1 sur 35 en chiffres ronds. Voilà qui vaut bien l'argument tiré de la prime d'assurance sur la sécurité comparative des côtes et caux navigables des deux contrées.

On pardonnera cette persistance à comparer

le Canada aux Etats-Unis, en réfléchissant que

trop souvent, en france, on attribue aux Américains tout ce qui se fait dans l'Amérique du nord : petite erreur que nos aimables voisins tolèrent avec une bienveillance qui n’est pas dans les habitudes journalières.

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