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FAMILLE DES PIEDS-NOIR

A l'ouest des Cris des prairies, et au sud de la 8a.-;katchewan, dans le district du même nom, se trouve la troisième famille sauvage du " Département du Nord, " ce sont les Pieds-Noirs.

Comme tous les sauvages de prairies, ils vivent en gros camps, et n'ont de ressources que la chasse du buffle et autres gibiers de ces prairies. La chasse est-elle productive, ils regorgent d'abondance; fait-elle défaut, ils languissent et souvent périssent de misère. Je n'ai jamais eu de relations particulières avec les Pieds- Noirs, mais, 'd'après ce que l'on en dit, ce peuple semble doué d'un noble caractère. Noblesse sauvage, sans doute, mais enfin quelque chose de mieux que ce que l'on trouve chez leurs voisins. Un gentilhomme anglais, qui avait passé plusieurs années parmi les Pieds-Noirs, parut s'étonner beaucoup, un jour, de ce que je ne m'enthousiasmais pas à leur article, tandis que lui résumait son estime pour ce peuple, par l'exagération suivante : " Les Pieds- Noirs sont aux autres sauvages, ce que les Anglais sont aux autres peuples." Je baissai la tête, en signe d'admiration, et laisse à chacun à faire le commentaire qui sera ïe plus de son goût. Comme guerriers les Pieds-Noirs ont une réputation et sont redoutés jusqu'au delà des montagnes Rocheuses. Dans leurs guerres presque continuelles avec les Cris, on ne les accuse pas, généralement, d'être les premiers à violer les trait-és de paix conclus de temps à autre. Ils sont plus riches que leurs voisins possèdent surtout plus de chevaux, ce qui excite ces derniers à des expéditions guerrières dont le but, au moins secondaire, est de se procurer des coursiers qu'ils enlèvent quelquefois par bandes nombreuses. Les Pieds-Noirs habitent aussi des loges ou tentes de cuir; ces loges sont plus spacieuses et mieux entretenues que celles de nos autres sauvages.

Aux jours de l'abondance, il y règne un certain luxe: luxe de poil et de cuir! Les Pieds-Noirs sont moins malpropres que les autres tribus nomades. Leurs vêtements, quoique faits de cuir, sont quelquefois riches et élégants; ils déploient même un goût exquis dans l'ornementation de ces vêtements. Le poil de porcépic et d'orignal, le crin de leurs chevaux et surtouj; la chevelure de leurs ennemis, leur fournissent des moyens d'ornementation qui dépassent beaucoup ce que d'habiles fabricants pourraient

croire possible avec de pareilles ressources. Les Pieds-Noirs attaqués par les Cris, à cause de leurs chevaux, vont jusque sur le territoire américain, comme au delà des montagnes Kocheuses, dans un même but de vol et de pillage. Aussi, sont-ils redoutés de tous leurs voisins. Espérons que les efforts commencés, il y a quelques années, pour leur conversion, et qui sont déjà couronnés de quelques succès, finiront par obtenir la régénération de ce peuple; l'extinction, par conséquent, de ces guerres qui, autrement, amèneraient l'extinction de la nation elle-même.

Les Pieds-Noirs, très peu délicats sur ce qu'un homme de cœur ferait passer avant toutes les autres délicatesses, sont pourtant excessivement jaloux: aussi, un très grand nombre de leurs femmes portent la marque sensible des excès de la colère et surtout de la colère jalouse de leurs maîtres impitoyables. C'est le nez de la femme qui est le point de mire; aussi bien des figures sont privées de cet important organe. Un coup de couteau ou de dent a suffi à l'opération. Comme elle est digne, la noblesse sauvage !

Les Pieds-Noirs sont au nombre d'environ six mille, nombre qui diminue par suite de la guerre et des maladies contagieuses auxquelles ces oauvages sont plus exposés que les autres, vu leurs relations avec des tribus qui habitent un climat moins sain que le nôtre.

Les Cris désignent les diverses tribus de Pieds-Noirs sous le nom générique de : Ayatsiiyniwok ( étrangers, ennemis ). Les Montagnais les appellent: Ennasslini (mauvais Cris ou mauvais étrangers) .

La famille des Pieds-Noirs se compose de trois nations ou tribus, ce sont d'abord, les Pieds-Noirs proprement dits ou Sixika, puis les Piéganes (Piéganew) et enfin les Gens du sang, Kena. Ces trois tribus parlent une même langue, se réunissent pour la guerre, ont des mœurs et des coutumes identiques et pourtant maintiennent entre elles une distinction marquée. Tout ce groupe de sauvages est extrêmement avide de vengeance: il peut la retarder longtemps, mais rarement en perdre le souvenir. Sans avoir de gouvernement régulier, les Pieds-Noirs possèdent une organisation militaire mieux définie que celle que possèdent les autres enfants de la prairie. Us reconnaissent eux-mêmes sept classes de soldats, pourvues chacune d'un chef, et auxquelles sont dévolus, dans une certaine proportion, l'organisation du camp et le maintien de l'ordre.

Un trait caractéristique de la nation qui nous occupe, c'est le culte du soleil, culte public et solennel qui se traduit surtout par une fête qui a lieu au commencement du mois d'août et à laquelle toute la nation prend part. Cette fête semble assigner à ces sauvages un rapprochement plus marqué avec des peuples connus. Ce culte de l'astre du jour, assez naturel à l'homme privé de la révélation, a ses grands prêtres, ses vestales, ses temples improvisés, son feu sacré, se& joies burlesques et profanes. Le cérémonial de cette fête est très compliqué, les sacrifices en sont une partie essentielle, quelques enthousiasmes immolent aussi une partie d'eux-mêmes, en se coupant les doigts. La musique vocale et instrumentale aide

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l'entrain sinon la ferveur. Et quels virtuoses que ces farouches hurleurs de la prairie ! Les plus grossières et les plus ridicules des superstitions, le tout enrichi des orgueilleuses fanfaronnades des chefs, captivent ce peuple, subissant l'empire d'une coutume ou d'une croyance dont il ignore et le but et l'origine.

Cette fête du soleil naturel, Natous, et le culte rendu à cette brillante manifestation de la puissance du soleil de justice, ont induit en erreur quelques-uns de ceux qui ont parlé des Pieds-Noirs, en faisant croire que cette nation ne reconnaît point un Etre suprême. Pourtant ces sauvages, comme les autres, ont une idée indéfinie de la Divinité, de l'excellence d'un Etre en principe invisible. Le mot Dieu ne se traduit pas littéralement dans leur idiome qui, cependant, permet de parler si bien de la Divinité et d'en exprimer les attributs. Par exemple, ils disent: Ispounitapi (celui qui est en haut), et encore kimnon (notre Dieu). Cet excellent être invisible que naturellement ils supposent en haut, au ciel, c'est bien Dieu, dont ils affirment la bonté infinie en le désignant aussi par le mot même que le Fils de l'Eternel a mis sur nos lèvres en nous enseignant à prier.

Aux trois tribus de Pieds-Noirs s'en est jointe une quatrième qui n'est pas de la même famille, la tribu des Sarcis. Ces derniers se sont identifiés avec leurs alliés avec lesquels ils se confondent pour les mœurs et les habitudes, mais dont ils restent séparés par le langage. Cette dernière distinction caractéristique rattache les Sarcis à la nation des Castors, qui habitent les bords de la rivière à la Paix, et qui est une branche de l'a famille montagnaise ou tchippeweyane, dont nous parlerons bientôt. Les Sarcis ont perdu la douceur, l'esprit de paix et d'honnêteté qui caractérisent toutes les tribus de leur race, pour s'inspirer de l'esprit de vengeance et de vol qui caractérise aussi la nation avec laquelle ils se confondent maintenant. Ce déplacement d'une tribu que les guerres menacent d'éteindre bientôt complètement, a quelque chose de semblable à ce qui s'est fait pour les Assiniboines, qui, non seulement ont abandonné les Sioux leurs frères ou alliés naturels, mais qui, même, leur font aujourd'hui une guerre acharnée et leur ont juré une haine implacable. L'une de ces deux scissions, celle des Sarcis, s'est opérée par une émigration vers le sud , tandis que celle des Assiniboines les a repoussés vers le nord ou le nordouest.

Avant de nous séparer des Pieds-Noirs, disons que, contrairement aux autres sauvages du "Département du Nord", ils n'enterrent point leurs morts: ils les habillent avec soin, les déposent dans leur loge à la porte de laquelle ils immolent des chevaux, surtout si c'est un chef, afin que le défunt puisse chasser à loisir dans les prairies de l'autre monde. Ces cadavres, laissés sans protection, sont bientôt la pâture des bêtes fauves.

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