IL ÉCFTT A SIMPSON, PUIS SE LIVRE A LUI COMME PRISONNIER
Mr. Girouard écrivit done au lieut.-col, John Simpson, (1) qu'il connaissait au Côteau-Landing, une lettre, en ces termes :
“D’après ce que j'ai entendu dire, ( car il y a longtemps que je n’ai pas vu de journaux), il paraît qu'une proclamation du gouverneur m'a mis au nombre des proscrits, Quoique ma conscience ne me reproche rien, ni dans ma conduite, comme représentant du peuple, ni comme simple sujet Britannique, j'ai dû, néanmoins, me soustraire aux poursuites de ceux qui ont parcouru mon comté, en y répandant la désolation et le pillage. Je ne suis pas eu faute et je suis prêt à partager le sort de ceux de mes amis qui ont suivi honorablement la même ligne de conduite que la mienne ; mais je ne veux pas devenir la victime, ni le jouet de ceux qu’une indigne récompense engagerait à commettre le crime, Je n’ai aucune objection à me confier et à me livrer entre les mains d’un homme généreux et que j'ai toujours connu pour être honorable dans sa conduite, La retraite que j'ai choisie est sûre et je ne la quitterai que pour aller ch2z vous et pour me mettre sous votre protection. Je n’ai pas besoin de garde ; ma parole d'honneur vous suffit, et la démarche que je fais, vous est un garant de mes motifs et de mes intentions.
Le porteur est un pauvre homme, mais il a des sentiments bien au-dessus de son état ; lui seul connaît ma retraïte, et il ignore encore mon nom, Vous pouvez lui confier votre réponse et vos ordres.
J'ai l'honneur d’être, Monsieur, Votre très humble serviteur,
J. SIMPSON, ECR J. J, GIROUARD,.
Côteau du Lac,
(1) Décédé en 1878 à l’Age de 85 ans ; il était percepteur de douane au Côteau-Landing et père de W. B. Simpson, qui lui a succédé et a été nommé collecteur de douanes à Montréal où il! est décédé, et où sa veuve réside en 1892.
Chargé de cette lettre, Saint-Amant se rend chez le lieut, col, Simpson, le soir, après un parcours de deux lieues ; celui-ci est étonné et ne veut pas croire qu’un prisonnier de cette importance soit resté pendant plusieurs jours à si peu de distance, sans qu’il l'ait su de suite ; il craint de se fier à cet homme, le questionne, lui demande ce qu’il y a de mieux à faire : —
“ Rien autre chose, lui répond-il, que d’atteler un cheval à votre voiture et de me suivre; vous verrez les choses telles que la lettre vous le dit, ”
Il se prépare ; il part enfin, après beaucoup d’hésitation ; a, vé au bas de la Côte et appercevant la petite maison isolée, il craint encore d’être trompé et demande à son guide si vraiment il n’y a aucun danger ; Saint-Amant le rassure, de nouveau et est obligé d'entrer le premier dans sa maison; M. Simpson le suit et y trouve la petite famille réunie avec J, J, Girouard qu’on lui présente, et qu’il ne pouvait reconnaître sous le déguisement de cultivateur qu’il avait endossé : celui-ci le salue et lui présente la main que l’autre accepte en lui présentant la sienne et en lui témoignant lé regret de le rencontrer, en une semblable circonstance,
Après quelques paroles de bonne entente, M, Girouard entre dans la voiture du lieut.-col, Simpson qui le conduit à la résidence de Godefroy Beaudet marchand, et juge de paix, au Côteau-du-Lac, qui lui donne une généreuse hospitalité.
Ce n’est pas sans regrets que ses généreux hôtes le virent partir le lendemain, 25 décembr, avec M. Simvson pour Montréal; ils versèrent des larmes sur son malheur, mais M. Girouard, fort et courageux, les consola en leur promettant de leur écrire ; malgré sa grande détresse il voulut contenter la générosité de son cœur en donnant à St-Amant, avant de se séparer de lui, les cinq derniers chelins qui lui restaient pour acheter une robe à sa petite-fille.
Le lieut.-col. John Simpson, accompagné de deux amis bien armés, en cas de surprise, conduisit lui-même à la prisou de Montréal, son prisonnier, dans sa voiture à quatre chevaux.
Après leur départ, Saint-Amant alla chez M. Beaudet, ache-
ter une robe pour sa petite-fille ; en s’y rendant, il entendit quelques personnes qui louaïent son désintéressement et beaucoup d’autres qui le blâmaient grandement d’avoir refusé de gagner les £500 offerts par le gouvernement : malgré tout cela il revint le cœur content chez lui, car la généreuse Madame Beaudet, en louant sa conduite de n'avoir pas voulu livrer un de ses semblables, par intérêt personnel, lui donna la robe, 1
tablier, le mouchoir, et lui remit son argent, en y ajoutant du thé, du sucre, ete, ete, pour sa bunne femme qui était malade,
ARTICLE QUINZIÈME