‹ Esquisses byzantinesChapitre 9 sur 16 · De Cermoniis, t. I, p. 703, édition de Bonn · texte numérisé non relu

De Cermoniis, t. I, p. 703, édition de Bonn

sophistes, princes dès rhéteurs, consuls des philosophes, etc. ; des représentants des villes commerçantes italiennes ; de très -discrets avocats de Tamplissime prétoire, des notaires, des directeurs d'hôpitaux etd'orphelinats, car toutes les notabilités de la capitale figurent tour à tour aux banquets impériaux ; au festin de la Noël, une table de douze places est même réservée aux pauvres, « aux frères en Jésus-Christ » ; tous ces personnages portent par-dessus leurs habits de gala un surtout qui joue un rôle particulier pendant le festin comme nous le verrons tout à l'heure.

Dans la salle du banquet, de grands candélabres d'argent qu'on vient d'allumer, car la nuit approche, pendent aux chaînes de même métal qui relient les colonnes de marbre de Thessalie. Le plafond doré d'où se détache une treille sculptée, les murs revêtus de mosaïques représentant des arbres, des fleurs et des fruits, le sol pavé de marbres précieux, forment un ensemble éblouissant. A Textrémité, en face de la porte principale, une table dite apocoptique^ ou séparée, en forme d'hémicycle, est destinée h l'empereur qui y siégera avec les convives du plus haut rang sur un divan à douze places, « comme Jésus-Christ au milieu

'des douze apôtres. » Trois marches de porphyre

rouge y conduisent. Devant rhémîcycle, sont disposées parallèlement, à droite et à gauche, dixneuf tables accompagnées de divans à douze places, établies de façon qu'aucun convive ne tourne le dos à l'empereur. La vaisselle est d'or, mais on mange avec les doigts et couché, more antiquo.

Un voile de pourpre sépare la salle d'attente de la salle du banquet, où sont déjà installés les uns a droite, les autres à gauche de la table impériale, les chanteurs apostolites (ceux de l'église des Saints- Apôtres) , et les hagiosophistes (ceux dç Sainte-Sophie) avec des orgues d'or et d'argent. L'empereur entre dans la salle. Le voile de pourpre est levé, et à l'aspect du monarque, les convives se prosternent la main devant les yeux, commç éblouis par ce soleil vivant. Dès que l'empereur arrive près de l'hémicycle, le maître des cérémonies enveloppant sa main d'un pan de sa robe, car Tétiquette défend de présenter la main nue au souverain, la lui offre pour l'aider à monter les trois marches qui conduisent au divan impérial. A chaque marche, il prononce ces mots : « Serre fortement gracieux seigneur ! »

Nicéphore en dibetesium de pourpre et en tiare blanche, a pris place ; un fonctionnaire tout spécial, Tartoclin (coupeur de pain), invite à haute

voix chaque convive à entrer dans la éalle et lui indique, d'un geste gracieux, la place qu'il doit occuper, selon son rang. Comme, le nombre des •conviés s'élève à près de trois cents, on voit que la mission de Tartoclin exige beaucoup d'activité et une connaissance approfondie du cérémonial.

L'empereur promène ses regards sur l'assemblée. Son visage est triste et sévère. Il n'y a pas deux heures qu'un prêtre du palais a trouvé et lui a remis un écrit d'une main inconnue, le prévenant qu'on doit l'assassiner cette nuit, et le conjurant de faire fouiller le gynécée. Dans une cour où pas une année ne s'écoulait sans conspiration, de pareils avis devenaient si fréquents qu'ils perdaient presque de leur importance. La recherche dirigée par le préfet du palais, qui problablement appartient au complot, est restée vaine. Nicéphore rapproche ce dernier avis de la prédiction faite il y a trois mois par Termite. Il y croit peutêtre, car il est superstitieux, mais le trouble n'a pas envahi son âme. Les assistants prêts à acclamer un nouveau maître, et dont plusieurs sont initiés à ce qui se prépare, peuvent lire sur le visage de ce soldat une sorte de dédain intrépide. Quant à eux, leurs gestes convulsifs, leurs traits contractés, leurs regards obliques, ne trahissent

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que trop un état social douloureux, d'une terrible inslabilité, et contrastent sinistrement avec la pompe qui les entoure.

Tout étant prêt, Nicéphore fait signe aux chanteurs de commencer l'hymne composé en son honneur pour la circonstance. On a vu parfois des empereurs, armés du bâton du chef d'orchestre, battre la mesure à table, pendant qu'on chantait l'hymne composé par eux-mêmes, mais Nicéphore n'est pas un dilettante comme Léon l'Arménien, un poëte comme Théophile. L'hymne s'exécute avec accompagnement d'orgue. Les convives se prélassent sur leurs lits, mais pas pour longtemps, car, dès que les chanteurs ont entonné la strophe qui appelle la bénédiction dd ciel sur l'empereur, tout le monde, à l'exception des ambassadeurs étrangers se lève et ôte son surtout. Le chant fini, chacun réendosse le surtout et se recouche.

On apporte le premier service : viandes froides, jambons, saucissons fortement assaisonnés d'huile, d'ail et d*oignon, ce qui faisait dire à l'évêque Luitprand, ambassadeur de l'empereur Othon, que les Byzantins commençaient leurs repas comme des ivrognes \ Les plats, de très-grande

1. Luilprandi legatio, reproduite dans l'édition de Bonn da Léo Diâconus, p. 343 à 373.

dimension, posés sur de petits wagons, sont roulés jusqu'à la table impériale, et placés d'abord devant l'empereur qui ordonne ensuite de les porter sur les autres tables. A ses favoris et aux invités de haut rang, il envoie, par un serviteur ad Aoc, le terpnos (l'agréable), des portions puisées de ses mains dans le plat impérial. Le monarque on le voit, n*est pas oisif à table ; 'ses invités ne le sont guère davantage, car dès que l'agréable est en mouvement pour porter aux privélégiés leur pitance, chacun se lève et ôte son surtout. Le terpnos revenu à sa place, on revôt de nouveau le surtout et on se recouche. Puis, comme le festin du jour doit être a incomparable et varié », un colonel des gardes du corps, et le démarque des bleus, chacun à la tète d'un détachement, entrent dans la salle. Le colonel reçoit un hvmne à la louange de l'empereur, et ses soldats le chantent, toujours avec accompagnement d'orgues. Enfin, le colonel, le démarque et leur troupe se mettent à danser une sorte de pyrrhique d*un caractère grave, renouvelée des anciens Grecs. Après cet entr'acte, le chambellan de service lève la main et les danseurs disparaissent.

Les wagons chargés des rôts et des plats chauds font leur entrée. L'agréable recommence ses cour-

ses pendant qu'un moine lit à haute voix une homélie de saint Chrysostome à laquelle les amis bulgares et sarrazins ne comprennent pas grand chose. Puis, debout, et sans surtout, on boit à la santé de Tempereur avec du vin de Naupacte; il faut dire, à ce propos, que le cérémonial règle jusqu'au nombre des rasades qui seront versées aux convives.

Le second service est enlevé. Les assistants se lavent les mains avant le dessert, composé de gâteaux, de tourtes au miel, de sucreries et de fruits contenus dans d'énormes cratères d'or (ou dorés) ^ que des machinistes spéciaux hissent jusqu'à la table impériale à l'aide de courroies attachées à à leurs anses. Le dessert amène des divertissements impatiemment attendus des convives. Des hommes vêtus de peaux de bêtes, et portant des masques effrayants, figurant les Gothsd'Alaric qui avaient laissé un long souvenir de terreur dans les populations grecques, aujourd'hui passés à l'état de croquemitaines, frappant leurs boucliers de leurs piques,'exécutent ce que le livre des cérémonies appelle le Jeu gothique^ danse accompagnée de gestes féroces et de chansons hurlées en argot barbare. Après eux, des équilibristes, des faiseurs de tours de force, excitent l'admiration de l'as-

semblée échauffée par le vin de Ghio. Un homme d'u^e taille gigantesque ploie comme un arc une épaisse barre de fer. Un Arabe place sur sa tête une perche de vingt-quatre pieds de long ; à chaque extrémité se tient debout un enfant vêtu seulement -d'une ceinture. Des Indiens montant sur les épaules les un« des «autres forment une pyramide humaine. Puis, le fourrier impérial donne le signal du départ. L^s convives guidés par lui, défilent devant l'empereur, et sortent par la porte opposée. La comédie est finie; le drame va commencer.

Le troisième grand cubiculum du palais sacré, voisin d'un poste d'eunuques, sert de chambrer à coucher à l'impératrice Théophano. Une porte d*ébène incrustée de pierreries, donne accès dans cette salle, aux sept colonnes de marbre, appelée (louatTCov comme donnant Tidée d'une harmonie figurée, d'une musique visible. Au milieu du pavé de mosaïque à fond d'or, s'étale un paon aux longues plumes bigarrées inscrit dans un cercle de marbre blanc. Hors du cercle, quatre petits ruisseaux imités avec du marbre vert de Thessalie, semblent couler vers les quatre coins de la chambre. Entre les ruisseaux sont figurés quatre aigles prêts à prendre leur vol. L'un des murs porte

l'image en mosaïque de Nicéphore et de Théophano couronne en tête, et en costume impérial. Les autres parois, couvertes d'arbres, de fleurs et de fruits, forment un jardin créé par Tar't. 'Du plafond doré, se détache la croix du Sauveur, en cristal, entourée d'étoiles. Autour de la croix, Tempereur et l'impératrice sont encore représentés dans l'attitude de la prière. C'est là, que la tête couverte d'une réaille d'or, et vêtue d'un manteau de soie violette où sont brodés des anges, la veuve de Romain II, assise sur un 'siège d'ivoire aux formes bizarres et contournées, prépare la mort de son nouvel époux.

Des femmes, des eunuques entrent et sortent; des signes mystérieux sont échangés. Déjà, quelques hommes dévoués à Jean Zimiscès, et envoyés par lui, ont pu, déguisés en femmes, se cacher dans le gynécée. Mais ces instruments du meurtre ne l'accompliront que si le nouveau maître qu'ils veulent donner à l'empire les anime et les rassure par sa présence ; il doit venir, viendra-t-il? et s'il vient, pourra-t-il à son tour, à cette heure avancée de la nuit, pénétrer dans le palais * ?

Il faut cependant endormir les soupçons de Ni-

i. Léo Diaconus. Chap. v, p. 86 à 92, édilion de Bonn.

céphore. Théophano se rend, comme d'habitude, dans la chambre de l'empereur. Des filles de chefs bulgares, fiancées à des princes byzantins, viennent d'arriver à Constantinople. Elle va, ditelle à Nicéphore, s'occuper de ces étrangères quelques instants. Qu'il laisse ouverte la porte .du cubiculum : elle reviendra bientôt auprès de lui. L'empereur fut-il dupe de cet artifice? qui le sait? Rassuré peut-être, mais toujours prêt à regarder en face la mort, si souvent bravée dans les marécages du Danube et dans les déserts de la Syrie, de plus en plus détaché d'un monde d'imposture et d'abjection, ce vaillant homme qui était un juste, s'absorba longtemps dans la lecture des saintes Écritures. Vaincu enfin par'Ie sommeil, il s'enveloppe dans le manteau du moine Michel, son oncle, mort en odeur de sainteté, et dont il vénère profondément la mémoire, puis il se couche, comme il le faisait souvent, sur une peau de tigre> étendue par terre, au-dessous des images du Christ, de la Vierge et du Précurseur.

Le gnomon a indiqué la cinquième heure de la nuit. Un vent violent soulève les vagues de la Pro*p.ontide, le froid est vif, il neige, Jean Zimiscès parti de Ghalcédoine avec trois hommes sur une

petite barque, aborde enfin derrière le palais,

près d'un groupe de marbre représentant le combat d'un taureau et d'un lion. Un des conjurés placé en vigie sur le toit du palais les a aperçus. Le signal convenu se fait entendre, et au moyen d'une échelle de corde jetée de l'appartement de Tipipératrice, les assassins du dehors vont rejoindre leurs émissaires. Après avoir réussi contre toute espérance dans cette entreprise d'une fabuleuse audace (le palais, il est vrai, est plein de traîtres), ils entrent Tépée à la main avec leurs complices, dans le cubiculuin impérial. Le lit est vide. Atterrés à cette vue, et songeant à l'impossibilité de fuir, ils se troublent ; mais un eunuque entre et leur montre du doigt, dans un coin de la chambre, l'empereur endormi sur sa peau de tigre. L'un deux, Léon Balantès, le frappe de l'épée au visage. Nicéphore, réveillé en sursaut et tout sanglant, s'écrie : « Sainte Vierge! viens à mon aide! » Zimiscès qui s'est assis sur le lit, fait traîner l'empereur devant lui, et l'accable d'invectives, auxquelles Nicéphore ne répond que par de nouvelles invocations à la Vierge et aux saints. Les conjurés s'acharnent sur l'infortuné : on le meurtrit du pied ; on lui arrache la barbe; on lui brise les dents avec le pommeau des épées avant de lui porter le dernier coup.

Cette scène a duré assez longtemps. Des rumeurs vagues font soupçonner aux serviteurs restés fidèles le péril de leur maître ; ils accourent. Les varangiens qui montent la garde aux portes du palais sacré, se précipitent la hache à la main dans l'espoir que l'empereur n'a pas encore succombé. On pourrait croire tout perdu pour les conspirateurs, quand, sur Tordre de Zimiscès, l'un d'eux montre aux survenants la tête de Nicéphore. A cette vue, les soldats mercenaires s'arrêtent ; hommes d'une autre race, animés d'un sentiment d'honneur militaire tout à fait éteint chez les Grecs du Bas- Empire, ces guerriers du nord, haïs d'un peuple qu'ils méprisent, savent que maintenant tout est terminé, que personne ne les suivra s*ils cherchent à contrarier une révolution déjà faite ; ils auraient vaillamment défendu Nicéphore, ils ne le vengeront pas. Jean Zimiscès, qui a déjà chaussé les brodequins de pourpre, est acclamé par ses complices et par la foule qui a envahi le palais. Byzance a changé de maître I

Le corps mutilé de Nicéphore, précipité d'une fenêtre dans le jardin du palais, est resté gisant sur la neige toute la journée du lendemain.

Si le cérémonial byzantin offrait presque toujours quelque chose d*abject avec une nuance de

grotesque, il se retrouvait dans les funérailles, simple et grand, en harmonie avec la majesté de la mort*. Les portes de Constantinople étaient fermées : sur un lit de parade appelé <c lit de douleur, » dressé dans la splendide salle de banquet que nous avons décrite, on transportait le cadavre impérial couronné, la figure découverte et fardée, vêtu du dibetesium et de laschlamyde d'or. Il y demeurait exposé quelque temps à la vénération de ses proches et des habitants du palais qui, assistés du patriarche, venaient pleurer et prier autour de lui. Quand le maître des cérémonies, s' adressant au défunt, avait prononcé trois fois ces paroles : a Sors^ Basileus ! le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs f appelle! » le corps, enlevé par les cubiculaires, était déposé de nouveau dans le vestibule de la Chalké. — C'était le tour des patrices, des sénateurs, des magistri, de tous les hauts dignitaires qui, vêtus de noir, se présentaient dans l'ordre prescrit, pour le saluer et le baiser sur les joues. Le maître des cérémonies répétait trois fois son appel funèbre, et le corps, enlevé par les protospathaires de la garde, était porté, à travers la foule, dans l'église des Saints-Apôtres. Après l'office des

1. De Cerimoniiê^ t. I, p. 273; l. If, p. Oit, édition de Bonn.

morts, le maître des cérémonies s'adressait une dernière fois au défunt dans ces termes : a Entre, Basileus! le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs f appelle! ôte la couronne de ta tête! » et la couronne, remplacée par un simple bandeau de pourpre, était déposée avec le corps de l'empereur, dans le cercueil orné de pierreries que l'on plaçait dans un des sarcophages de marbre et de porphyre toujours prêts dans l'héroon , caveau de l'église des Saints-Apôtres. Neuf jours plus tard, on célébrait avec une pompe extraordinaire un nouveau service religieux où figuraient, avec le patriarche et le clergé de Constantinople , tous ceux qui, dans les pays rapprochés de la capitale, appartenaient a au sacré catalogue, » tous ]es citoyens du ciel revêtus de l'habit des anges, comme on les appelait en style du temps ; les évêques, les moines venus aux frais du nouvel empereur, de toutes les villes voisines, de TAthos, des Cyclades, de l'olympe de Bithynie, de la vallée du Méandre, « cette nouvelle Palestine, » etc. ; Sainte-Sophie, la plus vaste église de la chrétienté, ne suffisait pas à les contenir.

Bien souvent déjà, quand la fin tragique d'un souverain n'était que le secret de quelques-uns, on avait vu la pompe de ses funérailles déshonorée

par la présence de ses meurtriers. Ce dernier outrage sera du moins épargné à Nicéphore : le crime est trop patent, le corps mutilé parlerait trop haut « par la bouche de ses blessures. «Il faut cependant se débarrasser de ces restes importuns : un brancard est improvisé avec des morceaux de bois ramassés ça et là, et la nuit venue, le corps de Nicéphore, transporté dans Téglise des Saints-Apôtres, y reçoit la sépulture impériale. Il reposera en paix dans ce Saint-Denis des empereurs byzantins, jusqu'au jour où les soldats de TOccident (des Croisés I) viendront briser les tombes pour chercher de Tor.

On trouve partout à Constantinople la trace de Justînien. Les colonnes triomphales, les statues orgueilleuses, les fresques de TAugustéon et du grand palais représentant les victoires sur lesGoths et les Vandales ; le faubourg de Sykse ceint de murailles et rattaché à la ville par un pont ; les innombrables églises et monastères bâtis ou restaurés; les bains du Dagisthée, la citerne de la basilique lUus, tout, depuis Sainte-Sophie, la merveille du règne, jusqu'aux jetées gigantesques poussées en avant de l'Euxin « pour dompter la puissance de la mer par celle de l'or, » raconte la longue histoire de ce Louis XIV byzantin, majestueux et solennel, habile à employer et à contenir une foule d'hommes de mérite, persécuteur d'hérétiques, dominateur soupçonneux et hautain asservi à une femme.

Parmi lès monuments de Justinien destinés à

Tagrément de la capitale, aucun n'est plus populaire que le vaste portique maritime attenant aux thermes d*Arcadius, non loin de la porte Barbara * et de Téglise de Sainte-Agathonique. Au milieu, se dresse la statue dorée de Théodora , sur une colonne de porphyre rose. C'est sur ce rivage qu'elle aborda, encore enfant, avec sa pauvre famille, pour entrer dans la ville où l'attendait une destinée si extraordinaire. Des colonnades de marbre de couleurs éclatantes, surmontées d'un toit, forment plusieurs carrés. Le pavé de marbre poli réfléchit l'éclat du ciel et de la mer, paisible ici comme un lac et dont les flots viennent baigner le pied des constructions. Le soir, les longues avenues de colonnes, décoftées des plus nobles statues de la Grèce, se remplissent du murmure d'une foule bariolée qui vient chercher la fraîcheur. Le soleil a disparu derrière la Corne d'or. Sur la côte d'Asie, restée lumineuse à demi quand la rive opposée a déjà pris des teintes sombres, des jeunes filles couronnées de fleurs dansent en se tenant par là main. La nuit tombe. Des barques glissent sur les vagues phosphorescentes, jetant aux échos les accords dé la cithare et les chansons ioniennes. C'est comme

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