CHAPITRE VI L'Eau en Physicothérapie
L'eau est l'un des agents physicothérapiques les plus importants. Je l'envisagerai schématiquement, sous le rapport de ses applications principales, usage interne et usage externe.
A. — L'eau à l'intérieur. — En dehors des divers principes chimiques, plus ou moins modificateurs qu'elle peut renf ermer (action hydrominérale) , l'eau agit, mécaniquement et physiquement, comme le puissant moteur des échanges moléculaires, le dépurateur sanguin par excellence, le grand véhicule de la vie. Immédiatement absorbée par les chylifères et par les veines, sans aucune préparation digestive préalable, l'eau est le prototype de l'aliment liquide passant dans le torrent circulatoire pour laver le sang, le fluidifier, pénétrer avec lui au sein des tissus et nettoyer de leurs souillures physiologiques ou pathologiques, naturelles ou accidentelles, les plus ténues et les plus éloignées de nos territoires cellulaires.
Après ce travail d'Augias, l'ieau est ensuite rejetée au dehors par les diverses excrétions : l'intestin, les reins, la peau, les poumons sont les principaux émonctoires d'élimination de l'eau élaborée dans l'intimité des cellules vivantes.
Action pénétrante et dissolvante, stimulation vive imprimée au sang, invigoration transmise au trophisme général : toutes ces influences contribuent à entretenir la vitalité et à faciliter la réparation organique.
Bordeu définissait justement le corps humain « un brouillard épais dans quelques vessies ».
En effet, si l'on considère que l'eau constitue les deux tiers du poids du corps (les os, organes les plus anhydres, en recèlent encore 13 0/0 ; et la sueur, la sécrétion la plus aqueuse, contient 98,6 0/0 d'eau) ; si l'on songe que nous perdons, chaque jour, plus de cinq litres d'eau par nos divers émonctoires, on juge de l'importance, de Yessentialité, attachée au renouvellement régulier de ce liquide dans le corps humain.
L'eau est l'intermédiaire obligatoire pour l'absorption et l'assimilation : plus les substances à incorporer sont diluées et dissoutes, plus l'absorption est rapide et facile. Sans eau, au contraire, ni osmoses, ni souplesse, ni perméabilité des tissus ou des organes, aucune répartition dans la chaleur animale, aucun accomplissement régulier des fonctions les plus simples. Le dessèchement des tissus animaux est toujours la préface de la mort.
L'eau froide, en ingestion, est très tonique : bue lentement, à doses fractionnées, elle stimule tous les actes digestifs.
L'eau chaude agit d'une manière analogue, mais en diluant davantage les matières solides et en séjournant plus longuement dans le sang.
C'est pour cette dernière raison que l'eau froide est surtout diurétique et l'eau chaude diaphorétique.
Quant à l'eau tiède, prise sous forme de bouillons, d'infusions, de tisanes, etc., c'est par excellence la boisson délayante et dépura tive dans les maladies
aiguës et chroniques ; elle apporte aussi bien la chute de la fièvre d'origine zymotique, que la saignée urique favorable à l'arthritisme et à la bradytrophie.
Moins les déchets sont solubles, plus il faut, naturellement, compter sur la qualité (plus encore que la qualité) des liquides à absorber.
Le buveur d'eau est vraiment en possession du maximum de potentiel physique et d'espoir longévital.
Quelle absurdité que de préconiser le régime sec ou xérophagie, sous le fallacieux prétexte de calmer l'irritabilité du tube digestif et d'obvier à la dilatation de l'estomac ! L'eau ne constitue-t-elle pas le meilleur pansement du tube digestif ?
En la bannissant du régime des dyspeptiques, vous ne faites qu'exciter l'inappétence, aggraver la constipation, arrêter le fonctionnement dépurateur du foie et des reins.
Même à l'état physiologique, l'homme doit boire trois fois plus d'eau qu'il ne prend d'aliments solides. L'assimilation régulière des nutriments, la pondération normale des échanges, l'intégrité parfaite de nos divers organes sont à ce prix. Que dire lorsque la pathologie entre en scène ?
Dans les états morbides, je désire insister surtout sur l'action fluidifiante de l'eau à l'égard des sécrétions annexes du tube digestif. Pour chasser tous déchets nuisibles, expulser les toxines, nettoyer les diverses portions du tube digestif, en excitant les mouvements péristaltiques de l'intestin et des canaux biliaires, les boissons chaudes jouent un rôle de premier ordre.
C'est pourquoi nous leur attachons une si grande importance dans le traitement des inf ections (appendicite, fièvre gastrique, fièvre typhoïde, influenza, etc.) pour perfectionner l'œuvre élimina-
trice, décongeslive et aseptisante du calomel et de l'huile de ricin, stimuler les actes sécrétoires et excrétoires, assurer la lessive du foie et des reins.
Dans ces états aigus, l'eau accomplit un travail de vasoconstriction, de diurèse, de diaphorèse ; elle est microbicide ; elle équilibre le calorique et facilite l'influx nerveux ; elle active et redresse le fonctionnement viscéral et les échanges métatrophiques, mouvement désassimilateur par lequel les matériaux éliminés livrent passage à l'introduction d'autres substances.
La suppression des désordres infectieux et les processus de restauration organique sont les conséquences de cette sorte d'hydrothérapie interne, précieuse surtout chez les arthritiques.
Les diathésiques ont un besoin incessant de lutter contre une plasticité habituelle exagérée du sang, d'activer leurs combustions et oxydations et de relever les déchéances organiques, survenues principalement du fait de la stercorémie. Les boissons aqueuses remplissent admirablement ce programme thérapeutique, sans action altérante ni spoliatrice proprement dite.
Supprimez l'eau aux malades : plus de mouvements réactionnels, plus de circulus éliminateur bienfaisant, plus de restitution nutritive.
C'est pourquoi la croyance vitale aux vertus bienfaisantes tet purificatrices de l'eau est le patrimoine des peuples les plus anciens, au point d'avoir été adoptée comme emblème moral et religieux.
En effet, la stagnation des humeurs, l'obs truclion par les impuretés, résidus de la vie cellulaire, l'intoxication par les déchets, la rétention, dans l'économie, des toxines humaines, ne sont-elles pas les causes dominantes de toutes les maladies et de leur gravité ?
En dehors de certaines affections zymotiques (dont il serait, d'ailleurs, temps de restreindre le
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nombre), combien d'anémies, de dyscrasies, de cachexies, de névroses, de manifestations tuberculeuses, rhumatismales, herpétiques, etc., ne sont autre chose que des auto-intoxications méconnues ou larvées !
En agissant sur le territoire de la veine-porte et sur le domaine du plexus solaire (qui commandent si tyranniquement la nutrition dans ses origines radicales), nous rénovons, peu à peu, les capacités assimilatrices déchues, nous désobstruons la glande vasculaire sanguine, nous purifions le « milieu intérieur » dont parlait Claude Bernard.
L'atonie de la circulation-Porte est, d'ailleurs, la grande cause des cholélithiases, des angiocholiles et des cholécystites : elle préside aussi à l'aggravation fatale des colites glaireuses, typhlites et appendicites.
De plus, c'est l'eau chaude (ainsi qu'Ewald et autres auteurs l'ont démontré) qui arrête, le plus efficacement, les fermentations acéto-butyriques, résultant des peptonisations imparfaites et défectueuses.
C'est l'eau chaude, dont le pouvoir, essentiellement dialytique, débouche le plus complètement les émonctoires, en empêchant ces rétentions résiduelles qui président à l'éclosion des fièvres infectieuses de tous ordres.
Lorsqu'il y a pénurie d'eau organique, les déchets stagnent, les sécrétions acides s'exagèrent sur les muqueuses desséchées et l'on voit sourdre, insidieusement, les fermentations les plus toxiques.
Les troubles de la santé s'expliquent, alors, par la dyscrasie sanguine, par l'accumulation en excès des acides uriques, oxalique, etc., le mauvais accomplissement de la fonction hématoplastique et glycogénique du foie.
De plus, les déchets accumulés constituent, pour
le sang, comme autant de corps étrangers et le ralentissement nutritif résulte de l'inactivité obligée des mutations indispensables. C'est dans ces cas, surtout, qu'une abondante ingestion aqueuse impose silence à ces troubles tumultueux et met fin aux diverses exhibitions humorales : septico-pyohémies, furonculose, eczéma, etc., en expulsant les éléments impropres à la vie.
Au surplus, les boissons aqueuses sont les véritables amies de l'estomac : elles causent aux malades une agréable sensation de rafraîchissement, dans toute la sphère cœliaque, dégorgent le foie et la rate, perfectionnent la digestion duodénale et assurent la régularité de la copropoïèse.
Elles augmentent aussi les aptitudes assimilatrices, en assurant la parfaite régularité des actes osmotiques, en fouettant lès paresses sécrétoires, en sollicitant la désagrégation des mucus épaissis et concrétés, en dissipant les borborygmes et les douloureux empâtements que nous causent toujours les fermentations intestinales.
L'eau, <en résumé, a été créée pour les viscères, comme l'air pour les poumons : pour assurer les diapédèses et les contractilités, l'eau est le remède trophique et moléculaire par excellence.
A oe sujet, qu'ils nous soit permis de nous récrier, une fois de plus, contre oe quasi^abandon dans lequel on laisse des malades qui, paralysés ou incapables d'exprimer une volonté ou un désir, meurent littéralement de soif. En ce qui me concerne, je connais des cas où des malheureux, condamnés par des sommités médicales, n'ont dû leur résurrection qu'au seul liquide aqueux. Lorsque, pour diverses raisons, on est contraint de renoncer à la voie gastrique, le gros intestin offre, pour l'eau un précieux point d'absorption.
Dans certains cas de pléthore abdominale, chez
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les uricémiques et dans les congestions prononcées du parenchyme rénal, les lavements chauds rendent les plus grands services.
Dans les fonctionnements imparfaits de la glande hépatique, et même lorsqu'il s'agit du vomito ou de la rémittente bilieuse, l'eau, en boisson, doit être aidée de l'eau tiède, en lavements, afin de secouer vivement la dyscholie et de rétablir, dans la cellule hépatique, les processus de défense, qui neutralisent les poisons entériques et exonèrent nos tissus de cette indigestion fonctionnelle, qui aboutit si fatalement à la toxemie.
Dans les maladies aiguës, fièvres bilieuses, hématuriques, appendicite, etc., les vomissements, loin d'être une contre-indication à l'ingestion d'eau, devraient, au contraire, inciter le médecin à donner en abondance ce liquide libérateur.
La pratique qui consiste à substituer à l'eau nécessaire de petits fragments de glace, qui viennent tromper la soif, est absolument néfaste.
Les atoniques gastro-intestinaux, les néphritiques, les bradytrophiques, prédisposés aux lithiases, au diabète, au torpîd liver ou candidats marqués pour rartério-sclérose ; les migraineux, asthmatiques, névropathes de tous ordres, ont surtout besoin de boissons aqueuses, afin de perfectionner, de façon permanente, leurs oxydations intracellulaires, de combattre la pléthore sanguine et de neutraliser, partout et toujours, rhyperacidisme humoral, substratum rêvé de toutes les manif estations arthritiques, qui sont essentiellement la résultante du défaut de gymnastique cellulaire interstitielle.
B. — L'eau à l'extérieur. — L'action de Fean sur la peau n'est ni moins complexe ni moins certaine, au point de vue physicothérapique qui nous occupe.
La modification calorique, la circulation capillaire et l'influx nerveux vaso-moteurs qu'elle im-