CHAPITRE VII Le Bain Hydro-Electrique
Véritable association de l'hydrothérapie et de l'électricité, le bain hydro-électrique est surtout remarquable pour ses effets toniques et régulateurs, répartis à la fois sur le système neuro-musculaire de la vie de relation et sur celui du grand sympathique.
Son action, qui impressionne tous les tissus, grâce à la meilleure conductibilité de la peau mouillée, son action, peut être, à volonté, généralisée dans une grande baignoire (bain monopolaire ou bipolaire, suivant que le malade tient un pôle dans les mains, ou que les deux pôles sont immergés) ; ou localisée dans les balnéations partielles (pédiluve, manuluve, bains de siège, etc.). Il peut être aussi généralisé ou localisé à volonté, à l'aide de quatre bassins dans lesquels on peut tremper les extrémités.
J'avais, il y a quinze ans, fait construire, en Angleterre, par la maison Doulton, des vases de faïence spéciaux pour ces applications. Depuis, nous avons eu l'appareil allemand, le bain quadricellulaire de Schnée, qui, grâce à un tableau muni de fiches, permet toutes les combinaisons possibles, pour les localisations et la direction des courants
à travers le corps humain. De plus, dans la grande baignoire, des électrodes mobiles peuvent s'adapter aux traitements des diverses régions du corps. On peut, grâce à la conductibilité de l'eau et à une répartition habile des courants, supporter, sans douleur ni secousse vive, des modalités et des intensités électriques qui seraient difficilement tolérées sans l'appoint de l'élément hydriatique.
Comme l'ont parfaitement démontré Hedley, Gautier et Larat, qui ont été les premiers à l'employer, le bain hydro-électrique est, de toutes les applications, celle qui peut être le plus utilement variée dans ses formes, graduée dans sa température, modifiée dans sa force et dans sa durée. Tour à tour, c'est un puissant moyen de galvanisation générale ou une stricte localisation électrothérapique. Son heureuse influence sur les réflexes moteurs, sécréteurs ou inhibitoires, ainsi que sur les centres de l'innervation, doit être, parfois, préférée aux autres procédés d'excitation périphérique, plus délicats à appliquer et moins faciles à supporter par la majorité des patients.
Le bain hydro-électrique, en faisant affluer le sang dans les capillaires, diminue la tension artérielle et apaise l'impressionnabilité générale ; par une sorte de combinaison des vibrations électriques et des ondulations aqueuses, il combat tout mouvement fluxionnaire viscéral et dérive du côté de l'activité cutanée les processus nutritifs.
Pour appliquer le bain hydro-électrique, il faut une baignoire à parois isolantes, remplie d'eau à la température de 35° à 39° centigrades selon les cas. J'ajoute volontiers à l'eau du « Pine needles » et du gaz acide carbonique, qui corroborent les bons effets de l'influx électro-aqueux. J'y dissous souvent aussi des sulfures alcalins ou d'autres sels qui. grâce à l'action électrolytique des courants, dépo-
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sent sur la peau, ou font pénétrer dans l'organisme des corps à l'état naissant, dont l'action médicatrice se trouve ainsi décuplée. Il faut du reste compter que le corps reçoit seulement de 1/16 à 1/12 du courant électrique total, en raison de la résistance de l'organisme suivant les sujets. C'est même un peu pour cette raison que l'innocuité et la tolérance des applications sont toujours parfaites, dénuées de toute réaction perturbatrice ou douloureuse.
Quant aux propriétés thérapeutiques, elles sont surtout électives sur l'activité vitale, ainsi qu'Erb, Hedley, Larat le font, à bon droit, remarquer : amélioration de l'appétit et de la digestion, exaltation trophique, bonification cellulaire, restauration du sommeil, invigoration physique, rehaussement des fonctions génitales, tels sont les effets unanimement notés par tous les observateurs.
Comme nous, Libotte, Hoffmann, Gartner,Lewis Jones, Ward, Colombo, Guimbail en font grand cas dans les maladies de cœur, les maladies de la peau, la chlorose, le lymphatisme, l'obésité, la dysménorrhée, l'hystérie, les névroses.
On peut distribuer dans l'eau trois variétés principales de courants : le courant continu, le courant faradique, le courant sinusoïdal et ondulatoire.
I. — Le courant continu est le moins employé : Son action est surtout sédative et s'applique à l'insomnie rebelle, à la nervosité pénible des grandes hystériques, aux affections prurigineuses de la peau et des muqueuses (anus, vulve), à la sciatique, à l'ovaralgie, à la névralgie lombaire, aux topoalgies, etc.
J'ai observé que le bain hydro-électro-continu supprime parfaitement bien l'irritabilité vasomotrice des névropathes, dans la neurasthénie gastrique et dans la tachycardie, dont les pénibles symptômes résistent trop souvent aux meilleurs
traitements. Il m'a paru régulariser les sécrétions glandulaires et réveiller la contractilité des fibres lisses ; double action qui le rend précieux pour triompher de la coprostase par insuffisance biliaire et de l'ectasie gastrique par parésie des parois musculaires de l'estomac.
J'en ai aussi obtenu de grands bienfaits contre La paralysie agitante, la chorée, le mal de Bosedow l'angor pectoris non coronarienne, les états variqueux et hémorroïdaires rebelles, l'engorgement congestif et hypertrophique de l'utérus (période pré-fibromateuse), certains rhumatismes très douloureux ou certaines lésions dues à l'effort, coup de fouet, lumbago trauma tique, crampes professionnelles, entorses.
II. — Le courant faradique dans le bain répond surtout au traitement des impotences fonctionnelles, de l'atrophie musculaire, de la paralysie. Les amyosthénies avec contractures, les atrophies musculaires sans réaction de dégénérescence (et surtout par suite de névrite, d'éthylisme, de saturnisme, de syphilis) en bénéficient constamment, ainsi que les scolioses et les déformations articulaires du rhumatisme.
Je conseille aussi la balnéation hydrofaradique contre l'obésité, tant en courants généraux qu'en applications locales sur l'abdomen, chez les polysarciques gastrophores, suivant la méthode préconisée par Rockwell.
Le bain électro-faradique augmente la respiralion cutanée et possède une action esthésiogène manifeste chez les hystériques ; avec lui, on voit disparaître les hoquets et les vomissements, les troubles moteurs, les parésies et les contractures. On doit aussi y compter contre la céphalée neurasthénique, la rachialgie, les phobies, le découragement.
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Chez la femme atteinte de troubles dysménorrhéiques sans cause mécanique ou chirurgicale (névropathes constitutionnelles), ainsi que dans les tendances hémorragiques de l'utérus, la menstruation intercalaire, ce traitement est très bon et mérite d'être apprécié par tous les praticiens soucieux de guérir.
Erb observe (comme je l'ai observé moi-même) que le bain hydro-faradique possède sur l'organisme une action puissamment tonique et nettement réparatrice (rafraîchissante, dit-il dans le texte allemand).
Toutes les fois que la nutrition est en déficit et le système nerveux abattu, on en obtiendra les meilleurs résultats, notamment dans les états neurasthéniques, l'anémie cérébrale, le surmenage intellectuel.
III. — Le courant sinusoïdal ou ondulatoire possède surtout une action totius substantiœ sur les troubles de nutrition, l'uricémie, Farthritisme, le mal de Bright. Analogue aux grands courants de haute fréquence, le bain hydrosinusoïdal actionne plus vivement la peau et détermine des contractions beaucoup plus marquées et plus régulières sur les fibres musculaires lisses.
On constate, par lui, l'augmentation sensible de l'urée et de la capacité respiratoire, l'absorption plus grande de l'oxygène sur les hématies, l'augmentation de tous les échanges nutritifs, la décongestion viscérale (foie, rate, reins) et même la suppression des œdèmes, par accroissement notable de la diurèse et de la diaphorèse, perfectionnement des échanges osmostiques et chimiques, accélération des mouvements moléculaires de translation et d'association.
Mais la caractéristique de ces bains est surtout d'activer l'élimination des déchets organiques,
d'empêcher les retards de la nutrition et de comburer les excréta qui accusent une oxydation imparfaite : acide urique, etc.
Toutes les manifestations bradytrophiques (lithiase, diabète, polysarcie, goutte, rhumatisme, névralgies, migraines, dermatoses rebelles, comme l'eczéma ou le psoriasis), les états infectieux chroniques, les convalescences traînardes, les déchéances du système nerveux succédant à l'influenza ou à la typhoïde, sont tributaires du bain hydro-sinusoïdal.
Je l'applique journellement, avec succès, à la cure du rhumatisme chronique, articulaire, musculaire ou viscéral (dans la forme noueuse ou déformante, j'élève la température à 38°-39°, avec addition de GO2 et de Pine Needles) ; à la goutte, à la gravelle, aux états névropathiques, si fréquemment liés à des vices de la nutrition cellulaire.
Je suis persuadé également de son utilité à la première période de l'artériosclérose et pour le traitement des cardiopathies bien compensées et de la dysménorrhée virginale (en appliquant, localisé sur Phypogastre, le courant ondulatoire, ainsi que le conseille Larat).
En résumé :
Décongestif et analgésique, par le massage vibratoire perfectionné que déterminent les ondulations du courant, le bain sinusoïdal fait taire les spasmes nerveux rachidien et sympathique, cause première des états bradytrophiques et dytrophiques en général.
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Résumé et Conclusions
1° Le bain hydro-électrique réalise la combinaison des effets thérapeutiques de l'hydrothérapie et de l'électricité. Son action peut être, à volonté, générale ou localisée : il permet la tolérance de courants intenses et énergiques, combat les fluxions viscérales, pousse l'activité de la peau à son summum. active les oxydations et favorise les éliminations résiduelles ;
2° Quatre variétés de courants peuvent être utilisées : le continu, le faradique, le sinusoïsal et l'ondulatoire ;
3° Le bain hydro-électrique continu est surtout sédatif, antinévralgique, antiprurigineux. Il régularise les fonctions cérébro-médullaires, stimule le dynamisme nerveux. Dans la pratique, il s'applique à l'insomnie, aux névralgies, aux polynévrites et aux névroses ;
4° Le bain hydro-faradique s'applique aux impotences, à l'atrophie musculaire, à la paralysie, à l'amyosthénie, à l'obésité. Son action esthésiogène est précieuse contre l'hystérie, la neurasthénie, l'impuissance, les métropathies, etc ;
5° Le bain hydro-sinusoïdal est surtout dirigé contre les troubles nutritifs généraux, la diathèse arthritique et herpétique, le diabète, l'obésité, les lithiases biliaire et urinaire, l'uricémie ; il accélère la nutrition ralentie et perfectionne les oxydations. Il faut en faire grand cas contre les manifestations trophiques générales, les convalescences anormales, la goutte, le rhumatisme et l'artério-sclérose.