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CHAPITRE VIII

Les Bains d'acide carbonique

Les bains d'acide carbonique, si connus en Allemagne et dans la Suisse Allemande (la seule station de Nauheim donne, annuellement, plus de 300,000 de ces bains pendant la saison), sont devenus d'une application très pratique, grâce à mes appareils et à ceux de Fischer et Kiefer, que le premier, en France, j'ai eu l'idée d'installer dans mon établissement, voué à la cure par les agents physiques exclusivement.

L'acide carbonique s'échappe de ces appareils dans la baignoire, en quantité considérable, grâce aux cylindres d'acier renfermant ce gaz liquéfié. Le gaz peut être débité, avec autant de sécurité que de régularité, avec une pression variable de 2 à 12 atmosphères, qui répond à tous les desiderata thérapeutiques. Je minéralisé, d'ailleurs, l'eau de mes bains par l'addition d'une quantité notable de chlorures alcalins et alcalino-terreux, dont l'action synergique se surajoute à celle de CO2, au point de donner des effets très analogues aux bains de Nauheim, de Marienbad, Rheinfelden, Ischl et aux autres stations étrangères, renommées pour la cure rationnelle des cardiopathies, de la faiblesse générale, de l'arthritisme, des névropathies et des ma-

ladies féminines. Véritable bain de Champagne, le bain carbonique est, pourtant, connu en France depuis un siècle et demi (il a été décrit par Baumé en 1755) et appliqué, de longue date, dans nombre de nos stations thermales, notamment à Saint-Alban, de temps immémorial.

Les anciens auteurs disent qu'il cause une sorte de chaleur prurigineuse, avec animation, turgescence et diaphorèse cutanées, accélération du pouls, éréthisme génital et envies fréquentes d'uriner.

Au sortir du bain, ces phénomènes stimulants et hyperesthésiques persistent quelque temps, ce qui rend indispensables l'exercice et l'habillement chaud, afin de ne pas entraver la réaction.

L'anesthésie nerveuse et la révulsion décongestive, attribuées, avec raison, aux bains de CO2 par les anciens observateurs, les faisaient employer empiriquement dans les paralysies, les rhumatismes, la sciatique, les myélites, etc. Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de ces applications, nous efforçant d'élucider la juste 'et parfaite valeur curative de ce nouveau mode balnéaire de plvysicothérapie, sans rien exagérer.

L'action des bains de CO2 varie, évidemment, suivant la durée du bain, sa température, sa minéralisation. Court, le bain est excitant et perturbateur ; prolongé, il est calmant et tonique. Plus il est chaud, plus il est sédatif et résolutif.

Quant à sa minéralisation, plus elle est riche en chlorures et en gaz dissous, plus les effets, que nous allons décrire succinctement, sont marqués et se prononcent.

Un bain tempéré procure d'abord une certaine sensation de fraîcheur à la peau. Puis une détente réactionnelle se produit : peu à peu, des chatouillements, des picotements, de la rougeur, un peu de cuisson, se font sentir sur les téguments, et le bai-

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gneur accuse une forte envie d'uriner. La peau est recouverte de petites bulles de gaz qui éclatent à la surface, isolant, jusqu'à un certain point, le corps de l'eau ambiante et excitant vivement les terminaisons nerveuses cutanées. Les nerfs de la peau transmettent leur vibrations aux centres de l'innervation, qui ne répondent à leurs sollicitations synergiquement d'une manière réflexe.

Les phénomènes biologiques cheminent donc, par voie centripète, jusqu'aux centres nerveux, pour les ébranler et les faire intervenir.

Le début du réflexe est l'énergique révulsion sur la peau : la circulation y gagne en ampleur et en plénitude ; les échanges moléculaires en éprouvent un surcroît d'activité ; l'exhalation pulmonaire en est, elle-même, accrue, comme la fonction de diurèse, grâce à la décongestion splanchnique et à la dérivation du sang dans le système capillaire (dérivation opérée par cette multitude de petites ventouses auxquelles je faisais, tout à l'heure, allusion).

L'importance inusitée de cette révulsion nous rend compte de l'énorme activité imprimée aux combustions organiques chez les arthritiques.

Après le bain, le sujet éprouve une vive impression de défatigue, de calme et de bien-être, coupé de mictions fréquentes et abondantes, et caractérisé, pourtant, par l'accroissement de l'énergie, l'agrément du mouvement, la quiétude de toutes les fonctions organiques. On observe aussi une plus grande souplesse et une plus grande douceur de la peau, résultats d'une action stimulante et détersive, qui se traduit également par le blanchiment des téguments et l'irrécusable prophylaxie de dermopathies habituelles. Certaines dames connaissent parfaitement ces précieux avantages de nos bains de CO2 et nous les demandent par pure coquetterie.

Un des effets les plus constants du bain que nous

étudions, c'est la stimulation notable imprimée à l'appareil génital, non seulement chez l'homme, pour la lutte contre l'anaphrodisie, mais encore dans le sexe féminin. Kisch, le savant praticien de Marienbad, a observé que la menstruation est plus abondante et avance de deux à cinq jours, chez les femmes traitées par la balnéation carbonique : cela s'explique, assurément, par le drainage vasculaire et la désobstruction du système nerveux, qui s'opèrent grâce à l'énergique contraction imprimée aux fibres lisses des vaisseaux.

Ajoutons qu'au sortir du bain, l'appétit est plus impérieux. Ce réveil des fonctions gastriques sera utilisé, avec le plus grand succès, chez les anémiques et les névropathes, qui sont, presque tous, des anorexiques et des atoniques de l'estomac.

Le bain de CO2 convient, du reste, à merveille aux habitants des villes. Il remédie à leurs habitudes sédentaires, ainsi qu'à l'absence de l'exercice au grand air ; il empêche V accumulation des déchets nocifs, relève la déchéance organique et procure efficacement des effets métacrasiques et métatrophiques, durables et profonds grâce aux réflexes dynamogéniques créés sur la peau. Aussi est-il appelé à prendre une place d'élite dans la balnéation médicamenteuse.

Le bain carbonique est appliqué outre-Rhin (et surtout à Nauheim) pour le traitement physique des maladies de cœur. Schott et ses élèves observent, unanimement, que ce bain soulage et fortifie la circulation et favorise les compensations vasculaires. Cette influence thérapeutique dominante à l'endroit des cardiopathies nous prouve une efficacité sur la réduction des cardiectasies, la prolongation diastolique, le renforcement systolique et la résorption même de certains exsudats vasculaires récents. Incontestablement, l'acide carbonique (uni surtout

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aux chlorures) agit sur le pneumogastrique par le moyen des excitations nerveuses de la périphérie et soulage singulièrement la circulation générale, par la dérivation diurétique. De plus, il y a absence de tout danger pour les cardiaques. Le bain de CO2 supprime chez ces malades les sensations d'angoisse et de compression, atténue les palpitations et la dyspnée d'effort et rétablit la nutrition régulière du cœur, même dans les cas d'artério-sclérose et de coronarite confirmée.

Malgré les travaux allemands et en dépit de la mode (qui existe en thérapeutique comme en vêtements), force nous est d'élargir ces indications trop étroites et de résumer, ici, les grandes catégories morbides capables d'obtenir, par nos bains gazeux, soulagement et guérison. Nous n'aurons, pour ce travail, qu'à consulter notre registre de consultations journalières.

A. Arthritisme. — C'est dans la goutte torpide et dans les manifestations polyarticulaires du rhumatisme chronique apyrétique, que nous rencontrerons surtout les tributaires du traitement. Nonseulement nos bains agissent contre l'uricémie et la diathèse acide, mais encore nous stimulons localement des régions engorgées par la myodynie ou par l'arthrite. J'ai vu certaines variétés de dermatoses rhumatismales (eczéma, lichen, psoriasis, érythème) disparaître chemin faisant et comme par surcroît.

Dans les arthrites, j'ai remarqué, d'abord, l'action anesthésiante, puis la plus grande mobilité, imprimées aux régions malades, enfin la résorption évidente des dépôts phlegmasiques les plus anciens.

Dans le diabète et le mal de Bright, l'action périphérique nous semble appelée à fournir d'admirables résultats, comme, du reste, toute électrisation par les courants de haute fréquence. On sait combien ces deux graves nosohémies se réclament de

l'élimination des déchets et de la révulsion tégumentaire, trop souvent négligée, hélas ! dans la pratique contemporaine.

Du reste, le débarras des matériaux excrémentitiels hétérogènes, par l'ouverture et la stimulation des différents émonctoires, nous explique fort bien l'action de restauration et de reconstitution organiques, chez les arthritiques. Les analyses d'urines (auxquelles je me suis livré assidûment) prouvent la lixiviation radicale des reins et l'inversion favorable du mode nutritif, réalisées par une action catalytique complète sur le foie et l'appareil urinaire. C'est, assurément, parce qu'il perfectionne, à merveille, toutes les oxydations, que le bain de CO2 se montre antiarthritique et antiuricémique par excellence.

B. Chloro- Anémie. — Le bain chloruré carbonique s'est toujours montré un excellent adjuvant de la reconstitution sanguine : son usage répété rend l'hématose plus complète, relève les forces vitales et se montre précieux dans ces états aglobuliques diathésiques, présidant à l'instauration de la tuberculose. La disparition des souffles anémiques des carotides et de la base du cœur est la règle, après une douzaine de bains. Le réveil de la langueur circulatoire, langueur d'où dérive, en partie, la misère physiologique, s'opère parallèlement. La constitution se retrempe, à mesure que les proliférations d'hématoblastes reçoivent le coup de fouet de la balnéation chlorurée gazeuse.

J'ai même observé cette action dans les anémies tropicales et dans le paludisme colonial, alors que l'eutrophie hématique avait été vainement chercher par l'hydrothérapie froide et les ferrugineux. Le bain carbonique favorise sûrement le conflit de l'oxygène et des globules ; cette action de remont <ment l'a fait préconiser, avec raison, à l'étranger,

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dans les convalescences, l'azoturie, la phosphaturie et les diverses dyscrasies qui revêtent le masque banal de l'anémie (leucocytose, adénie, carcinose, etc...)- En provoquant les plus utiles réactions modificatrices, en suractivant l'ensemble du système trophique général, le bain chloruré gazeux augmente la résistance vitale, excite la phagocytose et restitue, chez les asthéniques et les débiles de la clientèle urbaine, la vigueur et l'énergie défaillantes.

La chloruration, d'ailleurs, dans certains cas d'hyponutrition, sera assez importante pour stimuler la production de l'urée et activer l'assimilation régulière des albuminoïdes. Or, l'insuffisance nutritive nous explique, presque toujours, la torpidité des oxydations. Aussi, pour accroître l'oxyhémoglobine et diminuer la leucocythémie, pour créer la rutilance des hématies et rehausser la vitalité neuromusculaire, rien ne vaut le bain carbonique chloruré, tel que nous le formulons.

C. Obésité. — Dans le traitement de la polysarcie, notre bain exerce une action curative lente, progressive et continue, s'opérant par le redressement de la nutrition déviée et la suppression graduelle de l'atonie générale, si particulière aux obèses.

Le bain d'acide carbonique imprime à l'économie torpide l'activité trophique qui lui fait défaut, principalement du côté de la circulation lymphatique. D'ailleurs, l'action résolutive et reconstituante de cette balnéation s'étend à la pléthore abdominale et à la tendance aux dépôts sanguins ou strumeux. Toutes les fois que la bradytrophie semble en cause et que la thérapeutique suroxydante paraît indiquée, le bain de CO2 débarrassera l'organisme de ses déchets et de ses toxines, assurant, tout ensemble, la perspiration cutanée et la dépuration un-

naire régularisant le circulus sanguin, ainsi que la sensibilité périphérique. C'est pourquoi toutes les maladies caractérisées par la stase humorale et par la lenteur des actes organiques sont justiciables du bain chloruré gazeux fréquent.

Dès les premiers bains, disparaissent les migraines, les douleurs, l'irritabilité spéciale des polysarciques ; la peau devient le point de départ des plus heureux réflexes cura tifs. Les chlorures ne possèdent-ils pas, vis-à-vis de nos téguments, la plus remarquable affinité, prouvée par les succès de tant de stations célèbres ?

Notre bain carbonique chloruré, en imprimant à la circulation capillaire, « véritable maîtresse de la circulation générale » (Marey), un coup de fouet du meilleur aloi, soulage la dyspnée des obèses et leur oppression (qui confine si volontiers à l'asthme et à Yangor pectoris, et présage, lorsqu'elle persiste, dp graves complications).

D. Métropathies. — Pour régulariser la menstruation, rendre les époques plus aisées et moins douloureuses, résoudre les engagements utérins, le bain carbo-gazeux chloruré s'est montré toujours très efficace. On sait combien la dysménorrhée et la leucorrhée liées à la chlorose sont souvent difficiles à déraciner. Les bains de CO2 nous offrent, pour cette cure radicale, un moyen énergique et dénué de tout péril. Les poussées utérines subaiguës, le prurit vulvaire (si pénible surtout chez les diabétiques et rebelle à tant de traitements), les névralgies utéro-ovariennes, ces opprobria artîs, ont été améliorés et enrayés, après une série de dix à vingl bains : résultat d'autant plus remarquable, qu'il s'agissait de cas anciens pour la plupart et ayant résisté aux thérapeutiques les mieux comprises.

Le bain chloruré gazeux arrête le travail fluxionnaire de l'utérus malade ou fibromateux et rétablit

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ainsi l'harmonie, avec la résolution, dans les diverses parties de la sphère génitale féminine. Il est assurément indiqué dans la tendance répétée aux fausses couches, les catarrhes de la matrice, les congestions passives de la ménopause, les cellulites et hyperplasies du petit bassin.

La clinique allemande est pleine d'observations de régressions rapides de fibromyomes, par cette méthode purement externe, et les gynécologistes les plus éminents insistent aussi sur le pouvoir cicatrisant du bain chloruré-gazeux sur les ulcérations du col utérin, lorsqu'on fait bénéficier le vagin de l'action directe de l'eau médicamenteuse par le moyen du spéculum grillagé (ainsi que cela doit se faire dans toutes les métropathies). Ne savons-nous pas, d'ailleurs, que le gaz CO2 fut, souvent, préconisé comme topique, dans les ulcères et les plaies atoniques, sphacèles, etc., et a toujours montré les qualités du plus merveilleux pansement ?

E. Affections nerveuses. — J'ai eu aussi l'occasion d'expérimenter le bain carbo-gazeux dans les névralgies et dans les névroses, qui constituent une importante partie de ma clientèle journalière. La sciatique, la névralgie intercostale et lombo-abdominale, la dermalgie et les viscéralgies (surtout féminines, ainsi que je l'ai dit tout à l'heure) sont influencées de la manière la plus encourageante par cette active médication.

Les phénomènes convulsifs et spasmodiques, l'hyperesthésie et l'anesthésie hystériques, l'hypocondrie, la chorée et diverses formes d'irritation spinale nous ont paru promptes à s'améliorer par notre balnéothérapie chlorurée gazeuse. Les neurasthéniques en éprouvent une détente sédative, qui se produit par l'équilibration de l'action nerveuse et la meilleure répartition de l'influx vital. L'atonie gastro-intestinale et la dyspepsie flatu-

lente (si communes dans les neurasthénies, qu'elles font, depuis Charcot, partie intégrante du tableau séméiologique de cette maladie si moderne, la « nervous dépression ») éprouvent les incontestables bienfaits du bain, comme, du reste, dans les stations thermo-minérales où on l'applique couramment.

Pour terminer, en rappelant l'une des plus curieuses propriétés de cette médication, je dirai que Kisch, qui pratique depuis plusieurs années déjà, à Marienbad, les bains d'acide carbonique pur, a publié leur influence remarquablement stimulante sur les organes sexuels de l'homme. Il les préconise hautement contre la torpeur génitale et l'impuissance virile. Le même savant a aussi obtenu les plus heureux résultats curatifs, dans divers cas d'amyosthénie et de paralysie périphériques. Il attribue ces succès à la résorption d'exsudats péri-nerveux, par l'accroissement de la circulation dans les vaisseaux capillaires.

Quelle que soit l'interprétation, il est incontestable que la physicothérapie, si précieuse dans les états chroniques, possède dans les bains chlorurés gazeux convenablement installés et administrés, un moyen hygiénique et curajif souvent puissant, toujours utile, qu'il était bon de faire connaître et de vulgariser en France.

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