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CHAPITRE X

La Mécanothérapie

La mécanothérapie est une des branches de la physicothérapie. Elle consiste dans l'application raisonnée de la mécanique, dans la provocation de mouvements corporels, systématiques, méthodiques, réglés dans leur forme, leur puissance, leur étendue. C'est le Suédois Zander qui, il y a cinquante ans, réalisa l'idée de remplacer ainsi les procédés, purement manuels, de la gymnastique suédoise. En isolant les mouvements, en groupant les contractions musculaires, il a pu arriver à la rééducation physique des attitudes et à l'utilisation foncière des forces générales.

Les progrès de l'art mécanique nous ont doté, depuis quelques années, d'appareils plus perfectionnés ; ceux que nous utilisons à notre Institut de physicothérapie représentent, quant à présent, l'idéal du genre. Il existe aujourd'hui, en effet, dans le commerce, en Scandinavie et en Allemagne surtout, des appareils qui témoignent d'un grand progrès sur les appareils primitifs. Il suffit de les comparer pour être immédiatement édifié.

Ces nouveaux appareils agissent avec une douceur qui n'a d'égale que leur précision, pour le dosage automatique rigoureux du travail musculaire, l'exacte localisation de l'énergétique, le réglage scientifique de l'amplitude et de la vitesse, dans les mouvements, actifs et passifs. Avec ces appareils nouveaux, il nous est possible d'utiliser et de faire prospérer des muscles presque entièrement atrophiés, offrant même le minimum d'énergie et qu'on aurait pu croire voués à une déchéance irrémédiable. Gradué entièrement sur le principe du balancier, notre outillage méthodique est, d'ailleurs, aussi complètement installé que ceux de Stockholm et de Wiesbaden. Il permet d'obtenir les manipulations les plus régulières comme rythme et comme amplitude, avec annulation des réflexes antagonistes et suppression rigoureuse de la douleur, ce qui est capital en thérapeutique.

Les appareils passifs n'exigent aucun effort de la part du malade qui les subit, tandis que les appareils actifs sont, naturellement, basés sur le principe suédois de l'opposant. La graduation y est déterminée toujours par avance et le dosage en est absolument mathématique. Tout le problème à résoudre consiste dans le nombre et la variété des appareils mis en fonction et, disons-le, dans l'expérience et le tact clinique du praticien. Il faut aussi pouvoir alterner avec les autres agents physicothérapiques (notamment l'hydro et l'électrothérapie), les diverses séances de mécanothérapie.

Les appareils passifs sont : ou à balancements. ou à manipulations. Quant à ceux qui sont spécialement orthopédiques (ou de redressement), ils sont surtout employés pour la correction de la scoliose et des déviations en général, dans le jeune âge.

La multiplicité des machines réunies et leur coordination commode nous permettent d'instituer

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des séances d'exercices variés, choisis, parfaitement adaptés aux divers cas, ainsi qu'à l'âge, au sexe, aux professions, aux tempéraments et constitutions. La mécanothérapie bien comprise présente l'élasticité d'une ordonnance pharmaceutique et permet l'entraînement progressif et rationnel des malades les plus divers.

En thèse générale, toute mécanothérapie (active et passive) est favorable à la cure du ralentissement nutritif. C'est ainsi que les diabétiques, les obèses, les goutteux, les herpétiques et les arthritiques en général, se trouvent heureusement modifiés dans leur situation, par la mise en œuvre d'une action musculaire complète et précise. Le muscle n'est-il pas le théâtre des combustions les plus utiles à la vie et à la santé ? Pour brûler la graisse, le sucre, l'acide urique et autres déchets, rien ne vaut l'exercice musculaire. Malheureusement, la plupart des bradytrophiques répugnent à l'exercice et il faut avouer que certains sont absolument incapables d'en faire : il y aurait même danger parfois de conseiller trop énergiquement à ces malades une existence mouvementée, active, que leur système artériel serait fort incapable de supporter. (C'est ainsi que les abus de la chasse et de l'automobilisme font de si nombreuses victimes, à partir de la cinquantaine.) Mieux vaut donc la mécanothérapie qui, elle, s'adresse à tous les paresseux de mouvement, à tous les asthéniques des muscles et n'est pas une arme à deux tranchants, comme le sport, dont on est trop souvent tenté d'abuser, à notre époque où la mode tourne trop facilement au snobisme.

Le rhumatisme chronique, l'atrophie musculaire progressive, les paralysies, les atonies neurasthéniques ou hystériques, la chlorose, l'ataxie locomotrice, la maladie de Parkinson, sont également

justiciables de la mécanothérapie bien appliquée. Elle vient compléter la chirurgie et l'électrothérapie, dans la cure des affections abdominales et utérines, du pied-bot, du rachitisme, etc. Elle nous permet d'agir vivement sur la circulation périphérique et d'augmenter l'amplitude des mouvements respiratoires, en régularisant la motilité cardiaque — et, cela, d'une manière assez analogue à la cure de terrains, préconisée naguère par Œrtel, on sait avec quels succès.

La constipation, les hémorroïdes, l'engorgement veineux abdominal (Yunterleibsvollblûtigkheit, si cher à la race germanique) sont aussi améliorés et guéris par la mécanothérapie, qui suractive la circulation, fait tomber les barrières et les œdèmes qui gênaient le cours du sang et favorisaient ainsi sa stagnation.

A l'époque de la ménopause, ainsi que chez les sujets sédentaires, qui ont besoin d'exercice, les appareils mécanothérapiques nous apportent un secours prophylactique et curatif, qui n'est pas à dédaigner. On les utilise aussi dans le traitement des reliquats d'affections pulmonaires : asthme et emphysème, dilatation des bronches, vieilles adhérences des plèvres, inertie de la cage thoracique, candidature à la tuberculose, par mauvais fonctionnement des sommets pulmonaires, hypertrophie cardiaque de croissance, etc.

Les hydarthroses traumatiques, avec ou sans atrophie musculaire, sont rapidement modifiés par des mouvements passifs et actifs ainsi appropriés : ces derniers doivent être gênés dans leur exécution systématiquement (à l'aide de mécanismes fort ingénieux), au moyen de résistances graduées et calculées par un exact dosage. Il existe, d'ailleurs, un appareil pour chaque articulation et chaque groupe musculaire ; c'est ainsi que le tronc, les membres

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supérieurs, les membres inférieurs, peuvent travailler en extension, flexion, adduction, abduction et même arriver à effectuer deux mouvements contraires, grâce aux renversements faciles des leviers d'opposition. Dans les entorses, les luxations, les suites de fractures, on conçoit quels bienfaisants services ces appareils multiples sont capables de rendre, tout en accroissant la santé générale, en équilibrant l'innervation et la calorification. Les varices, les névralgies rebelles, les impotences fonctionnelles des convalescents, les défauts de la croissance, l'étroitesse respiratoire, les raideurs des membres, sont aussi, au plus haut point, justiciables de cette méthode de régularisation fonctionnelle, à la fois systématique et toujours individualisée. Les vieillards, les femmes et les débiles, qui ne sauraient, sans fatigue, se livrer aux sports violents ou à la gymnastique même ordinaire, doivent être soumis à la mécanothérapie, qui leur évitera tout surmenage, en rétablissant l'équilibre parfait de leur santé compromise.

Favoriser la bonne circulation du sang et l'innervation régulière, n'est-ce pas éviter l'artériosclérose, la dégénérescence graisseuse d'importants organes, les atonies digestives et nutritives, l'insuffisance hépato-rénale, les congestions, la constipation, la dilatation d'estomac et le relâchement des tissus en général ? En faisant la rééducation des muscles, on augmente aussi la capacité vitale, on coordonne toutes les fonctions. Chez la femme, on prévient les métrites, les congestions pelviennes, les déplacements utérins, les états dysménorrhéiques, les attitudes incorrectes ou vicieuses, par la gymnastique auto-motrice que nous préconisons.

La mécanothérapie est, d'ailleurs, la meilleure préparation aux sports actifs et à la vie en plein air, qui trouvent, par son secours, les muscles mis en

forme et prêts à effectuer du bon travail. La souplesse et la légèreté, l'absence de toute courbure, le réveil synergique des forces latentes de l'organisme, pour le jeu normal de toutes les fonctions, voilà les grands avantages de la mécanothérapie, « gymnastique de douceur et de précision » (Huchard), antidote parfait de la faiblesse musculaire et de l'incapacité fonctionnelle, selon nous.

Grâce à la division extrême du travail et à l'atténuation de tout effort, comme au dosage précis de l'exercice, la mécanothérapie est une méthode applicable aux sujets les plus affaiblis -et souvent les plus tarés. Elle s'adapte aux assouplissements, fréquemment difficiles, de la contraction musculaire, par d'insensibles réglages qui diversifient doucement ses intensités, dégagent les capillaires, fondent les exsudats et font subir, à tous les tissus, les manipulations les plus salutaires et les plus profondes.

A côté de la mécanothérapie proprement dite, nous avons groupé un grand nombre d'autres appareils kinésithérapiques, pour le massage et la vibration. Ces appareils (aussi délicats et intelligents dans leur action que la main humaine la mieux dressée), exercent diverses manœuvres de contact et de pression, étendues ou profondes, selon les cas. On conserve au muscle, par ces moyens, sa nutrition et sa tonicité ; on exerce des actions trophiques locales ou générales, précieuses dans bien des cas ; on peut presser, pétrir, effectuer des tractions, modifier les molécules organiques des tendons, vaisseaux et nerfs ; agir même sur certains organes profonds (intestins, foie, vessie, reins, prostate, cœur, poumons), si difficilement accessibles. Effleurage, pincement, friction, pétrissage, percussion, tapotement, trépidation, tous ces procédés sont mis en œuvre, mécaniquement, par des appareils, dont les ondes motrices calment toujours les irri-

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tabilités, en influençant les extrémités nerveuses et en augmentant la rapidité des échanges et des combustions oxydatrices. L'énergie cérébro-médullaire se réveille aussi, sur ces entrefaites, au grand bénéfice de toutes les fonctions vitales et de la nutrition, toujours languissante, surtout chez les lymphatiques, les obèses, les diabétiques, les arthritiques et neurasthéniques en général.

Ces pratiques kinésiques ont aussi l'avantage de restituer à la peau sa souplesse et sa perméabilité, c'est-à-dire de perfectionner les réflexes et d'activer l'imbibition des tissus par une bonne circulation en retour (alternatives de vaso-constriction et de vaso-dilatation). On voit encore, par ce massage, croître la nutrition des insertions musculaires sur le squelette, et augmenter la stimulation des extrémités terminales des nerfs ganglionnaires. Enfin, il produit une suractivité des épithéliums glandulaires et, par conséquent, l'excitation des émonctoires, d'où sensation de bien-être, régularisation de l'appétit et du sommeil, résistance plus marquée au travail, etc.

A propos de l'insomnie, disons ici que, lorsqu'elle relève de l'hypérémie de la cavité crânienne (ce qui n'est pas très rare), quelques séances de massothérapie mécanique du cou et du tronc suffisent à la faire disparaître et à délivrer heureusement certains malades de la néfaste tyrannie des narcotiques habituels.

Les malades hypertendus, dont la circulation hépatique est défectueuse, voient leurs artères s'assouplir et leur pression vasculaire baisser par la massothérapie mécanique générale, qui régularise aussi les selles et accroît sensiblement la diurèse. Avec l'appoint de la haute fréquence et des bains carbo-gazeux, nous parvenons à éloigner, maintes fois, les accidents de l'artério-sclérose confirmée (et

non pas seulement dans la période prescléreuse, comme on pourrait le supposer).

Une variété de kinésithérapie, qui nous a donné (ainsi qu'à bien d'autres médecins) de réels succès, c'est la vibro thérapie. Elle réussit à merveille chez les neurasthéniques, les migraineux, les cardiopathies, pour calmer les crises douloureuses et redresser les troubles f onctionnels, ralentir le pouls, régulariser la pression sanguine et l'amplitude respiratoire. Malheureusement (comme l'a dit Siebert au Congrès de Breslau), une industrie trop zélée s'est emparée du massage vibratoire, avec une absurde exagération de réclame et (ajoutons-le) une parfaite insuffisance d'appareils. Les déceptions innombrables des malades ont fait tomber alors la panacée en discrédit.

Pour récupérer l'activité fonctionnelle d'un organe et rappeler l'afflux sanguin local (dont Bier a montré récemment l'efficacité curative), régulariser les sécrétions et les péristaltismes, augmenter les influx nerveux, rien ne vaut la médecine vibratoire bien appliquée. Très rapide, la vibration est sédative et désobstruante ; plus lente, elle est tonique et éliminatrice des déchets sanguins et lymphatiques, productrice de mouvements musculaires doux et passifs ; plus lente encore, elle devient calorifique, métabolique et, conséquemment, anti-zymotique.

Cette manœuvre kinésithérapique est essentiellement successive et propulsive, grâce au tremblement oscillatoire moléculaire des tissus, et à cette gymnastique cellulaire générale. Les impotences fonctionnelles résultant de fractures ou de luxations, les entorses, les tours de reins et lumbagos, le torticolis, les divers rhunialismes musculaires, les crampes gastralgiques, sont particulièrement tributaires de la méthode de trépidation centrifuge. Je la

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conseille aussi dans les contractures des hémiplégiques, la paralysie agitante, et, en général, toutes les méiopragies fonctionnelles, telles que les définissait Potain.

La méthode n'est évidemment pas nouvelle, puisque les Chinois la pratiquaient déjà il y a quatre mille ans : mais elle a été remise à la mode depuis vingt ans, surtout après que Charcot eût exhumé le fameux trémoussoir utilisé au dix-huitième siècle par l'abbé de Saint-Pierre (leçons de la Salpétrière, 1892). C'est le perfectionnement récent de nos appareils qui nous a permis de les appliquer particulièrement, même aux maladies féminines : prolapsus, déviations, involution utérine incomplète du post partum, anomalies menstruelles, tumeurs fibreuses, salpingo-ovarites, etc. Comme l'a démontré Bourcart, de Genève, un exsudât met cinq fois moins de temps à se résorber avec la vibrothérapie qu'avec le massage ordinaire ; de plus, les vibrations rapides, amenant avec elles une certaine anesthésie, les malades les supportent beaucoup mieux que les manipulations massothérapiques les plus habiles et les plus magistralement conduites.

La sédation nerveuse des hystériques, la cure des névralgies, des constipations spasmodiques, l'amélioration des cardiopathies valvulaires ou artérielles, la suppression des stases veineuses et l'augmentation de la diurèse, etc., s'obtiennent facilement par le moyen des ondes douces généralisées, qui modifient singulièrement la circulation et le nervisme, sollicitant une active gymnastique cellulaire qui ne peut qu'être favorable à la trophicité générale.

En résumé :

1° Application raisonnée du machinisme à la production de mouvements méthodiques, la méca-

nothérapie est, avant tout, une méthode de perfectionnement et de rééducation auto-motrice.

2° Les appareils doivent agir avec douceur, mais toujours avec une précision énergique, rigoureuse, et s'adapter, comme rythme et amplitude, à tous les groupes musculaires, sans exiger des efforts ni provoquer des intolérances. Il faut donc, dans l'instrumentation, une grande variété et un dosage presque mathématique.

3° On distingue les appareils passifs, à balancement ou à manipulations ; les appareils orthopédiques, correctifs, coordonnés pour les redressements ; enfin les appareils actifs, esentiellement favorables, dans leur ensemble, à tous les ralentis de la nutrition.

4° Les affections rhumatismales et nerveuses, les atrophies, asthénies et atonies, les convulsions et contractures, la chorée, le tabès, la paralysie agitante, les affections abdomino-utérines, cardio-respiratoires et rachitiques, la constipation, l'engorgement veineux abdominal, la scoliose, le pied-bot, les hydarthroses, entorses, luxations, varices, etc., sont justiciables de cette excellente méthode anatomofonctionnelle et coordinatrice, sport idéal du vieillard et de l'homme du monde, antidote précis et doux de l'incapacité fonctionnelle.

5° La massothérapie mécanique et la vibrothérapie collaborent aussi à l'entretien physiologique de la tonicité musculaire et au réveil de l'énergie nerveuse, ainsi qu'à la suractivité des glandes et émonctoires. Les arthritiques hypertendus, les neurasthéniques insomniaques, les goutteux, rhumatisants et névralgiques, auront recours, avec succès, à nos appareils de régulation invigoratrice.

6° La vibrothérapie, en particulier, calme les crises douloureuses, régularise la pression sanguine et l'influx neuro-musculaire. Mais il faut qu'elle soit

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pratiquée par le médecin spécialiste, avec des appareils perfectionnés et précis dans leur manœuvre de propulsion moléculaire et de trépidation centrifuge.

La vibro thérapie, bien faite, doit être surtout appréciée aux points de vue sédatif et résolutif des engorgements et exsudats pathologiques.

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