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CHAPITRE XI

Gymnastique rationnelle

Aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte et chez le vieillard lui-même, l'inaction présente les conséquences les plus graves pour la santé. Nos combustions vitales, l'entretien régulier de nos tissus, le rétablissement de certaines fonctions et même la régénération de certains organes peuvent se conquérir par un exercice méthodique et bien dosé. Plus sûrement que la thérapeutique du droguier, la cinésithérapie triomphe des états dyspeptiques, redresse l'assimilation, accélère la nutrition, élimine les scories dangereuses et perfectionne les oxydations incomplètes. L'exercice maintient aussi la souplesse de nos éléments anatomiques, active la dépuration par la peau, augmente la résistance du cœur et prévient les scléroses et les atrophies. Non seulement la cinésithérapie est trophique, mais elle est aussi sédative des nerfs, et l'on sait avec quel succès les pays Scandinaves en font ressource contre la neurasthénie, l'insomnie et la plupart des misères nerveuses.

Plus la profession est intellectuelle et sédentaire, plus il faut recourir aux mouvements musculaires, pour obvier aux déviations nutritives, empêcher la débilitation des ressorts organiques, stimuler la cir-

culation régulière, combattre l'anémie et le lymphatisme par une hématose devenue plus ample et plus intensive. L'être humain est un transformateur d'énergie : tous les phénomènes physiologiques s'éclaircissent à la lumière de cet axiome. L'organisme emmagasine le potentiel énergétique dû au travail extérieur de la contraction musculaire, au bon fonctionnement des glandes, au développement de la chaleur animale. Vouée à l'exercice, l'économie est en perpétuel état d'évolution et prolonge, en quelque sorte, son développement et sa croissance, grâce à ses provisions énergétiques : c'est la dépense (chose paradoxale) qui amène ici la richesse.

Dans la plupart des insuffisances fonctionnelles, c'est plutôt la tension nerveuse qu'il faut augmenter que la méiopragie même des tissus. Les agents cinétiques possèdent, dans ces cas, une action dynamogène de premier ordre. Ils relèvent ce que j'ai appelé autrefois le nervisme, orientant et équilibrant, pour le mieux, la répartition des forces nerveuses de l'être. C'est ainsi que les défenses organiques sont mises en état de résister aux infections et aux auto-intoxications ; c'est ainsi que le taux du métabolisme cellulaire est régularisé, pour le grand bien de la nutrition.

Tout organe en mouvement se fortifie, augmente son trophisme, sa force et sa capacité de travail. La contraction musculaire multiplie les échanges nutritifs du muscle et fait proliférer ses éléments fibrillaires, à la condition, toutefois, de ne pas en abuser, de doser et de graduer le travail, pour éviter la fatigue, le surmenage et l'amyosthénic atrophique. Des séances cinétiques de 20 à 30 minutes, séparées par quelques intervalles de repos, mais des séances quotidiennes, deviennent alors indispensables, surtout lorsqu'on poursuit un but ortho-

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pédiquc. Quant à l'exercice athlétique ou acrobatique, il est toujours antiphysiologique et provoque souvent des troubles nutritifs durables. Comme le dit très bien Lahy : « Le travail modéré régularise les échanges, tandis que le travail exagéré gaspille les réserves de l'organisme. » Avec un travail exagéré, l'azote n'est pas totalement utilisé ni transformé : il s'élimine à l'état de composés uriques et xanthiques, qui exercent une action des plus toxiques sur les reins <et sur le foie. L'acide phosphorique, si utile aux centres nerveux, se trouve ainsi chassé de ses combinaisons ; il y a amaigrissement par désintégration azoturique excessive.

Le muscle est le soutien et le tuteur du squelette. Il faut donc, pour que les os conservent leur position, qu'il y ait parfait équilibre entre les muscles antagonistes. C'est là un des résultats que sollicite la cinésithérapie rationnelle. Faire travailler, symétriquement, les divers groupements musculaires, c'est faire œuvre harmonieuse de dressage physique ; c'est armer l'enfance et la jeunesse pour la lutte et pour l'effort. L'entraînement physique ou mise en forme vient établir cette juste répartition entre le corps et l'esprit, qui est le grand desideratum des médecins et des philosophes.

Tissier conseille, aux petits comme aux grands, d'exécuter, chaque matin, au saut du lit, une série de mouvements d'assouplissement. C'est ce qu'il nomme, avec esprit, la toilette des muscles : ceuxci sont forcés d'agir et par conséquent d'éliminer les déchets du repos nocturne. Leur tonicité physiologique augmente de ce chef, ainsi que leur résistance à la fatigue, due (comme chacun sait) à la présence d'acides qui viennent gêner la contractilité des fibres. Cette simple manœuvre peut avoir la meilleure influence esthétique et sanitaire sur une constitution saine, qu'elle perfectionne. Mais, pour

transformer des attitudes et surtout des vices de conformation, l'éducation physique de l'appareil moteur doit être, scientifiquement corrective. Car il existe une orthopédie thérapeutique, capable de régulariser l'évolution humaine, de développer la poitrine, de transformer littéralement la structure constitutionnelle du corps. C'est de cette cinésie bien comprise que dépendent, pour l'individu et pour la race, les proportions équilibrées du squelette et des muscles, l'aisance de la motilité, l'élégance de l'attitude, l'énergie de la démarche et la fructification du « capital humain », comme conséquence de toutes ces conquêtes.

Dans la plupart des aff ections chroniques, la cinésithérapie rationnelle peut être utilisée avec les plus grandes chances de succès. L'anémie s'amende, par une plus grande rapidité d'accroissement des hématoblastes, par l'augmentation de la tension artérielle, ainsi que par la stabilité, mieux fixée, de l'oxyhémoglobine du sang, la plus grande énergie du myocarde, la plus grande puissance de la systole, etc. L'exercice des muscles exalte la notion du sens musculaire, de la résistance de l'effort, de la sensibilité tactile et contribue à l'accommodation coordonnée des mouvements, à leur équilibration, au perfectionnement de l'automatisme réflexe, ainsi qu'à l'enchaînement harmonique de l'énergie en général. Pour combattre l'atrophie, l'ataxie, l'hémiplégie, certains troubles hystériques ou neurasthéniques, certaines paralysies dues à des intoxications ; pour guérir les contractures, spasmes, hyperesthésies musculaires et régulariser les fonctions cérébro-médullaires de la motilité, rien n'est supérieur à la cinésie bien comprise. La transformation de la tension nuisculo-nerveuse en calories fait du muscle le principal agent de la thcrmogénîso et de l'excitation nutritive par conséquent. De plus, la sti-

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mulation vaso-motrice due à l'exercice suractive les cellules glandulaires, et notamment les sécrétions diaphorétiques, si indispensables à augmenter et à rétablir chez un grand nombre de diathésiques. La dépuration organique est le corollaire de ces hypercrinies, en quelque sorte providentielles, indissolublement liées au mouvement.

L'hypertrophie musculaire d'origine cinésique oxyde et résorbe les graisses parasites, de même qu'elle pousse à l'élimination des substances usées, auto-toxiques et à la déplétion veineuse, si favorable à l'effort nutritif et à la cure des varices et hémorroïdes.

Pour en finir avec ces généralités, je demanderai à mes confrères : quels agents pharmacothérapiques peuvent se comparer et marcher de pair, pour la puissance, avec ces effets de la cinésithérapie ? Tout en exerçant, sur tous les éléments de l'organisme, une action régularisatrice, tonique et modératrice, nous ne risquons cependant aucune perturbation toxique, puisque nous nous adressons aux seules forces de la nature (physicothérapie) en combattant l'insuffisance musculaire ei en régularisant tous les actes bio-chimiques résultant de l'exercice et de la contractilité musculaire complète.

Nous voyons aussi, dans notre Etablissement, nombre de scolîotiques. La scoliose est une déviation vertébrale, causée le plus souvent par le vice des attitudes scolaires, à l'époque de la croissance et de l'adolescence. C'est un mal éminemment justiciable de la gymnastique orthopédique et principalement des mouvements d'extension énergique du tronc. Il faut, pour guérir la scoliose, redresser la totalité de la colonne vertébrale et compenser les déformations caractéristiques dues au défaut d'équilibre entre les masses musculaires antagonistes. Les procédés de suspension divers, l'échelle

orthopédique, l'espalier, etc., fortifient les extenseurs du dos et luttent énergiquement contre l'affaissement rachidien. En joignant à ces mouvements les manipulations massothérapiques et l'électricité bien comprise, on ne tardera pas à provoquer les attitudes correctives nécessaires à la détorsion des vertèbres et par conséquent à la guérison radicale et sans rechutes. Mais ce sont toujours des cures fort longues ; il faut s'armer de patience.

On doit combiner, dans bien des cas, les mouvements actifs et passifs, afin de triompher des déformations omocostales et de corriger les courbures de compensation. Dosage et localisation de l'exercice, assouplissement scapulaire par mobilisation, suspension cervicale avec l'appareil de Sayre, décubitus dur, etc., tels sont les principaux moyens que nous mettons ensuite en œuvre pour le redressement des scoliotiques.

Nous pratiquons aussi beaucoup la gymnastique respiratoire, destinée à régler le rythme et à augmenter largement l'amplitude thoracique normale. Bien remplir et bien vider les poumons, s'habituer à une bonne cadence du soufflet respiratoire, c'est assurer les échanges parfaits, activer et fortifier le cœur et les poumons ; c'est accroître la résistance de ces organes, en diminuant leur vulnérabilité congestive et leur impressionnabilité aux vicissitudes atmosphériques et météoriques. C'est ainsi que s'enrichit notre capacité vitale ; c'est ainsi que les malformations de la poitrine et les candidatures au tubercule se trouvent éloignées. Elargir la poitrine, tel est le grand mot d'ordre de l'éducation hygiénique moderne : car l'insuffisance

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ouvre la porte aux déchéances les plus graves. Il faut aussi augmenter ce que Gréhaut nomme le coefficient de ventilation, pour expulser les toxines pulmonaires résiduelles et vider à fond les alvéoles bronchiques. C'est ainsi que nous exaltons l'hématose, ce qui fortifie le système nerveux, supprime la frilosité due à l'inanition d'air, éloigne les troubles de la phonation, enraie les accès d'asthme et d'emphysème et les autres névroses de l'arbre aérien.

La gymnastique respiratoire est souvent victorieuse de certains troubles de la circulation. Car elle diminue les stases et abaisse les résistances, augmentant ainsi l'énergie du myocarde, par la diminution de pression dans la cavité thoracique. Cette action déplétive (comparable à celle du drastique ou à celle de la digitale) soulage singulièrement certains cardiaques dont la circulation artérielle a besoin d'être abaissée. On voit ainsi les œdèmes se fondre, la diurèse décongestive s'établir, la tachycardie se calmer, l'arythmie s'améliorer et même certains accès angoreux s'amender et disparaître. Ce sont là des avantages précieux au cours des cardiopathies. Certains malades préviennent aussi leurs crise d'hyposystolie par les méthodes mécanothérapiques, en adjoignant à la gymnastique proprement dite le massage et la vibrothérapie. Les observations recueillies, principalement en Suède et Allemagne, ont victorieusement prouvé, encore une fois, la supériorité de la mécanothérapie. Quoique récentes en France, ces idées néo-curatives commencent à être, maintenant, admises à faire leurs preuves, pour le grand bénéfice des malades.

Quelques propositions résumeront ce court chapitre :

1° Le mouvement, c'est la vie et la santé. La cinésithérapie s'adresse généralement aux fonctions

capitales de notre économie : digestion, assimilation, nutrition, circulation, innervation. L'être humain, transformateur d'énergie, profite, pour s'enrichir, de la dépenses musculaire et (par un heureux paradoxe) plus il dépense, plus il est riche.

2° Les insuffisances fonctionnelles, les méiopragies du nervisme, les vices du métabolisme cellulaire profitent surtout de la cinésithérapie bien comprise, c'est-à-dire modérée et graduelle. Elle seule réalise l'éducation physique de l'appareil locomoteur, par la transformation des attitudes et l'orthopédie de la charpente humaine. Elle seule rétablit un équilibre stable entre le corps et l'esprit.

3° Tous les états chroniques sont appelés à profiter de la cinésithérapie, le muscle étant le grand agent de la thermogénèse et du redressement trophique, tandis que la respiration, toujours activée par le mouvement, perfectionne l'hématose.

4° La gymnastique rationnelle, telle que nous la pratiquons à l'aide de nos appareils, à l'Institut de Physicothérapie, est solidement basée sur l'anatomie et la physiologie. Elle n'a rien de commun avec les méthodes acrobatiques ou athlétiques et vise principalement les muscles les plus utiles au maintien physiologique des grandes fonctions ; c'est la gymnastique hygiénique et médicale, corrective, calmant ou stimulant, passive ou active, selon le cas, mais toujours limitable à notre gré et n'exposant jamais aux dangers de l'effort et de la fatigue.

5° Pour accroître le trophisme et la synergie vitale ; pour décongestionner et utiliser les cellules vivantes ; pour perfectionner le nervisme, nous employons, avec succès, la gymnastique rationnelle. Les affections du sang et du système nerveux, les états d'insuffisances fonctionnelles, où il importe d'augmenter les résistances et les défenses ; les

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diverses modalités de l'arthritisme (rhumatisme, goutte) ; les hyposthénies musculaires, les raideurs des jointures, l'obésité, la scoliose et autres déviations et déformations bénéficient, couramment, de nos méthodes perfectionnées.

6° Nous attachons aussi beaucoup d'importance à la gymnastique respiratoire, si précieuse pour amplifier le thorax, accroître le coefficient de ventilation et préserver, ainsi, des affections de poitrine. Certaines cardiopathies avec lésions voient aussi leurs symptômes les plus alarmants s'améliorer par ces pratiques méthodiques.

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