CHAPITRE XIII
Physicothérapie de la Scoliose
La Scoliose est la déviation la plus fréquente du rachis : c'est la courbure de l'épine qui consiste en une inclinaison latérale des vertèbres aboutissant à une torsion définitive, d'où résultera fatalement une gibbosité plus ou moins prononcée.
L'enfance et la jeunesse sont surtout destinées à la scoliose : les filles, par leur complexion plus délicate, sont particulièrement prédisposées à la perte de rectitude de la colonne vertébrale.
La chétivité, les chairs molles, le lymphatisme nerveux, la débilité native, un certain degré de rachitisme : telles sont les conditions originelles fréquemment observées dans les déviations latérales du rachis. On a aussi invoqué le rhumatisme (Delpech) qui produirait de l'intumescence des disques intervertébraux ; divers traumatismes (et notamment les chutes de hauteur) semblent aussi prédisposer à la scoliose. Mais ce sont surtout les attitudes vicieuses répétées ou habituelles ; c'est la position hanchée occupée dans les écoles, qui, en répartissant inégalement sur le rachis les lois de la pesanteur, procurent des surcharges sur les os et les ligaments. Je n'insisterai pas, ici (après les tra-
vaux de si nombreux hygiénistes), sur les défectuosités du mobilier scolaire.
On peut distinguer deux périodes (ou plutôt deux degrés) dans la scoliose : période fonctionnelle 'et période anatomique. La Physicothérapie est surtout puissante dans la première période ; il suffit alors de quelques semaines de traitement pour triompher. Dans la scoliose « anatomique » rotatory latéral curvature de Sayre, on peut encore empêcher, par une cure logique et raisonnée de gymnastique rationnelle (vibrothérapie, massages et électrisations), la gibbosité dorsale de se prononcer. Les meilleurs exercices gymnastiques pour prévenir et guérir la déviation rachidienne sont : la suspension, le portique, l'extension dorsale et ventrale ; les inclinaisons opposées sont toutes pratiques, faciles à réaliser dans nos divers appareils. Je suis peu partisan des corsets et des lits mécaniques, à cause de l'immobilisation inévitable qu'ils entraînent et des dangers qui en résultent pour la vitalité organique du jeune âge, dont il importe tant de rehausser énergiquement l'infériorité ! les manipulations massothérapiques doivent être pratiquées surtout au niveau des gouttières vertébrales.
Avec le massage, les bains sulfureux et carboniques, les douches percutantes sur les masses musculaires, les frictions, les manœuvres cinésiques et l'électricité sont, en physico thérapie, les agents les plus fidèles de l'active restauration musculo-ligamenteuse.
Comme pratiques électriques, le bain statique avec étincelles, les effluves du résonateur localisés sur la lésion, la faradisation rythmée du dos, la
galvanisation descendante (pôle positif sur la moelle et négatif sur les muscles), avec des intensités de 8 à 10 milliampères pendant 20 minutes, donnent généralement les meilleurs résultats. Je fais suivre ces pratiques des mouvements combinés et obtenus à l'aide de nos appareils spéciaux.
Notre exercice mobilise et redresse les parties déviées, assouplit les ligaments et stimule la musculature. D'une part, la suspension assure la réduction et la coaptation des lésions (d'où résulte la restauration harmonique du rachis) ; d'autre part, les mouvements latéraux (discipline corrective) redressent et rééduquent la tenue défectueuse des vertèbres, dont la cure rationnellement corrective ne tarde pas à s'opérer. Il s'agit, en résumé, d'une cinésithérapie précise, sans brutalifé, dirigeant l'automatisme du maintien, en mobilisant, graduellement (par étapes successivement mesurées) l'orthopédie vertébrale. Nos appareils combattent victorieusement les funestes effets de la pesanteur sur le rachis et restituent aux disques intervertébraux leur fonctionnement physiologique. La détorsion, l'allongement de la taille, l'effacement des omoplates sont les conséquences visibles et rapides du traitement. On voit aussi s'amender tous les phénomènes morbides classiques de la scoliose. La gêne dyspnéique disparaît, ainsi que les palpitations et douleurs précordiales, tendances à la syncope, dérangements dyspeptiques, maigreur et troubles de la nutrition et de l'innervation, si protéiformes. Ces heureux résultats sont dus au retour définitif des vertèbres dans leur position d'intégrité normale. Les épreuves radiographiques permettent, d'ailleurs, le contrôle exact des résultats thérapeu-
tiques : je les utilise aussi, dès le début, pour la vérification du diagnostic, avant l'application raisonnée de l'arsenal physicothérapique. J'insisterai maintenant, avec tous les auteurs, sur la nécessité d'un traitement précoce appliqué en dehors de tout esprit de système. C'est le seul moyen d'éviter les incurables lésions anatomiques et les complications, souvent périlleuses, qui menacent les scoliotiques (compressions du cœur et des poumons par la cage thoracique déviée, déformations du bassin, fertiles en dystocies ultérieures chez les jeunes femmes, néphroptoses et dilatations gastriques, etc.).
C'est à la période de croissance (et surtout chez les jeunes filles) qu'il est nécessaire de veiller attentivement sur la rectitude parfaite de l'épine dorsale ; c'est là un devoir, trop souvent négligé par les parents, les maîtresses de pension et même par les médecins, qui méconnaissent parfois les allures insidieuses et sournoises de la déviation rachidienne. Efforçons-nous donc surtout d'agir avant l'apparition des déformations secondaires thoracopelviennes et des courbures compensatrices en sens inverse, annonçant la période lésiomielle de torsion. Donnons la précellence physicothérapique aux méthodes les plus capables de rendre la solidité à l'ensemble de l'appareil locomoteur : c'est souvent la meilleure manière d'empêcher les attitudes vicieuses, qui sont dues à une mauvaise conformation et ne tardent pas à accroître la déformation en germe et à la rendre ainsi irrémédiable. Surprendre la prédisposition : telle doit être la préoccupation dominante de l'orthopédie physiologique.
Il faut aussi insister, en dehors des heures du
DE PHYSICOTHÉRAPIE
traitement, sur les attitudes fixes les plus capables de maintenir le redressement, sous l'action auto-suggestive de la volonté. Quant à la mécanothérapie, elle doit être toujours graduée, et, tour à tour, passive et active, pour devenir vraiment correctrice. Afin d'éviter la fatigue, on alternera toujours les attitudes stationnaires avec les mouvements résistants. C'est ainsi qu'on rétablira, le plus utilement, l'équilibre entre les diverses forces musculaires qui assurent la rectitude du rachis ; c'est ainsi qu'on obviera à la surcharge unilatérale, à l'inégale répartition de la pesanteur.
L'Appareil de correction que nous employons, d'habitude, sert souvent de support et de soutien au corps et procure certaines déviations passagères, dynamiquement correctrices, tout en utilisant et fortifiant l'activité musculaire. La courbure, dans ces conditions, ne tarde pas à se réduire, pour peu qu'elle ne soit pas trop accentuée et que le malade n'ait pas dépassé vingt et un ans. Mais la cure doit être toujours persévérante, si l'on veut éviter de décourageantes récidives.
Ce n'est pas par semaines qu'il faut compter, c'est par mois et par années. L'orthorachidie est un art des plus ardus, mais c'est un art de grande importance, attendu qu'en développant l'attitude extensive, nous développons l'énergie de l'individu: le maintien très droit n'est-il pas l'expression de la fierté, de la santé, de la force, tandis que l'attitude courbée exprime l'abandon, la dépression et la fuite de l'énergie ? Le scoliotique soumis à la physicothérapie rationnelle éprouve toujours le bien-être et le surcroît de vigueur qui sont les indices d'une amélioration notoire dans la santé générale. Ici, encore, la thérapeutique naturelle se montre toutepuissante lorsqu'on sait y recourir opportunément et ne négliger aucune de ses importantes ressources.
Résumé et Conclusions
1° La Physicothérapie est la méthode curative par excellence à diriger contre les déviations vertébrales et, en particulier, contre la scoliose ;
2° C'est surtout dans la scoliose d'attitude, c'est-à-dire dans la période purement fonctionnelle du mal qu'on obtiendra les succès les plus rapides et les plus complets ;
3° Toutefois, même dans les formes lésionnelles du mal (scoliose anatomique), la médication physique est encore très utile, en ce sens qu'elle empêche la gibbosité de s'accentuer et contient ainsi la déformation rachidienne dans les limites esthétiques raisonnables ;
4° La gymnastique rationnelle, la cinésithérapie spéciale, les massages bien faits ; la vibrothérapie, le bain statique et la galvanisation descendante représentent les variantes de la médication, dont la dominante consiste en des exercices spéciaux ;
5° Agir vite, instituer un ensemble de traitement précoce, telle est la clé du succès dans l'orthorachidie rationnelle. Il faut surprendre la prédisposition, pratiquer la cure suivant des prescriptions sagement graduées, persévérer, enfin, longtemps, dans la surveillance des scoliotiques, pour leur éviter les récidives et les rechutes.