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CHAPITRE XVI Maladies de Poitrine et du Cœur

De grands et louables efforts ont été faits (en ces dernières années surtout) pour résoudre le problème de la tuberculose.

La question, jusqu'ici, n'ayant pas été posée sur son véritable terrain, la solution s'en est ressentie :

Nous pensons avoir établi que le bacille est conséquence et non cause de la maladie ; or, jusqu'à ce jour, il n'a été question que de lui et de ses méfaits.

Pour prévenir la tuberculose, on s'est attaché uniquement à empêcher la contagion directe, et, dans ce but, on a imaginé une série de moyens et de règlements vexatoires pour le malade, et, cela, sans bénéfice réel pour la communauté. A cet égard, nous ne saurions trop protester contre la conception du Sanatorium, cet hôpital déguisé. Le tuberculeux, comme tout malade, a besoin, avant tout, d'être soutenu et remonté dans son moral. Or, rien ne saurait assombrir davantage le malade que de songer sans trêve au motif de son isolement, à l'éloignement de sa famille et à toutes les tristesses qui l'entourent. Le contact permanent de phtisiques plus avancés, dans ce milieu dissolvant, vient sans cesse lui rappeler le mal pour lequel il est en traitement et dont il est appelé à parcourir lui-même le funeste

calvaire. Il ne saurait s'isoler de ces idées de maladie et de mort qui lui servent d'atmosphère ambiante et qui, frappant le système nerveux dans son ensemble, lui enlèvent tout ressort de réaction utile.

L'éloignement de l'atmosphère empestée des grandes villes est, pour nous, une nécessité. Il peut, à lui seul, prévenir l'éclosion de la maladie, à la suite d'hémoptysie, chez un sujet prédisposé auquel on aurait donné quelques doses de calomel, suivi d'huile de ricin, pour effectuer la lessive et la désintoxication générale de l'économie.

Dans ce cas particulier, il est de toute nécessité de ne laisser pénétrer dans les poumons qu'un air très pur. Mais le bénéfice que le malade peut retirer de ce déplacement ne saurait, même alors, prévaloir contre des conditions morales mauvaises que lui créerait ce nouveau milieu.

Ne perdons jamais de vue que le pire poison des poumons ne réside pas dans un air macroscopiquement impur, mais dans ce gaz optiquement pur de Tyndall, qui constitue l'expiration. Or, ce gaz, particulièrement délétère, est la propriété exclusive de la chambre close, qu'elle soit à la ville ou à la campagne.

A ce sujet, nous sommes heureux de dire aux moins favorisés de la fortune, à l'habitant de l'humble masure, qu'il lui est toujours loisible d'élargir l'horizon de sa chambrette et d'y faire passer la nuit un souffle de vie puissant, en donnant libre accès à l'air du dehors, par deux faibles orifices situés, l'un en haut, l'autre en bas.

Le gaz vivifiant, artificiellement obtenu, peut être administré aux sujets débilités et aux malades urbains.

Au nombre des agents de la balnéation, de l'hydrothérapie, nous devons compter les bains oxygénés, les bains d'acide carbonique, les bains hydro-

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électriques, qui jouissent d'un pouvoir tonique efficace sur la nutrition générale. Ils réglementent la circulation, accroissent les forces musculaires, fortifient et équilibrent le système nerveux et favorisent les éliminations. On obtient ainsi des manif estations régressives notoires dans la marche du mal.

Les malades soumis à ces pratiques balnéaires voient cesser leurs prédispositions catarrhales aux refroidissements. L'excitation des extrémités nerveuses périphériques, la gymnastique naturelle des vaso-moteurs produisent les meilleurs effets : diminution des stases sanguines aux sommets des poumons, par suite d'une révulsion hyperémique collatérale, suppression des hémoptysies, des sueurs, des tendances pyrétiques, arrêt des processus dévastateurs, augmentation du poids spécifique corporel, soulagement considérable de la respiration.

Tout ce tableau est la résultante du perfectionnement des échanges et de la stimulation imprimée à la vitalité cellulaire pour activer la résorption des exsudats et restaurer l'état normal des voies aériennes.

L'électricité statique, fournie par des machines puissantes et perfectionnées, constitue également, contre la dépression générale d'un organisme torpide, un excellent moyen de reconstitution et de défense. C'est probablement à la faveur d'une régénération moléculaire des neurones, c'est-à-dire de l'énergie accumulée dans la cellule nerveuse que l'on voit l'électricité statique (dans ses diverses modalités) transfuser aux organismes les plus tarés les éléments de restauration vitale, et, cela, sans aucun risque d'intolérance ou d'intoxication médicamenteuses.

Les courants de haute fréquence, la darsonvalisation, les effluvations bi-polaires modifient plus profondément encore le terrain morbide et procu-

peut des améliorations encore plus stables en perfectionnant la diurèse et les combustions organiques ; en augmentant la tension vasculaire, si précieuse à la circulation des poumons, et amplifiant le rythme respiratoire, en diminuant, par leurs effluves antiseptiques (Charrin, Haller) la vitalité des bacilles et en facilitant la destruction de leurs toxines. Les courants de haute fréquence diminuent le taux de l'expectoration, font tomber un éréthisme fâcheux et entraînent le rétablissement des organes respiratoires affaiblis et malades.

Le contrôle stéthoscopique répété montre, d'ailleurs, au clinicien les améliorations progressives qui se déroulent au jour le jour sans incident notable.

Nous disions, à ce sujet, au British Congress of Tuberculosis (Londres 1902)... « Que les courants de « haute fréquence exercent une influence certaine « sur la tuberculose pulmonaire et localisée ; le mi- <( crobe s'accommode mal de l'application réitérée « de ces courants, ses facultés reproductrices et la « virulence de ses toxines s'atténuent, comme l'a- « vaient fait prévoir les expériences de laboratoire « du Pr d'Arsonval.

« Tandis que l'organisme humain, exposé à ces

« mêmes courants, voit s'accroître ses forces géné-

« raies, son ennemi, placé dans des conditions pa-

« thologiques, s'affaiblit. Il est aussi probable que, « sous l'influence du bain électrique, l'action bien- « faisante des phagocytes devient plus grande. Il « semble évident que, dans ces conditions, l'assiégé, <( récupérant ses forces et aidé des phagocytes, finit « par l'emporter sur le bacille. Il suffit alors de pla- « cer le malade dans les meilleures conditions d'hy- « giène et d'alimentation pour prévenir le retour « du mal.

« Les effluves mono ou bi-polaires des cou- « rants de haute fréquence et de haute tension

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« guérissent rapidement les ganglions tuberculeux « avec ou sans trajet fistuleux et exercent une « influence heureuse sur la tuberculose des os, « les tumeurs blanches et dans le cas de tuberculose « localisée. Ces courants relèvent l'état général, « tandis que, grâce aux effets des rayons actiniques, « ils tuent le bacille. »

Voici, d'autre part, les conclusions d'une communication faite par nous, en 1905, au Congrès de la Tuberculose, tenu à Atlanta (Géorgie) :

1° Prévenir vaut mieux que guérir, est un vieil adage qui s'applique surtout à la tuberculose.

2° Les moyens préventifs consistent dans la mise en pratique de l'hygiène générale, qui comprend : l'hygiène des poumons (importance considérable de la pureté de l'air de la chambre à coucher, où se passe la moitié de la vie ; nécessité de l'élimination régulière de l'air expiré, qui est le pire poison bronchique), comme je l'ai affirmé au Congrès de climatothérapie, Nice, 9 avril 1904, l'hygiène de la peau (qui consiste à enlever mécaniquement, à l'aide de savon et d'eau, ce que j'ai appelé le cadavre périphérique, et l'hygiène du tube digestif (qui consiste à assurer l'élimination régulière des matériaux hétérogènes et résiduels cheminant le long du tube digestif, à obvier aux fermentations vicieuses et à désobstruer, en temps utile, cet égout collecteur).

3° Revenir aux anciennes coutumes dans ce qu'elles avaient de bon : l'usage raisonné des purgations (huile de ricin, dans le cas d'indispositions légères, calomel, associé au bicarbonate de soude et suivi d'huile de ricin, dans les cas fébriles), remploi judicieux des révulsifs (du vésicatoire, en particulier), et l'administration des boissons chaudes, tous moyens puissants pour éliminer de l'économie les poisons qui font naître le microbe.

4° S'abstenir des produits à base d'opium ou de morphine qui, supprimant la toux et constipant l'organisme entier, enferment le loup dans la bergerie.

5° Rester dans l'alimentation normale mixte.

La suralimentation oblige l'économie à un double travail inutile d'élaboration et d'élimination, en même temps qu'elle l'encombre de résidus nocifs : l'homme omnivore ne peut, en aucun cas, devenir subitement Carnivore : l'albuminurie est la conséquence courante de ce manquement aux lois de l'adaptation.

6° Le calomel, associé au bicarbonate de soude et suivi, 5 heures après, d'une dose d'huile de ricin, est la méthode qui, appliquée à temps, peut prévenir le mieux l'éclosion microbienne. Cette méthode est de mise, dans tout le cours de la maladie confirmée. La purgation, ainsi comprise, associée à l'eau et à la chaleur, exerce, en effet, une action dépuratrice, désinfectante et microbicide générale.

7° Les puissants agents physiques, l'air, la lumière, l'eau, la chaleur, l'électricité, le mouvement, l'ozone, l'oxygène, les rayons X et les rayons actiniques sont, non seulement des agents prophylactiques de premier ordre; mais encore, bien maniés, ils exercent une action curative certaine dans la maladie confirmée.

8° Pour atteindre le but poursuivi, il faut renoncer au concept du sanatorium, qui place le malade dans des conditions morales tellement défectueuses que le bien qu'il pourrait retirer de l'air et de la lumière, s'en trouve considérablement amoindri.

98 Répandre dans les écoles, les ateliers et tous milieux ouvriers, les notions élémentaires d'hygiène.

10° Assurer un contrôle régulier et plus strict des mesures établies à ce sujet par les Municipalités ou par l'Etat dans ces écoles et ces ateliers, en exigeant, d'autre part, un cubage d'air plus grand et une disposition mieux comprise des habitations et des locaux.

Voici maintenant, pour fixer les idées, une observation typique qui éclaire et corrobore nos opinions : Il y a quelque temps, nous recevions la visite d'une haute personnalité diplomatique venue d'un pays voisin, sur nos indications antérieures, pour consulter les sommités médicales parisiennes au sujet de son cas. Nous avions eu, il y a quelques années, l'occasion de le soigner pour ce qu'il «appelait une crise d'influenza et que je nommais, pour ma part, une manifestation bronchique de nature arthritique. Le malade me disait être, depuis plusieurs années, sujet à ces influenzas à répétition qui le laissaient chaque fois très affaibli pour longtemps.

Mon traitement ne ressembla en rien au traitement qu'il avait l'habitude de suivre. Il consista à user de ma méthode purgative de calomel associé au bicarbonate de soude et suivi d'huile de ricin, «applications révulsives sur le thorax, administration du salicylate de soude alterné avec de la quinine, boissons abondantes dans une atmosphère chaude. Le malade, qui pensait que son affection avait revêtu, à l'origine, un caractère plus grave que d'habitude, fut très surpris d'être ramené à une santé parfaite, dès le quatrième jour. Non seulement le mal avait été rapidement jugulé, sans qu'il ait donné lieu à convales-

cence, mais notre client se sentait plus fort qu'avant.

Reparti pour l'étranger, il vit sa santé se maintenir bonne pendant l'année où il observa scrupuleusement nos conseils d'hygiène générale. Mais sa constance s'arrêta là, si bien que, atteint de dyspepsie, il prit, sur les avis qui lui furent donnés, des potions chloroformées et opiacées et du bismuth pendant une année environ, époque à laquelle se manifestèrent des troubles graves du côté des reins et de la vessie. Il avait de l'albumine et de la cystite chronique. Les jambes commençaient à enfler.

Un beau jour, un testicule se mit à se gonfler. Son médecin appela une sommité médicale en consultation. Le diagnostic de tuberculose vésicale et testiculaire fut porté. Un chirurgien fut appelé et la castration décidée. Avant de se faire opérer, notre malade nous écrivit pour nous demander notre avis. Nous lui conseillons d'attendre, et, dans tous les cas, de ne rien faire avant de nous avoir vu, et, au besoin, consulté une sommité parisienne, parce que nous étions convaincu qu'il s'agissait chez lui d'auto-intoxication, amenée par la rétention des produits résiduels de l'économie, à la suite d'un traitement qui avait obstrué toutes les voies éliminatrices, en paralysant les organes essentiels. Nous lui donnâmes le conseil de se purger souvent, de cesser toute boisson alcoolique, de boire beaucoup d'eau, de cesser momentanément l'usage du sel de cuisine, dont il faisait abus ; bref, d'observer les préceptes d'hygiène qui lui avaient si bien réussi la première année qui avait suivi son départ de Paris.

Avant même qu'il eût eu le temps de suivre nos conseils, une opération plus urgente était décidée, parce que le second testicule était pris, et la double castration ordonnée.

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Le jour de l'opération, le chirurgien tomba luimême très malade. Le patient dut à ce hasard de voir différer l'opération. Il cessa la suralimentation carnée à laquelle il était astreint, se purgea, but de l'eau en abondance, prit de grands bains, et cessa bismuth, chloroforme et opium.

En 8 jours, l'amélioration était telle qu'il fut convenu que l'opération serait différée.

Se sentant beaucoup mieux, il vint me voir avec l'idée qu'une opération pouvait être encore jugée nécessaire. Je l'examinai et le trouvai complètement guéri, ce qu'il ne pouvait croire luimême, et il me fit observer qu'il ne voudrait pas retourner chez lui avant d'avoir l'avis de deux sommités médicales parisiennes. Il me rappela qu'il avait, quelques années auparavant, eu l'occasion de consulter les professeurs Bouchard et Guyon, et je tombais avec lui d'accord qu'il ne pouvait avoir d'opinions plus autorisées.

J'allai moi-même le conduire au professeur Bouchard qui, après avoir constaté que notre client n'avait rien d'anormal, parut presque vexé de ce que nous lui ayons demandé son avis pour un cas qu'il qualifia d'insignifiant.

Non satisfait, le malade courut chez Guyon, qui ne put que lui confirmer les paroles de son éminent collègue.

Il s'agit là, pour moi, d'un de ces faits qui se montrent trop fréquemment, d'intoxication alimentaire et médicamenteuse, accompagnée et suivie d'auto-intoxication générale, qui peuvent aboutir aux générations spontanées parasitaires que l'on baptise de noms différents, selon la forme microbienne observée. Notre malade était, au moment où l'opération fut décidée, dans cette phase prémonitoire, qui, prolongée, aurait fini par donner naissance au bacille — comme dans le cas de bronchi-

tes arthritiques traitées par la suralimentation et les opiacées. C'est ce qui nous faisait dire, dans notre communication à Atlanta (avril 1905) :

« Pour nous, le bacille de Koch, aussi bien que les autres microbes considérés aujourd'hui comme pathogènes, sont de génération spontanée dans ce laboratoire de cellules vivantes qu'est le milieu organique. Les formes déterminées et isolées sont moins fréquentes que les formes associées. Ceci semblerait prouver, ce qui, à mon avis, me paraît plus exact, que le milieu pathologique ne crée pas d'emblée la forme microbienne type, mais que les particules vivantes qui servent à cette création subissent elles-mêmes une évolution dont chaque étape a été inscrite par les microbiologistes, sans qu'ils aient cherché à y trouver le lien que nous indiquons ici. Da génération spontanée n'est réelle que dans cette phase de transition de la matière inorganique à la matière organique que la synthèse ne peut manquer de reproduire dans un avenir prochain.

Pour le moment, c'est l'organisme vivant qui se charge de résoudre le problème de la génération spontanée. »

Cette thèse de la génération spontanée, que nous soutenons depuis huit ans et qui paraissait une hérésie, vient d'être, dernièrement, prise en très sérieuse considération.

Les affections du cœur sont souvent justiciables de la physicothérapie bien conduite. Pour rendre l'énergie au myocarde, éloigner l'hyposystolie, empêcher l'auto-intoxication et compenser les lésions orificielles, la gymnastique passive, la mécanothérapie rationnelle, la massothérapie abdomi-

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nale et la cinésithérapie thoraco-respiratoire, progressivement fractionnées et dosées, rendent aux praticiens d'immenses services. Par elles, on arrive à une véritable rééducation cardio-vasculaire. Chez les hypertendus, les bains carbo-gazeux remédient à l'insuffisance vasculaire des artères et éloignent l'artério-sclérose, si menaçante par ses complications. Le bain statique ou hydro-électrique suivant les cas, la darsonvalisation, contribuent aussi grandement à la déf ense du cœur.

Les menaces d'asystolie s'éloignent par l'équilibration des mouvements circulatoires, la décongestion et la désobstruction des territoires embarrassés, la stimulation bienfaisante du réseau des capillaires. Les affusions froides, les courants alternatifs, la mécanothérapie appliquée aux poumons, dénouent souvent, avec l'aide du régime lacté ou hypochloruré, des situations d'asthénie cardiaque fort graves, avec œdèmes et hydropisies. Tonifier le myocarde et épargner du travail à l'organe surmené et fourbu, agir sur le foie et sur la veine porte, afin de dégager la grande circulation : telles sont les missions dévolues aux agents physiques. L'ozonothérapie et l'actinothérapie bien conduites rendront aussi service à tous les cardiaques.

En ce qui concerne l' électrothérapie proprement dite, le muscle cardiaque est assimilable (au point de vue réaction) aux autres muscles striés. Pour ma part, j'emploie volontiers la faradisation chez les cardiopathes. Elle suractive et régularise les fonctions cardio-artérielles, ainsi que Ziemssen et Tripier l'ont parfaitement démontré. Elle est plus facile à manier, assurément, que la digitale et expose à de moindres inconvénients que cet agent alcaloïdique, avec raison redouté des praticiens prudents et expérimentés.

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