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CHAPITRE XVII

L'Arthritisme : Cure physicothérapique

L'arthritisme règne sur la plus grande partie de la pathologie : le tout est de savoir le reconnaître dans ses formes les plus larvées. On peut définir cette diathèse : une anomalie de l'assimilation, avec oxydations et éliminations insuffisantes. La transformation incomplète des principes azotés, principalement, aboutit au « ralentissement de la nutrition », ainsi que l'a défini Bouchard. Le rhumatisme et la goutte sont les variétés les mieux tranchées de l'arthritisme : mais une foule d'états intermédiaires signalent les alternances et les métamorphoses de cette dyscrasie, qui peut atteindre tous les tissus, tous les organes et (ce qui est plus grave) simuler des lésions dont le traitement est tout à fait opposé. Que de fois, par exemple, ne voit-on pas des neurasthénies arthritiques prises comme prédispositions tuberculeuses et traitées par la suralimentation, néfaste dans ces cas ? Je ne parle pas des manifestations rhumatismales et herpétiques de l'appareil respiratoire, dont l'origine est si fréquemment méconnue ; de l'asthme, des eczémas rebelles, obésité, dyspepsies, diabète sucré, etc.. que sais-je ? Toute la série des troubles causés par l'insuffisance des émonctoires et

l'accumulation des déchets et des résidus toxiques dans le sang, serait interminable à énumérer ; au point que, sous le terme générique d'arthritisme, on pourrait englober presque toutes les maladies chroniques.

L'hérédité, l'alimentation, les influences morales, l'hygiène défectueuse, jouent un rôle énorme dans la production de l'arthritisme. Si l'on savait, à temps, redresser la fonction nutritive, en neutralisant les mauvaises influences innées ou acquises (et la physicothérapie nous en fournit les meilleurs moyens), on éviterait bien des morts prématurées par congestions viscérales, embolies, troubles organiques fonctionnels du foie, du cœur et des reins, rartério-sclérose et surtout le terrible cancer, dont tous les bons esprits déplorent la fréquence toujours croissante au sein des nations civilisées.

La vraie médecine secourable doit être, avant tout, étiologique et prophylactique. Du jour où, grâce aux travaux de Wollaston, de Garrod, de Golding Bird, la présence de l'acide urique fut considérée comme la signature du vice nutritif, de l'oxydation incomplète, l'arthritisme, la goutte, l'uricémie relevaient de l'hygiène, de l'alimentation réservée et végétale, de l'aéro thérapie, de l'exercice actif, de l'hydrothérapie, de la thermothérapie, de l'éleotrothérapie. Sous le vocable de Pysicothc rapie, je me suis efforcé de domestiquer et de grouper, médicalement, les divers appareils capables de conduire, le mieux et le plus promptem-ent, à la perfection des oxydations et des éliminations, ainsi qu'à la neutralisation des symptômes morbides les plus douloureux et les plus désagréables de l'arthritisme. Les courants de haute fréquence, les solénoïdes et les résonateurs, les bains hydro-électriques et électro-statiques, l'ozonothérapie, les bains d'acide carbonique et de lumière, l'hydrothérapie,

s'adressent surtout à l'état général. Les courants continus et faradiques, la thermothérapie et la vibrothérapie, la massothérapie et tous les appareils mécanothérapiques ou de cinésie visent, principalement, les symptômes, soit qu'il faille combattre l'élément douleur, soit qu'il faille lutter contre les impotences fonctionnelles, exercer une action résolutive, désobstruer ou redresser. Une alimentation fraîche, sobre et bien réglée, avec abstinence des aliments irritants, conservés ou fermentescibles, ainsi que des boissons à base d'alcool ; l'asepsie intestinale, favorisée par le calomel, les laxatifs, le lait (excellent aussi pour la diurèse) aideront puissamment la physicothérapie à atteindre son but, qui est l'élimination des poisons organiques. Il faut aussi ordonner le calme de l'esprit et l'écart de toute surexcitation nerveuse, excellents appoints de guérison, dont Sydenham déjà, reconnaissait l'extrême importance, dans son magistral traité de la goutte.

Les médicaments proprement dits, dans la cure de l'arthritisme, peuvent être des adjuvants : mais ce qui guérit la diathèse, c'est l'hygiène, c'est la physicothérapie, c'est la sagesse du régime, dont le malade ne tarde pas à recueillir les bénéfices. Grâce à ces principes rationnels, il nous est loisible de poser une barrière sérieuse à l'envahissement de la goutte et du rhumatisme. L'affaiblissement des échanges nutritifs est dû à une diminution de l'énergie cellulaire, dont le système nerveux est surtout responsable : tonifier ce maître omnipotent, c'est rehausser du même coup la vitalité, c'est perfectionner les oxydations, c'est restaurer la force trophique à son taux normal et physicologique.

Tous les agents physicothérapiques ont, pour signalement commun, la suractiva tion de la cellule animale, c'est-à-dire la régularisation et le redres-

sèment des échanges moléculaires de l'organisme. Ils effectuent une vraie gymnastique cellulaire, dont le résultat est d'activer les actions osmotiques. Certains de ces agents présentent une influence plus immédiate et plus directe sur le système nerveux et sur le système locomoteur (courants faradiques et continus, massage, etc.) ; d'autres s'adressent davantage à la chimie intime des tissus et des humeurs (ozonothérapie, courants de haute fréquence, radiations thermo-électriques). C'est pourquoi l'outillage doit être, en physicothérapie, nuancé et perfectionné, pour ainsi dire, à l'infini, pour que le praticien puisse satisfaire, extemporanément, aux indications multiples et variées qui se dressent devant lui, dans la cure de la diathèse arthritique avec toutes ses modalités si diverses ! Augmenter la capacité fonctionnelle, régulariser le cours du sang, accroître la dépuration glandulaire, assurer l'équilibration nerveuse, emmagasiner l'énergie nutritive : tels sont les effets biochimiques de nos traitements. Tous coopèrent à la suroxydation du sang et la libération des cellules, c'est-àdire à remplir le double desideratum thérapeutique de l'arthritisme chronique.

Le caractère essentiellement scientifique qui préside à nos méthodes thérapeutiques peut se résumer ainsi : transmutation de l'énergie physique en énergie curative, en vertu de ce principe que rien ne se perd dans la nature. En ce qui concerne les rhumatisants, la sudation, le massage, La gymnastique, sont employés de temps immémorial. Mais la thermothérapie moderne a été grandement perfectionnée par l'usage de l'électricité comme source calorique. Les bains actiniques, généraux ou locaux, nous donnent aussi d'excellents effets thérapeutiques dans la goutte et le rhumatisme. Quant à la massothérapie et à la cinésie, elles ne

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valent non plus que par le parfait fonctionnement des appareils, l'association des actes musculo-artieulaires, le dosage précis des mouvements et des exercices : les machines modernes provocatrices du mouvement et de la manipulation sont, pour ces raisons, réglées avec toute la précision et la résistance nécessaires : aussi, font-elles merveille contre les troubles de la locomotion, ankyloses, raideurs, épanchements, déviations, etc.

Les bains électrostatiques possèdent, on le sait, une grande puissance de réconfort pour les arthritiques affaiblis. Tout en coopérant aux combustions indispensables, l'électricité statique, par ses vibrations régulières» recrée des tissus vivants et des cellules neuves, empêche les atrophies musculaires et les troubles de l'innervation et fortifie l'économie contre les agressions microbiennes. Les effluves ozonés, incessamment émis et déversés dans le sang, sont antivirulents par excellence, de même que les vibrations statiques, décongestives, calmantes, régularisatrices et stimulantes, conviennent particulièrement à cet état d'irritable debility, qui se manifeste par le nervosisme ou le syndrome de Beard.

Les courants de haute fréquence ou d'autoconduction, dus au génie de d'Arsonval, accélèrent surtout les échanges et activent les combustions perverties. Le retour du sommeil, le relèvement des forces vitales, l'invigoration de la résistance, la plus grande facilité du travail, la suppression des tendances calculeuses ou lithiasiques, si fréquentes chez les arthritiques, le recul évident de l'artériosclérose, grâce à la nouvelle orientation throphique imprimée à l'organisme : tels sont les effets catégoriques des grands courants. Les souffrances arthritiques violentes et tenaces sont, le plus souvent, liées à un mauvais état général et disparaissent, traitées par la haute fréquence : parfois, on

est obligé de recourir cependant, pour activer l'action calmante, aux courants continus et faradiques ou bien aux effluves du résonateur. Lorsque la tension artérielle dépasse 17 et que l'urine offre des traces d'albumine, le sujet est suspect d'artériosclérose au début et la thérapeutique par la haute fréquence vient sérieusement en aide au régime lactovégétarien et à l'iodure. Le mal de Bright confirmé, l'angine de poitrine, l'hémorragie cérébrale (qui font périr d'une mort précoce tant de sujets goutteux ou rhumatisants) peuvent être ainsi prévenus, par cette interférence, équilibra trice de l'incitabilité pervertie. La crue des urines, la décongestion hépatique, la guérison des névrites, des états migraineux, des dermatoses arthritiques, de la dysménorrhée virginale et des hypérémies respiratoires sont des résultats fréquemment enregistrés à la suite d'une série d'applications de haute fréquence. Tout cela est aujourd'hui classique.

Les courants continus sont, plus manifestement, sédatifs et dolorifuges : ils s'opposent aussi aux néoformations sclérofibreuses, dans le rhumatisme chronique et noueux, ainsi qu'à l'étoufîement et à l'atrophie des éléments musculo-nerveux les plus nobles. Les courants voltafaradiques exercent une sorte de massage profond et mobilisateur des jointures, dissipent les empâtements ligamenteux et les épaississements des synoviales. Le lumbago myalgique (qui est souvent une forme grippale du rhumatisme) ; les périarthrites mono-articulaires (qui tiennent de si près aux névrites), les déformations du genou et des pieds, avec douleurs plus ou moins vives, sont justiciables do ces applications électrothérapiques spéciales.

Le bain hydro-électrique présente, à mon avis, le meilleur moyen de guérison pour les phlébites, les hémorroïdes, le varicocèle douloureux, les car-

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diopathies bien compensées et, en général, toutes les affections du cœur et des vaisseaux. Ce bain s'oppose aussi aux processus scléreux et tonifie la circulation tout entière ; mes observations s'accordent, pleinement, à cet égard, avec celles du professeur Maggiorani, de Rome.

Le bain thermo-lumineux, vivifiant, sédatif, germicide et antibacillaire, possède, en plus, un pouvoir analgésiant incomparable sur les extrémités nerveuses. Il augmente aussi l'alcalinisation du sang. Il occupe donc une place d'honneur dans la cure physicothérapique et l'arthritisme, ainsi que dans l'amélioration de l'hématose. La peau, impressionnée par les radiations pénétrantes et intensives, vibre sous l'impulsion des mouvements moléculaires irradiées : elle peut supporter 100° et plus la chaleur étant toujours sèche. L'amélioration et la disparition des manifestations goutteuses et rhumatismales les plus anciennes et les plus déformantes (sans excepter le rheumatoïd arthritis, si rebelle aux médications) est la conséquence des applications thermo-lumineuses, adaptées, par les appareils actuels, à tous les traitements locaux et exemptes de tout danger. La chaleur peut être obscure ou lumineuse, directe (avec faible échauffement de l'air ambiant) ou indirecte et diffuse, sans crainte de choc électrique et avec des effets diaphoniques bien supérieurs aux bains de soleil, de vapeur, de sable, de boues ou d'eaux minérales. C'est la perfection thermothérapique.

Les applications thermiques agissent à la faveur d'une stase sanguine locale dans les régions malades : une hypérémie active et modificatrice en est la conséquence, ainsi que le retour de l'influx nerveux normal et de la contractilité physiologique. Ces méthodes agissent d'autant mieux que la période inflammatoire est consommée : mais il

ne faut pas temporiser à l'excès, à cause des néoplasies, des atrophies et des difformités, qui peuvent survenir et qui résisteront davantage au traitement, comme, du reste, à la plupart des modalités de l'énergie physicothérapique. Les lésions irréductibles et incurables sont souvent dues, il faut bien le dire, à une coupable négligence des malades et de leur entourage. Pour les atrophies musculaires, le traitement voltaïque est le traitement de choix.

Les bains d'acide carbonique exercent sur la peau une énergique révulsion, qui active les échanges moléculaires, dérive le sang, en amplifiant la circulation dans les vaisseaux capillaires et exerce sur les extrémités nerveuses une sorte de galvanisation d'un ordre spécial, qui suscite les plus utiles réflexes curatifs. La goutte torpide, le rhumatisme chronique polyarticulaire, les myodynies, les dermatoses arthritiques, etc., se trouvent fort bien de leur emploi. Le bain de CO2 sollicite vivement l'expulsion des déchets excrémentiels nuisibles, combattant les embarras circulatoires et les obstructions veineuses abdominales principalement ; son action sur l'arthritisme est donc, à la fois, générale et locale.

Je pourrais m'étendre, longuement encore, sur la cure phvsicothérapique de l'arthritisme, si je voulais seulement énumérer les nombreuses méthodes d'application de l'air, de l'eau, de la lumière , de la chaleur, des eaux minérales et du mouvement. Comme je l'ai dit, en commençant, il est bon de varier les formules de traitements physiques ; non que l'économie s'y habitue comme aux remèdes de la pharmacopée (qui ont, outre le défaut de fatiguer l'estomac, celui de l'accumulation ou de 1 accoutumance, inconvénients trop souvent hostiles a la réussite de leur emploi) ; mais l'action physicothérapique, bien que diverse, correspond toujours

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au même but (redressement fonctionnel, élimination, sédation, réparation) et, pour qu'elle se soutienne, il faut en appliquer, rigoureusement tour à tour, toutes les modalités. Il faut, toutefois, de l'expérience et du doigté, pour réussir pleinement et accomplir le programme fatidique du père de la médecine et de la thérapie : cito, tuto et jucunde. En résumé :

1° L'arthritisme, anomalie de l'assimilation avec oxydations et éliminations insuffisantes, trouve dans la physicothérapie habilement maniée, son plus puissant antagoniste. Et cela d'autant plus qu'il est avéré que tous les arthritiques sont des dyspeptiques rebelles aux médicaments.

2° La physicothérapie est, d'ailleurs, la vraie médication étiologique et prophylactique, s'adressant au trouble initial de la nutrition et redressant les actes morbides provenant des altérations consécutives du sang et du système nerveux.

3° L'air, l'eau, l'électricité, la lumière, la chaleur et le mouvement, dans leurs applications multiformes, peuvent constituer une médication polymorphe des plus variées, qui aboutit à la sédation de l'élément douleur, à l'atténuation des impotences fonctionnelles, à l'accroissement de l'énergie cellulaire et de la vitalité trophique, ainsi qu'au perfectionnement physiologique des oxydations et des éliminations.

4° Le simple coup d'œil que nous avons jeté sur nos méthodes et leurs diverses indications rationnelles et scientifiques est destiné à démontrer leur valeur curative manifeste : sous la main directrice du praticien, nous pouvons opérer la transmutation parfaite de l'énergie physique en énergie curative, en vertu du vieil axiome : rien ne se perd.

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