CHAPITRE XIX
Traitement de l'Obésité (,)
Notre but vise exclusivement à accroître l'activité des oxydations et à accélérer les échanges de l'organisme par la physicothérapie. J'ai reconnu la nécessité de varier et de changer les moyens, pour aboutir à une méthode véritablement énergique et durable dans son action, autant que persistante dans ses résultats.
Pour réaliser mon programme, j'ai dû faire construire et breveter un certain nombre d'appareils de mon invention, destinés au traitement des divers genres d'obésité :
1° Automasseur électrique vibratoire effectuant un massage mécanique généralisé (fig. 1, 2 et 3) ;
2° Table à rouleaux pour l'automassage électrique généralisé (fig. 4, 5 et 6) ;
3° Appareil à brosses pour effectuer l'automassage électrique généralisé sous Peau (fig. 7 et 8) ;
4° Appareil omnimusculaire servant à l'exercice de tous les muscles du corps (fig. 9, 10, 11 et 12) ;
5° Appareils vibratoires pour l'abdomen, les hanches, les membres, les différentes variétés d'obésité locale (fig. 13, 14 et 15) ;
(i) Voir Planches extraites des Annales de Pbj'sicofhérapbie. Avril 1901.
6° Appareils pour l'hydromassage généralisé (fig. 16, 17, 18, 19 et 20) ;
7° Appareils pour l'aéromassage et l'aérohydromassage.
Pour la cure générale de la polysarcie, voici les principales étapes de notre méthode :
1° Le patient est d'abord placé, pendant une demi-heure, dans un appareil électro-lumineux thermique de notre invention ;
2° Il est soumis ensuite à un savonnage complet, sous la douche horizontale, avec ou sans massage mécanique général sous l'eau courante ou mouvementée ;
3° Muni d'un maillot, il fait pendant une demiheure de l' électro-massage vibratoire automatique qui s'exerce sur lui de la tête aux pieds ;
4° Il passe ensuite à notre appareil omnimusculaire, qui se charge de mettre en action tous ses muscles, ou aux différents appareils vibratoires.
Telles sont les dominantes du traitement. D'un bout à l'autre de la cure, c'est-à-dire une heure au moins par jour, l'obèse est soumis à une inhalation d'ozone, fournie par de puissantes machines : cette inhalation contribue à l'accélération des combustions vitales. La séance se termine par l'application des courants de haute fréquence, à l'aide du grand solénoïde de d'Arsonval ou des effluves bipolaires.
Les variantes et compléments de la cure, un jour sur deux, consistent dans les bains hydro-électriques, les bains hydro-oxygénés ou les bains d'acide carbonique.
Avec cette méthode, à la vérité assez complexe (mais qui veut la fin veut les moyens), nous réalisons, en moyenne, une diminution de 1 kilogr. de graisse par semaine. Les analyses d'urines, répétées par nos soins, témoignent de la plus intensive
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oxydation intra-organique. Le dynamomètre et le cardiographe montrent que le système musculaire dans son ensemble et le muscle cardiaque principalement sortent fortifiés de la cure physique spéciale. L'accroissement physiologique de la résistance circulatoire n'est pas l'un des moindres bénéfices du système décrit plus haut sommairement.
La peau est un des principaux organes sur lesquels agit le traitement : c'est par elle que se font les éliminations hydro-adipeuses ; c'est par elle que se perd l'excès de calories internes. L'exhalation pulmonaire et la dépuration sanguine, accrues par l'ozonothérapie, par les courants de haute fréquence et les bains de lumière, rendent compte également des bons résultats obtenus.
Dans ces dernières années, la médication thyroïdienne est venue mettre le comble au discrédit qui pèse justement sur la cure médicamenteuse de l'obésité : de graves perturbations du cœur et du système nerveux, les vertiges, le tremblement et l'insomnie, l'arythmie circulatoire et le marasme général, causés par la thyroïdine, démontrent qu'il faut abandonner l'usage de cette toxine animale, dont nous ne sommes pas maîtres, et que (sous peine de dangereux accidents et d'un amoindrissement vital souvent irréparable), il faut cesser de conseiller aux malades et de laisser débiter sans ordonnance les préparations de corps thyroïde.
Reste la restriction alimentaire. Si l'on veut, surtout dans la clientèle urbaine, diminuer le régime habituel d'une manière exagérée, on ouvre, hélas ! les portes à l'hypotrophie et à la tuberculose, terribles avatars, que la cure physique épargne toujours à ses adeptes. Car elle agit en triomphant progressivement de l'atonie nutritive qui crée la bouffissure adipeuse ; en libérant peu à peu les muscles et les viscères de leur graisse parasite ; en
augmentant les combustions internes et la capacité respiratoire ; en facilitant, en un mot, les régressions désassimilatrices dans leur ensemble global. Ici, nous n'attribuons au régime qu'une importance très relative : l'élimination régularisée est la clef de voûte du traitement. Qu'importe, en effet, la polyphagie, si la polytrophie existe ? (sit venia verbo).
Je me borne à conseiller aux obèses de renoncer aux aliments d'épargne et de luxe, qui abaissent l'urée, et de supprimer les alcools, qui cadavérisent d'une mortelle stéatose nos cellules vivantes. Chez les gros mangeurs, la restriction des viandes grasses, des sucreries et pâtisseries, ainsi que le remplacement du pain frais par le pain grillé, constituent de bons adjuvants du domaine hygiénique, auxquels il serait injuste de renoncer, même en faisant la cure physique la plus intensive.
L'hématométrie démontre, d'ailleurs, que notre système de traitement enrichit et artérialise le sang : c'est par l'accroissement de l'activité pulmonaire qu'il diminue graduellement la veinosité du liquide nourricier. Chacun sait qu'en zootechnie la saignée est couramment usitée pour aider à l'engraissement du bétail, et chacun a pu observer la corpulence adipeuse des cardiaques, des lymphatiques, des rachitiques même. Ces observations nous font voir l'importance d'une bonne circulation sur les phénomènes de la régression adipeuse et la nécessité d'une hématose parfaite et toujours régulière.
Augmenter les dépenses de calorique et d'énergie physique, avec le maximum de bénéfices et le minimum de dangers : tel csl le but poursuivi. Notre cure, en effet, s'adresse moins à la graisse elle-même qu'à l'étiologie qui l'a produite. La réduction s'opère toute seule, dès que le vice nutritif
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est réfréné : en combattant, en effet, le lymphatisme et le nenro-arthritisme, pères putatifs de l'obésité, nous provoquons, dans un milieu intérieur torpide et paresseux, les réactions vitales les plus oxydantes.
L'adiposité excédante est comburée et détruite sous la forme d'ablation de calories : et cela sans exiger d'alimentation supérieure à la ration d'entretien. L'entraînement musculaire et la cure de terrain, si vantée, sont très peu pratiques pour les citadins polysarciques, qui n'ont ni les loisirs, ni la volonté, ni la docilité, ni la persévérance (ni même les moyens réels) indispensables à la réalisation de ces exercices. De plus, peu pratiques en hiver et trop pénibles en été, par la déperdition diaphorétique, les exercices actifs sont délaissés par ceux mêmes qui en ont le plus besoin. Les rhumatisants et goutteux, retenus loin de la vie active par leurs douleurs et leur impotence fonctionnelle, ne deviennent-ils pas, précisément, des polysarciques : c'est la résultante de leur sédentarité obligatoire ?
L'obésité étant déjà, par elle-même, un ralentissement nutritif, c'est une grave erreur, à mon sens, de décréter la cura famis comme Yultima ratio de la thérapeutique amaigrissante. Avec les régimes d'inanition, on débilite, on anémie, on fait dépérir le polysarcique : on assiste bientôt, navré, à des phénomènes d'asystolie grave, surtout lorsqu'à la privation alimentaire s'ajoute celle des boissons. Je ne parle pas de la lithiase biliaire, des coliques néphrétiques et du brightisme, qui sont comme la monnaie courante de ces cures prétendues ! Relisons les expériences, toujours vraies de Chossat, et, surtout, n'oublions pas que, tous ou presque tous, les obèses sont des arthritiques ; qu'ils font, par conséquent, de la mauvaise chimie humorale et qu'ils ont besoin, avant toute chose, de
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lessiver leur sang et leurs tissus ! Celui qui n'élimine pas ses déchets s'intoxique. L'eau est indispensable à l'élimination des poisons de l'organisme.
Comme l'a très bien vu Bouchard, il faut, lorsqu'on se propose d'accélérer la nutrition ralentie, relever d'abord l'énergie nerveuse. Ajoutons qu'il importe surtout, dans la cure de l'obésité, d'éviter les déperditions azotées et l'amoindrissement musculaire, qui accompagnent, trop souvent, les régimes féroces et les remèdes désassimilateurs. Pour qu'un traitement soit logique, il faut qu'au sortir de ce traitement, l'obèse se sente plus vigoureux, plus souple, plus allègre, moins fatigable, moins àyspnéique ; qu'il soit capable de marche rapide et ascensionnelle, sans tachycardie ni transpirations. Autrement dit, il faut qu'en perdant son embonpoint, il recouvre ses forces et son agilité physiologique. C'est le nœud du traitement.
Notre méthode correspond étroitement à ce programme. Elle accélère la circulation périphérique ; elle combat les tendances à la stase lymphatique ; elle triomphe de cette adipose progressive, fertile en tares organiques. Libellé de façon variable (selon les analyses du sang et de l'urine, et d'après l'étude de la constitution et la minutieuse auscultation du sujet), notre système exerce sa primordiale influence sur la peau, dont il stimule les sécrétions sudoripare et sébacée. Il détermine, ensuite, un afflux du sang dans les parenchymes musculaires et finit par avoir, ainsi, raison de la flaccidité des tissus et par substituer, chez les corpulents. la chair à la graisse. De là son incontestable supériorité.
C'est l'adipose des interstices, celle du médiastin, celle des épiploons, qui disparaît tout d'abord et, avec elle, s'enfuient la dyspnée, les palpitations, les vertiges, la somnolence, la motricité difficul-
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tueuse, la pléthore abdominale, la constipation. Bientôt on assiste au retour de la vivacité intellectuelle et de la puissance génésique, depuis longtemps engourdies ou compromises.
Les dangers de l'obésité ne sont pas assez redoutés : et, pourtant, elle prédispose au diabète, à la goutte, à l'asthme, à l'eczéma, à la pléthore veineuse, à l'insuffisance cardiaque, à l'angine de poitrine, à l'hémorragie cérébrale. Les hernies, les abcès, les érysipèles, l'artério-sclérose ne sont pas rares chez les obèses.
Il est vrai que l'atonie nutritive se traduit physionomiquement (fort paradoxal) sous la forme floride. Mais ces apparences de fraîcheur trompeuse dissimulent une exquise sensibilité aux maladies, un amoindrissement notoire des processus de défense organique. Chez la femme, il y a prédisposition certaine à la stérilité et aux maladies ovariennes. L'obésité de la ménopause est surtout à combattre, parce qu'elle est souvent prémonitoire de perturbations sérieuses dans la santé de la femme.
En fournissant à tous les obèses les moyens de maigrir promptement, sûrement et sans danger, la physicothérapie a servi puissamment les intérêts de la médecine rationnelle et de la prophylaxie.