CHAPITRE XX
Traitement de PArtériosclérose
C'est par les artérioles viscérales que débute habituellement la sclérose des artères. Cette particularité nous rend compte des graves perturbations trophiques imprimées aux organes les plus importants, du désarroi gastro-hépatique, du branle-bas cérébro-spinal et enfin des accidents mortels, survenus parfois, en pleine santé, chez des sujets ayant à peine dépassé la cinquantaine. Toutefois, il est avéré que l'artériosclérose évolue ordinairement d'une façon latente, causant ces viscéropathies souvent mal définies et par conséquent traitées à contresens : à diagnose indécise, thérapeutique, hélas ! aléatoire... C'est aux travaux, déjà anciens, de Lancereaux, qu'a été due cette conception anatomopathologique si féconde.
L'hérédité paraît jouer un rôle considérable clans l'étiologie et se confond, le plus généralement, avec la bradytrophie arthritique. Parmi les antécédents personnels, on retrouve surtout la migraine, les hémorroïdes, les épistaxis à répétition, les poussées eczémateuses et herpétiques, la calvitie précoce, la perte des dents. Certaines infections aiguës ou chroniques, notamment l'influenza, la fièvre
typhoïde, la syphilis, les empoisonnements par le tabac, l'alcool, le plomb, et les toxines alimentaires d'une cuisine trop raffinée en viandes, précipitent, à coup sûr, le travail scléreux dans les artères. C'est par l'angiosclérose que s'explique le triste destin morbide des familles riches, fauchées, de génération en génération, par l'angine de poitrine ou par l'hémorragie cérébrale, bien avant l'époque fatidique de l'inévitable usure des années. Que de quadragénaires, en apparence bien portants, et qui portent en eux leur arrêt de mort ! C'est pourquoi il est bon de savoir dévisager les manifestations symptomatiques précoces de la période « prescléreuse » (Huchard) avant que les lésions oblitératrices viennent rendre illusoires les meilleurs traitements.
C'est ainsi que la physicothérapie curative doit être instituée dès que la myasthénie, les crampes et fourmillements des membres, les alternatives de rougeur et de pâleur, la polyurie avec traces d'albumine, la pesante céphalée avec vertiges, l'irritabilité neurasthéniforme, la débilité mentale et le rétrécissement de la sphère de l'entendement annoncent une hypertension artérielle, que vient confirmer la sphygmomanométrie bien faite à l'aide des appareils perfectionnés que nous possédons, ;;ujourd'hui (Gros, Vaquez). Les agents physiques interviennent aussi avec succès contre les bronchites asthmatiques à répétition, les tachycardies et arythmies, l'atonie gastro-intestinale, avec poussées de gastrite, de colite ou de lithiase biliaire. Mais ce sont le plus souvent les troubles sensitifs (grimaces, parole lente, amnésie, angoisse, émotivité, perte de volonté, sentiments de déséquilibre ou d'insécurité), et cet état (visible pour l'entourage) de dépression étrange dans l'activité physique -et morale, avec tremblements, maladresse
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irébuchements, etc., qui mettent sur la voie du diagnostic : artériosclérose.
Eh bien, si vous instituez de bonne heure une physicothérapie hypotensive suffisamment prolongée, vous assistez bientôt au dégrèvement progressif de tous ces symptômes. De l'avis des maîtres les plus autorisés, la lutte intelligente contre cette phase purement fonctionnelle du mal empêche la dystrophie lésionnelle ou oblitérante de s'installer à demeure. Il n'est pas douteux, en effet, qu'il existe une période prescléreuse (Huchard), c'est-àdire prémonitoire : qui ne connaît les expériences de Josué, reproduisant, chez l'animal, les lésions de l'athérôme, en déterminant les injections d'adrénaline, une période de suppression artérielle un peu prolongée ?
En analysant la pathogénie de la phase initiale, on s'aperçoit que la plupart des troubles fonctionnels dénoncent un état notoire d'insuffisance épithéliale. La mission capitale des épithéliums dans l'organisme est une mission de protection contre les toxines : chose précieuse surtout pour l'intestin, le foie, les reins, le thyroïde. D'autre part, dès que îe tissu artériel devient moins élastique, moins contractile, le cours du sang se règle imparfaitement. C'est pourquoi l'artérioscléreux souffre d'un amoindrissement fonctionnel de toute son économie, d'une sorte d'indigence organique fort bien définie par Potin à l'aide du néologisme « meiopragie ». Douleurs lombaires, palpitations, fatigue des muscles, découragement, urines abondantes, pauvres en chlorures et renfermant des traces, parfois discontinues, d'albumine ; pouls dur, temporales flexueuses, œdèmes fugaces ; dyspnée d'effort, face pâle et jaunâtre (parfois, troubles vaso-moteurs produisant une grande instabilité du teint) ; inaptitude physique au travail, caractère apathique ou
irritable, affligé de neurasthénie spéciale, avec attention et pensée même très pénibles — tels sont les phénomènes inhérents à l'artériosclérose confirmée.
Nous assistons, ensuite, au déchaussement des dents, aux lourdeurs des jambes, dont la circulation est compromise, aux névralgies trifaciales et intercostales, avec insomnie et agitation nocturne.
On observe encore la presbytie ou l'amaurose passagère (causée par le spasme de l'artère centrale de la rétine), les troubles de l'ouïe, bourdonnements ou jets de vapeur dans les oreilles, la cataracte, etc.; bref, la diminution générale de la résistance organique : la moindre infraction au régime habituel entraîne la dyspnée nocturne ou toxi-alimentaire (Huchard) . Le repos de la nuit exalte, d'ailleurs, les phénomènes toxémiques, en ralentissant les éliminations : il devient ainsi une cause de faiblesse pour l'artérioscléreux, qui se lève, dit-il, toujours plus fatigué qu'il s'est couché.
A une période plus avancée, appartiennent les lésions viscérales profondes, et notamment l'imperméabilité du rein, avec son cortège d'oppression urémique, de dyspnée mécano-toxique, d'étourdissements, de pollakiurie nocturne ; son bruit de galop au cœur et son double souffle clangoreux du deuxième espace intercostal (Huchard), bruit de retentissement diastolique impliquant la dilatation de l'aorte. Le pouls est petit, tendu et fréquent ; la céphalée pulsatile apparaît aux tempes et sur le front ; on observe de l'amnésie et de l'aphasie transitoires, de la paraplégie incomplète, des crises épileptiformes, et la mort survient, fréquemment, par une crise cardiaque ou par des accidents cérébraux. Nous voyons aussi, parfois, apparaître 1-e cancer comme un épisode clôturai de la maladie.
A cette période avancée, le praticien le plus
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éminent ne saurait guère faire que de la médecine des symptômes. A supposer même que l'iodure ou que la haute fréquence puisse faire rétrograder les processus anatomiques de la sclérose, quel miracle pourrait remplacer les éléments nobles étouffés et disparus ? C'est tout au plus si l'on peut restituer, à certains épithéliums en voie de dégénérescence, leur activité fonctionnelle qui s'éteint. Mais il faut agir vite. Méfions-nous aussi de ces œdèmes rénitents et douloureux, trop euphémiquement qualifiés de neuro-arthritiques, ainsi que de ces nodosités (d'Heberden ou autres), prétendues arthropathies toxi-infectieuses : ce sont des symptômes d'artériosclérose caractérisée.
Parmi les médicaments, l'iodure, mitigé par les alcalins et surtout par le benzoate de lithine, rendra de signalés services. Il faut le faire précéder toujours ou accompagner de laxatifs, qui favorisent sa tolérance, en combattant les processus zymotiques concomitants.
Lorsque l'iodure, chose fréquente, est mal toléré (même avec les bases calcium, sodium ou strontium), on conseille, avec succès, le paquet matutinal de Lauder-Brunton, à prendre chaque matin dans un grand verre d'eau : 2 grammes de bicarbonate de potasse, 1 gramme 20 de nitrate de potasse et 0,30 de nitrite de soude. On obtient ainsi une hypotension souvent plus fidèle qu'avec la trinitane ou le nitrite d'amyle.
Plus puissante, assurément, que la pharmacothérapie, contre les symptômes fonctionnels de la prèsclérose, la physicothérapie s'attaque au trouble permanent des mutations nutritives, modifie profondément les échanges les plus intimes, complète les éliminations imparfaites, perfectionne les oxydations et équilibre le dynamisme et la chimiotaxie physiologique de l'être vivant. Nous savons tous que
la physicothérapie, application pratique de l'air, de l'eau, du mouvement, de la température, de la lumière et de l'électricité, se conduit en parfaite antagoniste de la bradytrophie. Or, c'est précisément cette diathèse de ralentissement qui aboutit à un excès de matériaux incomplètement élaborés et même à l'encroûtement des artérioles, à l'insuffisance hepato-rénale, à la néphrite interstitielle. En stimulant la nutrition, en exerçant sur le nervisme une influence toni-sédative de premier ordre, en favorisant la circulation périphérique et en activant la gymnastique cellulaire dans son ensemble, les agents physiques s'opposent utilement à la transformation inéluctable de la présclérose fonctionnelle en sclérose anatomique caractérisée.
La gymnastique et la cinésie méthodiques, le massage vibratoire, les bains thermo-lumineux, les bains d'acide carbonique constituent d'excellents engins de lutte contre l'auto-intoxication. Avec l'aide du régime lacto-végétarien, ces divers moyens, combinés ou alternés, relâchent le frein vasculaire, diminuent la pléthore sanguine, assurent l'hypotension et la vaso-dilatation progressives, soutiennent le cœur dans sa lutte, trop souvent inégale, et remédient à l'insuffisance fonctionnelle du grand sympathique.
Lorsque la pression artérielle est considérable, l'auto-conduction par le grand solénoïde, en forme de cage (d'Arsonvalisation), fait baisser la tension, parfois en quelques minutes. Mais on peut en dire à peu près autant des bains carbo-gazeux, hydroélectriques et de lumière bleue, des courants sinusoïdaux, avec cette différence que ces moyens ne se contentent pas d'abaisser l'hypertension, mais suppriment souvent aussi l'albuminurie symptomatiqtie de la néphrite interstitielle et procurent aux malades une euphorie générale beaucoup plus
complète. Il y a certainement, alors, diminution du spasme réflexe dans les vaisseaux intra-rénaux et relèvement du tonus cardiovasculaire dans son ensemble. Le massage sous l'eau améliore encore la diurèse et met fin à la cylindrurie, en régularisant la pression dans les tubes et bassinets.
Dans certains cas d'artériosclérose, la faradisalion générale rendra de réels services. Il en est de même des bains et douches électro-statiques, dont le rôle est d'activer notoirement l'eutrophie et de combattre l'affaiblissement des centres nerveux.
L'hypertension est beaucoup moins inquiétante, à mon avis, que l'intoxication. Ces deux états ne sont pas toujours corrélatifs : mais il faut convenir que l'intoxication est un syndrome pathologique, tandis que l'hypertension n'est qu'un symptôme. Aussi, la question est beaucoup moins simpliste qu'ont paru le croire certains auteurs, lorsqu'ils ont pensé, de très bonne foi, d'ailleurs, que la darsonvalisation était le remède héroïque et spécifique de l'artériosclérose.
La vérité sur ce point est toujours la même. C'est ce que d'Arsonval lui-même, en 1898, et le très regretté Charrin, l'année suivante, avaient reconnu, après de nombreuses expériences : la haute fréquence possède sur la pression sanguine une action régulatrice. Appliqué à un préscléreux, le grand courant abaissera, progressivement, sa tension, au fur et à mesure que ces échanges organiques s'accéléreront et que le lavage du sang s'opérera par la stimulation du foie et des reins. L'action, souvent rapide, des courants de haute tension, pour ne point dépasser le but, doit toujours être suivie de près par le spécialiste, appuyée d'une diététique sévère et aidée d'autres moyens médicaux et physiques éliminateurs. En effet, les courants de d'Arsonval jettent dans le torrent circulatoire des produits ré-
siduels, dont il faut débarrasser à tout prix l'organisme : le calomel, l'huile de ricin, les tisanes diurétiques, la chaleur, etc., sont alors indispensables au clinicien.
A mon avis, aucun agent physique n'agit directement sur le mal lésionnel : mais, pour être indirecte, l'action n'atteint pas moins la circulation, la nutrition et l'innervation, au point de pouvoir permettre les plus longues, les plus heureuses et les plus utiles survies. Mais il ne faut pas perdre de vue le combat permanent contre la constipation, la cholémie et l'insuffisance rénale, causes des accidents graves et des dangers réels de l'artériosclérose. C'est ainsi (et seulement ainsi) que nous pouvons prévenir l'apoplexie et l'angor pectoris. En cas de dilatation aortique, d'anévrisme ou de coronarite confirmée, le lit condensateur est excellent, pour relever les écluses artérielles et inciter l'appareil nerveux directeur de l'énergie myooardique. Si l'on persévère tant soit peu dans ce traitement, on voit cesser les crises et s'atténuer notablement l'angoisse et la dyspnée.
Contre les topoalgies ou les névralgies localisées des artérioscléreux, les courants continus, progressivement débités jusqu'à la limite supportable, constituent le traitement de choix. Chez les goutteux caractérisés, il faut chercher à obtenir la réduction urique par le moyen de la modification pharmaco-électrique du sang : l'ionisation au salicylate de lithine donne, alors, les résultats les plus concluants. La darsonvalisation, qui n'est qu'une unité en physicothérapie, reste une unité très appréciable, non par son influence nette sur les parois des vaisseaux, mais surtout (comme déjà le présentait Apostoli) parce qu'elle améliore la nutrition et atténue, ainsi, l'évolution progressive du processus scléreux généralisé.
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Il faut aussi faire une place équitable dans le traitement à l'actinothérapie, que nous utilisons souvent avec succès. Les rayons bleus provoquent la sédation des spasmes, tandis que les rayons blancs et rouges amendent les troubles trophiques. Et cette action se répercute à longue échéance : car l'organisme paraît avoir la faculté d'accumuler l'énergie potentielle des radiations pour les utiliser lorsqu'il n'est plus soumis à leur influence. C'est ainsi que nous enrayons les symptômes d'attaque, après avoir renforcé les énergies de défense. Détendre un frein vasculaire trop serré, supprimer Fartério-spasme et la meiopragie néphritique vasoconstrictive, n'est-ce pas prévenir de redoutables complications (anévrismes, sternalgie, glaucome, hémorragies viscérales, etc..) ?
Les bains hydro-électriques, sinusoïdaux, ondulatoires m'ont paru également améliorer, d'une façon considérable, certains troubles de la circulation cérébrale et augmenter, parallèlement, la perméabilité hépato-rénale. Ils constituent aussi un moyen toujours efficace de mettre la pression endovasale des viscères en état d'hypotonie durable. D'ailleurs, n'y a-t-il pas corrélation entre la décompression et la dépuration ? Gela n'a rien d'étonnant lorsqu'on admet le rôle probable des urates, des phosphates et des chlorures dans la genèse habituelle de l'artériosclérose, qui est le grand mal des intoxiqués chroniques par déchets nutritifs.
En résumé, j'estime qu'il faut comprendre de la manière suivante la cure physicothérapique des artérioscléreux :
1° Nous avons à remplir deux indications principales : fortifier le myocarde affaibli et abaisser la tension pour diminuer le travail du cœur. Parai-
lèlement, le devoir thérapeutique est de pousser, le plus possible, à la désintoxication du sang et au relèvement du système nerveux ;
2° Pour fortifier le myocarde, nous conseillons: les courants de haute fréquence ou interrompus, la thermothérapie, la massothérapie thoraco-abdominale, le massage vibratoire de la région cardiaque. Il est certain que la plus grande cause d'hypertension artérielle est la parésie du cœur. Si nous relevons l'énergie myocardique, nous diminuons lu constriction du pouls et sa fréquence, nous augmentons l'excursion et l'amplitude pulmonaires, ce qui assure une hématose plus parfaite. Une sensation marquée de soulagement accuse ces améliorations physiologiques, en même temps que la zone de matité se restreint. Le massage vibratoire et les effluves monopolaires sont aussi très utiles contre les tendances syncopales liées à la tachycardie, aux intermittences du pouls, aux défaillances circulatoires, signalées par les irrégularités de la radiale, etc ;
3° Pour abaisser la tension artérielle, la gymnastique respiratoire, réalisée avec nos appareils système Zander perfectionné, les bains d'acide carbonique et les bains hydro-électriques, diminuent notablement les résistances périphériques et possèdent une action vaso-dilatatrice remarquable, même lorsqu'il y a néphrite et hypertrophie du cœur. Nous alternons ces méthodes (20 minutes par séance, en moyenne) avec la darsonvalisation. Toutefois, nous procédons toujours prudemment comme degrés thermiques, ampérages, durée d'applications, etc. Enfin, lorsque le malade ne peut vivre en plein air, nous nous efforçons de stimuler sa circulation pulmonaire et de perfectionner son hématose nutritive par l'ozonisation.
Ces pratiques remédient singulièrement à la
,;de physicothérapie
débilité rénale et nous leur devons la guérison de plusieurs cas d'albuminurie intermittente ;
4° Si nous voulons conserver à la physicothérapie la part primordiale qui lui revient, dans la cure des artérioscléreux, il faut viser surtout les causes pathogéniques et ne pas s'hypnotiser sur un symptôme. Ce n'est qu'en combinant toutes nos ressources que nous arriverons, sans surmenage thérapeutique, à une synergie de défense véritablement éclatante. J'ajouterai même (en vertu d'une expérience qui me donne le droit de le dire), que le système neuro-vasculaire se montre beaucoup plus tolérant vis-à-vis de nos cures associées qu'en présence des moyens univoques.