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CHAPITRE XXIV

Traitement des fibromes utérins

Le regretté Apostoli a fait connaître, par son labeur persévérant, les résultats rapides et durables fournis par l'électrolyse dans le traitement des fibromes utérins. Cette méthode supprime la douleur et les hémorragies, diminue souvent le volume des fibromes, arrête leur évolution, favorise leur régression et semble hâter aussi l'instauration de la ménopause, qui atrophie la tumeur fibreuse et rend ordinairement tout effort thérapeutique superflu.

L'électrothérapie constitue donc un grand progrès dans la cure des fibromes. Mais Apostoli et ses élèves ont été peut-être trop exclusifs en préconisant uniquement l'électrolyse, et parfois un peu imprudents en employant de trop hautes intensités.

Après douze ans d'expérience, je crois pouvoir recommander ma méthode personnelle, douce, progressive, électrique en grande partie, comme fournissant les meilleurs résultats pratiques, à l'abri de toute surprise désagréable.

Le diagnostic étant fait, j'applique, la première semaine, une séance de courants continus, de dix minutes à un quart d'heure au maximum, avec 25-30 milli-ampères. Après cette séance, je place sur le col un tampon ouaté chaud imbibé d'an mé-

lange de glycérine, salol et extrait de belladone, que je fais conserver par ma cliente jusqu'au lendemain matin.

Tous les matins et soirs, je lui recommande de prendre, dans la position horizontale, une injection aseptique de 5 litres d'eau à 50°. Je répète deux fois par semaine la séance de courants continus, à partir de la deuxième semaine.

Tous les autres jours, j'applique : soit le courant faradique modéré et indolore sur le col, pendant dix minutes, pôle externe sur le côté du bassin, afin de permettre au courant de traverser la tumeur ; soit le courant monopolaire de haute fréquence ; soit enfin le massage vibratoire ou les radiations lumino-thermiques. J'ajouterai que les bains hydro-électriques et les bains d'acide carbonique constituent les meilleurs adjuvants, par leur pouvoir révulsif et régressif, aussi bien que par leur action éliminatrice sur les divers émonctoires.

Dès les premières applications électrothérapiques, on observe la cessation des hémorragies, la suppression des douleurs, la résolution de la polysarcie bas-ventrale qui désole souvent les malades, l'atténuation de l'état dysménorrhéique, enfin l'amélioration considérable des forces et du bienêtre général.

La congestion des vaisseaux capillaires utérins, puis les compressions des troncs vasculaires plus importants sont, à bon droit, envisagés comme les deux grands affluents hypérémiques des fibromes. L'électrolyse, par son action vasomotrice, dégage ces processus congestifs et réveille la contractilité spéciale des fibres lisses, en même temps que, par la répétition des séances, la trophicité cellulaire intime se restaure peu à peu.

Si, histologiquement, le fibromyôme est une tumeur bénigne, il ne faut pas oublier qu'il est fer-

tile, cliniquement, en complications sérieuses. Ne voit-on pas l'obstruction de la vessie, du rectum, de l'uretère, déterminée, parfois, par des tumeurs fibreuses d'un très petit volume ? Je ne parle pas des hémorragies, qui, par leur incessante répétition, peuvent menacer l'existence des malades ou la rendre, à jamais, précaire. Enfin, la gangrène par torsion du pédicule et la péritonite sont aussi des complications possibles, qui même n'ont rien d'exceptionnellement rare.

La Physicothérapie agit, à mon avis, dans le sens curatif, principalement en réveillant les fonctions utéro-annexielles et en décongestionnant le plexus utérin hypérémié : hypérémie passive, par langueur torpide, chez les femmes lymphatiques et arthritiques, en proie aux stases veineuses, aux engorgements mécaniques, à la vocation variqueuse, — sujets congestifs, en un mot.

Je sais bien qu'il existe des fibromes peu vasculaires. Mais ces tumeurs sont l'exception : le tissu cellulaire s'y trouve fortement enchevêtré et leur donne une consistance cartilagineuse, que nos pratiques réitérées finissent évidemment par ramollir, mais bien plus lentement que lorsqu'il s'agit de tumeurs vasculaires.

Ce n'est point sans raison que les anciens gynécologistes avaient fait une si large part à la congestions utérine, dans l'étiologie des tumeurs fibreuses et de toutes les néoplasies utérines en général : « La congestion, aimait à répéter Récamier, engendre l'engorgement, et l'engorgement le néoplasme. » Cela n'est point contestable. La congestion (normale et périodique chez la femme) entraîne, d'une manière, pour le moins passagère, l'apport immodéré du sang dans l'utérus. Les pesanteurs des lombes et du bas-ventre, les douleurs pubio-périnéales, les sensations de lourdeur et d'augmentation de vo-

lume de la matrice, avec tendance à la tension ou même au ténesme, et parfois épistaxis utérine intermenstruelle : voilà les habituels symptômes de la congestion utérine. Passagère et limitée, d'abord, Fhypérémie se répète plus fréquemment chez les neuro-arthritiques : de poussée en poussée, l'afflux sanguin finit par devenir une habitude morbide et constitue une sorte de turgescence circulatoire, à forme paroxystique, éminemment propice aux proliférations fibromateuses. Remarquons en passant que, si la bactériologie explique bien des choses (au point d'avoir envahi presque toute la pathologie utérine), il reste à la congestion, c'est-à-dire à la diathèse, une part étiologique, qu'il serait téméraire de vouloir lui arracher : la pathogénie des tumeurs fibreuses.

Eh bien ! l'électricité, dans les diverses modalités que nous venons de vous exposer, s'attaque, avec les plus grands succès, à la diathèse congestive des neuro-arthritiques.

Une involution utérine incomplète, à la suite d'accouchement ou de fausse-couche, les varices et les hémorroïdes, les localisations rhumatismales musculo-articulaires, eczémateuses ou acnéiques, précédent souvent les processus fibromateux. C'est alors que l'électricité manifestera une influence défluxionnante et sédative bien supérieure à toutes les cautérisations et à tous les curettages préconisés en semblable occurence. Si je dis curettage, c'est que j'ai vu fréquemment les applications électriques guérir la leucorrhée liée à l'endométrite et tarir cette hydrorrhée gommeuse et filante, qui s'accompagne si souvent de douleurs sourdes périodiques rapportées à la névralgie lumbo-abdominale.

Les troubles nutritifs préludant à la genèse des tumeurs en général, reconnaissent une disposition héréditaire ou innée : cela est hors de doute. Sans

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aller jusqu'à admettre, avec Verneuil, une diathcse néoplastique unique, je pense, avec tous les bons esprits, que les transformations des tumeurs bénignes en tumeurs malignes ne sont point rares, surtout si la disposition héréditaire s'en mêle. C'est pourquoi je conseille d'agir toujours dans le sens de la décongestion utérine, de façon à gêner l'apport, par les vaisseaux, des matériaux néoplasiques, constructeurs de tumeurs. Outre l'électricité proprement dite, je conseille donc, à la période d'empâtement ou de rénitence prémonitoire du basventre, les massages vibratoires et les bains d'acide carbonique, deux excellentes méthodes résolutives et révulsives.

Mais il faut agir tôt et ne point attendre la période de transformation scléreuse. N'oublions pas que les parasites du cancer, et surtout du terrible épithélioma, se greffent volontiers sur des endométrites cervicales congestives négligées ou mal soignées. C'est ainsi qu'une malade, de bonne santé apparente, est conduite, sournoisement, aux hyperplasies les plus malignes. (Voir notre communication faite à Paris, en juillet 1900, au Congrès International d'Electrologie et de Radiologie médicales : « Actions des courants de haute fréquence et des effluves et étincelles sur certaines tumeurs malignes »).

A son origine, le fibrome fait, en quelque sorte, partie intégrante de la musculature utérine. Il faut agir dès cette période de début, pour l'empêcher de s'isoler, de revêtir cette individualité indépendante qui crée la tumeur et force à la multiplication de ses éléments cellulaires. Si l'on a laissé passer cette période, le fibrome devient surtout dangereux par les retards qu'il apporte à la constitution de la ménopause et par les dégénérescences kystiques ou télangiectasiques qu'il peut provoquer : les observations

de Schroeder, de Babès, etc..., ont aussi prouvé que les dégénérescences carcinomateuses ou épithélio niateuses n'étaient point rares, ainsi que les suppurations annexielles. La congestion du rein, et l'autointoxication qui en dérive, augmentent, sensiblement la gravité de fibromes en apparence bénins ; Pozzi, Duplay et d'autres cliniciens ont cité des cas de mort dus à l'urémie insidieuse, résultant de la compression des uretères par des tumeurs peu volumineuses, mais enclavées. C'est dans ces cas surtout que le médecin traitant se reprochera de ne pas avoir fait appel au traitement électrique, alors si décisif...

Je suis convaincu, pour ma part, que le quart des femmes de trente-cinq à quarante ans pourrait bénéficier des pratiques physicothérapiques, pour éloigner un fibrome diffus, atrophier un fibrome nodulaire et surtout parer aux dégénérescences nryomateuses interstitielles, qui sont, à cet âge, d'une fréquence insoupçonnée. Les ménorrhagies, leucorrhées brusques, hydrorrhées, les souffrances névralgiques à forme expultrice, les retards et avances dans les époques, sont les symptômes qui légitiment surtout la consultation gynécologique et l'intervention du courant continu.

Ce qu'on appelait naguère les tumeurs fantômes, chez nombre de jeunes femmes, est un étal d'irritation péritonéale, qui distend le bassin, y accumule des gaz et des dépôts adipeux, contre lesquels les applications électriques sont, fréquemment, d'un pouvoir curatif héroïque. En négligeant ces fausses tumeurs, on favorise aussi la dégénérescence néoplasique. Un fait, en tout cas, absolument certain, et qui est universellement noté par Apostoli et ses imitateurs, Keith, Spencer Wells, etc., etc. (et ce que j'ai toujours observé moi-même), c'est l'énorme amélioration de la santé générale, à la

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suite des applications électriques les plus localisées. Toutes les malades se sentent plus fortes et accusent une euphorie qu'aucune médication n'est capable de procurer à semblable degré.

En totalisant les résultats imputés au traitement électrothérapique, — travail fait, à diverses reprises, par Baraduc, Régnier, Apostoli et Laquerrière, — on trouve, signalés, sur deux à trois mille cas, représentant soixante à quatre-vingt mille applications, une dizaine de décès. Un examen attentif nous montre que l'issue funeste ne s'est guère produite que dans des cas de pyosalpinx et d'hémotosalpinx, de péritonites latentes et autres lésions annexielles, traités par de trop hautes intensités. On relève aussi plusieurs erreurs de diagnostic, et principalement des kystes ovariens pris pour des fibromes et brusquement ouverts par l'électrode.

Il est équitable d'affirmer que l'on peut éviter, avec un peu de prudence, tous ces accidents. Si les premières applications de chimicaustie, faites aux plus basses intensités (20 m. a) provoquent de la douleur, il faut imposer le repos et le traitement général purement physicothérapique, avant de continuer l'électrothérapie utérine.

Le succès dépend, évidemment, de l'expérience manuelle de l'opérateur et du perfectionnement de ses instruments : mais cela n'empêche qu'on doive tenir le plus large compte de l'état réactionnel postopératoire, si variable suivant les patientes. Spencer Wells Fa dit avec raison : le danger réside bien davantage dans l'opérateur que dans la méthode, qui n'offre rien, en elle-même, de l'arme à double tranchant.

Une sérieuse asepsie préparatoire, suivie de pansements antiseptiques glycérinés et calmants, la mise en œuvre de beaucoup de douceur et de patience, le courant étant toujours dosé dans les limi-

tes de la tolérance individuelle (en évitant parfois les séances trop rapprochées et surtout trop longues), l'utilisation raisonnée des autres agents physiques : telles sont les principales conditions d'innocuité absolue et de succès curatif final.

Une cinquantaine de séances de courants continus, à raison de deux par semaine et de dix minutes chaque fois, telle est la formule générale du traitement électrique des fibromes. Il faut préférer le pôle positif dans les fibromes mous, parce qu'il est, avant tout, décongestif et hémostatique. Dans les fibromes durs, on appliquera plutôt le négatif, qui est dénutritif et atrophiant. Les pratiques auxiliaires du courant continu (courants faradiques, de haute fréquence, monopolaires ou bipolaires, massages vibratoires, bains hydro-électriques et, parfois, d'acide carbonique), corroborent l'action curative et contribuent à rendre le traitement plus rapide, plus efficace et plus profond, ainsi qu'à éloigner les poussées hypérémiques et les récidives.

Le traitement terminé, la malade sera revue, une fois tous les trois mois environ, afin de surveiller le fonctionnement normal de la sphère sexuelle et de pouvoir, par une sage prophylaxie, s'opposer à la transformation maligne de l'ancienne tumeur bénigne. Disons, à cet égard, que les heureux résultats, obtenus par nous dans le traitement d'épithéliomas utérins, à l'aide des courants de haute fréquence, permettent d'espérer de profitables applications électrothérapiques dans la cure de toutes ces tumeurs malignes, d'une si redoutable observation, et vis-à-vis desquels la médecine e1 la chirurgie se déclaraient naguère impuissantes. Les expériences que nous poursuivons, à cet égard, nous encouragent à persévérer dans nos recherches cliniques, actuellement en cours.

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CONCLUSIONS. — 1° La physico thérapie favorise ordinairement la régression des fibromes, sans s'en tenir exclusivement à l'électrolyse, qui, d'ailleurs, ne devra pas dépasser, en général, 40 milli-ampères.

2° Nous recommandons les bains hydro-électriques, avec frictions au gant de crin et au savon, qui assurent le décapage de la peau, l'expulsion de l'enveloppe épidermique morte, ainsi que les microbes et les toxines qu'elle abrite, l'élimination des déchets et des poisons organiques, le redressement de la nutrition générale. Nous conseillons aussi les bains d'acide carbonique, qui, par une bonne dérivation cutanée, arrêtent le travail fluxionnaire de l'utérus fibromateux, stimulent et rétablissent l'harmonie générale des fonctions organiques. Les courants faradiques, les courants de haute fréquence, mono ou bi-polaires, le massage vibratoire;, sont également d'un puissant secours dans le traitement des fibromes par les courants continus.

3° Le traitement par les agents physiques et l'électricité en particulier, supprime la douleur et les métrorrhagies, redresse la nutrition générale et locale, exerce une action décongestive locale, dépuratrice générale et secondairement antinéoplasique. C'est donc une médication étiologique, ce qui signifie rationnelle et scientifique au premier chef, remarquable par son innocuité et permettant d'éviter des opérations plus ou moins graves.

4° La Physicothérapie prévient aussi l'évolution des tumeurs bénignes vers le cancer, principalement chez les femmes atteintes de dyscrasie arthritique, dont la carcinose constitue le véritable tertiarisme diathésique.

5° Agir à temps, pour éviter l'hyperplasie épithéliale et la sclérose, l'enclavement uretéral, la néphrite et d'autres complications ; ne pas cher-

cher à supplanter la chirurgie par une électrothérapie agressive ou destructive ; telles sont les principales règles du traitement, qui, entre les mains d'un prudent spécialiste, n'a rien de l'arme à double tranchant et constitue un indéniable progrès pratique.

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