‹ Esquisses cliniques de physicothérapieChapitre 30 sur 32 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Physicothérapie du Cancer

Au Congrès International d'Electrologie et de Radiologie médicales, tenu à Paris en 1900 à l'occasion de l'Exposition Universelle, j'ai rapporté plusieurs observations de tumeurs malignes, améliorées ou guéries par les courants de haute fréquence et par les rayons actiniques. Je concluais à une action trophique locale et générale, ramenant les processus vitaux à l'état normal. Je préconisais la méthode physicothérapique : 1° post-opératoire (dans le but d'éviter de modifier les récidives cancéreuses), et 2° primitive (dans le but de modifier utilement les tumeurs inopérables). Enfin, j'insistais sur l'heureuse influence des effluves statiques et de haute fréquence, ainsi que des rayons refroidis, dans certains cas d'adénopathies dyscrasiques.

Depuis que cette communication a été faite, j'ai observé et traité de nombreux malades, dont les cas ont confirmé, dans la plus large mesure, mon ancienne communication. J'ai constaté aussi, avec plaisir, que nombre de mes confrères de France et de l'étranger avaient, avec les succès à peu près constants, utilisé également les précieuses ressources de la physicothérapie, pour la cure du cancer et des tumeurs malignes : sarcomes, lymphadénômes, etc..

En décembre 1903, à la fin d'une communication sensationnelle faite à l'Académie de médecine (et de la présentation d'une demi-douzaine de cas typiques de cures cancéreuses), j'émettais les conclusions motivées suivantes :

1° Notre pratique de la physico thérapie, pour la cure des néoplasmes, doit être envisagée, par la médecine moderne, comme une méthode très utile, pour obtenir la diminution des tumeurs, la sédation de l'élément douloureux, la disparition des engorgements ganglionnaires ;

2° La physicothérapie est la seule méthode à employer contre certains néoplasmes inopérables, ou voués à une reproduction rapide ; clans les formes végétantes, ulcéreuses et térébrantes, de l'épithélioma ; dans les sarcomes et carcinomes récidivants et repullulants, à la suite des interventions opératoires ;

3° Nous employons, de préférence, la radiothérapie, les effluves statiques et les effluves de haute fréquence, sans négliger les moyens physicothérapiques généraux (bains statiques, darsonvalisation, etc.), ainsi que le calomel, l'eau et la quinine à l'intérieur, afin de pousser aux éliminations et à la neutralisation des éléments néoplastiques, mobilisés par le traitement local et faisant retour au torrent circulatoire ;

4° Les effets les plus saillants du traitement physicothérapique sont : la disparition des œdèmes, engorgements et indurations, la cessation des douleurs lancinantes et autres, la cicatrisation rapide et complète de l'ulcus rodens, l'affaissement et le ratatinement des saillies végétantes ; enfin, la disparition complète de la cachexie et de l'amaigrissement et le retour de l'intégrité dans l'étal général ;

5° Bien que les succès soient fréquents pour la

DE PHYSICOTHÉRAPIE

cure des récidives opératoires, il est préférable de traiter ainsi les néoplasmes à leur début. La radiothérapie devra toujours déborder la lésion, puisque l'histologie nous prouve que le néoplasme s'étend toujours plus loin que la lésion apparente ;

6° En dépit des améliorations notoires et rapides (sédation des douleurs, régression des foyers, arrêt des proliférations adénopathiques), il faut apporter une persévérance indispensable dans le traitement par les agents physiques, surtout pour la continuation des méthodes générales, destinées à l'amendement diathesique ;

7° Enfin, nous croyons pouvoir (en nous appuyant sur nos observations personnelles et sur de nombreuses observations analogues, dues à nos confrères) affirmer hautement que le traitement des nosorganies malignes est entré dans une nouvelle phase, grâce aux applications des modernes méthodes physicothérapiques. La facilité, la simplicité, l'indolence et la promptitude de nos traitements, la régularité esthétique des résultats obtenus, le retour intégral des fonctions compromises, tout donne à la physicothérapie une valeur ourative incontestable, tant au point de vue du nombre des guérisons que de la solidité des améliorations, dans des cas (primitifs ou récidivants) qui semblaient bien au-dessus des ressources de l'art.

En additionnant les sarcomes, carcinomes et épithéliomes, nous trouvons, du fait des néoplasmes, une léthalité de 3 p. 100 environ des décès à tous les âges et près de 15 p. 100 à partir de quarante-cinq ans. Le cancer semble, de nos jours, en augmentation régulièrement croissante, aussi bien dans les campagnes que dans les villes : fréquence corrélative avec le développement inouï du bienêtre à notre époque, avec le perfectionnement incontestable des conditions de la civilisation. Il faut

bien dire aussi que la vie moyenne s'allongeant de plus en plus, le cancer, qui redouble de fréquence après quarante-cinq ans, doit, forcément, augmenter ses sévices, au fur et à mesure que davantage d'êtres humains atteignent ou dépassent cet âge. Toutefois, les conditions modernes de l'existence agissent principalement en poussant singulièrement à l'hypernutrition, aux excès et au raffinement dans l'alimentation carnée : aussi, ce sont les nations les plus riches, les plus puissantes comme bien-être général (France, Angleterre), chez lesquelles on a observé, depuis cinquante ans, l'augmentation du cancer, par suite d'un changement subit et radical dans les mœurs générales.

Au contraire, les pays où la vie en plein air et la nourriture frugale sont toujours en honneur (Sicile, Calabre, Sardaigne, Afrique du Nord) sont, de tous, les moins cancéreux. Bien que le carcinome ne soit pas rare chez les animaux herbivores, il est avéré qu'il est exceptionnel chez les végétariens de la race humaine.

L'hérédité se retrouve dans les 15 p. 100 des cas de cancer ; quant à la transmission contagieuse, si elle existe, elle doit être assez rare, puisqu'on n'en a, pour ainsi dire, pas observé le flagrant délit. Ce qui est certain, dans l'étiologie, c'est que l'arthritisme favorise puissamment l'éclosion de la maladie, qui doit, cà coup sûr. son actuelle fréquence au développement considérable de la dyscrasie acide à notre époque. Quant aux influences de l'irritation locale (surtout répétée) et de l'inflammation chronique, elles sont peu contestables : neuf fois sur dix, le cancer utérin ne succède-t-il pas à la métrite mal soignée, à une cicatrice puerpérale du col utérin, à un déplacement de la matrice ?

Hyperacidité du milieu intérieur, stase san-

DE PHYSICOTHÉRAPIE

guine locale irritative, tels sont, à mon avis, les deux grands affluents du cancer, c'est-à-dire les conditions qui prédisposent, le plus notoirement, au développement du tissu embryonnaire. Si les pays humides sont des pays à cancer, c'est parce qu'ils entraînent l'acidisme rhumatismal du sang. Pour préparer, en effet, le terrain organique aux agglomérations cellulaires du néoplasme, il faut le ralentissement des oxydations intraorganiques ; il faut les échanges nutritifs incomplets. C'est pourquoi le cancer frappe si sévèrement ceux qui font de grands abus du régime carné ; foudroyant souvent des individus de la meilleure santé apparente, et dont la florissante vigueur semblait une promesse longévitale certaine.

Il faut donc envisager le cancer, en général, comme une perturbation de notre évolution cellulaire, où la cellule épithéliale devient le véritable parasite envahisseur de l'organisme, ainsi que l'a écrit Duplay. Ajoutons, toutefois, que l'acidité du sang, reflétée par l'analyse des urines, est non seulement la cause, mais souvent aussi la résultante de la toxémie cancéreuse, de l'empoisonnement trophique des tissus. Quant aux protozoaires, sporozoaires ou autres parasites amiboïdes, décrits par maints observateurs consciencieux, ce sont, pour nous, des produits absolument secondaires de dégénérescence et non des blastomycètes pathogènes, capables d'engendrer la tumeur maligne.

Toutes les coccidies ou pseudo-coccidies, figurées jusqu'ici par les biologistes, se rattachent, par gradation insensible, à la cellule néoplasique. dont elles émanent évidemment par voie de dégénérescence (Fabre-Domergue). Telle est notre opinion.

Quoi qu'il en soit, le tissu de néoformation cancéreuse tend à s'accroître indéfiniment et tue, à bref délai, le malade, soit par prolifération indé-

finie, soit par métastase, soit par cachexie. Dans cette lutte homérique permanente (décrite si bien par Thiersch), entre l*es éléments conjonctifs et les éléments épithéliaux, le désastre final survient, par suite du développement des aptitudes générales à la malformation cellulaire et par la suprématie définitive des épithéliums, devenus mortels pour un organisme qu'ils avaient, jusque-là, mission naturelle de protéger et de défendre. La cellule épithéliale se transforme (comme on l'a dit avec autant d'esprit que de justesse), en une cellule « anarchiste » ; et cela sous l'incitation évidente d'une perversion physiologique dans le milieu chimique. Ce primum movens du cancer c'est la déviation arthritique, c'est l'hérédo-prédisposition à l'uricémie, cause initiale perturbatrice venant consommer bientôt la désorientation absolue de la division cellulaire. L'origine nerveuse de ce trouble trophique est, pour moi, une certitude et j'ai insisté, il y a déjà longtemps, sur cette étiologie, dans mon travail sur le NERVISME. C'est par le trouble de la cellule nerveuse que l'on peut, du reste, explique le mieux l'action étrange des facteurs moraux, sur la pathogénie de la carcinose, action que personne ne saurait songer à mettre en doute.

C'est pourquoi nous attachons aussi tant d'importance à la méthode physicothérapique, pour la modification de l'état général, chez les cancéreux et chez les candidats au cancer. En effet, à côté des symptômes locaux (que nous voyons aujourd'hui, si profondément modifiés par les rayons X) symptômes essentiellement variables suivant la région envahie par le cancer, le clinicien doit, pour le pronostic et pour le traitement, faire une part (souvent prépondérante) à la dyscrasie cancéreuse, à cette cachexie générale, à cette débilité neuro-musculaire, dont Klippel a, récemment, synthétisé les ca-

DE PHYSICOTHÉRAPIE

ractères : hyperexcitabilité mécanique des muscles amaigris, sorte de myxœdème du système musculaire, avec exagération des réflexes tendineux et aponévro tiques, diminution des réactions faradogalvaniques, surtout aux membres inférieurs ; tachycardie et fréquence du pouls, indépendantes de toute poussée fébrile ; anesthésies et hyperesthésies diverses, thromboses des veinules intra-musculaires, zones scléreuses et névritiques variées. Des troubles cérébraux sont également constatés : ils vont de la simple céphalée à la psychose la plus caractérisée, à la confusion mentale, avec délire aigu et accès comateux. Du reste, la fonction rénale diminue et la toxicité urinaire disparaît, au cours de l'auto-empoisonnement du sang par le cancer : Klemperer et Meyer l'ont démontré par de nombreuses analyses de laboratoire.

C'est encore la physicothérapie qui, par ses armes précises de reconstitution, peut, le mieux, réfréner et combattre la cachexie envahissante. Il faut insister absolument sur ce côté, fort important, de la question thérapeutique et ne point réserver aux rayons X l'exclusive mission de la guérison des cancéreux, ainsi que je l'ai affirmé le premier dans ma communication à l'Académie.

Les divers traitements préconisés contre le cancer par la thérapeutique contemporaine ont fait successivement faillite, et à bref délai : personne ne croit plus sérieusement à l'action du thuya, du chlorate, du mastic, du condurango, de la chélidoine, etc. Quant aux méthodes, plus récentes, des inoculations streptococciques, des toxines de Coley, du sérum de Wlaeff, de la thyroïdothérapie et autres opothérapies, des injections irritantes et aseptiques (quinine, térébenthine), leurs résultats ne sont guère plus concluants. Le problème ouratif n'en reste pas moins passionnant et toujours assez

empirique, étant donnée l'origine, somme toute, mystérieuse du cancer. Cependant, alors que les laboratoires cherchaient à cultiver un microbe pathogène, qui se dérobe à toutes recherches, et à préparer un sérum anti-cancéreux, jusqu'ici illusoire, la physicothérapie arrivait, de son côté, à des résultats plus qu'encourageants ; à des guérisons probantes, au moyen de l'application raisonnée des rayons Rœntgen, des effluves statiques et de la haute fréquence.

Avant le traitement par les rayons X, la physicothérapie avait déjà cherché à utiliser la cure de lumière Finsen, dont les rayons violets et ultraviolets sont reconnus comme bactéricides : malheureusement, ces rayons actiniques, trop peu pénétrants, ne sauraient exercer leur pouvoir que sur les formes les plus superficielles (cancers de la peau) qui, précisément, sont les plus promptement modifiées et guéries par les rayons X. Les effluves de haute tension ont le précieux avantage de ne renfermer que des rayons violets presque purs, sans mélange de radiations caloriques : leur pouvoir pénétrant s'étend aussi davantage au-dessous des frontières sous-cutanées. L'avenir nous réserve, peut-être, la découverte de rayons nouveaux, dont l'action efficace se limitera à certaines cellules ou certains agents néoplasiques (B. Blacker) : mais nous n'en sommes pas là, pour l'instant. Il faut encore observer et expérimenter.

Ce qui est aujourd'hui acquis, c'est que 3a haute fréquence présente une valeur médicatricc incontestable, pour la cure des tumeurs malignes : le grand avenir de cette nouvelle conquête de la physicothérapie s'esquisse déjà à grands traits,

DE PHYSICOTHÉRAPIE

grâce à de nombreuses et concluantes observations; heureux résultats, qui, depuis quelque temps déjà, se succèdent sans trêve.

Les traits les plus frappants du traitement sont de soulager, tout d'abord, les douleurs ; puis de faire rétrograder les tumeurs. Pour ce qui est du soulagement, il est remarquable et souvent complet, dès les premières séances, aussi bien dans les cancers internes et profonds que dans les tumeurs externes et superficielles. Pour ce qui est de la fonte de la tumeur, elle s'opère sans réaction inflammatoire, ni danger quelconque, comme si un agent vraiment spécifique, antinéoplasique, était appliqué sur le cancer. Cela tient un peu du prodige.

Il est bien certain, toutefois, que nous ne devons pas crier à la panacée : à côté de véritables résurrections, de cures radicales, sans récidives (comme nous avons pu nous-même en observer récemment), nombreux sont les demi-succès. Ils tiennent souvent, hélas ! à des demi-traitements ou à des traitements trop tardifs. Mais toujours (et je veux insister et revenir sur ce point, que je considère comme définitivement acquis) toujours le traitement adoucira les douleurs, diminuera les tuméfactions, tarira les suppurations, empêchant les délabrements compromettants pour l'intégrité vitale et prolongeant toujours, à l'abri des souffrances, ces cas désespérés, inopérables, inabordables par d'autres méthodes de l'art médical. Bien plus, j'estime qu'à la suite des opérations rationnelles et dans le but ultérieur d'empêcher toute rechute, on fera toujours bien (j'en possède de nombreuses preuves), d'avoir recours aux divers agents de la physicothérapie, pour consolider encore la guérison et éloigner l'heure de la repullulation, presque toujours fatidique, in situ ou à distance, mais prin-

cipalement sur les cicatrices opératoires. Si parfois, la guérison n'est pas absolue ou définitive, les progrès du mal sont, du moins, notablement retardés •et l'existence prolongée, à l'abri des souffrances physiques et morales. C'est quelque chose.

D'après nos observations, dans le traitement par les rayons X, un certain degré de dermatite semblerait désirable, pour la réussite rapide du traitement : notre technique permet, au surplus, de l'obtenir, tout en en demeurant maître, surtout lorsqu'il faut arriver à la disparition de foyers métastatiques secondaires, en continuant à traiter une tumeur maligne primitive.

Il faut toujours employer pour la radiothérapie des tubes permettant un contrôle parfait du vide : on sait que le vacuum des tubes habituels change constamment. Seule, d'ailleurs, une méthode soignée et minutieuse dans les traitements, peut assurer la résorption intégrale des tissus néoformés et la restauration parfaite de la santé générale. Mais il importe d'agir, avec promptitude et régularité, sur la vitalisation des cellules embryonnaires ; de faire disparaître leur enclavement enchevêtré avec des cellules adultes ; d'arrêter leur prolifération désordonnée au sein des éléments anatomiques, où elles sont enfouies : on y arrive par les divers moyens que j'ai indiqués au cours de mes travaux.

Prise sur le fait, l'action des rayons X semble surtout obvier à la reproduction des cellules cancéreuses par karyokinèse et par endogénèse, d'éliminer promptement les coccidies ou cellules modifiées ; d'empêcher la reproduction et la culture possible des sporozoaires. C'est ainsi que nous déconcertons toute l'histogénèse des tumeurs malignes. Lorsqu'on sait la rapidité avec laquelle l'appareil ganglionnaire se contamine, du fait d'un épithélioma ; quand on a assisté à ces cas de généra-

lisation, suraiguë et galopante, par la diffusion des cellules cancéreuses dans le torrent de la circulation ; quand on envisage les difficultés d'extirper chirurgicalement certains noyaux secondaires ; lorsqu'on a déploré, enfin, ces continuations, repousses, récidives actives de l'infection hypertoxique, propagée à distance, on conçoit, alors, l'indispensable nécessité d'une thérapeutique physique complexe et variée selon les épisodes morbides, mais appliquée autant que possible, de bonne heure.

N'attendons donc pas la déchéance organique fatale, la dyscrasie envahissante, la leucocythémie, le cancer total du sang (carcinosis totius substantia) pour avoir recours au traitement physicothérapique. Souvenons-nous que si la récidive peut succéder à ce traitement, elle est, certainement, plus rare et plus lente qu'après l'intervention opératoire. Car la physicothérapie, plus que la chirurgie, estcapable de franchir les limites du mal et d'étendre ses bienfaits à la totalité des cellules de la région lymphatique afférente : en proportionnant à la lésion, l'action (profonde ou prolongée) de la lumière froide; en dirigeant toujours sur la source d'infection les effluves statiques et polaires les plus intenses, le bénéfice thérapeutique apparaîtra fréquemment, complet et éclatant. La régression se fera, graduellement, sans cicatrice, sans nécrose apparente de la tumeur, privée effectivement de sa nutrition normale par le processus physicothérapique multiple.

Comment agissent les courants de haute fréquence ? Probablement à la faveur d'une action cellulaire élective, qui d'abord, désorganise les éléments anormaux et fait cesser leurs proliférations, leurs décharges purulentes et hémorragiques. L'influence curative s'exerce ainsi, dans l'épaisseur des tissus, sans aucune lésion des parties saines inter-

posées et à une profondeur que l'on peut parfaitement arriver à régler. (Corail.)

J'estime même que la physicothérapie est la seule méthode susceptible d'obvier au développement, à distance, des noyaux cancéreux, par l'intermédiaire complaisant des vaisseaux lymphatiques, véritables greffes, légitimant l'antique comparaison du cancer avec l'hydre de Lerne et sa polycéphalie toujours renaissante ! Par les étincelles et par les effluves, les cellules cancéreuses se déshydratent et leur protoplasma se coagule ; les cellues conjonctives subissent la dégénérescence graisseuse ; le néoplasme, alors, isolé en quelque sorte de l'organisme, devient une manière de corps étranger, contraint de s'éliminer, tous vivres lui ayant été coupés. C'est surtout chez les individus jeunes encore (où les néoplasmes s'accroissent avec une vigueur toujours suraiguë), que l'on peut constater la rapidité du processus curatif physicothérapique, qui tient plutôt de l'inhibition que de l'action destructive. C'est parce que j'ai traité nombre de ces cas-là, défiant tous les efforts médicaux et capables de déconsidérer la chirurgie (si elle pouvait l'être), que je crie, avec conviction, à tous mes confrères : ne tardez pas à éclairer votre religion sur ce point, puisque, hélas ! ce ne sont guère les malades qui manqueront, pour éprouver notre méthode nouvelle ! Fournissez-nous donc vos cas.

Les variétés de tumeurs malignes le plus rapidement influencées sont celles, évidemment, qui siègent à la peau et affectent les tissus mous. Les cancroïdes, surtout les épithéliomas de la face, s'affaissent très vite, sous l'action des vibrations statiques, radiothéra piques et de haute fréquence. Plus les cellules néoplasiques sont dépourvues de maturité vitale et voisines de leur formation, plus la réduction des lésions se trouve promptement assu-

J)E PHYSICOTHÉRAPIE

rée : mais il faut, néanmoins, utiliser le pouvoir bactéricide et sclérogène de la radiation thérapeutique et de Peffluvation, jusqu'à ce que la région incriminée ait dépouillé tout aspect anormal. C'est là une question de patience.

Il est curieux d'observer combien ces ondes éthérées, infinitésimales, constituent une importante modalité de l'énergie médicatrice : les nodules s'aplatissent et, parfois, s'ulcèrent très superficiellement, pour se recouvrir, bientôt, d'un épiderme anatomiquement sain : l'examen histologique vient alors nous confirmer la guérison du cancroïde.Dans le cancer profond, on voit, d'abord, les œdèmes diminuer, puis, l'action inhibitrice s'exercer sur le néoplasme, avec une puissance qui, pour être plus médiate, n'en est pas moins merveilleuse. Certaines tumeurs inopérables, ou dans lesquelles la chirurgie obtient les plus déplorables résultats (cancers du larynx, de la langue), certaines adhérences ou indurations inextirpables ; divers néoplasmes, où une exérèse précoce et complète semble impossible (tels que le cancer utérin généralisé au vagin ou au plancher périnéal), ont été traités, ainsi, par nous, avec succès. Constamment, le tissu laissé par les applications physicothérapiques apparaît souple et peu rétractile, ce qui le différencie essentiellement des tissus cicatriciels ou modulaires. Sweet n'a-t-il pas d'ailleurs, constaté, par de nombreuses coupes histologiques des tumeurs traitées par nos méthodes, la dégénérescence évidente des cellules épithéliales, la prolifération des leucocytes, etc. ? Il croit à une action trophique primitive sur les extrémités nerveuses : hypothèse qui justifie assez bien les théories que nous émettions, il n'y a qu'un instant, sur le carcinome, et nous rend compte de la sédation des douleurs et même de la perte de sensibilité au toucher des surfaces malades, fré-

quemment observées dès les débuts d'application des traitements.

La médication physicothérapique nous représente donc une méthode de choix, conservatrice et bienfaisante par excellence : non seulement, en effet, elle sauve l'organe atteint, mais elle agit aussi, favorablement, sur l'état général, action que j'ai constatée même dans plusieurs cas de cachexie désespérée. Accroissement du poids corporel, disparition des tendances hémophiliques, suppression de la toxémie, à mesure que les tissus de type adhérenl s'impressionnent par l'action corrective des vibra tions, rayons ou effluves : voilà ce qui a été vu, par nous, comme par tous les observateurs consciencieux. Il est bien évident que la terminaison, plus ou moins rapide ou complète, de la tumeur, par dégénérescence, reste subordonnée, comme le dit excellemment Skinner, à l'équation individuelle du patient, c'est-à-dire à sa susceptibilité, plus ou moins marquée, pour nos divers agents cura tifs. L'impression thérapeutique varie avec la phj^sicothérapie comme avec toutes les médications (peutêtre même davantage). Mais nous n'avons rien qui puisse être comparé actuellement à nos méthodes, pour la constance, la précision et la perfection des effets curatifs.

Pour la radiothérapie, le choix des ampoules par l'opérateur demande beaucoup de soin, afin de pouvoir exactement doser la puissance de pénétration des rayons et d'arrêter leurs effets cumulatifs, dès que la réaction épithéliale élective se trouve achevée. Résolutive et régressive, l'action physicothérapique des rayons X recèle un principe d'incontestable spécificité : autrement, verrait-on des tumeurs malignes s'affaisser dès les premières séances ? Au surplus, quand bien même notre méthode ne prolongerait, effectivement, la vie d'un

DE PHYSICOTHÉRAPIE

seul malade, elle serait encore justifiable, par le seul fait de sa haute valeur analgésique. N'est-ce pas déjà un immense progrès que de libérer un patient, torturé par un cancer viscéral profond, du pernicieux et mortel usage de la morphine et des narcotiques en général ?

Lorsque le médecin est bien maître de ses rayons cathodiques, il n'a à redouter aucune action fâcheuse sur les parties saines de la région entreprise. Les examens micrographiques de M. Pusey ont fait voir, en effet, que, seules, les régions néoplasiées sont influencées par les rayons Rœntgen, et cela, sans nécrobiose : la tumeur subirait, dans l'intimité 'des cellules cancéreuses, la perte du nucléum, qui diffuserait dans le protoplasma cellulaire ; les vaisseaux de la tumeur deviendraient le siège d'une endartérite oblitérante, consommant l'occlusion absolue de la lumière vasculaire.

Il s'agit donc d'une véritable cytolyse, aboutissant à une résorption totale : finalement, les modifications cellulaires locales interviennent pour solliciter un processus réparateur complet. En résumé, la guérison s'obtient par karyokinèse, augmentation de la vie locale et générale, amenant avec elle des oxydations plus énergiques, une suractivité cellulaire qui corrige le chimisme, altéré par l'oxydation insuffisante et vient dédoubler, par diapédèse, les ferments leucocytaires de mauvais aloi. L'oblitération primitive des vaisseaux affame, en quelque sorte, la tumeur, la sevrant brutalement de quantité de sucs plasmatiques qui faisaient, au détriment de la nutrition générale, sa monstrueuse prospérité...

Il est à désirer que la jugulation de la tumeur se réalise sans radiodermite prononcée : les brûlures insidieuses, causées par le voisinage trop immédiat et trop prolongé de l'anode lumineux peuvent

être évitées, pour peu que l'on tâte d'abord la susceptibilité individuelle, variable sûrement avec les idiosyncrasies. Nous devons nous efforcer, en effet, d'épargner au malade toute complication susceptible de suppuration, c'est-à-dire d'infection ; de. plus, le praticien ne doit jamais être contraint, par une déconvenue de cet ordre, à suspendre une intervention bienfaisante et à retarder la poursuite active d'un traitement souvent onéreux. Il s'agit, en cette matière, d'une simple question de technique opératoire : un même tube de Crookes, suivant ses conditions variables d'excitation, ne fournit-il pas une action radiothérapique diamétralement différente ?

Les récentes expériences de Perthes (de Leipsig) et celles de Jilinski (montrant le retard apporté à Pépithélialisation par les rayons X appliqués aux tumeurs verruqueuses et aux cancroïdes), s'accordent pour prouver qu'il s'agit ici d'une action électrochimique surtout nerveuse : ce qui corrobore, une fois de plus, notre théorie de l'origine névrogénique du cancer. Les altérations initiales, développées par la méthode physicothérapique, atteignent surtout les fibres nerveuses vasomotrices. La mortification régressive subséquente ne serait donc que l'expression d'une trophonévrose artificiellemeni provoquée. Ce sont les troubles vasomoteurs qui aboutissent, d'abord, à la contraction, puis à l'oblitération des artérioles : dans ces conditions, l'existence anatomique des cellules cancéreuses devient très précaire, et la vibration radiothérapique, continuée, augmente encore leur vulnérabilité, par son processus de pénétration. Le stroma de la tumeur voit alors souvent se multiplier son tissu élastique et la fonte régressive s'opérer par une sorte d'autodigestion cellulaire. On conçoit que, dans ces conditions, les récidives soient rares et les guérisons

DE PHYSICOTHÉRAPIE

mieux assises qu'avec les opérations chirurgicales. Et cela, d'autant plus que la cachexie subit les plus salutaires modifications : renaissance des forces^ disparition des sensations d'angoisse, de défaillance, ainsi que des symptômes d'anémie, de dyspepsie et de nervosisme ; telle est l'action biologique exercée par la physicothérapie bien comprise sur le protoplasma général, et notamment le système nerveux. Constamment, le nombre des hématies s'accroît et le taux de l'hémoglobine se relève, tandis que diminue le pourcentage des leucocytes. Le poids spécifique du sang augmente, la glycémie disparaît, le moral reprend courage ; le sommeil, ce grand ami des malades, fait aussi retour, après une éclipse, parfois, de très ancienne durée.

Il n'est pas rare d'observer, au cours de la cure, certains phénomènes d'intoxication aiguë, d'infection fébrile, qui surgissent, parallèlement à la disparition rapide de la tumeur. Ce sont les cellules frappées de mort, qui se résorbent dans le sang et entraînent, par leur émigration, cet empoisonnement passager. Le médecin traitant a le devoir d'y remédier en poussant le plus possible aux éliminations, par les émonctoires naturels : le calomeL les purgations, les boissons diurétiques, la quinine, me rendent alors les plus grands services, pour arriver à ce but et diminuer cette sorte de septicémie (qui ne diminue aucunement les mérites de la méthode et n'offre, généralement, aucun péril sérieux) .

Le traitement physicothérapique doit toujours être longuement poursuivi sur la zone suspecte, quand bien même il n'existerait aucun signe tangible d'infiltration cancéreuse. Il importe, en effet, d'activer, sur les frontières de la tumeur, les processus de défense du tissu conjonctif et aussi d'empêcher l'hypertrophie des fibres lisses des vaisseaux et de l'endothélium vasculaire, si l'on veut

éviter la récidive des cancroïdes et des épithéliomas. Dans le traitement de ces tumeurs cutanées, les caustiques sont aveugles et dépassent facilement le but, tandis que la chirurgie du couteau reste en deçà, en dépit des exérèses les plus larges. L'action des rayons X et des effluves électriques se montre bien plus précise et bien plus nette : aussi, évite-t-elle les insuccès et les récidives, atteignant, dans la profondeur des tissus, les racines généralisatrices de la tumeur et fautrices de sa repullulation ; neutralisant, d'autre part, de redoutables toxines, graduellement élaborées dans l'intimité latente des éléments anatomiques. Par suite de l'obstruction des vaisseaux nourriciers, les cellules cancéreuses se dessèchent et se mortifient ; les filets nerveux se libèrent de toute compression et l'analgésie est entière (fait unanimement reconnu par tous les observateurs). Après chaque séance physicothérapique, la tumeur s'affaisse, se rapetisse, se ratatine et perd tout caractère de malignité. Continuons encore notre drainage vibro-lumineux, afin de restituer la vitalité normale aux régions naguère contaminées. Promoteurs de vie et d'énergie, suivant la définition de Finsen, les rayons X (prudemment dosés, comme on doit le faire avec un énergique médicament) sont et demeurent exempts de ces violentes réactions, déplorées par certains opérateurs. Leurs effets curatifs se poursuivent, en silence, cumulatifs et progressifs. On ne doit rien redouter de la méthode, maniée par un praticien autorisé et compétent.

Le traitement physicothéra pique s'applique à toutes les tumeurs malignes, c'est-à-dire aux néoplasies caractérisées par l'extension progressive, la généralisation à distance, les récidives après ablation et la cachexie cancéreuse ; notre méthode semble réfréner, en effet, la genèse de tous les tissus de

DE PHYSICOTHÉRAPIE

nouvelle formation, engendrés par une activité désordonnée et permanente de nos éléments cellulaires anatomiques.

Toutefois, le sarcome semble particulièrement influencé par la lumière Rœntgen. On sait que cette tumeur, d'origine mésodermique, est souvent plus traîtresse que le carcinome et, parfois, que l'cpithéliome lui-même. De plus, elle est bien plus sinistre, en ce qu'elle atteint des sujets encore jeunes, qui ne semblaient pas devoir être déjà marqués pour la mort. Que de tumeurs inopérables ont ainsi fauché, brusquement, l'existence d'adolescents ou d'adultes très robusïes ! Ces tumeurs sont des sarcomes. Elles se présentent aussi, parfois, dans d'excellentes conditions apparentes pour l'opération : et cependant, déjà, les viscères sont infectés, sans qu'aucun symptôme fonctionne1! trahisse cet envahissement insidieux, sans même aucune entreprise des ganglions ! Alors, l'échec est certain.

La cachexie, précoce et terrible au cours des sarcomes (des lymphosarcômes, surtout), se caractérise par une étonnante diminution de l'hémoglobine : le sarcome se généralise, évidemment, par voie sanguine, ce qui nous explique pourquoi le foie et le poumon sont si souvent pris.

Lorsqu'on sait l'inexorable pronostic de ces tumeurs, leur marche galopante, leur pullulation par poussées brusques, après les opérations, bref, l'effroyable et rapide accroissement de volume du sarcome, on apprécie, à sa juste valeur, le progrès réel du traitement physicothérapique, quand bien même il n'apporterait qu'une palliation, c'est-àdire un retard à la fatalité pathologique des néoplasies sarcomateuses.

L'observation thérapeutique, dans la cure des tumeurs malignes en général, doit se prolonger

aussi longtemps que l'on constate un état anormal, sous peine de constater bientôt des tendances aux reprises. On peut, d'ailleurs, varier à l'infini, interrompre et recommencer un traitement toujours dénué d'inconvénients et exempt de tout dégât mutilateur. C'est par la tactique de l'expérience qu'on en obtiendra les meilleurs résultats, aussi bien au point de vue esthétique qu'au point de vue de la guérison sans récidive.

En dehors des cancers superficiels, dont je possède un grand nombre d'observations, toutes favorables à la méthode physicothérapique, j'ai pu appliquer mon traitement dans les cancers utérins caractérisés et injustifiables de l'opération chirurgicale. J'ai, constamment noté : la jugulation précoce des douleurs, la diminution de fréquence et de fétidité des pertes ichoreuses ; l'arrêt complet des hémorragies et même des simples suintements sanguins ; la régression, lente et progressive, des néoplasmes, qui perdent leur aspect condylomateux. pour revêtir une apparence mamelonnée, par développement progressif du tissu interstitiel et étouffement des cellules embryonnaires. Les fongosités font place à un revêtement du plus louable aspect épithélial, tandis que les malades, par une rapide amélioration des forces et de l'état général, accusent la guérison réelle de leur dyscrasie si marquée.

J'ai observé, également, d'énormes améliorations fonctionnelles dans des cas de cancers du pylore, du foie, de l'intestin : seul, le temps pourra dire si ces améliorations sont passagères ou définitives. Mais le carcinome utérin, par sa situation intermédiaire, sur la limite des cancers externes et viscéraux, nous permet de saisir, pour ainsi dire sur le fait, les heureuses modifications procurées par nos méthodes.

N'attendons jamais, pour traiter des néoplas-

DE PHYSICOTHÉRAPIE

mes malins, que l'invasion ganglionnaire, la déchéance du sang, la septicémie chronique aient envahi le sujet : perpétrons, aussitôt que possible, la défaite de la carcinose, en dirigeant contre elle le seul traitement qui supprime le foyer cancéreux. Certains diront : mais c'est l'éloge de la chirurgie, c'est son intervention précoce que vous nous préconisez là ! Tel n'est point notre avis. Remarquez, d'ailleurs, que les chirurgiens les plus convaincus restent peu enthousiastes du bistouri, dès qu'il s'agit du cancer. Ils ont beau avoir confiance en leur virtuosité : ils savent que, souvent, l'opération est généralisatrice de l'infection et, qu'en ouvrant les vaisseaux, elle y fait pénétrer les germes cantonnés, jusque-là, dans la tumeur, et véhiculés, dès lors, dans le torrent circulatoire. Opérer un cancer est souvent la plus sûre manière de ne pas en guérir ! La porte s'ouvre aux récidives et à la cachexie. Que de néoplasmes à allure tranquille, à lente évolution, auxquels la chirurgie imprima le coup de fouet de la gravité et prépara l'issue funeste, à brève échéance! La méthode physicothérapique, vierge d'accidents, indemne de décès, constitue donc un progrès thérapeutique indéniable, lorsqu'on la compare à l'intervention armée, « cette chirurgie de condamnés à mort )> : car c'est ainsi qu'un chirurgien (et non des moindres) définit l'intervention opératoire dans le cancer.

Plusieurs de mes confrères en électrothérapie ont bien voulu me reconnaître spontanément le mérite du précurseur dans cette méthode. Mais je tiens à revendiquer ici mes droits de priorité absolue. Les lecteurs n'ont qu'à se reporter à ma communication au Congrès international d'électrologie et de radiologie médicales (Paris, juillet 1900). J'ai publié plusieurs observations où se trouve nettement mise en lumière l'action cytolytique des étin-

celles de haute fréquence, pour la désorganisation curative et la désintégration des néoplasmes : escarres, élimination, cicatrisation souple, suppression des douleurs, métamorphose de l'ichor fétide en pus louable et inodore, prévention des récidives par la nécessité de faire suivre les opérations d'applications d'effluves et d'étincelles de haute fréquence, etc., tout se trouve décrit dans cette première communication.

En 1903, à l'Académie de médecine et à plusieurs reprises, dans les années suivantes, je suis abondamment revenu sur les détails de mon traitement, mais sans aucun fait nouveau, tout ayant été dit, par moi, dès 1900.

Si j'insiste sur ces points, c'est moins par vanité que pour mettre en garde mes confrères sur certaines modifications apportées au traitement et qui ne sont pas toujours très heureuses, surtout lorsqu'on fait intervenir, sans exception, la chirurgie, dans une méthode qui est et doit rester, dans certains cas, essentiellement naturiste. En effet, la chirurgie est inutile dans les épithéliomas externes et superficiels, les étincelles étant largement suffisantes à la cure : peut-être même la curette peut-elle favoriser l'infection locale spécifique, en ouvrant les voies lymphatiques à l'inoculation.

Les étincelles qui partent de tubes d'ébonite et qui transportent cette matière vulcanisée sur les tissus paraissent devoir nuire à la cicatrisation, qui se fait si bien lorsque les électrodes employés sont métalliques.

L'effluvation de la plaie me paraît, dans certains cas, devoir être préférée aux étincelles ; il est impossible, en effet, d'en soustraire les rayons

DE PHYSICOTHÉRAPIE

calorifiques dont l'action se manifeste au point de contact, aucun courant d'air ne pouvant empêcher cette action.

Les courtes étincelles, d'un ampérage forcément élevé, exercent le pouvoir thermo électro-chimique dont j'ai parlé en 1900. Les grands effluves sont toujours accompagnés d'une pluie d'étincelles.

De nouveaux appareils nous permettent d'employer des étincelles et des effluves de très haut voltage (un million de volts environ, 20 à 40 centimètres de longueur), plus facilement supportables par le malade à cause de leur faible ampérage.

Les néoplasmes profonds sont justiciables de notre méthode, lorsqu'ils affectent des cavités accessibles à nos électrodes (nous en avons de spéciaux pour la vessie et l'estomac). Les autres tumeurs profondes, considérées comme inopérables, peuvent être traitées à distance par les grandes étincelles et les grands effluves bi-polaires, ces derniers offrant un voltage plus élevé ; ou bien alors elles peuvent être enlevées au bistouri, dont l'action sera suivie de l'emploi de nos moyens électriques (étincelles et effluvations de préférence).

L'activité thérapeutique de la haute fréquence est toujours très facile à régler, pour cette primordiale raison que la cytolyse par effluves respecte toujours les tissus sains, l'érythème radiodermique lorsqu'il se produit, favorisant plutôt la guérison. Dès les premières séances, les cellules néoplasiques superficielles sont frappées de mort, et cela, aussi bien avec les effluves qu'avec les étincelles, quels que soient leur voltage et leur ampérage. Les éliminations se font de la périphérie au centre. L'explication en est aisée : nous avons dit que l'élément pathologique est une cellule misérable, qui, devenue autonome, demeure abandonnée, désorientée, désorbitée, anarchique ; véritable épave abandonnée

par sa famille régulière, elle ne bénéficie plus des forces synergiques inhérentes aux cellules saines, qui ont continué d'obéir au système nerveux recteur et directeur. C'est pourquoi la cellule cancéreuse, ainsi isolée, tend à l'épuisement et à l'atrophie naturellement ; elle ne résistera guère au pouvoir des effluves et étincelles qui la bombardent. D'autre part, le territoire morbide verra bientôt se rétablir un influx nerveux normal, grâce à la spécificité dynamique des vibrations darsonvaliennes, qui redressent les neurones et sollicitent une action trophique et phagocytaire de bon a-loi. Ainsi, l'on assiste à la restitution intégrale des processus vitaux aberrés ; on constate la victoire de l'énergie défensive contre les parasites et les toxines du néoplasme.

Pour arriver à ces succès, il importe d'être maître d'un outillage permettant la plus grande variation dans les dispositifs. C'est ainsi que j'utilise des effluves et des étincelles de longueur et de densité différentes : j-e peux aussi, à volonté, varier suivant les cas leur ampérage et leur voltage. Nos étincelles sont essentiellement décongestives et hémostatiques, analgésiques et stupéfiantes, résolutives, régressives et élimina triées : enfin réparatrices, cicatrisantes et sclérogènes. Telles sont les diverses phases de cette méthode, véritablement élective, contre les tumeurs malignes : méthode bien supérieure, en général, à l'exérèse et aux caustiques pharmaceutiques, dont l'action est trop souvent insuffisante, sinon nuisible, superficielle et ne saurait se limiter aux éléments carcinomateux, quelle que puisse être d'ailleurs l'adresse de l'opérateur. Cette méthode doit aussi sa supériorité au fait que les

DE PHYSICOTHÉRAPIE

effluves et étincelles de haute fréquence succédant immédiatement à la brèche opératoire préviennent l'infection générale et la récidive.

La haute fréquence est donc une méthode idéale, atteignant son but, sans nuire aux tissus sains ; une méthode conservatrice, qui donne souvent la guérison dans les cancroïdes et épithéliomas ordinaires, procurant des rémissions considérables, et même des guérisons, dans les formes ulcéreuses, désespérées, à marche térébrante ou galopante. C'est enfin, comme je l'ai dit, dès 1900, une méthode préventive de la récidive et une méthode de choix dans les cas inopérables. Par les effluves et les étincelles alto fréquentes, le néoplasme le plus malin revêt peu à peu des allures bénignes. La réaction inflammatoire n'existe pas, dans le cas où les effluves seuls ont été employés, puisque l'irradiation (lorsqu'elle reste violette) ne renferme aucun rayon calorifique, tout en offrant l'affinité élective la plus efficace contre la cellule néoplasique. L'élément percutant représente le côté chirurgical naturel de la méthode, qui a rarement besoin de l'appoint du bistouri, pour les lésions superficielles.

Nombre d'observations de cancers faciaux, linguaux, utérins, de cancers du sein adhérents ou inopérables par suite de généralisation axillaire ou médiastine ; divers cas de sarcomes, lymphomes, enchondromes, mycosis, affîaisssés, ratatinés, nécrosés et finalement éliminés par le traitement : tel est le bilan résumé de notre pratique décennale. J'emploie les longs effluves bi-polaires, dès qu'il s'agit d'influencer les tumeurs profondes, réservant les applications monopolaires aux cancroïdes et aux épithéliomas. Dans tous les cas, je m'efforce

de pousser à l'élimination complète, hors de l'organisme, de toutes les particules néoplasiques, mobilisées dans le torrent circulatoire, principalement lorsqu'il s'agit de tumeurs profondes (cancers de l'estomac, du foie, des reins, du pancréas, etc.).

Le devoir du physicothérapeute est, d'ailleurs, de ne pas s'en tenir uniquement à l'étincelle de haute fréquence, quelle que soit sa valeur curative. Il faut alterner et superposer les divers agents capables de compléter la cure locale, d'amender efficacemnt le terrain cellulaire.

C'est ainsi que nous utilisons la rcentgénisation, l'ionisation galvanique et même celle que peuvent donner des électrodes de haute fréquence de métal ou de substance différente. D'autres applications physicothérapiques, la d'arsonvalisation, l'ozonothérapie, l'actinothérapie, etc., fortifient la nutrition cellulaire contre les offenses dyscrasiques et rétablissent la pleine harmonie de la santé générale. En combattant l'acidisme humoral, en activant la combustion uricémique, en accentuant la dépuration et en perfectionnant l'innervation, le praticien avisé préviendra les récidives de la dystrophie néoplasique.

Page 1