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CHAPITRE III

L'Atmothérapie

Le rôle préservatif et curatif de l'air ne peut être comparé qu'à celui de l'alimentation.

Cette nourriture des poumons, cet aliment de l'hématose, n'est pas considéré par la médecine en proportion de sa haute valeur. C'est un remède si banal ! Et pourtant, voyez les conséquences du mauvais air, les maladies causées par l'air vicié des chambres trop étroites ou fermées par la malaria urbaine, et vous serez convaincus que l'air de bonne qualité est le plus puissant antidote de l'anémie, de la chlorose, de la neurasthénie, de la tuberculose, de la débilité, sous ses formes les plus diverses.

L'air expiré et repris par les poumons est le pire des poisons ; il engendre la tuberculose, les infections de toutes sortes et les cachexies diverses.

Tout le monde connaît le danger des alcôves, des tentures, des placards, qui empêchent le renouvellement de l'air de la chambre à coucher, où s'écoule la moitié de la vie. Et, cependant, nombreux sont ceux qui ne savent pas utiliser les canalisations aériennes des villes. Là réside surtout le problème de l'extinction de la tuberculose, et c'est ici que nous devons dire avec le vieil adage : « Prévenir vaut mieux que guérir ».

C'est en restaurant les processus hématiques que le grand air organise la résistance du terrain aux microbes, élimine les toxines, distribue à tous nos tissus un sang plus nourricier et plus généreux.

En dehors des maladies générales par débilité, les affections cardio-respiratoires sont celles qui bénéficient, le plus notoirement, d'un air pur : qui ignore les applications de l'atmothérapie à l'asthme, à l'emphysème, à la coqueluche, à la dilatation cardiaque ? Enfin, les diathésiques qui pèchent par brady trop ie et ont besoin de comburer à fond leurs déchets nutritifs, les obèses, les goutteux, les diabétiques, certains albuminuriques et tous les arthritiques en général ; les sujets dont la convalescence est traînarde et indécise, sont aussi des clients de l'atmothérapie.

Lorsque, dans ma pratique, je me heurte à des difficultés de déplacement et que je ne puis utiliser, pour mes malades, l'air marin, l'air des montagnes, des plaines et des forêts, je supplée toujours, par une atmosphère saturée d'ozone, au méphitisme aérien des villes, que Boussingault ne craignait pas de comparer à un véritable égout respiratoire. La ventilation des appartements, des cabinets noirs, comme nous l'avons dit plus haut, l'aération nocturne permanente, même dans les villes, est aussi une pratique à recommander, comme une des méthodes les plus simples et les plus efficaces d'atmothérapie.

L'action de l'air et celle de la lumière solaire (dont il est difficile de le séparer) enrichit donc le sang, fortifie le système nerveux, dépure les humeurs et les tissus et conduit, graduellement, à cette énergique rénovation organique, qui restitue l'intégralité des forces énergétiques naturelles.

Troubles de la circulation, altération du sang, maladies organiques des voies respiratoires, dyspepsies et diarrhées anciennes, dermatoses rebelles,

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sont activement combattus par une oxygénation intensive.

L'atmothérapie favorise puissamment l'assimilation ; elle permet, avec une nourriture très simple, peu carnée et peu copieuse, de produire du sang et de la chair de qualité bien supérieure, sans surcharge nuisible, ainsi qu'un accroissement de force, de résistance nerveuse.

Les exercices de gymnastique respiratoire systématique, profonde et rythmique, ne sont pas seulement utiles au bon fonctionnement thoracique, mais agissent aussi efficacement sur les viscères abdominaux. C'est ainsi que le foie, l'estomac, l'intestin sont influencés sûrement par cette sorte de massage effectué par le diaphragme.

La pression résultant d'une respiration très profonde agit sur les veines et aide au retour du sang.

Plusieurs auteurs ont recommandé cette méthode pour décongestionner le foie, le dégourdir en cas de torpidité, obvier ainsi à la stase biliaire et aux concrétions qui en résultent ; empêcher l'obstruction de la veine-porte et l'engorgement hypogastrique ; rendre plus actifs les intestins paresseux et faciliter, en général, le reflux du sang et la nutrition parfaite des organes abdominaux.

L'atmothérapie raisonnée n'est pas moins puissante (la théorie l'indique, aussi bien que la pratique) lorsqu'on se propose de stimuler la circulation cérébro-médullaire : pour ma part, j'ai pu améliorer la santé, et prolonger, je crois, la vie de nombreux sujets atteints d'artério-sclérose sénile ou précoce, par le moyen de la cure d'air ou par l'ozonothérapie, qui en est le meilleur succédané, ainsi que je le dirai bientôt.

L'air de la mer et l'air des altitudes présentent des différences assez tranchées. Le voisinage de la mer régularise la température et fait naître de

grandes quantités d'ozone, ce qui confère à l'atmosphère une valeur antiseptique incomparable. L'insolation directe ou réfléchie par la mer, dans les contrées méditerranéennes, est fort active et l'humidité y présente la plus grande constance. L'air qu'amène la brise de la mer n'a ni germes ni poussières ; il contient en revanche des particules chlorurées et bromurées, dont l'influence continue est sûrement médicatrice.

Sous l'action du climat maritime, la peau fonctionne mieux ; l'appétit se régularise et la nutrition s'améliore ; les échanges moléculaires de notre métabolisme intime manifestent leur expansion parfaite par la polyurie, l'augmentation de l'urée et du soufre, la suppression de l'acide urique et la rétention, si utile, du phosphore. La respiration s'amplifie, l'énergie musculo-nerveuse et cardiaque s'améliore ; on voit les hémablastes proliférer de plus en plus. La scrofule, le rachitisme, la chloroanémie, la tuberculose non éréthique, la bronchite chronique, l'asthme et l'emphysème, la dyspepsie nerveuse, l'hypocondrie et la chétivité sont les principales affections tributaires de l'air marin.

La douceur du climat méridional, la vivacité de sa lumière solaire, l'élévation de sa pression barométrique, la protection ordinaire de ses côtes contre les vents froids par les massifs montagneux ; la régularité thermique, l'hygrométrie moyenne, la nébulosité rare, la facilité des communications, les promenades variées et les nombreuses distractions (trop nombreuses même, parfois, pour les vrais malades), nous expliquent le succès, toujours assuré el même grandissant, de notre Riviera, — en dépit des concurrences légitimes et aussi dir caprice de la mode thérapeutique. Si l'on arrivait à supprimer les poussières inhérentes au sol de la Corniche, ce ne

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serait plus un climat à décrire, ce serait un véritable paradis !...

Toutefois, il est juste d'éloigner de l'excitation climatique les tuberculeux trop avancés et trop congestifs, à granulie aiguë, l'irritabilité cérébrale trop vive, avec névralgies habituelles, crises hystériques et épileptiques, ainsi que les affections fébriles en général.

Les caractéristiques du climat d'altitude sont : la diminution, plus ou moins forte, de la pression atmosphérique, l'abaissement de la température, la grande sécheresse et la grande luminosité, la forte insolation (aisément appréciée à l'aide de l'actinomètre) ; la pureté de l'air (qui n'a de comparable que celle de l'air à la haute mer). L'altitude est un puissant tonique, qui fortifie les poumons en augmentant le nombre des respirations et l'élimination d'acide carbonique, excite la nutrition, vitalise les forces nerveuses et améliore puissamment l'appétit et le sommeil.

Tous les ans, nous envoyons dans les Alpes, en Auvergne et aux Pyrénées, certains de nos clients qui nous reviennent toujours avec augmentation tangible de capacité vitale et reprise avérée de forces et de bien-être. C'est l'immunité des montagnards pour la phtisie qui a fait préconiser, avec un si grand succès, la cure d'altitude chez les tuberculeux, pour développer un thorax insuffisant, acoroître le nombre et la valeur des hématies, permettre la suralimentation en augmentant l'appétit et en triomphant de la dyspepsie.

Les bronchites et pneumonies chroniques, la bronchectasie, les adhérences pleurales, guérissent par la cure d'altitude. Il en est de même de certains états neurasthéniques, qui requièrent un air froid, pur et tranquille, dont la dépression barométrique diminue l'excitabilité encéphalo-médullaire. Je suis

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aussi disposé à accorder une certaine place thérapeutique à l'action sur le système nerveux des rayons ultra-violets, ayant pu constater, au cours de mes nombreuses expériences actinothérapiques, la valeur incontestable de la cure de lumière dans les névroses. Or, les rayons violets dominent à l'altitude.

Ce qui frappe, surtout, dans l'action nutritive intime de l'atmothérapie, c'est l'augmentation de la rétention phospho-azotée. C'est ce phénomène qui nous explique la néo-formation des érythrocytes et les modifications imprimées à la régénération du protoplasma cellulaire.

Comme conséquence, accroissement scientifique de la vitalité nerveuse et de la résistance générale ! L'équilibre des échanges se trouve rétabli, aussi bien chez les anémiques et chez les fébricitants que chez les phtisiques avancés. C'est absolument remarquable.

Un air impur, respiré à la suite d'une hémoptysie ou par un phtisique à tuberculose ouverte, équivaut, à mon avis, à une plaie traitée par un pansement sale.

C'est pourquoi les poitrinaires ne guérissent jamais complètement dans les villes, dont l'atmosphère est infestée de micro-organismes, véritable fumier ou (suivant le mot plus parlementaire de Peter) saumure respiratoire. Beaucoup de sujets dont le mal initial a été une hémoptysie légère auraient échappé à la tuberculose, si le sang retenu dans les bronchioles n'avait été mis en contact avec l'air vicié d'une chambre mal aérée.

De même, les mucosités provenant de vieilles bronchites arthritiques finissent, pour les mômes raisons, par recéler le bacille de Koch.

L'air pur est le principe guérisseur, sans lequel tout le reste devient insuffisant ou inutile. Il est bien plus nécessaire, à coup sûr, que la suralimen-

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tation : celle-ci, à tort vantée, ne fait souvent qu'engorger le foie et congestionner les reins en augmentant considérablement la somme des déchets de l'économie, après avoir fatigué le tube digestif.

Il y a aussi, dans ce cas, une double déperdition de forces pour un travail inutile d'élaboration et d'élimination.

Avec un air pur et une alimentation mixte normale, nous assistons à la réfection des masses musculaires, à la régénération du système nerveux et surtout à la cicatrisation crétacée, à la momification des lésions de l'appareil respiratoire, grâce à la prolifération cellulaire imprimée à l'organisme, grâce au redressement de l'eutrophie dans son ensemble si complexe.

La résistance du bacille à tous les agents médicamenteux et les insuccès de l'antiparasitisme, en pathologie interne, ont donné, dans ces dernières années, une impulsion rationnelle à la physicothérapie bien comprise.

Non seulement la cure d'air est tonique et hyperglobulisante, mais elle est antiseptique et bactéricide au premier chef : elle est la puissante antagoniste de la misère physiologique, Pévocatrice de la vie saine et normale. C'est l'insuffisance respiratoire, c'est l'air souillé et mal renouvelé, qui créent l'insuffisance biologique et l'invalidité générale. C'est pour cela que nous pouvons, jusqu'à un certain point, donner, artificiellement, un air purifié, en oxydant ses matières organiques et en neutralisant ses germes morbides par l'oxygénation électrique.

La présence de l'ozone dans l'atmosphère est absolument incompatible avec celle de la matière organique à l'état moléculaire indivisible, tel que nous l'admettons, pour la toxine pulmonaire, qui ressortit au domaine infinitésimal de la chimie bio-

logique (Delahousse). Les effets pernicieux d'un air pollué et confiné, comme ceux d'une luminosité insuffisante, peuvent donc être contrebalancés par les agents physicothérapiques, qui ne sont, du reste, que des applications générales de l'énergie, domestiquée au grand profit de l'hygiène et de la médecine pratiques.

Le principe vital de l'énergie de la matière est du ressort de la physique, qui crée les transformations potentielles et engendre les transports de force.

Pour ce qui concerne les inhalations d'ozone, il faut leur reconnaître une grande force de pénétration, qui rend même nécessaire leur dosage et leur graduation par des mains exercées : il y a péril à les abandonner entre les mains des malades.

On peut, du reste, en dire autant de toutes les applications, si multiples, de la physicothérapie aux désordres matériels du corps ou à l'exercice des fonctions : tant vaut le médecin spécialiste, tant vaut la physicothérapie.

Bien dirigées, ses ressources sont immenses ; mais il faut toujours résoudre, d'abord, l'équation clinique et faire intervenir l'expérience du praticien, pour réaliser des cures rationnelles et durables. Cela est bon à proclamer.

Personnellement, j'ai réussi, dans mon Etablissement, à obtenir de remarquables résultats curatifs, dans les affections respiratoires, par l'introduction, dans tous les replis des alvéoles pulmonaires (par une sorte de cataphorèse), des principes antiseptiques et balsamiques (créosote, eucalyptol, iodoforme, menthol, etc.) que supportent si infidèlement la voie stomacale et si difficilement la voie hypodermique.

C'est, en quelque sorte, par une thérapie directe, ozono-médicamenteuse, que j'ai réussi à obtenir un véritable pansement gazeux. Ces inhalations possè-

dent une action vitalisante et bactéricide, dont la valeur atmothérapique se rapproche assez de celle de la cure d'air physiologique.

Les catarrhes pulmonaires, les laryngites, les bacilloses diverses du poumon, l'emphysème, les états chroniques de l'appareil respiratoire sont justiciables de cette méthode de traitement physique ou plutôt physico-chimique, qui a le grand avantage de ménager les voies digestives, suprême espoir et suprême pensée du thérapeute aux prises avec les affections chroniques des voies aériennes ! L'air devient ainsi le passeport des agents médicamenteux topiques les plus énergiques et les plus précis ; on remédie, en même temps, à Yinfection et à l'insuffisance respiratoires.

Nous obvions toujours à l'oxygénation imparfaite du sang et aux altérations épithélio-alvéolaires par cette aérothérapie rationnelle et vivifiante : c'est une association méthodique qui nous permet de supprimer assez promptement la purulence de l'expectoration, de lutter contre la dyspnée, de cicatriser les ulcérations. Les toux quinteuses et spasmodiq ues , Vhajy fever, la coqueluche, l'influenza et ses séquelles, les pharyngo-laryngites rebelles ; la tuberculose pulmonaire à toutes ses périodes, l'enrouement professionnel des chanteurs et des orateurs, constituent les principales indications de notre méthode d'atmiatrie rationnelle.

Elle n'a pas l'exorbitante prétention de remplacer l'aérothérapie naturelle; mais elle peut,dans certains cas, lui servir de succédané efficace, vis-à-vis de la clientèle urbaine. Elle complète, en tout cas, et vient corroborer la gamme curative de la physicothérapie rationnelle et scientifique, telle que nous nous sommes efforcé de la réaliser en notre Etablissement, pour remplir (dans la mesure humainement possible) les desiderata de l'art médical et les vœux de nos confrères.

En résumé :

1° L'air, envisagé comme agent physicothérapique, est le puissant antidote de la débilité sous toutes ses formes ; le meilleur tonique du sang, des poumons et du système nerveux. Comme elle réalise l'équilibration nutritive, l'atmothérapie convient aussi bien à la bradytrophie qu'à la misère physiologique.

2° L'air marin, antiseptique et stimulant, constitue le grand remède de l'anémie rebelle, du lymphatisme, de la scrofule et de la tuberculose torpide. L'air des montagnes vitalise surtout l'épithélium pulmonaire et la cellule nerveuse et rétablit, à merveille, l'équilibre des échanges.

3° Lorsque le citadin ne peut bénéficier d'un déplacement dans un air pur, il faut que la physicothérapie vienne à son aide, principalement par les inhalations d'ozone, qui possèdent une grande puissance de pénétration. Il faut les diriger toujours suivant l'équation clinique et ne pas les confier à des mains inexpérimentées. On peut, avec succès, ainsi que je l'ai démontré dans mon Etablissement, combiner les principes volatils antiseptiques et balsamiques à l'oxygène électrisé, de manière à réaliser des inhalations médicamenteuses susceptibles de remédier, à la fois, à l'infection et à l'insuffisance respiratoires, ainsi qu'aux oxydations moléculaires défectueuses.

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