HENRY BATAILLE
A cause de quatre petites pages écrites jadis par Marcel Schwob au-devant de la Chambre Blanche, nous avons longtemps aimé M. Henry Bataille . Le scrupule nous venant plus tard de moins l'aimer, nous lui avons continué un grand crédit d'attention, mais un jour arriva où nous dûmes enfin nous avouer que, dans l'œuvre entière de cet auteur abondant, nous ne goûtions que soixante lignes qui n'étaient pas de lui.
M. Bataille, quand Marcel Schwob le préfaçait, était im poète délicat et incertain. Une exquise simplicité impr^nait ses vers nuancés. Nous ne réprouvons pas, à plus de vingt ans de- distance, le goût que nous inspirait ce petit livre tout blanc, tout tremblant, tout balbutiant. L'écho de ses complaintes amorties continue à nous charmer. Nous répétons volontiers leurs anciens rythmes :
Les miroirs ont gardé ton ombre, Aloïda,
OU bien :
Les doux mots que morte et passée.
Le souffle de Verlaine influençait alors l'atmosphère littéraire. M. Bataille le respirait comme les autres, et celui de Sully-Prudhomme aussi :
J'ai rêvé quelque monde, asile d'un ta» 4e p9tlt3 orphelinp
C'était très bien. On avait tordu son cou à l'éloquence. On était simple. Sans trop encore d'affectation.
Si M. Francis Jammes et M. Bataille, que Marcel Schwob plaçait côte à côte, avaient persévéré dans cette voie délicieuse, peut-être eussent-ils laissé une empreinte ineffaçable sur la littérature de leur temps.
Mais on sait quel déplaisant artifice est devenue la simplicité de M. Jammes. Quant à M. Bataille, il a dès longtemps renoncé à cette grâce divine, mais modeste.
On ne saurait trop insister sur ce début poétique de M, Bataille car, toute sa carrière durant, il a bénéficié du prestige d'avoir une heure été un poète en qui Von espéra.
C'est à cause de lui qu'aujourd'hui encore, chaque foÎB qu'il se manifeste, la critique, d'une voix unanime, entraînant après elle le public qui répète ce qu'on lui souffle, célèbre Ja rare qualité poétique de ses œuvres. Contre-sens ironique, prodigieuse sottise que l'on s'étonne de voir formulés dans la patrie littéraire de Musset et de Maeterlinck.