‹ Esquisses critiquesChapitre 7 sur 8 · HENRY BATAILLE. III · texte numérisé non relu

HENRY BATAILLE. III

Certains ftutwift se mettent à l'abri de i«t critique par un touj: qui n'e^t pas sans adresse.

I^eur dit-on qu'ik écrivent mai?

Leur reprocbe-'t-on leurs n^ligenceç et leur» faiblesses,

leurs fautes?

— C'est la Vie qui parle ainsi, poursuivent-ils, et que j'observe.

Objecte-t-on que la Vie peut parfois avoir tort? Us ne répondent plus : ils méprisent.

I)an3 un ordre différent, si on leur demande :

— Qu'est-ce que ces situations fausses et ces sentiments sans vérité?

~ Ce sont ceux ' qui m'intéressent, répondent-ils à bon droit, \

— Où en ave2:-vous rencontré le prototype ?

-r-r, Dans la Vie, monsieur, qui ne saurait avoir tort,

— Certes, la Vie déconcerte et elle passe l'imaginable, mais d'où vient que le ton de la vérité manque si absolument à la peinture que vous en donner?

•— Il s'y trouve, répond l'auteur outragé, et c'est vous qui ne l'y reconnaissez point.

— Peut'être n'êtes-vous pas très habile à le rendre.,.

— Sans doute ôtes-vous incapable de me comprendre...

— Ab I si vous étiez moins borné 1

Et la discussion s'éternise sans qu'aucun des interlocuteurs puisse reconnaître son tort.

En ce qui nous concerne, àl'égard de M. Bataille, nous concédons volontiers <pi'il se pourrait qu'il eût raison contre nous, puisque aussi bien le public — mais est-ce une autorité? — l'approuve et le couronne.

Il est vrai que l'on voit asse? nettement les moyens qui déterminent ce résultat et qui sont un peu gros.

Le choix des titres d'abord, sinon des sujets, est fort habile. Provocants et prometteurs, ils semblent les noms de parfumeries violentes : V Enchantement, la Femme Nue, l'Enfant de VAm^mr, le Scandale, la Vierge folle... Une romance sentimentale n'a pas plus d'empire sur les sensibilités vulgaires que ces trouvailles verbales.

Pour répondre à la promesse dés titres, les comédies se déroulent dans une atmosphère, sinon d'amour, du moins de sensualité impudique, qui agit violemment sur les nerfs. Le désir est leur unique sujet. Les personnages se désirent, se veulent et se prennent. Au fait c'est fort naturel : M. Bataille étudie l'instinct, ou plutôt une seule forme de l'instinct — le désir.

La dramaturgie très conventionnelle ne blesse aucune des habitudes du public, mais lui doime parfois l'impression qu'elle les brutalise : M. Bataille est un spécialiste du théâtre — il s'en flatte d'ailleurs (i) et il connaît les recettes de la cuisine dramatique. Ses décors, sinon les situations qu'il invente, surprennent : une répétition, un vernissage, un restaurant, une gare, des halls d'hôtel, voici des lieux dont le public se "plaît à avoir le spectacle

(i) Nous autres, gens du métier (EcrUs sur le théâtre, p. 47).

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