‹ Esquisses de philosophie moraleChapitre 10 sur 66 · CXXX PRÉFACE · texte numérisé non relu

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mais pour vouloir il ne faut rien, et si le principe volontaire est distinct du cerveau , aucune opération sur le cerveau ne doit avoir l’effet de l’abolir en nous. Que si, au contraire, l’organe lui-même est le principe volontaire, en altérant l’organe on doit altérer ou supprimer la faculté volontaire , et il serait étonnant qu’aucune maladie , aucune opération, n’eût encore produit ce résultat. Cette observation suffit pour montrer que , dans son application au cerveau , l’hypothèse des physiologistes n’est pas même la plus vraisemblable (i).

D’après tout ce qui précède, il nous semble que la rigueur scientifique n’exigeait point du tout que M. Magendie considérât les phénomènes de l’intelligence comme les résultats d’un organe.

Elle l’exigeait d’autant moins , qu’avant d’écrire la phrase que nous avons citée, l’habile physiologiste venait d’écrire la

(1) Plusieurs autres faits physiologiques confirment ce que nous avançons ici; nous citons un exemple; nous ne discutons pas la question.

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suivante : « L’intelligence de l’homme se « compose de phénomènes tellement diffé- «rens de tout ce que présente d’ailleurs la « nature qu’on les rapporte à un être parti- « culier que l’on regarde comme une éma- « nation divine , et dont le premier attribut « est l’immortalité. » Ce que l’auteur , dans cette phrase, affirme des phénomènes de l’intelligence, est également vrai de ceux de la volonté, de ceux de la sensibilité, et de tous les faits de conscience sans exception, puisque tous sont également dépourvus des attributs qui distinguent les phénomènes matériels , et qui les rendent perceptibles aux sens. Or, cette différence de nature admise entre les faits de conscience et les faits sensibles , nous ne voyons pas pourquoi la sévérité de logique que la science comporte, exige si impérieusement que l’on rapporte à des principes de même nature ces faits de natures différentes. S’il n’y a rien de commun entre le phénomène de la digestion et celui de la pensée, en supposant qu’il soit prouvé que

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le premier de'rive d’un organe matériel, s’ensuit-il nécessairement que le second en de'rive aussi ? La logique qui a de pareilles exigences n’est en ve'rité pas de notre connaissance. Celle que nousconnaissons verrait plutôt dans la diffe'rence absolue des phénomènes, non pas une raison de croire, mais un motif très-fort de présumer qu’ils dérivent de principes différens ; et M. Magendie semble lui-même reconnaître cette manière de voir de la logique ordinaire , puisqu’il avoue que c’est la nature particulière des phénomènes de l’intelligence qui les a J ait rapporter a un être particulier distinct des organes corporels. Y aurait-il donc deux logiques, ou notre célèbre physiologiste aurait-il par-devers lui de bonnes raisons de penser que l’induction la moins naturelle est cependant la plus vraie? s’il en a, nous ne croyons pas qu’il les ait énoncées dans son ouvrage.

Nous prions , du reste , qu’on ne voie dans ce que nous venons de dire, aucune autre intention que celle de montrer com-

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bien la question du principe des phénomènes intérieurs est encore scientifiquement indécise; quelle que soit l’opinion qu’on préfère sur cette question , c’est un point sur lequel les métaphysiciens et les physiologistes devraient au moins s’accorder. Il en est un second qui devrait pareillement les réunir, c’est quelle restera indécise tant que les connaissances sur la nature humaine demeureront où elles en sont; car il n’y a de débat que sur les choses qu’on ignore.

D’où viendra donc la lumière ? Où fautil la chercher ? Dans l’observation plus approfondie des phénomènes de la nature humaine, et particulièrement dans l’étude trop peu avancée, et fort négligée jusqu’ici , des faits de conscience.

Nous n’avons aucune envie de rabaisser l’importance et l’utilité de la physiologie ; ses recherches sont du plus grand intérêt , et sans la connaissance des faits quelle constate, la science de l’homme ne serait jamais qu’une image infidèle et mutilée.

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Mais enfin la physiologie n’embrasse pas tout l’homme dans ses recherches ; elle a sa compétence, et il est tout simple que cette compétence n’embrasse pas toutes les questions. Or, il nous semble que, dans le problème dont nous nous occupons , si ses informations sont utiles, il n’est pas naturel d’en espérer autant de lumières que de la science des faits internes.

Car, enfin, de quoi s’agit-il? de déterminer la nature du principe, ou du sujet de ces faits. Or, où le bon sens indique-t-il qu’il faille chercher des renseignemens sur ce principe? n’est-ce pas dans l’étude des phénomènes qui en dérivent? Si c’est l’effet qui nous révèle la cause, n’est-ce point à la nature des effets, à leurs lois, qu’il faut demander la nature et les lois de la cause ? N’est-il pas absurde d’interroger exclusivement la physiologie sur le principe de phénomènes dont elle ne s’occupe pas, et de chercher , par la seule observation sensible , la nature d’une cause dont les effets lui échappent ? M. Magendie regrette que la

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physiologie n’ait point encore embrassé les problèmes cle l’idéologie ; il désespère de cette dernière science, tant que les physiologistes ne daigneront pas s’en occuper. Mais n’y a-t-il pas une méprise dans cette vue charitable? Sans doute il serait à souhaiter que la science des faits de conscience fût cultivée avec la même ardeur et les mêmes méthodes que celle des phénomènes de la vie ; mais , à moins que les physiologistes n’abandonnent le scalpel et le microscope pour la conscience , ils ne découvriront pas les lois des faits internes : et le jour où ils les abandonneront, ils cesseront d’être physiologistes. Assurément encore nous désirons que les physiologistes soient en même temps métaphysiciens, et réciproquement; c’est notre vœu le plus ardent, et le mieux entendu qu’on puisse former dans les intérêts de la science de l’homme ; mais cette alliance de la physiologie et de la métaphysique ne confondra pas leurs attributions ; il y aura toujours dans la nature humaine deux ordres de faits, qu’il faudra

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toujours observer de deux manières differentes, et dont l’étude restera toujours distincte dans la science de l’homme. Il y aura toujours, par conséquent, certaines questions qui se rattacheront à l’étude des faits de conscience plus particulièrement qu’à celle des faits physiologiques , et de ce nombre sera toujours la question du principe des faits de conscience.

Il est donc évident que si l’on peut parvenir à résoudre cette question , la science des faits de conscience est la route ; mais il ne l’est pas moins que, dans l’état actuel de cette science, cette question est prématurée.

Il faut donc laisser dormir encore quelque temps ce problème très-ultérieur de sa nature, qui a de l’importance relativement à notre immortalité , mais qui n intéresse nullement l’étude des faits internes; la science n’est pas en mesure pour l’aborder. Il n’y a jusqu’ici qu’une chose démontrée, et dont conviennent les deux partis, cest que les phénomènes de conscience sont d’une

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