Considéré comme principe d’action, un
goût moral cultivé nous met à l’abri de plusieurs vices , trop grossiers pour qu’il les supporte , et entretient l’âme dans des habitudes qui s’allient merveilleusement avec tout ce qu’il y a d’aimable, de généreux et d’élevé dans notre nature. Cependant , s’il n’est point accompagné d’un sentiment ferme du devoir, l’influence de la mode et d’autres associations fortuites d’idées tendant perpétuellement à l’égarer, il ne saurait guère manquer de devenir un guide trompeur. Les hommes dont les plaisirs du goût sont l’affaire principale , et qui sont conduits par leurs habitudes à ne pas chercher plus haut que dans les usages du monde leur règle de jugement, offrent une preuve bien remarquable de cette vérité.
23 6. Le langage employé par quelques philosophes grecs, dans leurs spéculations sur la nature de la vertu , pourrait faire penser, au premier coup d’œil, qu’ils ne voyaient pas de difficulté à réduire la faculté morale dans le sentiment du beau. A leur exemple, Shaftesbury et quelques autres moralistes ont adopté une phraséologie qui a l’air de substituer, dans les distinctions morales, l’arbitrage du goût à la souveraineté de la conscience et de la raison.