Pour dégager notre âme des influences
personnelles qui peuvent l’égarer , l’expérience nous enseigne , tantôt à nous rappeler les jugemens que nous avons portés dans des circonstances semblables sur la conduite des autres, tantôt à nous poser des cas dans lesquels ni nous, ni rien de ce qui nous concerne ne se trouverait intéressé.
356. Mais bien que de pareils expédiens soient nécessaires aux hommes les meilleurs pour assurer la rectitude de leurs jugemens dans les questions qui les touchent, il ne s’ensuit pas comme on l’a supposé, que les idées que nous nous formons sur la justice ou l’injustice de notre propre conduite dérivent exclusivement des sçntimens que la conduite des autres nous inspire. Le but de pareils expédiens est uniquement d’arriver à une vue juste et claire des circonstances; cette donnée obtenue, reste encore la question de savoir ce qui constitue pour nous l’obligation d’agir de telle ou telle manière? Il est très -important de remarquer en effet qu’après avoir déterminé d’une manière satisfaisante quelle est la conduite qu’un juge impartial approuverait, nous sentons que cette conduite est juste pour nous et que nous sommes moralement obligés d’agir en conséquence. Si nous n’avions recouru à aucun expédient pour assurer la rectitude de notre premier jugement, nous n’en aurions pas moins jugé que telle ou
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telle conduite était juste, injuste ou indifférente : il est probable seulement que notre décision , émanant d’une vue fausse ou partiale des circonstances, eût été erronée : voilà toute la différence.
35y. Comme nous ne finirions pas si nous essayonsd’exposer toutes les formes sous lesquelles peut se déployer dans la vie la disposition morale à laquelle on a donné le nom de justice , il est nécessaire de concentrer notre attention sur quelques-unes de ses tendances les plus importantes. On peut les ranger sous deux chefs selon qu’ellesontpourobjet, i°deréprimer la partialité du caractère et des passions ; 20 de réprimer la partialité de l’ amour de soi , lorsque notre intérêt se trouve en opposition avec celui des autres. On peut distinguer ces deux formes de la justice en désignant la première sous le nom de bonne foi , et la seconde sous celui d’ équité ou à' intégrité.