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PRÉFACE
tisans lui attribuent, il n’en est pas moins indispensable , si l’on veut connaître complètement la nature humaine, de faire la science des phénomènes de conscience. Car à quelque principe que Ton rattache ces phénomènes, toujours est-il qu’il font partie et certainement une partie très-importante des phénomènes de la nature humaine; toujours est-il que ces phénomènes n’étant point perceptibles à l’observation sensible , il est nécessaire de les rechercher par l’observation interne, qui seule les atteint; toujours est-il, en un mot, que la science de ces faits doit être élevée en même temps que la physiologie , emprunter son secours, lui prêter le sien, afin que par leur concours, on tire enfin la science de l’homme des ténèbres où elle est perdue, et dans lesquels elle continuera de languir, tant qu’on ne prendra l’homme que par un côté, tant qu’on commencera par le mutiler pour le connaître.
Il n’est pas moins évident que le parti qu’on peut prendre dans cette question,
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n intéresse nullement l’étude des phénomènes intérieurs, pas plus que celle des phénomènes physiologiques. Car à quelque principe que puissent se rattacher les faits de conscience, ils n’en sont pas moins ce qu’ils sont ; la nature de leurs lois n’en demeure pas moins ce quelle est. La science de ces faits et des lois qui les gouvernent , est donc parfaitement indépendante de la solution du problème dont il s’agit. On peut procéder avec la même sécurité à l’observation des uns et à la recherche des autres, soit qu’on lui donne une solution, soit qu’on le laisse indécis.
On aurait donc tort d’attaquer la certitude de la science des faits de conscience , en objectant l’incertitude de la question de leur principe ; et de ce que les physiologistes et les métaphysiciens ne seraient pas du même avis sur la nature du sujet intelligent , volontaire et sensible , il ne s’ensuivrait pas qu’ils ne pussent s’accorder sur la nature des phénomènes de l’intelligence, de la sensibilité et de la volonté. C’est dans
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l’intérêt de cette vérité, et tout à la fois pour remettre à sa véritable place et ramener à ses véritables termes une discussion célèbre, que nous ajouterons quelques considérations rapides sur le problème de la nature de lame.
En examinant de près les deux opinions bien connues qui partagent les esprits sur cette question, on trouve quelles ne sont pas si différentes qu’on le pense, et qu’il y a bien plus de malentendu que de véritable contradiction entre les métaphysiciens et les physiologistes.
Car, que pensent les métaphysiciens ?
Ils pensent qu’il y a quelque chose dans l’homme qui a la propriété de sentir la douleur et le plaisir, et la faculté de vouloir, de connaître et de penser.
Que pensent les physiologistes ? Comme ils ne nient pas tous ces faits , ils ne peuvent nier non plus que nous n’ayons la capacité d’éprouver les uns et la faculté de produire les autres. Seulement ils attribuent au cerveau cette capacité et cette faculté;
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et pourquoi ? parce que leurs expériences leur ont démontré que les nerfs, qui sont les conducteurs des sensations et les instrumens des perceptions et des volontés, aboutissent au cerveau ou en partent , et de plus qu’en faisant subir au cerveau certaines altérations , on altère ou même on suspend les différentes propriétés ou facultés dont il sagit.
Les métaphysiciens ne pouvant nier ces faits sont obligés de reconnaître, avec les physiologistes, que dans l’homme, tel qu’il est , la production des phénomènes de conscience dépend du cerveau.
A quoi se réduit la différence ? à ce que les physiologistes disent que c’est le cerveau qui est le sujet ou le principe de ces phénomènes , tandis que les métaphysiciens soutiennent que ce sujet ou ce principe est distinct du cerveau , bien que le cerveau soit actuellement la condition indispensable des modifications qu’il éprouve, et l’instrument nécessaire des actes qu’il produit.
PRÉFACE
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Les métaphysiciens fondent leur opinion sur ce que la conscience atteste que c’est la même chose en nous qui veut , qui sent et qui pense; car nous avons la conscience que nous voulons, que nous pensons, que nous sentons. Ce qui a conscience est par conséquent identique et avec ce qui veut , et avec ce qui sent , et avec ce qui pense; d’où il suit que le principe qui veut, celui qui pense, et celui qui sent, ne sont qu’un seul et même principe, qui a conscience de tout ce qu’il fait et de tout ce qu’il éprouve.
Non-seulement la conscience atteste que c’est le même principe qui veut, qui sent et qui pense, mais elle atteste encore, et toute la conduite de l’homme le prouve, qu’il n’y a pas en nous vingt principes qui veuillent, sentent et pensent. Elle n’a le sentiment que d’un seul.
Le sujet des faits de conscience est donc non-seulement simple, il est encore unique.
S’il est simple et unique, il ne peut être la matière cérébrale, car elle est composée d’une infinité de parties ; si ces parties étaient
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douées chacune de volonté, de sensibilité et d’intelligence, il y aurait autant de principes volontaires, sensibles et intelligens qu’il y a de ces parties ; ce qui est contraire non-seulement à la conscience mais à toute la conduite de l’homme. S’il n’y a qu’une de ces parties qui en soit douée , cette partie n’est plus identique aux autres ; c’est véritablement un être d’une autre nature , résidant dans la matière cérébrale, mais qui n’est pas la matière cérébrale.
D’où les métaphysiciens concluent que le principe des faits de conscience peut bien être dans le cerveau , mais ne peut pas être le cerveau.
Mais les physiologistes ont trop de bon sens pour croire que la matière blanche ou grise du cerveau soit composée de mollécules pensantes, voulantes et sentantes. Ils considèrent ces différentes parties du cerveau comme composant, par leur agencement, un organe unique qui jouit de différentes propriétés qui sont les siennes, et non celles des parties qui le composent,
PRÉFACE
tout de même que les parties qui composent l'estomac forment , par leur arrangement , un organe qui a la propriété de digérer, sans que ces parties aient elles-mêmes cette propriété.
Tout en rapportant au cerveau les faits de conscience, ils reconnaissent donc, comme les métaphysiciens, un principe unique qui sent , veut et pense. Les métaphysiciens et les physiologistes sont donc parfaitement d'accord sur tous les points, excepté sur un seul ; c’est que ceux-ci prétendent que ce principe, sur l'unité et les propriétés duquel ils s’entendent très - bien , est un organe , le cerveau ; tandis que les métaphysiciens prétendent que ce principe n'est point le cerveau, qu’il en est distinct, bien qu’il y ait probablement son siège, et que cet organe soit certainement son instrument.
Nous ne nions point que ces deux opinions n’aient des conséquences différentes ; car l’organe se dissolvant , comme il est de fait qu’il se dissout à la mort, le principe
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périt, tandis qu’il peut ne pas périr s’il en est distinct. Nous n’examinerons pas même pour le moment laquelle de ces deux opinions est la plus intelligible.
Mais nous ferons observer que les métaphysiciens et les physiologistes sont parfaitement d’accord sur tout ce qui est d’observation. Les premiers ne disconviennent d’aucun des faits sensibles constatés par les seconds, et ceux-ci ne rejettent aucun des faits de conscience mis en avant par les premiers. Partant de ces faits communs , ils s’accordent encore sur tout ce qu’il est possible d’en induire de certain, relativement au principe des phénomènes de conscience. Ils conviennent de part et d’autre qu’il doit être capable de sentir, de vouloir, de penser; qu’il doit être simple, qu’il est unique ; les faits exigent qu’on le revête de tous ces attributs : personne ne les lui conteste.
Où commence la dissidence? au delà des faits, au delà des inductions rigoureuses de ces faits, au point où com-