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PRÉFACE
spectacle de la conscience, devaient naturellement attribuer les faits immatériels qu’ils observaient à un principe de même nature.
La diversité de sentimens des métaphysiciens et des physiologistes , sur le principe des phénomènes de conscience, est donc toute naturelle. Nous désirerions , seulement pour le bien de la science , qu’ils ne fussent point dupes de leurs opinions , et qu’ils ne prissent point de simples suppositions pour des vérités incontestables. C’est pourquoi nous sommes fâchés que M. Magendie ait écrit cette phrase : «Le phy- « siologiste reçoit de la religion la croyance « consolatrice de l’existence de lame; mais « la sévérité de langage et de logique que « comporte maintenant la science , exige « que nous traitions de l’intelligence hu- « maine comme si elle était le résultat d’un « organe, (i)» Pour que la sévérité de logique que comporte la science exigeât pareille chose, il faudrait, ce nous semble, ou que la production des phénomènes intellectuels
(i) Précis élémentaire de physiologie. 1. 1. p. 175, 2e édit.
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par un organe ne fût pas une hypothèse , ou, tout au moins, quelle fût une hypothèse plus claire, plus vraisemblable, plus conforme aux faits que la supposition contraire. Or, sans vouloir entrer ici dans le fond de la question , nous ne croyons pas que l’on puisse contester les vérités suivantes :
i°. Attribuer à un appareil organique quelconque la vertu de produire certains phénomènes , c’est lui attribuer une faculté que nous ne découvrons pas en lui , et que nous ne saurions y découvrir. Nous voyons bien, par l’expérience, qu’il y a une dépendance entre l’appareil organique et la production du phénomène; mais, comme cette dépendance existerait également si cet appareil, au lieu d’être le principe de cette production, n’en était que l’instrument, il est impossible d’assigner une raison de préférer la première supposition à la seconde. L’opinion qui identifie la cause d’un phénomène avec son organe n’est donc qu’une explication arbitraire qu’on peut à
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volonté rejeter ou admettre; loin d’être prouvée pour le cerveau , elle ne l’est pour aucun organe du corps humain.
2°. L’observation ne découvre dans le cerveau, comme dans tout autre organe, qu’un amas dç particules matérielles, arrangées d’une certaine manière. Comment cet amas de particules matérielles est-il capable de produire quelque chose ? c’est ce que les physiologistes ne comprennent pas du tout; ils ont une idée de l’appareil organique , ils n’en ont aucune de sa vertu productive. Le mot organe , employé pour désigner la cause de certains phénomènes, ne laisse donc pas dans l’esprit une idée plus nette de cette cause que le mot ame ; ce sont deux mots employés pour désigner une cause inconnue , qu’ils n’expliquent pas plus l’un que l’autre. Dire que l’appareil organique a la vertu de produire certains phénomènes, ou dire que cette vertu appartient à un principe distinct de l’appareil, revient donc au même pour la clarté.
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3°. La manière dont nous nous servons de divers instrumens pour produire certains résultats , ou dont nous appliquons à certaines machines, comme un moulin ou un métier à filer, certaines forces naturelles , comme l’eau, le vent, ou la vapeur , nous aide à concevoir l’hypothèse d’une force servie par des organes. Tandis que nous ne concevons pas du tout comment des parties matérielles qui n’ont par ellesmêmes, ni la propriété de digérer, ni celle de penser, peuvent constituer, par leur réunion seule et le mode de leur arrangement, des forces digestives et pensantes. Hypothèse pour hypothèse, celle de la distinction de la cause et de l’organe est donc la plus intelligible.
4°. Comme il est démontré que les organes des sens et les nerfs sont indispensables à la perception et à la sensation , et ne sont cependant que des instrumens qui ne sentent pas et ne connaissent pas, et d’autre part , que les nerfs , les muscles et les membres, sont également indispen-
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sables à la production des mouvemens volontaires , et cependant ne sont aussi que des instrumens impuissans par eux-mêmes, il nous est facile de concevoir par analogie, que le cerveau, tout indispensable qu’il soit à la perception, à la sensation, au mouvement volontaire , n’est lui - même qu’un autre instrument, une autre condition de la production de ces phénomènes. Tous les raisonnemens qu’on fait pour prouver que le cerveau est le principe des mouvemens volontaires, le sujet de la sensation et de l’intelligence , étant fondés sur ce que le cerveau est indispensable à la production de ces phénomènes , et sur ce qu’on altère ces phénomènes en altérant cet organe, pourraient s’appliquer avec la même rigueur aux nerfs, aux muscles, aux membres, aux organes des sens. Ces raisonnemens ne sont donc pas concluans pour le cerveau, puisqu’ils ne le sont pas pour toutes ces parties du corps. Si l’on n’a pas de peine à comprendre que ces parties soient des instrumens , on n’en peut avoir à conce-
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