CIV PREFACE
cessité les physiologistes ont été forcés de les admettre dans la science des phénomènes de la vie, bien qu'ils ne tombent ni sous le scalpel, ni sous le microscope. En réduisant les phénomènes de relation à leurs élémens physiologiques , ils n'auraient pas seulement mutilé la notion de ces phénomènes, mais ils seraient tombés dans la plus étrange des contradictions; car, comment nier la sensation, quand on cherche de quelle manière elle est produite? comment nier Tidée des choses extérieures, quand on cherche de quelle façon elle nous est donnée? comment, enfin, nier la volonté, quand on cherche par quels ressorts sont exécutés, dans notre organisation, des mouvemens dont le caractère spécial est d'être volontaires? Il fallait évidemment, de deux choses Tune, ou renoncer à étudier les fonctions de relation , ou reconnaître comme faits authentiques et incontestables la volonté, la sensation, et la connaissance. En niant ces trois faits de conscience , les physiologistes auraient nié le point de départ de leurs recher-
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ches ; ils auraient nié les fonctions de relation elles-mêmes; car, si nous ne sentons pas^ si nous ne connaissons pas^ si nous ne voulons pas, il n'y a plus de relation entre nous et les choses extérieures ; il ne reste que des impressions qui ne viennent pas jusqu'à nous, et des mouvemens qui n'en partent point.
Certes, les physiologistes n'ont point hésité un moment devant de pareilles contradictions ; ils ne les ont pas même envisagées. De même qu'ils suivent leur méthode sans en comprendre le principe ; de même ils ont admis les faits de conscience, par simple hon sens , et sans se rendre compte des nécessités qui leur en faisaient une loi. Toutefois, ils ne pouvaient introduire dans leurs résultats des élémens si différens des faits sensibles, sans s'apercevoir de cette différence. Les faits de conscience une fois acceptés, il fallait nécessairement reconnaître que ces faits sont d'une autre nature, et autrement perçus que les faits sensibles : car ils sont invisibles et intangibles; une fois acceptés comme réels et comme
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certains^ il fallait nécessairement avouer qu'il y a des faits que nous ne pouvons ni voir , ni toucher^ et que nous pouvons cependant sen* tir, observer, constater avec certitude. Il fallait, en un mot, reconnaître deux ordres de faits également réels, deux modes d'observation également possibles, deux autorités en matière de faits également incontestables, et deux sciences d'observation distinctes par leurs objets, leurs instrumens et leurs procédés, mais également authentiques. Tous ces aveux devaient nécessairement suivre l'admission des faits de conscience dans la science physiologique; car ils ne sont que des conséquences de cette admission. Aussi les trouvet-on, pour la plupart, explicitement exprimés dans les traités modernes de physiologie. A la différence des formes près, il est évident que les physiologistes éclairés professent aujourd'hui sur la réalité des faits internes et sur la nécessité de les soumettre comme les faits naturels aux procédés de la méthode expérimentale , les mêmes principes que nous avons
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cherché à établir dans le cours de cette préface.
Grâce à cet exemple, on a le droit d'espérer que le règne de la maxime exclusive du naturalisme sur le principe de la certitude touche à sa fin , et que les naturalistes ne tarderont pas à revenir d'une opinion qu'ils ont adoptée sans examen , qu'ils ne conservent que par habitude, et que les physiologistes n'ont désertée les premiers que parce que la nature de leurs recherches les a conduits à reconnaît tre plus tôt son peu de fondement.
Les naturalistes croient fermement, avec tout le monde, que l'homme pense, qu'il veut, et qu'il sent; ils n'hésiteraient pas à donner place à ces faits parmi les plus certains de ceux qu'ils constatent, et à les signer de leur nom. Mais de quelle manière découvronsnous ces faits, et acquérons-nous la certitude de leur réalité , voilà une question à laquelle les naturalistes ne songent pas, tant que leurs recherches n'ont pour objet que la marche des astres, la conformation de la terre, les cail-
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loux, les plantes, l'anatomie comparée des animaux , les phénomènes physiques et chimiques ; et cependant , découvrant tout ce qu'ils trouvent avec leurs sens^ ils embrassent peu à peu Topinion que tous les faits susceptibles d'une certitude scientifique sont sensibles^ et que l'observation sensible est la seule source certaine de la connaissance. Cette opinion s'enracine en eux et tourne en système arrêté- Quand à la fin quelques-uns d'entre eux viennent à prendre l'homme pour objet de leurs études, ils poursuivent d'abord comme ils ont toujours fait : armés du scalpel et de la loupe, ils dissèquent, ils comptent les parties, ils observent les mouvemens et tous les autres phénomènes qui tombent sous les sens. Cela va à merveille tant que l'observateur n'est pas sorti des limites de l'anatomie et des phénomènes de la nutrition et de la génération; mais au-delà les choses se compliquent. On ne saurait faire abstraction de la volonté dans les mouvemens volontaires ; de la sensibilité et de l'intelligence, dans les phénomènes de
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la vision et de l'audition. Il faut donc faire intervenir les idées ^ la sensation^ les actes de la volonté. C'est alors que le naturaliste est frappé de la différence profonde qui existe entre ces faits et les faits naturels. C'est alors qu'il ne peut s'empêcher de remarquer que les uns ne tombent pas sous sa connaissance de la mèaie manière que les autres. C'est alors qu'il s'étonne^ dans ses habitudes et^ans ses principes de naturalisme ^ de la confiance avec laquelle il accepte des faits qu'il n'a ni vus ni touchés. C'est alors peut-être qu'il hésite , qu'il est tenté de les rejeter comme des illusions, ou des croyances suspectes^ étrangères à la science. Mais c'est alors aussi qu'il s'aperçoit qu'un pareil scepticisme serait de la folie, et que son bon sens l'emportant sur les idées étroites et classiques de son éducation scientifique, il reconnaît enfin la réalité de ces faits d'une autre nature, et toutes les conséquences qui s'en suivent.
Mais «i l'on veut y réfléchir, on s'apercevra que tous ces aveux sont déjà implicitement
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renfermés dans la croyance irréfléchie des naturalistes^ que rhomme sent^ veut et pense; car^ si ce sont là des faits certains^ comme ces faits ne viennent pas de l'observation sensible^ il y a des faits certains découverts et constatés d'une autre manière. Mais cette conséquence est cachée dans la conviction des naturalistes , ils ne l'y soupçonnent pas ; et c'est faute de la remarquer qu'ils demeurent dans leur opinion exclusive sur le principe de la certitude'. Cette opinion n'est donc, comme nous le disions^ qu'un préjugé sans consistance , qui ne peut manquer de s'évanouir, comme tant d'autres, devant les lumières du sens commun.
Du principe des phénomènes de conscience.
Il resterait maintenant à examiner si^ de même qu'il y a en nous des faits d'une autre na» lure que les faits sensibles , il n'y aurait pas aussi en nous une réalité d'une autre nature que la
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réalité sensible^ une ame, comme on dit, distincte du corps , et à laquelle il fallût rapporter tous les faits de conscience comme à leur principe ou à leur sujet véritable? En d'autres termes, doit-on croire à un être spécial dont la sensibilité, la volonté, Tintelligence, seraient les attributs spéciaux, et qui serait distinct des réalités matérielles comme ces phénomènes le sont des phénomènes sensibles ; ou bien est-il plus à propos de penser que ces phénomènes émanent de quelque organe du corps, dont la fonction serait de les produire, comme la fonction de Testomac est de digérer, et celle du foie de sécréter la bile ?
Assurément cette question est fort importante en elle-même; mais quelque solution qu'on lui donne, ce que nous nous sommes proposé de prouver dans ce discours n'en restera pas moins vrai. Soit, en effet, que Ton admette une ame, soit que Ton rapporte au cerveau, ou à tout autre organe, les phénomènes que ses partisans lui attribuent, il n'en est pas moins indispensable, si Ton veut
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connaître complètement la nature humaine^ de faire la science des phénomènes de conscience. Car à quelque principe que Ton rattache ces phénomènes^ toujours est-il qu'ils font partie et certainement une partie très importante des phénomènes de la nature humaine; toujours est- il que ces phénomènes n'étant point perceptibles à l'observation sensible, il est nécessaire de les rechercher par l'observation interne, qui seule les atteint; toujours est-il, en un mot, que la science de ces faits doit être élevée en même temps que la physiologie, emprunter son secours, lui prêter le sien, afin que par leur concours on tire enfin la science de l'homme des ténèbres où elle est perdue , et dans lesquelles elle continuera de languir, tant qu'on ne prendra l'homme que par un côté, tant qu'on commencera par le mutiler pour le connaître.
Il n'est pas moins évident que le parti qu'on peut prendre dans cette question n'intéresse nullement l'étude des phénomènes intérieurs , pas plus que celle des phénomènes physiolo-
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giques. Car à quelque priâcipe que puissent se rattacher les faits de coQscie{ice^ ils n'en sont pas mcdua ce qu'ils sont; la nature de leurs lois n'en demeure pas moins ce qu'elle est. La. science de ces faits et des lois qui les gouvernent est donc parfaitement indëpen* dante de la solution du problème dont il s'agit. On peut procéder avec la même sécurité à l'observation des uns et à la recherche des autres^ soit qu'on lui donne une solution^ soit qu'on le laisse indécis.
On aiurait donc tort d'attaquer la certitude de la science des faits de conscience , en oIh JBûtant l'incertitude de' la question de leur principe; et de ce que les physiologistes et les métaphysici^OLS ne seraient pas du même avis sur la nature du sujet intelligent ^ vo« lontaîr» et sensible^ il ne a'en suivrait pas qu'ils ne pussent s'accorder isur la nature û^ phénomëues de l'intelligence > de la sensibi- Mié :^t de la ; volonté .Cf est dans l'intérM de eetterv^^ité^ et toi(ià la lois ppur remettre |i 8a:1/iéritable place ^t ramener à ^as véritables