‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 16 sur 73 · CXX PREFACE · texte numérisé non relu

CXX PREFACE

veau lui-même qui sent, veut et pense; et, en second lieu, toutes leurs expériences > sur la liaison qui existe entre cet organe et les phénomènes de conscience, peuvent aui^l bien s'expliquer dans la supposition que le cerveau n'est, comme les nerfs, qu'un intermédiaire entre le principe volontaire/ intelligent et sensible , et les choses extérieures , que dans la supposition qu'il est lui-même ce principe. D'où il suit que cette dernière assertion est purement hypothétique.

Il est possible , d'un autre côté, qu'on poisse trouver dans une connaissance plus étendue et plus profonde des faits de conscience, des rai* sons démonstratives en faveur de l'opinion qui les rapporte à un principe distinct de l'organe cérébral, ou qu'en examinant de près l'hypothèse des physiologistes, on puisse la réduire à l'absurde: nous avons même des motifs particuliers de le croire; mais, jus* qu'ici , on est forcé de convenir que rien de complètement décisif n'a été produit; âutre^ ment les physiologistes se seraient rendus à

DU TRADUCTEUR. CXXj

réTid6nce> eomme^ils sesoiit rèndus^à Tévidehcé dies; autres faits de canscienee dont ils cQnviennëatv et k question n^eii serait plus u&e^ L'opinion qui attribue les faits de c^»si- <^nce à un; principe distinct de tout organe corporel peut donc aussi -, jusqu^à présent ', être considérée comme une hypothèse. !

Les métaphysiciens et les physioloig^istei sont donc d'accord , autant qu'on peut exiger qu'ils le soient > dans Fétat actuel de la soience^

Ils. conviennent de ce qui est certain; sur le reste> il était tout simple qu'ils se divisassent. Lesuns^ accoutumés à considérer çoDfime une yérité démontrée l'identité des organes et des causes^ et à rapporter chaque phénomène à la partie du corps affectée à sa production^ ne deyaient pas faire exception poiv les phénomènes de conscience^ malgré leur nature spéciale; et les autres, ne trouvant ni (HTgane ni condition matérielle dans le spectacle de la conscience^ devaient naturelle^ ment attribuer les faits immatériels qu'ils observaient à un principe de même nature.

CXxij PREFACr.

' La diversité de sentimens des métaphysi*^ ciens et des physiologistes , sur le principe des phénomèneBdeoonscieiice^ est donc tonte naturelle. Nous désirer ions v seulem^at pour le bien de la science, qu'ils ne fussent point dupes de leurs opinions, et qu'ils ne prissent point, de simples suppositions pour desv^*tés incontestables. C'est pourquoi nous sommes fâchés que M. Mageudie ait écrit cette phrase : « Le physiologiste reçoit de la rdi- » gion la croyance consolatrice .de l'existence » de Tame; mais la sévérité de langage et de » logique que comporte maintenant la science » exige que nous traitions de Fintell^enoe » humaine comme si elle était le résultat d'un » organe (4 ). » Pour que la sévérité de logique que comporte la science exigeât pareille chose, il faudrait, ce nous semble, ou que la jwroduction des phénomènes intellectuels par un organe ne fût pas une hypothèse , ou , tout au moins, qu'elle fût une hypothèse plus claire,

(i) Précis élémentaire de physiologie, t. 1, p. 175, 1^ édit.

DU TMADUGTEOR. CILUlj

plus vraîsembli^le, plus conforme aux faits que la sQppositioai contraire. Or '^ sans vouloir entrer ici dans le fond de la qnesti(Mi^ nous ne croyons pas que Ton puisse contester les vérités suivantes :

4*^ Attribuer à un appareil organique quelconque la vertu de produire certains phéno^ mènes, c'est lui attribuer une faculté que nous nO' découvrons pas en lui^ et que nous ne sàulioiis^ y découvrir. Nous voyons bien, par l'expérience, qu'il y a une dépendance entre ^appareil organique et la production du phénon^ènë; mais côftime cette* dépendance existerait également si cet appareil ^ au lieu d'être lé principe de cette production, n'en était que rinstrtioient, il est impossible d'assigner une raison dé préférer la première supposition à la seconde. L'opinion qui identifie la cause d'un phénomène avec son organe n'est donc qu'une explication arbitraire qu'on peut à volonté rejeter ou admettre; loin d'être prouvée pour le cerveau , elle ne l'est pour aucun organe du corps humain.

ex&iv PRÉFACE

2"* L'observation ne découvre dans ie i^m^ vean , comme dans tout autire organe , ffQ'un amas de pmrticales matérielles/ arraagéea d'une certaine niianièré. CcHnment cet nmw de particules matérielles est-il capable de fx^ duire quelque chose ^ c'eat ce que les physiologistes ne comprennent pas du tout; ils ont une idée de TappareU CHrgânique, ils n'm ont aucune de sa vertu productive. Le mot organe i employé pour désigner la caufif^id^ certains phénomènes , ne laisse donc pe^ dans Tesprit une idée plus nette de cette f cause que le mot ame; ce sont deux mots empl<^és pour désigner une cau^e inconnue^ qu'ils n'expliquent pas plus l'un que l'autre. Diro que l'appareil organique a la vertu de produijre certains phénomènes , ou dire que cette vertu appartient à un priiK^ipe distinct de l'appareil, revient donc au même pour la clarté. -

5^ La manière dont nous nous servons de divers insfrumens pour produire certains résultats^ ou dont nous appliquons à certaines machines^ comme un moulin ou un métier à

BU TRADUCTEUR. ÇXX\

fiLer^iOertemes forces matioreUea, oomnae reau^ 1», ve^t QU, flar.fViBipeur;^ ixow wde k aoucevoir yhypotbè$.e(lfuaeforce servie p«r d^cffgafieâj Taiidi» que npu9 ne cQnQev(His.pafi^.iiu,;|;oi}t eoiBtfl^n t4Q& parties matjârielles. ^ui ^'out paei ellefr-méaiesi^, jai la propriété 4o digérer^ ni celle de p^i^r y peuvent conpitituer^ par l^ur réuniaa simule et Je ,mode de leur arrangem^t^ de9 forces dîgestiyes et pen^ntes^ Hy- PQithèi?ei jfon^ hypothèse » eelle àeh dwtinqtwu 4eiJl|^ cftttçe et de Vwgançtest dqnc Iflipl^s iAn

!!*• Çpmwa il «st 4é|aQftt]?4! que les , pvgan^fi 4^;^af ,et -les oi^cfs ^1^ iQdjispea9f^bl^,i .1»; pçppceptioa et à la^easatiçq., et ske SQgt cefneod 4Mit 4fve.>4ee; instrujpens qui ji^jsenjtçat pa^ ^;îieiÇQftftaispept pas^/^jtd'j^BtP^^writ,- quQ4^

9«rfe»i)W§ PM?Cle? <^t Jfs.meo^es^jSftfl!^ égftr Jegipnfc, jA4isi#^sabl^? ,^,4^ pr/Q4ueti)0« 4^ DMiii^apAs jyi9loïït*Yre§j, §tqf peii(jliai3^^ei,e(Ç>at aiipisi, quQ «^e§,^JJ^^^me^s4wP»¥«îftns pjM" euxr ^ftôW!PMiUiiftPW!,e^;lÇapU<ji,de,ip9fiQpYPHB analogie 'qflfiji(e .:Ç|8i;ye<i\iK;t^|ijt ; ùi^i^imMe

CKKS'} PAEFACC

qu'il 8oitÀ la peroeptioû^ à la sensation > au mouvement volontaire, n'est lui-même qu'uii^ auti*e instrument, une autre condrUon à&Àei production de ces phénomènes. TbUs les'twi sonnémens qu'on fait pour prouver qiié< i6f cerveau ^t le principe des mouvemens voloii^ taipôs> ie sujet de la sensation et de Tintèlli^ genoe, étant fondés sur ce<[ne le cerveau îêèl indispensable ji la production de ces ph^MM

mènes, et sUfr ce qu'on altère ces phénomèneil en altérant cet orgatie, pourraient s'applitittëi* avec la même rigueur aux nerfs, aux musdtet^l aux-membrei3 > aux organes des seite; Ceis iaisonnémeÊs n« sont donc pas conckans pottif le éorveaû, puisqu'ils ne le sont^s pdttii toutes^ œs parties du corps. Si l'on n'a J^s^'d^ peine k comprendre que ces parties Soient Aé6^ instrûittfeus; Afn n^eh peut -avoir à cSOncèVc^V que lecenreàii 'en soit iln; ■ tandisr '^U'oh' eiili bettttcotr^ à se figiirei*' qu'il soit 'tthë CËltfsë! Dàtts mté'iàpfiiamioti, Y^poihèae âe:k di»^ tinctiiou ^ ^àerné' ^nt l%ét^ une mpéri6ûlSé^>êé (^aMé'][Miii<ieiëlièt^imieirt''rétaarquttble. ':, 'ii>i<'

DU TiliLDUI»EUR. CXrXvij

5*^ On paiwîefit , par différentes altérations au €anmi<i> à DOtts 6nl6V«r> Tune après Fantre^ tontes nos seœatîonsy toute» nos perceptions^ toiis^nos monvemei^ Fdkiûtaires^ ^et mèmeJfi direeèion du; mouvenient.. Certaines maladies produisent les mêmes ef£eta. Ma» aucune ma^ladie>' ameune opération^ n'est encore parvenue 9 supprimer en nous h vol^Nuté^ Gela s'ex-^ pliqite très bien dans l'hypothèse des méta-^ physfedena,^ imais non dans celle des physioicH gistes. D'une part^ les sensations let les pet^ cejj^tioim/ nous vieiMient.dul dehors: si' l'^n suf^inç les intermédiakes^^doil^lfesinterH cepter; . d'aulare paft^ poitr aiéautea? et dirigéi; les monitemens^ yolontaiilesi il faù^ ' ^^^ instrumeas^i et des' instrument idocilesu qui ne soieBt>][^â49avganiségi);'iUilâsivpour il

ne faut; rien i^^isiil^prinoipei^volonitaijre est distinet ,d« ;c)0{^yeA<ii> fa/ueùnei c^pàiaiion im le oer VteaU \ ûm i doiti t AVoîq l'effet : dei .l'abolir en nous. Que si, au contraire, l'organe lui-même est le jtupinëipè'volentairà/éii alfêraDt l'oii^gaàe on doit altérer ou supprimer la faculté, yolon'^

eXXVtij PRIÎFAGK

taire, et il sei-ait étonnant qu'aucane maladie^ ancttne opération j n'eût encore produit ee rét* sultati. Cette obs^Vation 'Suffit pour montmr que, dans son applioatiomau cervean/i^lir;^ pothèse des physiologistes n'est pas méilie tlft plos vraisetnWable (4); ^ il/i;.

D'après tout ce qui précède^ il nous semble que la rigueur scientifique n'exigeidt point du tout que M. Magendie considérât les pbéno^ mènes é^ rintelligenoe comme les résultats d'un organe.

fille rexigmit d'autant moins ^ qu'avant dfé'^ erire la phrase qtie nous arons citée y ^ l'baM^ physiologiste venait d^écrire la suivante : i' ' -i^ LHhtelligence de l'homme secompose de cr i phénomènes^ t ellemen t différens de tout > a» « que présente (t'iilleurs k nature qu!oii' tes à rapporte à un être particulier que Ton re- ^ garde comme; une émanation- divine > e^^dont « le premier attribut est rimmbrtalité/i'»' Ce

nous avançons ici : nous citons un exemple; nous ne aiscutons

BU TRADUCTEUR. CXxix

qae Tauteur^ dans cette phrase^ affirme des phénomènes de Tintelligence ^ est également Yrai de ceux de la volonté^ de ceux de la sensibilité^ et de tous les faits de conscience sans exception^ puisque tous sont également dépourvus des attributs qui distinguent les phénomènes matériels^ et qui les rendent perceptibles aux sens. Or^ cette différence de nature admise entre les faits de conscience et les faits sensibles^ nous ne voyons pas pourquoi la sévérité de logique que la science comporte exige si impérieusement que Ton reporte à des principes de même nature ces &its de natures différentes. S'il n'y a rien de commun entre le phénomène de la digestion et celui de la pensée^ en supposant qu'il soit prouvé que le premier dérive d'un organe matériel, s'en suit -il nécessairement que le aecond en dérive aussi? La logique qui a de pareilles exigences n'est en vérité pas de notre connaissance. Celle que nous connaissons verrait plutôt dans la différence absolue des phénomènes^ non pas une raison de croire^

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