PRÉFACE
DU TRADUCTEUR
L'ÉTtJDE exclusivdmënt heureuse des scien-^ ces naturelles dans ces cinquante d^nièred années a accrédité p&rroi noiis Topinion qu'il n'y a de faits réels , ou du moins qui soient susceptibles d'être constatés avec cer^ titude^ que ceux qui tombent sons les sens.
En rapprochant dette opinion du prineipe de Bacon ^ que tout ce que nous pouvons savoir de la réalité se borne à la connaissance des {ifeiéilomènes par lesquels elle se manifeste à nous et aux inductions qu'il est possible d'en tirer, on arrive à cette pre^ mière conséquence^ que la science de la réalité se réduit aux faits sensiôles et aiix inductions^ qui en dérivent, et à cette autre, que led sciences naturel les > sont les seules possibles ^
ij PRKFACE
OU du moins les seules qui soient susceptibles de certitude.
A quelques dissidences près et qui ne sont pas de vieille date^ cette doctrine est aujourd'hui universellement admise parmi ceux qui cultivent les sciences naturelles.
Ils en ont déduit deux opinions distinctes mais également fausses sur les sciences philosophiques.
Les uns^ prenant pour accordé que les questions philosophiques ne sont pas de nature à trouver leur solution dans des faits sensibles, en ont conclu^ sans hésiter^ qu'elles étaient insolubles, et, par la sublimité même de leur objet , éternellement livrées aux caprices de Topinion. En conséquence ils ont rayé les sciences philosophiques du catalogue des sciences, et les ont méprisées et rejetées.
Les autres, tirant une conséquence différente de la doctrine commune, ont essayé de résoudre les questions philosophiques par les données de l'observation sensible, ou.
DU TRADUCTEUR. îîj
en d'autres termes^ de construire les scieneœ philosophiques sur les mômes bases que les sciences naturelles. C'est ainsi qu'entre les mains de certains hommes ^ les phénomènes physiologiques sont devenus le point de àé^ part de l'idéologie ^ de la morale^ du droit politique^ de la science religieuse, et de la philosophie du beau.
Les uns et les autres ont trouvé dans leur opinion sur les sciences; philosophiques une explication du peu de progrès de ces sciences : ceux-là en niant qu'elles pussent ^vemr des sciences, ceux-ci en affirmant qu'on ne s'y était pas encore pris de la bonne manière pour les élever à cette dignité.
Les sciences naturelles ayant prouvé leur certitude par des résultats aussi magnifiques qu'incontestables/ les savans qui les ciilti^ vent sont aujourd'hui les arbitres de Topi-nion. Leurs sentimens sur les sciences philosophiques soi^t donc devenus populaires : en sorte que le public de notre époque pense avec eux qu'il n'y a de certain que les faits ^