‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 32 sur 73 · Deux autres questions célèbres sur le · texte numérisé non relu

Deux autres questions célèbres sur le

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même sujet n'ont pas un rapport moins intime avec la philosophie de l'esprit humain, et fournissent une belle occasion de déterminer les limites prescrites par la nature à nos recherches sur la perception: ce sont celles de savoir comment nous voyons les objets droits quand leur image est renversée sur la rétine, et pourquoi nous les voyons simples, bien que nous les saisissions avec nos deux yeux.

26. Quelques-unes des qualités perçues par la vue sont premières , les autres secondes. L'étendue et la figure appartiennent à la première classe; la couleur et les différens effets de la lumière à la seconde.

27. L'article précédent appelle naturellement l'attention sur les rapports de notre constitution corporelle et de nos facultés intellectuelles. Sur cette matière, nous croyons que les points suivans peuvent donner lieu à d'utiles réflexions.

l*" La distribution des organes de nos sens sur • les différentes parties de notre corps,

2*» L'appropriation des organes de la perception aux propriétés et aux lois du monde matériel.

3" Les rapports établis entre la stature et la force de l'homme d'une part, et de l'autre l'or-

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ganisation physique de la planète sur laquelle il est placé.

4* La flexibilité de sa nature , qui, se pliant à tous les climats, lui permet de vivre partout.

ARTICLE lî.

De la perception en générai

28. Les idées que nous avons du corps et de l'ame sont purement relatives: nous île pouvons définir l'un que par ses qualités, l'autre que par ses opérations.

29. Comme les qualités du corps perçues par les sens ne ressemblent en rien aux opérations de l'ame révélées par la conscience, il nous est impossible de ne pas considérer l'ame et le corps comme des objets de connaissance tout-à-faît distincts, qu'il faut étudier chacun par la méthode qui lui convient; l'ame, par l'attention au sujet dont nous avons conscience; le corps, par l'attention à l'objet que nous percevons. Ce n'est point là une hypothèse, c'est un fait impliqué dans les seules notions du corps et de l'ame que nous puissions acquérir.

SO. Les phénomènes de la perception et les mouvemens volontaires nous apprennent cependant qu'il y a entre ces deux choses une con-

iiexion très inlime, et plusieurs théories ont essayé d'expliquer le secret de cette union. Mais il est évident que le mystère est au dessus de notre portée, et que les Jois qui règlent l'association du corps et de Famé sont seules accessibles à notre intelligence.

31. D'après la distinction que nous avons établie entre les qualités premières et les qualités secondes de la matière, les idées que nous avons des qualités secondes sont tout-à-fait relatives : les sensations qu'elles excitent en nous ne nous apprennent autre chose que l'existence de certaines causes inconnues; et tout ce que nous savons de ces causes, nous le devons à des recherches subséquentes et purement scientifiques. Une autre remarque sur les qualités secondes, c'est que les noms qu'elles portent ont dans toutes les langues une double acception; le même mot exprime à la fois la sensation et la cause inconnue qui la produit. De là le paradoxe cartésien que la chaleur, le froid, l'odeur, le son , la couleur n'existent pas.

32. Les qualités premières de la matière, telles que l'étendue et la figure, sont aussi perçues à l'occasion de certaines sensations; mais nous les saisissons en elles-mêmes comme des réalités extérieures et indépendantes, et les idées que nous nous en formons n'ont en gêné*

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rai aucun rapport avec les sensations qui les ont suggérées. Il semble évident que la nature n'a voulu faire de ces sensations que de simples signes qui n'ont par eux-mêmes aucune impor^^ tance; et comme ils sont rarement accompagnés de plaisir ou de peine , nous nous accoutumons dès l'enfance à n'y pas faire attention , et cette habitude est difficile à surmonter dans l'âge mûr.

33. Les sensations n'ayant aucune ressemblance avec les qualités de la matière, les philosophes ont été embarrassés pour expliquer comment nous acquérons la notion des qualités premières. Celte difficulté a donné naissance au scepticisme moderne sur l'existence de la matière.

34. Selon Tancienne théorie de la perception , les qualités sensibles sont perçues par le moyen d'images ou espèces transmises des objets à Tame par les organes des sens. On supposait que ces images , connues depuis Descartes sous le nom di idées j offrent la ressemblance parfaite des qualités sensibles, et, comme l'impression du cachet sur la cire, en transmettant la forme sans en transmettre la réalité. Cette hypothèse est devenue très célèbre sous le titre de théorie des idées.

35. Berkeley 9 en parlant du principe de celte théorie, démontra l'impossibilité de l'existence delà matière; car, si nous ne connaissons que nos sensations et nos idées, nous ne connaissons rien qui ait au dehors une existence indépendante des phénomènes intérieurs de la perception.

36. Cet argument est sans répHque contre l'existence de là matière , si on admet la théorie des idées; mais cette théorie, loin d'être évidente , est au contraire tout-à-fait inconcevable. ' Cest un fait que les notions que nous avcMis des qualités des corps ne ressemblent en rien, ni à nos sensations , ni à aucun phénomène dont nous ayons conscience; et nous ne devons pas mettre en question la réalité de ce que nous percevons, parce que nous ne pouvons réconcilier ce fait avec les théories philosophiques qu'il nous a plu d'adopter.

37. Le docteur Reid, qui a le premier révoqué en doute la théorie des idées , ne présente aucun argument en faveur de l'existence de la matière, mais considère notre conviction sur ce point comme un fait de notre nature qui ne s'explique par aucun autre. Cette conviction repose sur le même fondement que notre croyance à la réalité des sensations que nous éprouvons, croyance que personne n'a jamais mise en question.

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38. La théorie des idées n*est pas la seule tentative qu'on ait faite pour expliquer la mystérieuse communication qui s'opère entre Famé et la matière dans le fait de la perception. Le système de l'harmonie préétablie de Leibnitz, prenant pour accordée l'impossibilité d'une communication immédiate entre deux substances si essentiellement différentes, représente l'esprit et le corps comme deux machines indépendantes , construites et montées de manière à correspondre invariablement l'une avec l'autre, ainsi qu'il arrive entre deux horloges qui marchent d'accord. Au moyen de la même hypothèse, il s'efforce d'expliquer le phénomène des mouvemens volontaires.

39. D'après tout ce qu'il est possible d'induire des faits connus, voici les lois générales les plus importantes de nos perceptions.

1" L'objet extérieur, soit immédiatement, soit par quelque médium matériel, fait une impression sur i'organe.

2" Par le moyen de l'organe, une impression est faite sur les nerfs.

3** Par le moyen des nerfs, une impression est produite sur le cerveau.

AO. Quant à la manière dont ces impressions se communiquent plus loin, et même quant à

la nature des modifications opérées dans les nerfs et le cerveau y nous sommes dans une complète ignorance 9 et rien n'annonce que nous puissions jamais en sortir. Les physiologistes , aussi bien que les métaphysiciens, ont trop souvent, en cette matière 9 perdu de vue les r^les d'une sage philosophie ; les conjectures qu'ils ont proposées non seulement n'ont point expliqué la phénomène j mais ont encore quelquefois conduit à de dangereuses conclusions.

SECTION III

DE l'attention '.

/il. En nous occupant des perceptions acquises de la vue , nous avons remarqué qu'une suite de pensées pouvait traverser l'esprit sans laisser aucune trace dans la mémoire, et plusieurs faits prouvent que les organes de nos sens peuvent être affectés d'impressions aussitôt oubliées qu'éprouvées. On attribue, dans de pareils cas, ce défaut de mémoire à un manque d'attention ; en sorte que c'est un principe qui semble suffisamment établi par l'expérience commune, qu'un certain acte de l'esprit est nécessaire pour fixer dans la

^ y. DiJgald*Stewart, Élëmens de la PkUôsophie, ch. ii«

mémoire les pensées et les impressions dont nous avons conscience. Cet acte est une de nos opérations intellectuelles les plus simples; et cependant ceux qui ont écrit sur les matières psychologiques en ont à peine tenu compte.

&2. Ce fait général étant induit de faits particuliers, et par-là même établi d'une manière cer* laine, nous avons le droit, d'après les règles d'une saine philosophie, de nous en servir comme d'un principe pour l'explication d'autres phénomènes. Il en est beaucoup et de fort curieux que l'on rapporte à d'autres causes, et qui se résolvent dans ce principe avec autant de facilité que d'évidence.

SECTION IV

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