‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 5 sur 73 · VJ PREFACE · texte numérisé non relu

VJ PREFACE

tions qu'on eu peut tireiv, ni sa traduction immédiate que toute la science humaine se réduit aux faits sensibles et aux inductions qu'on en peut tirer, ni enfin sa traduction plus éloignée que les sciences naturelles sont les seules sciences possibles.

Nous ne sommes point forcés non plus de ciboire, avec eux, ou que les sciences philosophiques ne sont point des sciences si elles ne peuvent avoir pour point de départ des faits sensibles^ ou qu'elles ne peuvent devenir des sciences qu'en résolvant par des faits sensibles les questions qu'elles embrassent , c'est-à-dire en devenant aussi des sciences naturelles.

Nous croyons , il est vrai , que les sciences philosophiques ne méritent point encore le titre de sciences, parce qu'elles sont encore livrées à cet esprit de système auquel échappent a peine la plupart des sciences naturelles ; mais nous croyons qu'elles sont susceptibles de devenir des sciences, et des sciences aussi certaines que les sciences naturelles.

Nous ne pensons pas, néanmoins, que pour

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deveair de véritables scieaces, elles doivent chercher teurs bases dans tes faits sensibles ; car leurs bases» ne sont pas plus dans les laits sensibles^ que les bases de la ehimie ne sont dans les faits astronomiques.

Les questions philosophiques «e se rapportant pas à la réalité sensible, «lies ne peuvent être résolues par des faits sensibles; mais la réalité qui tombe sous nos sens n'est pas^ comme le pensent les naturalistes^ toute la réalité ; il en est une autre qu'ils oublient^ et à laquelle^ précisément, se rapportent les questions philosophiques. Cette autre réalité n'est pas moins obsei^vable que. la réalité sensible y quoiqu'elle le soit d'une autre manière ; on y découvre des faits d'une autre espèce que les faits sensibles^ et dans lesquels les questions philosophiques trouvent leur solution naturelle ; et comme ces faits sont aussi certains que les faits sensibles, et que rien n'empêche d'en tirer des inductions aussi rigoureuses, les sciences philosophiques sont

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8usce|itibles d'une aussi grande certitude que les sciences naturelles.

(l'erreur des naturalistes est de méconnaître cette autre réalité et cette autre série de faits , que les mains et les yeux ne rencontrent point et nq peuvent atteindre : c'est là ce qui les rend injustes et faux^ quand ils raisonnent des sciences philosophiques. L'erreur des philosojAes est d'avoir négligé l'observation de ces faits > et de n'avoir pas suffisamment compris que tout ce qu^on peut apprendre de certain sûr les questions philosophiques s'y trouve^ ei ne se trouve point ailleurs : c'est là ce qui a retenu dans le berceau et discrédité les sciences philosophiques..

Il serait donc important^ pour détruire les préjugés des naturalistes et du public contre les sciences philosophiques^ de montrer qu'il y a une autre réalité et d'autres faits que la réalité et les faits sensibles ; et pour mettre enfin la philosophie et les philosophes dans les voies de la certitude et de la science , de faire

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voir que toutes les questions philosophiques dont la solution est possible sont^ en dernière analyse^ des questions de faits comme les questions naturelles, et qui sont exclusivement^ comme elles , de la compétence de Tobservation et de rindqction. Le plus grand service que Ton put rendre en France aux sciences philosophiques consisterait , selon nous y à mettre en lumière ces deux vérités.

Nous nous étions d'abord proposé de l'essayer dans cette préface. Un tel travail nous avait semblé l'introduction nécessaire de Texoellent livre dont nous offrons au public la traduction ; mais nous n'avons paè tardé à aous convaincre que le sujet était trop vaste pour un cadre si, étroit. Il ne faudrait rien moins qu'un ouvrage spécial pour le traiter dans toute son étendue^ et avec les développemens qu'il comporte. Nous nous sommes donc décidés, quoique avec regret, à laisser entièrement de côté la seconde partie de la tâche, nous bornant, dans les observations qu'on va lire, à mettre en évidence cette vérité, méconnue

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par lés naturalistes, qu'il y a pour rintelligence humaine un ordre de phénomènes dont la <x)nscience est le théâtre^ qui sont tout aussi réels, tout aussi incontestables à ses yeux que les phénomènes sensibles^ quoique d'une autre nature, et dont les lois peuvent être déterminées de la même manière et constatées avec la même certitude. Si ce pornt était une fois établi dans les esprits, on ne tarderait pas à tomber d'accord sur deux autres vérité dont nous avons été forcés de nous interdire lé développement ; la première, que toutes les queslioiQs philosophiques viennent se résoudre dans l'observation de ces phénomènes méconnus, comme toutes ks questions naturelles dans celle des phénomènes sensibles; la seconde, que si depuis trois mille ans que les questions philosophiques sont débattues, il n'en est pas une encore qui soit définitivement ^ ou, ce qui revient au nvéme, scientifiqmment résolue , c'est que les philosophes ont négligé jusqu'ici de faire des phénomènes de conscience l'objet d'une science régulière, et

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ne les ont guère étudiés que pour y chercher des inspirations systématiques et des fondemens à leurs conceptions aventureuses.

Des phénomènes intérieurs et de la possiàHilé de constater leurs lois.

Il est UH fait peu remarqué^ attendu qu'il se répète en nous continuellement et que nous finissons par devenir insensibles aux phénomènes qui nous sont familiers^ mais que personne cependant ne peut refuser de reconnaître et d'accepter, c'est que nous sommes ioeessamment informés de ce qui se passe au dedans de nous, dans le sanctuaire impénétrable de nos pensées, de nos sensations, et de no& déterminations. Quoi que fasse notre intelligence, quoi qu'éprouve notre sensibilité, quoi qu'agite et résolve notre volonté, nous en sommes instruits à Tinstant même, nous en avons conscience. Rien, dans Tétat de veille.

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ne parait pouvoir suspeadre ni interrompre cette eonscienoe de ce qui se passe en nous.

Ainsi ^ au moment même où mon attention parait le plus complètement plongée dans la contemplation d'une chose extérieure , au moment où mon intelligence , frappée du souvenir de quelque aventure passée^ parait le plus exclusivement occupée à faire revivre en elle les circonstances effacées de cet événement, dans ces instans de préoccupation profonde où l'esprit, absorbé par un seul objet, devient étranger et comme insensible à tout le reste > encore garde* t-il asses de liberté pour s'apercevoir de ce qu'il fait , pour remarquer ce qu'il éprouve. Ce qui nous entoure, ce qui assiège nos sens, il ne le voit plus, il ne l'entend plus, il a perdu le sentiment de toutes choses ; mais il a conservé la conscience de ce qui se passe en lui ; la preuve en est que si vous me deman* dez brusquement de quoi je m'occupe et ce que j'éprouve, je vous le dirai, je pourrai vous le décrire. Faites la même question à qui vous voudrez dans un moment quelconque.

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VOUS obtiendrez toujours et sur-le-cbamp une réponse précise. Cette vue de ce qui arrive eo nous est donc continuelle. Il est^louteux que le sommeil le plus profond la sui^ende ; car toutes les fois que l'on nous éveille subitement, nous sentons qu'on vi^at d'interrompre en nous une suite de pensées. Il n'est pas même prouvé qu'elle périsse dans l'évanouissement. Les cas nombreux où il est démontré que nous avons révé^ bien que nous n'en gardions aucun souvenir , font assez voir que Dous pouvons penser, sentir^ désirer, vouloir, et en avoir conscience dans le moment^ sans qu'il en reste aucune trace dans la mémoire.

Jl est. presque inutile de faire observer que ce^le perception contintie dé notre état in térieur Q'estpoiné l'œuvre des sens ; c'est unechose?as^ sez évidente d'elle-même^ et que tout le monde reqonnait aisément. Mais ce qu'il est important de remarquer V c'est que de toutes les conviction» possibles , il. n'en est point de plus forte, de pljus complète que celle qui s'attache à cette infcH*maj.Î0in4 Ce qu'il y aurait de plus absurde

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