‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 50 sur 73 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

Analyse de nos perceptions et de nos émotions morales.

181. Après avoir établi l'universalité de la perception morale comme partie essentielle de notre constitution , la question qui se présente est celle de la formation des idées de justice et d^injustice. Devons-nous les rapporter à un principe particulier de notre nature, destiné à percevoir ces qualités dans les actions, comme le sont nos sens externes à percevoir les qualités de la ma^

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tière? ou bien pit>vienoeDt-elles <lu même pouvoir intellectuel qui découvre le vrai dans les sciences abstraites? ou bien enfin pournutron les réduire dans des notions encore plus simples qu'elles et plus générales? Toutes ces opinions ont été soutenues par des auteurs considérables. Pour établir un jugement sur le point en litige, il est nécessaire d'analyser ce qui se passe en nous, et quand nous sommes témoins d'une bonnej ou d'une mauvaise action accomplie, ptr Une autre personne, et quand nous réfléchissons sur nos propres actions. Dans l'ua et l'autre 4fl8^ nous avons conscience de trois faits diffiérens.

1 "* Perception d'une action , comme juste ou injuste.

S"" Sentiment de plaisir ou de peine plus ou moins vif, selon la susceptibilité de notre sensibilité.

S* Perception du mérite ou du démérite de l'agent.

188. La controverse sur l'origine de nos idées morales s'est élevée dans les temps moderaesi à rpccasiçn des écrits de Hobbes. Selon lui, e-esi par amour pour nous-mêmes, que nous approu-^ vons les actions vertueuses ou: utiles à la soKfiéié : car nous savons que tout ce qui favorise J^.intérét

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de la socftéle tend io directement à favoriser le nôtne. il enseignait de plus que, comme c^est à rkifttitution du gourernement que nous devons tOQS les avantages et la sécurité de la "vie sociale, les lois qu'impose le magistrat civil sont les règles suprêmes de la moralité.

188. Le docteur Cudworlh, qui, contradictoir^étiiént au système de Hobbes , montra le premier, d^une manière satisfaisante, que nos idées de justice et <f injustice ne dérivent point des lois positives , rapporte l'origine de ces idées au pouvoir qui distingue le vrai du faux, et pendant quelque temps il fut de mode parmi les moralistes dédire que la vertu consiste, non point à obéir à la loi d'un maître, mais à se conduire conformément à la mison.

184* Dans le temps où Cudworth écrivait , on n'avait point encore essayé d'établir une classification exacte des principes de l'esprit humain. £n conséquence, son opinion sur la distinction du juste et de l'injuste par la raisop passa $ans contrôle. On n'y voyait qu'une chose, c'est qu'il y a entre le juste et l'injuste, non moins qu'entre le vrai et le faux, une éternelle et immuable distinction , et que ces deux distinctions sont également perçues par nos pouvoirs rationnels, c'està-dire pafr cette classe de facultés qui nous élèvent au-^dessus des béteifi. '

185. La publication de FËssai de Locke introduisit dans cette partie de la science une précision d'expression inconnue jusqu'alors^ et apprit aux philosophes à distinguer une variété de facultés qui auparavant avaient été généralement con* fondues. Avec ce grand mérite néanmoins-, son ouvrage a des défauts capitaux , parmi lesquels le plus important est la tentative qu'il a faite de déduire toule notre connaissance de la sensation et de la réflexion . Ces deux facultés , selon lui , sont les sources uniques de toutes nos idées simples, et le seul pouvoir que notre esprit , pos$ède consiste à exécuter certaines opérations d'ai;ialy$e, de combinaison, de comparaison, etc., sur les matériaux qui lui ont été fournis de la sorte.

186. Ce système conduisit Locke à quelques opinions dangereuses sur la nature des distinctions morales , qu'il semble avoir considérées comme des effets de l'éducation et de la coutume; et certes il est malaisé d'échapper à cette conclusion , si les mois de juste et ^injuste n'expriment ni des idées simples ni des rapports que la raison puisse percevoir.

187. Pour réconcilier l'opinion de Locke sur l'origine de nos idées avec l'immutabilité des distinctions morales, on proposa sur la naturedela vertu différentes théories. Selon l'une, par exem-

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ple^ elle ooDsistail dans une conduite conforme à la nature des choses; selon Tautre, dans Une conduite conforme à la vérité. Le grand objet de toutes ces théories est le même : tirer le JHSte et l'injuste de la classe des idées simples , et résoudre la rectitude morale dans une conforniité à quelque rapport perçu par la raison ou l'entendement.

188. Le docteur Hutcheson montra clairement la vanité de ces tentatives : ce qui le conduisit, en s'accommodant au langage de la philosophie de Locke ^ à rapporter l'origine de nos idées momies à un pouvoir particulier de perception auquel il donna le nom de sens moral. Toutes les idées , dit-il 9 ou si Ton veut, tous les matériaux de nos jugemens et de nos raisonnemens , sont reçus par quelques facultés immédiates de perception , internes ou externes , que nous appelons sens. Le raisonnement ou l'entendement paraît, non pas créer de nouvelles espèces d'idées, mais découvrir ou discerner les rapports qui existent entre les idées acquises.

1^. Selon ce système, à l'entendre comme on a coutume de le faire, nos perceptions du juste et de l'injuste sont des impressions que notre esprit est fait pour recevoir à la vue de certaines actions ; semblables aux goûts et aux répugnances

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que nous inspirent les objets pariiealiers de nos sens internes ou externes.

190. Les écrivains modernes ont déduit de ITiypothèse d'un sens moral différentes conclusions sceptiques. Les mots juste et injuste y a-t-on dit, ne représentent rien dans les choses qii'ils désignent, pas plus que les mots doux et amer, agréable et désagréable. Ils n'expriment que certains effets dans l'ame du spectateur; et comme il est impropre, ajoute-t-on, de dire d'un objet du goût qu'il est amery ou de la chaleur^ qu'elle est dans le feu , de même il est impropre de dire des actions qu'elles sont justes on injustes* Il est absurde de parler de la moralité comme d'une chose indépendante et invariable , puisqu'elle ne dérive que d'un rapport arbitraire entre notre constitution et certains objets parliculiers.

191. Afin d'échapper à ces prétendues conséquences de la philosophie de Hutcheson, quelques écrivains modernes, et en particulier le docteur Price,ont essayé de faire revivre la doctrine de Cudworlh, et de prouver que les distinctions morales, étant perçues par la raison ou l'eolendement, sont aussi immuables que toutes les autres espèces de vérité.

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